Faut-il vraiment éradiquer la violence ?

14.10.09 éradiquer la violencePour éradiquer la violence, que faudrait-il faire ?

Selon certains spécialistes, Alice Miller en tête, la violence serait un problème lié à notre enfance, nous l’aurions apprise au travers de notre éducation. L’idée généralement répandue est donc qu’une personne « normale » ne devrait jamais être violente. Il faudrait alors un « traitement » – une thérapie idéalement évidemment – pour nous « soigner » et extirper hors de nous cette mauvaise herbe que serait la violence.

Beaucoup de partisans de la bienveillance éducative semblent aller dans le même sens. La violence devient donc l’ennemi à abattre. Il faudrait à tout prix éradiquer la violence : toute forme de violence, y compris en pensée devient le signe que nous avons un problème. Vision qui, je le constate fréquemment dans les accompagnements parentaux que je pratique, devient elle-même problématique : elle conduit les parents à prendre sur eux car ils ne doivent pas être violents envers leurs enfants. Ils tamponnent alors leur carte de fidélité, ce qui les conduit immanquablement à exploser plus fort la fois suivante. Elle augmente la culpabilité et la tension interne. Elle amène à des échanges caricaturaux façon « CNV » mal digérée où les propos – sous couvert de non violence – sont en réalité d’une violence inouïe pour l’autre.

Entendons-nous bien : je suis une militante convaincue de la bienveillance éducative. Je pense que la violence dans nos comportements envers les enfants est inutile et nuisible à leur bon développement. MAIS je suis persuadée qu’en abordant la violence sous un angle aussi négatif, nous ne pourrons que maintenir le problème et non le résoudre. En fuyant la violence, nous créons nous-mêmes le piège qui nous amène à être violents et en faisons que nous empêcher d’éradiquer la violence. Cessons de croire que la violence n’est que le fait de gens mal informés, maltraités enfants ou souffrant de je ne sais quel problème éventuel.

Cette vision des choses me semble en effet oublier un point primordial : avant d’être un problème, la violence est une solution.

Eradiquer la violence : et si la violence n’était pas que mauvaise ?

La violence, une solution ??? Aborder le sujet sous cet angle m’a déjà valu d’être assez violemment attaquée notamment sur les réseaux sociaux. Je m’étais en effet élevée contre l’idée communément admise que « tous les bourreaux ont été des victimes ». Malgré ces attaques je persiste et je signe : la violence n’est pas forcément le signe d’un problème ou d’une souffrance dans l’enfance. Nous sommes tous amenés à être violents, à différents degrés. La violence est une question de contexte plus qu’une question de personnalité.14.10.09 violence Rosenberg

Je m’explique : Quand nous vivons un contexte dérangeant, désagréable pour nous, nous avons besoin de faire en sorte que ce contexte change pour revenir à un état plus satisfaisant. Là, c’est notre colère qui se manifeste. Comme je l’ai expliqué dans l’article « la colère, cette inconnue qui vous veut du bien », la colère est une émotion très constructive pour nous. C’est la seule émotion qui nous amène à faire changer les choses.

Comme je le dis parfois, seuls les fous ou les saints peuvent se laisser piétiner sans réagir et sans souffrir (et encore je n’en suis pas sure …).

Quelques exemples de contextes dérangeants avec les enfants :

  • Mon bébé pleure. J’ai besoin que ça s’arrête.
  • Si mon enfant fait du bruit alors que j’ai mal à la tête, je vais être mal physiquement et avoir besoin que ce bruit s’arrête.
  • Si mon enfant court partout et refuse de s’habiller alors que nous devons partir, je vais avoir peur d’être en retard et je vais avoir besoin que son comportement de fuite et de refus cesse.
  • Mon enfant refuse de manger, je suis inquiet-e pour sa santé et je vais avoir besoin de le faire changer d’avis.
  • Mon enfant est timide, je vois qu’il en souffre, je compatis et j’ai peur que ça le handicape dans sa vie. Je vais avoir besoin de l’aider à évoluer.
  • Mon enfant s’oppose systématiquement quand je lui dis quelque chose. Je pense qu’il doit obéir et je souhaite donc mettre un terme à son opposition.
  • Mon enfant ne veut pas faire ses devoirs. J’ai peur qu’il ne réussisse pas à l’école et je crains d’avoir une image de mauvais parent aux yeux de l’enseignant. Je vais faire en sorte de l’amener à faire ses devoirs.
  • etc, etc (et nous pouvons faire le même travail dans des situations avec des adultes)

Dans chacune de ces situations, nous allons agir pour que les choses changent. Aucun d’entre nous – ou très peu – agissent directement en étant violents. Généralement, nous tentons d’abord des approches plutôt bienveillantes ou douces. A froid, quasiment tout le monde réalise que crier ou taper ses enfants n’est pas une bonne solution.

14.02.27 violence paroleC’est lorsque ces approches bienveillantes n’ont pas fonctionné qu’arrive la violence – ou l’envie d’être violent. Je parle de ce moment où vos mâchoires, vos poings ou vos épaules se crispent et où vous commencez à avoir envie de secouer l’enfant (ou l’adulte) en face de vous, de le taper pour le faire réagir, pour le faire changer.

La violence est le signe de mon impuissance à faire changer les choses. J’ai essayé une fois, deux, dix fois, … et ça n’a pas marché. Au fur et à mesure de mes tentatives, la frustration et le sentiment d’impuissance montent. Et quand je me sens trop impuissant, alors spontanément, sans réfléchir, j’ai recours à la violence verbale ou physique pour tenter une nouvelle fois de faire cesser l’inconfort que génère la situation déclenchante chez moi : j’accuse l’autre : « tu me casses les pieds !« , je l’insulte : « tu manges vraiment comme un cochon« , je lui hurle dessus « dégage !!!!« , je le tape, … Cela arrive à TOUT LE MONDE SANS EXCEPTION, ce n’est pas réservé à des gens ayant souffert plus jeunes ou ayant des problèmes.

Si nous étions parvenus totalement à éradiquer la violence, nous perdrions ce signal primordial qui nous dit que nous faisons quelque chose d’inefficace !

Et s’il était impossible d’éradiquer la violence ?

Vouloir faire disparaitre la violence est impossible et dangereux.

La violence n’est donc pas une anomalie, une pathologie, un problème : c’est une solution à un problème. La violence est l’outil dont nous disposons pour faire cesser ce que nous vivons comme une agression. La violence est spontanée, innée à l’être humain – ce qui ne la rend pas acceptable pour autant évidemment mais ce qui ne fait pas des êtres humains de « mauvaises choses » pour autant non plus. La violence est un mécanisme de survie extrêmement puissant et utile.

Eradiquer la violence nous mettrait en danger d’être détruit. Elle ne pourra donc disparaitre que si elle est remplacée par un mécanisme de défense 12.12.13 naissance violenceaussi efficace (ou plus efficace).

Sommes-nous donc condamnés à être violents ?

Dire que la violence nous est utile ne la rend pas acceptable pour autant, du moins pas dans nos relations avec les êtres humains qui nous sont les plus chers. Mais la violence étant une défense, nous ne pourrons arrêter nos comportements violents que si nous trouvons une attitude plus efficace pour faire cesser ce que nous considérons comme une agression.

Au lieu de lutter à tout prix contre notre violence, acceptons-la pour ce qu’elle est :

La violence est le signe que je suis en train de m’épuiser à faire quelque chose qui ne fonctionne pas.

Au lieu d’essayer de fuir la violence, il me semble donc plus efficace d’aller à sa rencontre avant qu’elle ne s’exprime et ne fasse du mal autour d’elle.

Quand je sens la crispation physique monter, quand mes pensées commencent à me dire à propos de mon interlocuteur – « mais enfin il ne comprend rien ! » ou « mais il le fait exprès ou quoi ? » ou « mais c’est pas vrai ! ça ne va pas recommencer ! » – il est temps de ME dire stop, de réaliser que je suis en train de vivre une situation inconfortable pour moi et que je n’ai peut-être pas choisi la bonne approche pour résoudre le problème auquel je suis confronté.

Si je poursuis mes tentatives pour résoudre le problème à ce moment-là, sans prendre de recul, je serai à peu près immanquablement amené-e à être violent.

Eradiquer la violence : quelques solutions pour les situations où la crispation et la violence montent

Quand la crispation et la violence montent :

  • laisser tomber sur le moment pour mieux résoudre le problème plus tard
  • réfléchir au problème :
    • mes attentes sont-elles réalistes par rapport aux compétences de mon enfant ?
    • si j’avais la certitude que mon enfant n’est pas en capacité de faire ce que je lui demande, que pourrais-je faire de différent POUR MOI pour mieux vivre cette situation difficile ?
  • réfléchir aux solutions :
    • comment est-ce que je m’y prends actuellement pour résoudre ce problème ? Qu’est-ce que j’ai déjà essayé de faire ?
    • comment puis-je faire différemment ?

C’est souvent sur ce dernier point que nous avons besoin d’une aide extérieure – livres, amis, famille, professionnel, … – car il est très difficile de penser les choses de façon radicalement différente tout seul.

Pour lutter efficacement contre la violence dans nos actes, il me semble donc que nous avons besoin de devenir plus habiles à détecter ses signes avant coureurs dans nos pensées et dans notre corps et plus compétents pour prendre en compte le message qu’elle nous transmet. Nous avons aussi besoin de comprendre que la croyance « il suffit d’insister » nous amène à être violents plus souvent qu’il ne faudrait …

Et si vous devenions plus attentifs et plus bienveillants envers nous-mêmes afin d’être bienveillants avec les autres 😉 …

Et nous pourrons alors agir bien AVANT de devenir violents dans nos actes.

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Photo Credit: Rickydavid via Compfight cc

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Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance … envers les autres et envers soi-même :-) …

Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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11 pensées sur “Faut-il vraiment éradiquer la violence ?

  • 25 novembre 2014 à 07:41
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    Je pense comme toi que la violence est innée, et que ce serait l’usage ou le non usage ou le « bon » usage de la violence qui est appris (en partie) : on n’est pas violent à Ulan Bator comme on l’est à Ushuaïa, même s’il y a des recoupements et des invariants ….

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  • 25 novembre 2014 à 14:37
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    Je suis preneuse d’une idée pour le pb « je dois habiller mon ptit mais il s’enfuie, prend ça pour un jeu alors qu’on va être en retard et que le bébé hurle en arrière plan car lui est déjà prêt »

    Jai testé « lui proposer quand il voulait s’habiller », « lui proposer de s’habiller seul », « le debrifier sur le planning et les règles », « lui expliquer le pourquoi du comment », « lui dire qu’il fallait s’habiller pour sortir », « faire semblant de partir », « partir et demander a une copine de le garder », « le punir », « le gronder », « l’habiller des le réveil quand il a la tête dans le pâté ça marche mais il ne veut pas faire pipi avant de partir et se fait pipi dessus dehors » …
    Bon du coup je m’énerve, je fais comme si j’allais l’abandonner (partir sans lui) ça marche mais ça m’ennuie profondément car justement lui faire croire que je le laisse tout seul et l’exclut est a mon sens plus violent qu’une fessee!

    Des idées ?

    En tout cas merci de dire que je ne suis pas une exception ! C’est difficile de prendre sur soi surtout quand autour de moi je suis la seule a tenter une éducation non violente

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    • 25 novembre 2014 à 15:13
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      Quel âge a l’enfant ? Quelle est la mesure du retard possible et les risques s’il y a retard ?

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  • 25 novembre 2014 à 17:38
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    Lumineux comme d’habitude. Votre approche est vraiment éclairante pour moi et je lis tous vos post avec le plus grand intérêt, je les diffuse autour de moi ! Continuez, votre façon de voir les choses est vraiment rafraîchissante et évite les écueils de l’autoritarisme et de la bienveillance « il faut que y a qu’à » qui m’agace parfois ailleurs.

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  • 27 novembre 2014 à 17:54
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    Bonjour et merci pour ce nouvel article qui présente un angle différent pour regarder nos fonctionnements. C’est très éclairant, déculpabilisant… Bref, ça fait du bien !

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  • 28 novembre 2014 à 08:33
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    Michelle, nous avons trouvé une solution pour notre garçon pour éviter certains comportements qui nous pesaient trop et nous mettaient en colère : nous récompensons (une carte sur laquelle on met des points verts et quand il y en a assez, il a gagné) l’habillage du matin (entre autres). Il a 6 ans et comprend assez bien pour anticiper le plaisir de la récompense. Nous félicitons à chaque fois et verbalisons des étiquettes positives « tu es autonome », « tu es débrouillard » etc…

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    • 28 novembre 2014 à 09:06
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      Les récompenses fonctionnent avec des enfants en réussite = qui n’ont pas de difficultés particulières pour faire ce qu’on leur demande. Par contre avec des enfants en difficulté (qui ont du mal à faire ce qu’on leur demande parce qu’il leur manque des compétences motrices ou émotionnelles (savoir se sortir d’un jeu par exemple).
      De plus les récompenses ont tendance à développer une motivation externe = j’agis pour la récompense et non parce que j’ai compris ce qu’on attend de moi qui peut être nuisible pour la motivation sur le long à long terme (des études ont montré que les gens agissant pour une récompense se découragent plus vite quand la récompense disparait que ceux à qui on n’a pas donné de récompense).

      Attention aussi aux étiquettes positives qui sont aussi enfermantes que les négatives dans le sens où l’enfant peut ne pas se sentir autorisé à en sortir et où ça lui met une certaine pression. L’étiquette agit aussi comme une récompense et le jour où elle ne vient pas, l’enfant ne comprend pas et trouve ça injuste. Il y a un risque de réclamer toujours une plus grosse récompense.

      Donc les récompenses – comme les punitions – permettent de maintenir l’ordre = d’obtenir de l’enfant qu’il fasse ce qu’on veut sur un temps court. Par contre elles risquent de ne pas aider à développer l’autonomie et la responsabilisation de l’enfant sur le le long terme.

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  • 27 mars 2015 à 17:15
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    Vos articles sont tout simplement d’utilité publique 🙂

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  • 15 mai 2015 à 11:03
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    « seuls les fous ou les saints peuvent se laisser piétiner sans réagir et sans souffrir (et encore je n’en suis pas sure …) »

    ou en jouissant de leur souffrance, non ?

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  • 8 septembre 2017 à 08:51
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    Bonjour ma fille de 10 ans est très très lente et surtout le matin. Je la lève 1h avant pour être sûre qu’elle soit prête mais non tous les matins je reste zen et lui rappelle qu’il reste 15min,10 min….mais impossible d’être a l’heure et la je crie,Je suis à bout alors que c’est 1 enfant super je ne sais pas me calmer et de mauvaises paroles sortent puis je m’en veux. Je ne sais plus quoi faire

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    • 9 septembre 2017 à 11:24
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      Bonjour, vous lui demandez de se presser … mais est-elle capable de le faire ? Ou bien le fait-elle par pure opposition à vos demandes d’aller plus vite ?
      Dans les 2 cas, plus vous allez la presser, moins elle va aller vite : dans le cas où son rythme est lent, la pression la met en stress et la rend encore moins capable d’aller vite ; dans le cas où c’est un comportement d’opposition, elle vous met en échec en étant lente.
      Et plus vous tentez de l’accélérer, plus vous vous heurtez à un mur. Tant que vous serez en échec, vous ne pourrez que vous énerver.

      Seriez-vous d’accord pour mener une expérience et voir ce que donne votre fille « en milieu naturel » = si vous ne lui faites aucun rappel, si vous ne la levez pas 1 heure avant (c’est elle qui doit choisir son heure de réveil par exemple), etc, etc. Ca va être hyper dur pour vous – surtout que, pour voir vraiment comment elle se comporte, il faudra vraiment absolument ne RIEN lui dire. Ca suppose aussi que vous soyiez OK pour prendre le risque d’être en retard (et d’assumer cela). Peut-être est-il intéressant aussi dans ce cas de prévenir les enseignants en disant que vous souhaitez mener une expérience et que vous allez probablement arriver en retard durant quelques jours.
      Mais je pense que ça vaudrait le coup de tester pour observer ce qui se passe. Vous pouvez prévenir votre fille en lui disant que vous pensez que ça n’est bon ni pour elle ni pour vous de la presser comme ça. Que vous souhaitez lui laisser libre champ, que vous lui faites confiance pour gérer son temps.

      Revenez nous dire ce qu’il en est dans qq jours si vous tentez le coup 🙂

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