Fuir ou taper …

dragon-colere-rage-violence-bienveillanceIl y a certains jours où la colère se fait violence. Je parle de ces moments où vous en arrivez au point où votre mâchoire est serrée, vos poings aussi et où vous avez juste envie de passer votre interlocuteur par la fenêtre …

Entre adultes, les occasions d’en arriver là sont plutôt rares mais avec les enfants, ces moments peuvent être quasi quotidiens, voire multi- quotidiens.

Les fois où nous passons à l’acte – une insulte, une fessée, une tape, une secousse, une « tenue » un peu brutale, … – nous savons bien que ça ne résout rien … mais que faire d’autre ?

Personnellement, j’ai choisi la fuite …

Lorsque la colère monte, je m’enfuis, je m’isole, je me coupe de toute interaction avec un autre être humain non empathique 😉 … et je vais apaiser ma violence ailleurs.

Je le fais lorsque j’ai encore suffisamment de présence d’esprit pour pouvoir choisir de m’enfuir. Si j’attends trop, la cote d’alerte est dépassée et la rupture du barrage risquerait d’être trop dévastatrice. Cela veut dire aussi que je dois avoir une bonne conscience de mes émotions, ne pas refouler leurs signaux et accepter les messages qu’elles m’envoient comme étant constructifs

Bref, lorsque la colère monte, au lieu de taper, je fuis …

Je dis clairement que je ne suis plus en état de régler le problème, j’accepte de perdre du temps, d’être en retard si besoin. Je dis que j’ai besoin de me poser et je m’en vais.

Si je reste en contact avec des personnes – adultes ou enfants – qui continuent à faire monter ma colère, je les mets clairement en danger d’agression – au moins verbale de ma part.

Et pour rompre tout contact, y compris auditif, je suis déjà allée jusqu’à sortir par la fenêtre de ma chambre – je suis au rez-de-chaussée rassurez-vous – alors que mon fils de 18 mois tambourinait à la porte … mais c’était ça ou il allait prendre la fessée de sa vie je crois …

Bref, au lieu de taper, je fuis …

Parfois simplement, je prends quelques secondes pour respirer.

Parfois j’ai besoin d’un peu plus et je prends le temps d’exprimer ma colère de façon symbolique : je fais un simple gribouillage de colère ou j’écris carrément une lettre de colère.

Je ne tape pas dans des coussins ou autre car cela ne fait que muscler ma colère encore plus. Mais le fait d’écrire permet un passage par le corps qui apaise et remet dans le processus de la vie …

Et pendant ce temps de retrait, je ne cherche pas à évacuer ma colère mais seulement ma violence. Je ne fuis pas dans l’espoir que le problème va disparaitre. Je fuis pour retrouver les ressources nécessaires pour le résoudre constructivement.

Certains vont m’objecter que je fuis devant mes enfants, que je me laisse faire, que j’ai perdu …

Alors je réponds que oui, je fuis. Mais je ne fuis ni devant la situation, ni devant mes enfants … je fuis devant moi-même pour revenir dans une attitude qui me permettra de résoudre durablement le problème que je rencontre et de ne pas repiquer une crise dans 2 jours ou dans 2 heures pour exactement les mêmes raisons …

Lorsque ma température émotionnelle est redescendue, je peux me demander :

Quelles sont les bonnes raisons que j’ai d’être en colère ?

Qu’est-ce qui est si important pour moi dans cette situation ?

et parfois :

Suis-je en colère contre la bonne personne et par rapport au bon problème ?

La colère est en effet une émotion qui s’accumule – voir l’article sur la carte de fidélité – et qui finit – comme toutes les émotions – par s’exprimer de façon violente si elle n’est pas gérée de façon constructive. Si je fais taire ma colère sans entendre ce qu’elle me dit d’important, alors la prochaine situation va à nouveau provoquer l’apocalypse …

Je suis plutôt du genre à tourner ma colère contre les autres mais certaines personnes vont la tourner vers elles-mêmes : elles vont se faire du mal physiquement (maladies psycho-somatiques) ou psychiquement (culpabilité, dévalorisation, dépression, …). Mais ces personnes-là ont plus de mal à sentir leur colère à proprement parler. Si vous êtes de ce genre-là, fuyez face à la situation pour prendre du recul dès que vous avez une pensée dévalorisante ou culpabilisante à votre égard et posez-vous les questions citées plus haut …

Pour éviter cette violence, il est  important d’écouter ce que notre colère dit à propos de nous et de ce qui est important pour nous. Pour cela, il faut éloigner la violence qui n’est pas constructive.

Une fois ma violence éloignée, je peux reprendre sereinement ma boite à outils de communication non violente et règler le problème 😉 …

Fuir ou taper, à propos des limites et de leur effet, pour aller plus loin :

Sur ce blog :

Ailleurs sur le web :

Quelques livres (liens affiliés) :

Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance ... envers les autres et envers soi-même :-) ... Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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11 pensées sur “Fuir ou taper …

  • 4 février 2012 à 14:44
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    pardon, 2 questions :
    c’est pas un peu violent de laisser votre fils tambouriner à la porte et lui laisser la totale culpabilité de votre impuissance ?
    Et pendant que vous vous calmez, vos enfants, ils font quoi ? une petite belote en attendant que maman revienne ?

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    • 5 février 2012 à 09:10
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      Un complément à ma réponse précédente à propos de : « la totale culpabilité de mon impuissance »
      Dans cette situation, je ne vois pas d’impuissance de ma part, au contraire, je suis en contrôle de moi-même et je ne me laisse pas entraîner dans la violence qui serait un aveu de mon impuissance justement. La violence arrive quand on n’a plus d’autre recours pour faire autrement.
      Donc la culpabilité de mon enfant serait totale si je me laissais aller à de la violence (physique ou verbale) : il serait alors celui qui peut me pousser à exploser et à faire des choses que je ne veux pas. Quelle culpabilité et quelle angoisse pour un enfant de porter cette responsabilité-là …

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  • 4 février 2012 à 16:54
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    Bonjour,
    Pour répondre à « anonyme », quel est le mieux alors ? Laisser éclater cette violence face à un enfant ou prendre le temps de se calmer pour revenir avec une attitude positive et détendue ?
    Personnellement, je n’arrive pas encore à fuir à chaque fois, mais un enfant comprend très vite et très bien comment pousser ses parents dans leurs retranchements et les faire craquer, alors, dire que c’est leur laisser la culpabilité de notre impuissance est très exagéré.
    Bien sûr, il s’agit de revenir et de s’expliquer, ne pas les laisser dans l’incompréhension. Pour le vivre au quotidien, ils sont bien plus ouverts que nous en matière de communication, demandez leur simplement de traduire avec leurs mot ce qui vient d’arriver, vous verrez.
    Quant à savoir ce que font les enfants pendant ce temps, les miennes (deux filles) ont leur père en relais, ou inversement lorsque c’est lui qui a subi l’assaut du jour.
    Voilà, Sandrine, merci encore de si bien traduire nos sentiments, je ne me lasse pas d’y trouver réconfort et surtout de m’y détendre.
    Hélène

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  • 4 février 2012 à 17:59
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    >c’est pas un peu violent de laisser votre fils tambouriner à la porte et lui laisser la totale culpabilité de votre impuissance ?
    Quel est le plus violent pour l’enfant :
    – me voir sortir 5 mn en disant « je suis trop énervée pour en discuter, je sors un moment et on en reparle quand je reviens »
    – ou se faire hurler dessus – voire taper dessus – ou même s’entendre dire froidement des choses dénigrantes ou méchantes à son égard ?

    Personnellement, j’ai choisi la 1e solution.

    Ce que je décris, c’est aussi typiquement ce qui se passe dans le cas des bébés secoués = le parent essaie de calmer l’enfant et ça ne fonctionne pas et le parent s’énerve et finit par secouer le bébé. Le conseil d’urgence quand on sent la colère monter pour éviter les bébés secoués = laisser l’enfant pleurer quelques minutes le temps de reprendre ses esprits et revenir ensuite.

    Mais, si vous avez d’autres solutions, je suis tout à fait preneuse et cela pourrait intéresser les lecteurs du blog aussi car tous les parents sont confrontés à ce genre de situations et aimeraient avoir des moyens d’en sortir sans être violent envers leur enfant.

    Concernant la culpabilité, là encore même question : est-ce plus culpabilisant pour l’enfant de s’entendre dire :
    – « je suis trop énervée pour en discuter, je sors un moment et on en reparle quand je reviens ? » puis me voir revenir et avoir une vraie discussion ouverte et posée
    – ou me voir et me sentir énervée et donc se sentir responsable de ma colère ?

    Là encore j’ai choisi la 1e solution car j’assume la responsabilité de ma colère : JE suis énervée – ce n’est pas l’enfant qui m’énerve – et JE vais me calmer.
    Si je m’énerve, alors oui l’enfant pourrait penser qu’il est coupable de m’avoir énervée à ce point … alors qu’en sortant, je lui montre qu’il n’est pas coupable de m’avoir menée à la violence puisque j’ai su m’en extraire.

    D’ailleurs, ce genre de retrait permet aussi à l’enfant de sortir de l’escalade qui a conduit à cette situation et il est ensuite généralement lui aussi ouvert à la discussion pour trouver ensemble une solution qui convienne à chacun.

    >Et pendant que vous vous calmez, vos enfants, ils font quoi ? une petite belote en attendant que maman revienne ?
    Si j’ai suffisamment de présence d’esprit pour me sortir de la situation, j’en ai généralement assez pour m’assurer que mes enfants sont en sécurité.
    Cela peut être dans leur chambre, dans un lit parapluie quand ils sont petits. Et mon absence est souvent toute symbolique = je reste dans la même pièce et je refuse tout contact. L’isolement total est réservé aux cas d’extrême urgence 😀 …

    @Hélène, il m’arrive encore – assez souvent à vrai dire – de ne pas fuir suffisamment tôt mais je progresse 😉 …

    Sandrine

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  • 6 février 2012 à 21:54
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    Merci pour ce post très intéressant…
    Je vais essayer de m’en souvenir un peu plus souvent, lorsque je suis en train de bouillir comme une cocotte-minute (en particulier lorsque le manque de sommeil accumulé me rend plus facilement irritable).

    Deux remarques de forme: on écrit « fuir », et « ça ne résouT rien »…

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  • 5 septembre 2014 à 12:21
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    Bonjour, je découvre le blog, très intéressant.
    J’essaie moi-même de « fuir » dans ces situations, pour éviter toute violence. Mon pb est que mes filles, la plupart du temps, me poursuivent elles-mêmes en hurlant et ouvrent la porte (sans verrou) de ma chambre (et je ne suis pas au RDC, je ne peux donc m’enfuir par la fenêtre !)…

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    • 5 septembre 2014 à 13:55
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      Il y a des pistes sur ce blog, dans les différents articles. Vous pouvez aussi en trouver dans les différents livres que je cite souvent, ceux de Faber et Mazlish, ceux d’Isabelle Filliozat, …

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  • 5 septembre 2014 à 14:03
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    J’ai lu la plupart de ces livres (avec une nette préférence avec les F&M) et je furète dans votre blog. Pour l’instant je n’ai pas trouvé, mais je ne désespère pas ! 😉

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  • 17 octobre 2015 à 19:06
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    Bonjour,
    Je viens de découvrir votre blog et j’y trouve des pistes intéressantes.
    L’idée de fuir pour ne pas permettre à la sauce de monter – et de déborder – me semble juste.
    Un souci cependant: la situation qui va typiquement me faire tamponner plusieurs cases à la fois de ma « carte de fidélité » est la montée en violence dans les disputes entre mes deux fils (5 ans et demi et 3 ans)…
    Impossible donc de quitter la pièce et de les laisser continuer leur oeuvre…
    Je suis preneuse de vos suggestions 🙂

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