Le guide des émotions : la colère, cette inconnue qui vous veut du bien

14.04.22 colereLa colère est probablement l’émotion la plus mal connue de toutes. Mal connue, mal comprise, mal aimée … et souvent confondue avec des tas d’autres choses malheureusement …

La confusion des sentiments

* la colère et la peur

Notre enfant vous lâche la main dans la rue et traverse la route …

Notre première impulsion va généralement être de lui hurler dessus, de le gronder ou même de le taper. Ces comportements sont généralement assimilés à de la colère et nous formulons souvent les choses de ce point de vue

C’est n’importe quoi de faire ça !!! Je suis très fâché-e !!!

Nous pensons sincèrement être en colère alors qu’en réalité nous avons juste eu très peur pour notre enfant. C’est notre panique que nous manifestons de cette façon violente et non notre colère. Nous pourrions d’ailleurs simplement dire à nos enfants :

J’ai eu très très peur. Je n’ai pas du tout envie qu’il t’arrive quelque chose ! Ne refais jamais ça !

* la colère et la tristesse

Lorsque nous refusons quelque chose à nos enfants, ils manifestent souvent leur désaccord assez violemment notamment quand ils sont petits : ils pleurent, crient, se roulent par terre.

Nous pensons qu’ils sont en colère et là aussi, nous leur renvoyons qu’ils ne sont pas contents, qu’ils sont en colère

Ah oui tu n’es vraiment pas content !
Tu es très fâché

Ce qui ne donne généralement pas de très bons résultats pour calmer les crises :-/.

En réalité, même s’il y a une petite part de colère, c’est plutôt la tristesse qui domine dans ces situations  : il s’agit d’abord pour l’enfant d’apprendre à renoncer à ce dont il avait envie. Et bizarrement quand nous formulons les choses de cette façon, les crises se calment souvent plus rapidement

Ah oui tu es vraiment triste de ne pas pouvoir avoir ce jouet !

Cela arrive même avec les adultes.

Je me souviens d’un homme qui venait me voir suite à un licenciement douloureux qu’il n’avait toujours pas digéré près de 10 ans plus tard. Il exprimait beaucoup de rancune contre son ancien patron qui l’avait mal traité, contre les conditions de son licenciement. Il me disait qu’il était très en colère contre cette entreprise et avait toutes les apparences de la colère.

Je lui avais alors proposé d’exprimer cette révolte dans des lettres de colère mais quand il est revenu 2 semaines plus tard, il n’avait pas réussi à les écrire. Quand j’ai creusé avec lui, il m’a expliqué qu’il n’a rien trouvé à reprocher à son patron, que rien ne sortait quand il avait essayé d’écrire.

Tout le contraire de ce qu’il exprimait verbalement. Il m’a à nouveau parlé encore de son ancien travail et j’ai réalisé alors une chose très importante que je lui ai formulée de cette façon :

Vous avez passé beaucoup de temps dans cette entreprise, avec un travail qui vous plaisait beaucoup et des collègues que vous appréciiez.
J’ai l’impression que vous êtes surtout triste d’avoir dû renoncé à tout ça et pas tellement en colère contre votre patron finalement.

Il a eu un silence, a paru touché … puis m’a dit

Ah là je crois que vous mis le doigt sur quelque chose de très important.

Et cela lui a permis d’apaiser en grande partie les difficultés émotionnelles qu’il traversait depuis ce licenciement.

La confusion colère/tristesse est très fréquente dans notre société, la tristesse étant l’autre mal aimée dans nos émotions. Il est donc généralement plus acceptable d’être en colère que d’être triste …

* la colère et la violence

Lorsque que quelqu’un est violent, frappe, crie, … nous assimilons – là aussi à tort le plus souvent – ces comportements à de la colère.

En réalité, ils n’en sont que rarement. Parfois, ils sont de la peur ou de la tristesse difficilement gérées comme vous venons de le voir.

Souvent aussi, les comportements violents ne sont que l’expression de notre impuissance à faire changer les choses. Nous avons essayé de provoquer un changement et nous n’avons pas réussi. Mais nous continuons d’insister et le changement attendu ne se produit toujours pas. Nous commençons à en souffrir. C’est là que nous devenons violents. C’est de ce mécanisme notamment que j’avais parlé dans l’article « avez-vous votre carte de fidélité ? ».

La violence n’est donc que l’aboutissement d’une colère qui n’a pas réussi à se faire entendre. Elle montre simplement que le changement que nous voulions provoquer n’a pas eu lieu malgré nos efforts répétés. Et plus nous aurons fait d’efforts, plus forte sera notre violence.

Pour supprimer la violence, nous croyons – à tort – qu’il convient de supprimer la colère.

Ce qui, à mon avis, est un excellent moyen d’empirer la violence à moyen terme. Il serait plus judicieux d’apprendre à utiliser sainement notre colère plutôt que de chercher à la faire disparaitre.

Ces différentes confusions entretiennent l’illusion que la colère est une « mauvaise » émotion, un danger pour nous et pour les autres. La croyance aussi que, pour être respectueux des autres, je ne dois pas me mettre en colère.

Et cela nous amène à rejeter la colère comme une ennemie à abattre. Ce qui est non seulement dommage mais potentiellement nocif puisque la colère est là pour nous aider à faire respecter ce qui est important pour nous.

D’ailleurs paradoxalement – ou pas justement ! – beaucoup de grands personnages de l’histoire sont des gens qui étaient très en colère : Nelson Mandela, Gandhi, Soeur Emmanuelle, l’Abbé Pierre … mais qui ont fait de cette colère une chose merveilleuse qui les a aidés à changer les choses en bien.

La colère, cette inconnue qui nous veut tellement de bien !

La colère est probablement l’émotion la plus motivante et la plus puissante qui soit.
C’est la colère qui nous amène à vouloir changer le monde qui nous entoure, à faire en sorte que les choses changent pour aller vers du mieux. C’est la colère qui nous amène à refuser l’inacceptable.

Les autres émotions nous poussent plutôt à fuir, à éviter ou à préserver ce que nous avons.

La colère est la seule émotion qui nous amène vers le changement, un changement constructif pour aller vers un « mieux » potentiel.

Aucune révolution juste ne s’est faite dans le monde sans une colère à la base. Rappelez-vous le fameux « Indignez-vous ! » de Stéphane Hessel. Sans cette saine indignation, pas de changement, pas de construction d’un monde différent.

La colère est simplement un sentiment de révolte contre ce que nous estimons être un obstacle à notre bien-être : elle est l’expression que quelque chose ne nous convient pas et que nous avons envie que les choses changent.

Elle est absolument nécessaire pour nous aider à nous faire respecter, dans le bon sens du terme = à poser nos limites pour ne pas nous faire blesser par les autres. C’est donc une émotion très utile – comme toutes les émotions.

Ne pas écouter sa colère nous amènerait à nous laisser malmener par les autres sans réagir, et donc à souffrir.

Ce qui veut dire aussi apprendre à être plus à l’écoute de nous-même pour détecter suffisamment tôt les situations et les comportements qui ne nous conviennent pas. Nous pouvons alors réagir avant d’être envahis par une frustration trop importante qui nous empêchera de nous comporter de façon constructive.

Respecter notre colère nous permet donc d’être plus efficace dans la transmission de notre message. Nous pouvons alors prendre du recul sur la situation pour décider en connaissance de cause de la façon dont nous allons réagir (ou ne pas réagir).

Savoir prendre du recul pour être plus efficace relationnellement

C’est vrai avec les enfants où respecter notre colère nous permet de rester bienveillants et beaucoup plus pédagogue avec eux. Nous pouvons alors transmettre notre message de façon bien plus efficace et pertinente qu’en hurlant, punissant ou tapant.

C’est aussi vrai avec les adultes. Dans de nombreuses situations de couple, l’un ou l’autre – ou les 2 – des conjoints prend sur lui et fait taire sa colère pendant de longues années en acceptant « pour la bonne cause » des comportements qui ne lui sont pas acceptables. Et quand la colère finit par se faire entendre, la rancune développée à l’égard de l’autre est devenue si forte qu’il est souvent trop tard pour recoller les morceaux et que les attitudes respectueuses de l’autre ne sont plus possibles, au moins dans un premier temps.

Prendre du recul pour comprendre la situation et voir comment nous pourrions agir plus efficacement est une attitude qui n’est possible que si nous respectons notre colère et acceptons de l’écouter suffisamment tôt.

Comment faire ?

Voici quelques exemples en relation avec les enfants dont j’avais déjà parlé sur ce blog :
fuir ou taper
les enfants ou le canapé

Pour conclure, une très belle citation d’Aristote qui décrit bien ce que devrait être la colère :

La colère est nécessaire. On ne triomphe de rien sans elle, si elle ne remplit l’âme, si elle n’echauffe le cœur. Elle doit donc nous servir, non comme chef mais comme soldat.

Une autre citation de Haim G. Ginott :

Les parents émotionnellement « sains » ne sont pas des saints. Ils sont lucides à propos de leur colère et la respecte. Ils utilisent leur colère comme une source d’information, une indication de leur état.

Attention, l’affirmation de soi à tout prix et dans toutes les situations n’est ni adaptée ni fonctionnelle. Elle demande une énergie monstrueuse et nous ferait courir des risques relationnels inutiles. Apprendre à choisir ses combats est un aspect important de la gestion de sa colère. Toute affirmation de soi n’est pas bonne à prendre contrairement à ce que nous font croire certains gourous du bien-être.

Je vous invite donc simplement dans les jours qui viennent à vous demander comment vous traitez votre colère … Comme une amie ou comme une ennemie 😉 ?

Pour aller plus loin, quelques livres (si vous ne voyez pas les liens ci-dessous, c’est que votre navigateur les considère comme une publicité) :

Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance … envers les autres et envers soi-même :-) …

Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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13 pensées sur “Le guide des émotions : la colère, cette inconnue qui vous veut du bien

  • 22 avril 2014 à 19:14
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    Très très intéressant (j’ai presque envie de rajouter un « très » 😉 ) Merci !

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  • 22 avril 2014 à 20:21
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    Merci. Je ne sais pas comment tu fais pour trouver toujours les justes positions, mais ton blog m’aide au quotidien depuis un an déjà (et sache que je rêve de faire ton métier 🙂
    Merci pour toute tes notes.

    Répondre
    • 22 avril 2014 à 20:53
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      De rien.
      Pour ce qui est des positions, je ne sais pas si elles sont « justes », elles me paraissent plus efficaces pour aider les gens en tout cas ;-).

      Répondre
  • 22 avril 2014 à 21:00
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    Merci Sandrine pour ces mots justes et pour l’aide que nous apporte ce blog au quotidien.
    Je dis souvent que ma colère est apparue à la naissance de mes enfants comme s’ils avaient fait « sortir » quelque chose de mauvais de moi en même temps qu’ils en avait fait sortir le plus beau des amours.
    Depuis, je veux me débarrasser de cela.
    Ton article prouve que ce n’est pas de cette manière qu’il faut voir les choses.

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  • 24 avril 2014 à 14:45
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    Ce que tu dis me semble très juste. A chaque fois, je suis épatée par la clarté de tes explications. Elles m’aident et me confortent sur ma voie. Merci beaucoup.

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  • 16 janvier 2015 à 21:21
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    Bonsoir,

    Tout d’abord, merci pour ce blog!

    De saut de puce en saut de puce sur les articles du blog, j’arrive à cet article.

    Très intéressant!

    En ce moment dans notre famille, on fait face à des comportements violents envers nous de la part notre fils de 4 ans et demi: il nous tape ( fort et de manière répétée) quand on lui pose un non, un refus.

    A la lecture de l’article, je dirais que mon fils se trouve dans la situation où  » les comportements violents ne sont que l’expression de notre impuissance à faire changer les choses. Nous avons essayé de provoquer un changement et nous n’avons pas réussi. Mais nous continuons d’insister et le changement attendu ne se produit toujours pas. Nous commençons à en souffrir. C’est là que nous devenons violents. »

    Maintenant, the question is comment pouvons nous l’aider?

    J’ai l’impression d’avoir essayer toutes mes ressources (juste l’écouter,lui dire que nous comprenions qu’il soit triste ou déçu, lui expliquer que la violence ce n’était pas de la colère,parer les coups en lui expliquant que c’est interdit, lui dire que ses coups me blessent, tenter de le contenir, chercher avec lui à froid quelles solutions acceptables s’offrent à lui pour faire sortir sa colère et lui rappeler quand je sens que ca monte) sans effets… Je suis à cours d’idées et plutôt abattue…

    En tous les cas, merci de nous proposer tous ces champs de réflexion!

    Christelle

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    • 17 janvier 2015 à 18:20
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      Bonjour

      Il y a quelques pistes pour répondre à « comment l’aider ? » par ici : http://blog.scommc.fr/comment-fonctionnent-les-enfants/

      Lorsque nous essayons trop d’aider les enfants à faire sortir leur colère de la « bonne » manière, certains d’entre eux comprennent qu’ils doivent taire leur colère et ne surtout pas s’énerver. Comme il n’y arrivent pas, ils sont en panique à chaque fois que leur émotion monte parce qu’ils se sentent en difficulté et sentent que ça risque de mal finir. Et plus ils sont en panique moins ils arrivent à se maitriser.
      L’idée est donc de les déculpabiliser en autorisant l’expression – même inadéquate – de l’émotion dans un 1er temps. Cela suffit dans 90% des cas à faire disparaitre le problème.

      Répondre
  • 19 janvier 2015 à 13:27
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    Bonjour,

    Merci et pour la piste de lecture et pour la piste du « laisser sortir l’expression même de manière inadéquate ».
    Je ne suis pas très à l’aise avec l’idée d’autoriser à ce que mon enfant me tape mais je comprends que ca peut être une transition. Je vais essayer!

    Répondre

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