15.03.31 enfant neige jeuNous sommes partis au ski pour la 1/2 journée (oui nous avons la chance d’habiter près des montagnes 🙂 …). Il fait très beau et plutôt doux. Nous avons pique niqué au pied des pistes en attendant l’heure de démarrage de la 1/2 journée.

Les enfants jouent dans la neige. Ils sont en t-shirts sous leur combinaisons de ski. Ils se courent après et se roulent dans la neige. Forcément ils n’ont pas froid.

L’heure approchant, je les appelle et je leur demande de mettre leurs polaires pour aller skier.

« Non ! » me dit l’un d’eux. « Je n’ai pas froid ! »

Evidemment qu’il n’a pas froid : cet enfant vient de courir comme un dératé dans la neige ! Mais je sais qu’avec le vent et la vitesse, on peut avoir vite froid au ski. C’est mon expérience d’adulte qui parle. Je sais aussi que le temps change vite et qu’il suffit d’un voile nuageux pour faire baisser la température de plusieurs degrés. J’explique.

« Je sais que tu n’as pas froid. Tu viens de jouer et de courir. Il faisait chaud dans la voiture. Mais tu risques d’avoir froid tout à l’heure. Je préfère que tu mettes ta polaire. »

L’enfant résiste. Il ne VEUT PAS mettre sa polaire.

« Je vais avoir trop chaud ! » dit-il. « Je ne veux pas mettre ma polaire ! »

J’insiste. Il refuse tout aussi net.

L’enfant n’est pas un adulte

Je commence à m’énerver intérieurement : je me dis que, bon sang, il ne pourrait donc pas faire ce que je lui demande sans discuter, c’est pourtant simple. Pour moi, cet énervement est le signe que je suis en train d’essayer de faire quelque chose d’inefficace. Je suis en train de gaspiller mon énergie en pure perte. Je stoppe net et je prends une seconde – et pas tellement plus ! – pour réfléchir.

Je suis en train de demander à un enfant de 6 ans d’anticiper la température qu’il va faire sur plusieurs heures. Je suis en train de lui demander de se projeter dans des conditions hypothétiques qu’il n’a même pas encore imaginées. Il a chaud et n’imagine pas qu’il peut avoir froid. Je suis donc en train de lui demander quelque chose d’assez irréaliste par rapport à ses compétences actuelles.

L’enfant n’est pas un adulte. Il a des compétences mais elles sont différentes de celles des adultes. Je dois en tenir compte si je ne veux pas nous mettre, l’enfant et moi, en échec. Si je mets l’enfant en échec, je ne le mets pas dans de bonnes conditions pour apprendre et comprendre, je le dévalorise. Et je me mets moi-même en échec en tant que parent quand je fais ça. Il me faut donc faire autrement.

Alors voilà ce que j’explique à mon enfant :

« Je sais que tu as chaud pour le moment. Moi je pense qu’il y a des risques que tu aies froid tout à l’heure. C’est pour ça que je te demande de mettre ta polaire. »

Puis je lui explique que je suis juste humaine et que ça m’énerve de ne pas être écoutée 😉 …

Si tu ne mets pas ta polaire et que tu te plains d’avoir froid tout à l’heure, je serai furieuse contre toi parce que tu ne m’auras pas écoutée. Et j’aurais beaucoup de mal à m’empêcher d’être méchante avec toi. Ce ne sera pas de ta faute mais je ne saurai pas faire autrement.

Et je lui explique aussi que je peux me tromper :

Si tu mets ta polaire et que tu as trop chaud tout à l’heure, je reconnaitrai mon erreur et je t’autoriserai à l’enlever. Je la prendrai même avec moi pour que tu ne soies pas embêté avec.

Mon enfant prend sa polaire sans rechigner. Nous sommes dans une résolution de conflit gagnant-gagnant.

Où l’on voit que les limites et le cadre sont plus utiles aux parents qu’aux enfants

En stoppant le conflit suffisamment tôt et en posant un cadre qui ME permet à MOI, ADULTE, de me sentir bien, je mets toutes les chances de mon côté pour rester pédagogue et bienveillante avec mon enfant. J’évite notamment de faire retomber sur l’enfant une faute dont la responsabilité m’incombe. Je peux l’aider à acquérir les compétences émotionnelles, intellectuelles, relationnelles qui vont lui permettre de gérer mieux la situation la fois suivante.

En posant le cadre qui ME permet de rester bienveillante, j’évite le conflit de pouvoir et je permets aussi à mon enfant de prendre une décision sereine et de pouvoir reconnaitre que mon point de vue est justifié. Dans ce cas précise, cela a permis à mon enfant de dire en fin de journée : « j’ai bien fait de prendre ma polaire parce que je n’ai pas eu trop chaud. ». Cela lui aurait bien plus difficile de reconnaitre que mes remarques étaient justifiées si nous étions partis sur un conflit de pouvoir. En effet, personne n’aime perdre la face en reconnaissant qu’il a eu tort et l’autre a raison dans ce genre de jeux de situation. En ne tombant pas dans le conflit de pouvoir, je rends plus facile l’apprentissage dont a besoin l’enfant.

D’une manière générale, réfléchir les situations sous l’angle de mes propres capacités à les gérer m’aide énormément à rester bienveillante avec mes enfants. La question que je me pose souvent est :

Est-ce que je me sens capable d’assumer que mon enfant va se conduire comme un enfant sans lui en vouloir de le faire ?

Si la réponse est oui, alors je peux prendre le risque de me mettre en position délicate. Dans l’exemple ci-dessus, ça aurait été pour moi de laisser mon enfant partir sans sa polaire. Mais je l’aurais fait si je m’étais sentie capable de ne pas lui reprocher de ne pas avoir anticipé.

Si la réponse est non, alors mieux vaut ne pas prendre ce risque. Sinon je nous mets, l’enfant et moi, en situation délicate : il va se retrouver face à une situation qu’il va avoir du mal à gérer et je vais me retrouver à dire des choses méchantes que je n’ai aucune envie de dire.

L’avantage de poser le cadre de cette façon est que la limite ainsi définie est plus facilement compréhensible et intégrable par l’enfant. Elle fait du sens et est bienveillante pour lui. Elle est aussi plus facile à tenir pour le parent : elle fait aussi du sens car elle sert à protéger l’enfant  ET, avantage non négligeable, à protéger le parent.

Lorsque, en tant que parent, je me retrouve à faire ou à dire des choses désagréables, je culpabilise en général après car je sais que j’ai fait quelque chose qui n’aide pas mon enfant. En posant le cadre qui tient compte de mes propres compétences, je me sens mieux quand je suis en capacité de rester à l’écoute et bienveillante. Je peux plus facilement accueillir la frustration éventuelle – et même certaine ! – de l’enfant ou son désaccord face à ma décision et l’aider à le gérer. En effet, je ne serai pas moi-même en situation émotionnelle à ce moment-là et j’aurai le recul nécessaire pour comprendre son émotion et l’accompagner.

S’accorder le droit à l’échec

Je me retrouve encore régulièrement en situation de dire des choses désagréables à mes enfants. C’est humain.

Je ne considère pas cela comme des échecs mais comme des apprentissages. Chaque situation m’en dit un peu plus sur mes limites et sur les compétences de mes enfants. Je peux ainsi être plus vigilante pour les prochaines fois et fixer la limite plus tôt ou d’une façon différente pour m’éviter d’agresser mes enfants. Par exemple j’ai cru que je pourrais gérer telle ou telle situation mais je ne peux pas.

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  1. Sandrine a dit :

    Bonjour,
    je suis globalement d’accord avec ce que tu écris sur ton blog.
    je me permets toutefois d’intervenir car quelque chose me gêne dans ton propos.
    J’aime bien l’idée lorsque tu dis que l’enfant ne peut pas anticiper le fait que dans quelques minutes il risque d’avoir froid. Il est là et maintenant.
    Ce qui m’embête en revanche c’est la manière dont finalement tu lui « imposes » quand même de mettre sa polaire en lui disant (je résume) : que s’il ne le met pas et s’il a froid alors tu risques de lui dire des choses méchantes…
    Le fait qu’ensuite il accepte de mettre sa polaire m’interpelle alors : est-ce pour éviter que tu lui dises des choses méchantes ou parce que tout à coup il a compris qu’il pourrait avoir froid dans quelques instants…
    Pour ma part je suis très partagée par ton discours… je pense qu’il n’y a pas eu là de gagnant-gagnant car en fait TU as gagné…
    Ce qui, me semble, est gagnant – gagnant aurait été de dire : »ok pour l’instant tu as chaud ; alors prends ta polaire autour de tes hanches, dans ton sac…peu importe (si on n’est pas avec lui) et dès que tu sens que tu as froid, tu la mettras !
    un truc dans ce genre…
    Bien à toi
    Sandrine

    • Nous n’avions pas de sac, il n’était pas possible de la mettre autour des hanches (pas possible sous la combinaison et trop de risques de la perdre autour des hanches car on fait du ski de piste sur des rouges et on va vite). D’où la nécessité de la mettre sur soi.
      De plus, connaissant mon enfant, il savait que la polaire allait le gêner pour skier et il aurait refusé de la même façon qu’il a refusé de la prendre à peu près de la même façon. J’aurais pu éventuellement la porter moi-même. Mais à ce moment-là je ne m’en sentais pas capable de trimballer sa polaire en attendant qu’il décide de la mettre. Donc j’ai préféré cette solution.

      Je ne sais pas s’il a compris qu’il pouvait avoir froid plus tard. Je pense que ça lui est encore difficilement accessible. Mais sa réaction en fin de journée me laisse penser que oui, il a compris.

      Par contre, ce que moi je SAIS, c’est que parfois je suis OBLIGEE d’imposer des choses à mon enfant.
      Si je ne le fais pas, je serai probablement violente avec lui parce que je suis un être humain normal. Alors, entre 2 maux, je préfère choisir le moindre : je préfère que mon enfant soit frustré de devoir mettre sa polaire contre sa volonté que de m’exposer à être violente avec lui. Poser le cadre de cette façon me permet de rester bienveillante et de lui permettre de gérer sa frustration de façon bienveillante (il n’y a pas eu besoin là mais il aurait pu manifester plus violemment et nous aurions alors probablement cherché une autre solution).

  2. Danielle a dit :

    Chacun/e fait comme il/elle peut.
    Cependant, moi aussi – bien que j’approuve des quatre mains tout le reste de votre texte -, le monologue suivant me fait quelque peu tiquer mais pour des raisons qui me semblent légèrement différentes (peut-être ne le sont-elles pas vraiment ?) de Sandrine sinon je n’aurais pas commenté à mon tour…

    Je reprends ce que vous avez écrit :

    « Puis je lui explique que je suis juste humaine et que ça m’énerve de ne pas être écoutée 😉 … » : là c’est le mot « humaine » qui me gêne pour moi ce mot polyvalent qui – comme nombre de mots dans la langue française – veut dire une chose et son contraire, signifie « bienveillant/e, indulgent/e, compréhensif/ve à l’égard de l’autre…etc (dans le même registre empathique) et n’est pas une excuse à nos incapacités.
    Le mot juste me paraitrait plutôt « faillible », mais comme ce n’est pas un mot très usuel pour un enfant (cela pourrait représenter une occasion de l’apprendre) on peut dire « je ne suis pas parfaite » ou plus simplement : « je peux me tromper, commettre des erreurs ».
    Il me semble que – comme vous ne semblez pas exiger la perfection ni l’infaillibilité de la part de vos enfants, et comme les enfants sont souvent enclins à l’indulgence, ceux-ci ne ressentiront pas vos propos comme un rapport de force surtout s’ils sentent la sincérité de votre démarche et comprennent – intuitivement – qu’elle vous a demandé une mise à distance de votre ressenti en leur faveur !
    Bon ! Vous reconnaissez être de même nature qu’eux et donc éprouver de la frustration quand on vous dit « non », mais contrairement à eux qui ne maîtrisent pas encore leurs émotions vous êtes – en tant qu’adulte, et ainsi vous leur montrez le chemin à parcourir pour le devenir ! – vous, capable de prendre en une seconde de la distance avec celles-ci ! Wouhaou ! Quel bel exemple en acte et non en blablabla…

    « Si tu ne mets pas ta polaire et que tu te plains d’avoir froid tout à l’heure, je serai furieuse contre toi parce que tu ne m’auras pas écoutée. Et j’aurais beaucoup de mal à m’empêcher d’être méchante avec toi. Ce ne sera pas de ta faute mais je ne saurai pas faire autrement. »

    Là, dans un premier temps, je me suis dit « dommage, ça casse tout » et « chantage ! ».
    Puis en une seconde – et je ne sais pas si je saurais bien l’expliquer, cela m’a paru au contraire très pertinent : en fait à travers ces paroles vous explicitez à l’enfant ce qui se passe en lui-même quand il se trouve dans une situation similaire : tou/tes autant que nous sommes – enfants ou adultes – nous pensons « je le lui avais bien dit ! Bien fait pour lui/elle », ce qui n’est effectivement pas une pensée empreinte de compassion !
    Et c’est vrai que, souvent – et les enfants plus que nous encore – nous sommes plein de bonnes intentions que nous ne savons pas (et même quand nous le « savons » intellectuellement nous n’y arrivons pas !) mettre en pratique.
    Cependant, il me semble que si vous êtes capables – vous, en tant qu’adulte – d’anticiper votre réaction future vous devriez pouvoir l’atténuer, la rendre moins violente ; violence traduite par le mot « méchante » (mot qui est un jugement de valeur sur la personne et non sur ses actes !) qui – dans le contexte – devient lourd de menaces, d’autant plus que vous avouez que ce que vous ressentirez alors sera si fort que vous risquez de perdre le contrôle (et alors là, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres !).
    Donc ce mot « méchante » (sorcière ?) me parait trop lourd de dangers potentiels irrationnels.
    Il me semble que  » j’aurais du mal à ne pas être irritée (la colère, c’est aussi trop fort) contre toi » est euphémisant et donc arrondit les angles trop acérés.
    Par ailleurs j’espère 😉 que lorsque votre enfant en agressera un autre plus tard vous accepterez cette excuse tellement pertinente (et ce n’est pas de l’humour, elle l’est réellement mais encore plus pour les enfants – (plus ils sont jeunes, plus elle l’est !) – :
    – « Ce n’est pas de sa faute si je suis en colère mais même si je le comprends, je ne sais pas faire autrement que de lui taper dessus. » (Attention : je n’induis en aucune façon de vos propos que vous vous taperiez sur votre enfant ! mais bien qu’un enfant qui ne sait pas comment faire, qui ne peut s’empêcher d’être « méchant », a bien du mal à se retenir de taper !)
    ……………………………………………………..

    « Et je lui explique aussi que je peux me tromper :

    Si tu mets ta polaire et que tu as trop chaud tout à l’heure, je reconnaitrai mon erreur et je t’autoriserai à l’enlever. Je la prendrai même avec moi pour que tu ne soies pas embêté avec. »

    Ceci me parait tout à fait remarquable car, du coup, l’enfant peut réfléchir aux sensations qu’il éprouve, en prendre conscience et a quand même l’impression de ne pas être totalement impuissant, d’avoir une issue de secours – à condition, bien sûr – qu’il soit certain de la fiabilité absolue de la parole de l’adulte !

    Tout ce passage, pour moi, représente une belle leçon de vie et de comportement pour un enfant qu’il reproduira spontanément dans ses relations avec les autres.

    « je vais me retrouver à dire des choses méchantes  » : pourquoi toujours ce jugement de valeur : « des choses désagréables, irritantes, blessantes, dévalorisantes ce qu’effectivement l’enfant ressentira, lui/elle, comme « méchantes » mais cela lui permettra de mettre d’autres mots sur son ressenti que ceux qui impliquent un jugement sur la personne.
    Méchant/e voudrait dire que vous auriez – à travers vos mots – l’intention détruire l’enfant en tant que ce qu’il est.
    Si tel était le cas, il serait plus essentiel de rechercher ce qui vous pousserait à éprouver des pulsions aussi destructrices plutôt que de reproduire une « bonne recette » comportementale.
    Sinon le besoin qui n’aurait pas été satisfait, la blessure qui saignerait toujours en vous feraient sauter vos digues vertueuses et toutes vos camisoles de bonnes intentions n’y pourraient rien !

    « Je me retrouve encore régulièrement en situation de dire des choses désagréables à mes enfants. C’est humain. »

    Non, ce n’est pas « humain », c’est même le contraire !
    A partir du moment où j’ai vraiment considéré mon enfant comme une personne à part entière qui a sa fierté, sa sensibilité, son amour-propre, sa fragilité – et j’en ai pris conscience très tôt – je n’ai plus été en capacité de lui dire des mots blessants.
    Contrairement au respect- pouvoir qui fait que malgré la rage que nous éprouvons nous sommes parfaitement conditionné/es à mesurer nos propos devant nos supérieurs hiérarchiques ou un gros costaud musclé (preuve que nous sommes « capables » de le faire), notre éducation ne nous a pas enseigné le vrai respect qui est celui de la fragilité, de la délicatesse des sentiments, de l’inexpérience et nous piétinons sans aucun égard le jardin subtil de l’amour-propre de nos enfant alors qu’il est si essentiel pour eux.

    Et ainsi ensemençons nous, cultivons-nous et récoltons-nous un monde de brutes inhumaines. Parce que « trop humaines » ?

    Les erreurs ne sont pas des échecs si nous ne culpabilisons pas et en tirons les conséquences, elles nous amènent alors sur des chemins dont nous n’imaginions même pas l’existence.
    Si nous trouvons autant de justifications à nos enfants que nous nous en donnons à nous-mêmes : notre chemin d’enfance est derrière nous, si nous le voulons nous pouvons nous en souvenir alors qu’il est devant les enfants, tout neuf pour eux qui n’ont aucun moyen d’anticiper (et vous le dites fort bien) jusqu’où il va les conduire et qui comptent sur nous pour l’accompagner.

    • Ce qui est humain pour moi c’est de, quand je me retrouve envahie par l’émotion, je ne sais pas faire autrement que dire des choses blessantes et violentes.
      C’est le fonctionnement normal du cerveau :-).

      Je mets donc en place des choses pour l’éviter tout simplement :-).

      • Hinterlang a dit :

        Bonsoir,

        Je lis tous tes billets Sandrine, je hoche la tête d’approbation, je réfléchis et je trouve des réponses à mes questionnements mais je réponds rarement car il est souvent très tard. Ce soir, je ne peux m’empêcher de prendre ma plume car la lecture des commentaires de Sandrine et Danielle a fait allumer dans mon cerveau un gros panneau STOP. Autant il y a quelques décennies, on ne considérait pas ou pas assez les enfants comme des personnes à part entière, autant j’ai de plus en plus l’impression que la réflexion des parents d’aujourd’hui part dans l’extrême inverse. Mettons nos enfants dans une bulle d’amour, à l’abri de toute sensation désagréable pour qu’ils se développent harmonieusement sans les abîmer! Et si « imposer » (dans l’article de Sandrine il y a quand même dialogue…) à nos enfants de mettre une polaire était tout simplement leur enseigner que la vie est régie par des règles? Des règles de vie à la maison, à l’école, en société pour le respect des besoins de tous et pourquoi pas des règles de bon sens pour le respect de son corps et de sa vie? Laisseriez-vous partir votre enfant en balade en plein soleil sans eau parce que là il n’a pas pas soif? S’il refuse absolument tous vos arguments, ne lui imposeriez-vous pas de prendre une gourde, de boire régulièrement sinon il risque la déshydratation? Et que s’il ne veut toujours pas malgré vos arguments et explications, ne l’obligeriez-vous pas à rester à la maison car VOUS savez par votre expérience que c’est dangereux pour lui et qu’en tant que parent vous ne voulez pas qu’il risque sa santé? Et s’il pleure, s’il vous traite de méchante, qu’il est déçu aurez-vous l’impression de porter atteinte à sa personnalité, à sa confiance en lui et à son développement psycho-affectif?
        Je suis intimement convaincue que l’enfant doit faire ses propres expériences, doit pouvoir décider par et pour lui-même et je l’applique parfois contre mes intuitions: ma fille a récemment été malade après être allée à l’école en petite jupe sans collants, j’avais fait tout ce que tu décris Sandrine et je l’ai finalement laissée partir en toute conscience sous le regard désapprobateur des « bonnes mamans » et sans lui faire de reproche par la suite. Mais tout être humain a besoin de limites, l’enfant en développement encore plus. Il doit aussi apprendre ce que vivre avec les autres implique, il « doit » être confronté aux réactions de violence parce que cela fait partie de la nature humaine (bien sûr dans les limites qui lui porterait atteinte, mais nous pourrions là aussi débattre) . Et c’est là que le propos de Danielle m’a fait bondir sur ma chaise:
        « « Je me retrouve encore régulièrement en situation de dire des choses désagréables à mes enfants. C’est humain. » Non, ce n’est pas « humain », c’est même le contraire !
        A partir du moment où j’ai vraiment considéré mon enfant comme une personne à part entière qui a sa fierté, sa sensibilité, son amour-propre, sa fragilité – et j’en ai pris conscience très tôt – je n’ai plus été en capacité de lui dire des mots blessants. »

        Je m’insurge de plus en plus contre ce genre de propos car il engendre une culpabilité énorme chez de nombreux parents: parce qu’ils se sont emportés, qu’ils ont crié après leur enfant, ils sont de mauvais parents? Ceux qui sont incapables de leur dire des mots blessants sont meilleurs? Non les meilleurs, enfin évitons ce jugement de valeur! Etre parent ne serait-ce pas d’enseigner la vie et le monde tels qu’ils sont, leur montrer la beauté et la laideur et les aider à apprécier la beauté plutôt que la laideur? Tout ça pour qu’ils trouvent leur équilibre grâce à tout ce qu’ils auront expérimenté plutôt qu’ils souffrent de graves désillusions quand ils sortiront de leur bulle.
        Dans cette optique, les exposer à nos colères, à nos sentiments négatifs mais en parler avec eux ensuite et utiliser ces expériences « désagréables » pour les aider à réagir face à de telles situations à l’école notamment me paraît plus respectueux de leur personne.

        Pour conclure, arrêtons de nous voiler la face, nous avons TOUS, même vous Danielle, des failles, des colères, des blessures, rien de honteux si parfois malgré tous nos efforts pour les dissimuler elles font surfaces…au contraire, acceptons-les, travaillons dessus, et montrons-les montrer à nos enfants pour qu’ils comprennent les leurs (car dès leur arrivée sur terre les bébés peuvent être « blessés » ne serait-ce que par les conditions de leur naissance) et qu’ils travaillent dessus plus tard pour que le monde soit moins violent.

        Bon voilà, ce commentaire est très long, mon dernier mot sera MERCI Sandrine pour tes articles toujours aussi intéressants qui font réfléchir et réagir!
        Sophie

  3. C’est une situation qui se répète très souvent chez nous !
    Mon aînée n’est vraiment pas du tout frileuse : elle se baigne dans un lac de montagne à 8°, ne mets jamais de pull, et au contraire elle souffre très vite de la chaleur, que ce soit la température extérieur ou parce qu’elle vient de faire un effort physique.

    Alors, je lui ai montré des vidéos de sportifs : foot, tennis, course, quelque soit le sport, on voit bien que les athlètes s’habillent immédiatement après la fin de l’effort, alors que visiblement ils transirent encore, donc qu’ils ont encore chaud. Et je lui ai expliqué d’où vient la chaleur (l’énergie brûler par nos muscles pour bouger), le rôle de la transpiration (moyen pour notre corps de se refroidir > donc il faut boire !), l’importance de se couvrir pour ne pas se refroidir à l’excès une fois toute l’énergie brûlée et en portant des vêtements trempés de sueur.
    J’ai eu beaucoup moins de mal à lui demander de mettre son blouson en sortant du parc après ça.

    Je lui ai expliqué aussi que l’expression « attraper froid » est impropre. On peut attraper un virus ou un microbe, mais pas « froid » !
    Le test a été fait dans une pièce stérile à 10°. On y a laissé des gens nus, aucun n’a été malade ! Et il n’y a pas plus de maladies dans les pays froids.
    En revanche, avoir froid, et surtout être soumis à un changement brusque de température est un stress pour l’organisme, donc rend le corps plus vulnérable à l’attaque d’un microbe. Et comme il incite à se confiner à plusieurs dans de petits espaces peu aérés (maison, transport), il favorise la prolifération et la contagion.*
    Se couvrir pour se couvrir est donc complètement inutile, ainsi qu’éviter les « courants d’air » !
    En revanche, avoir le nez qui coule et la gorge irritée n’est pas une maladie mais une réaction physiologique normale au froid. Donc si nous ou l’enfant n’a pas envie de subir cette réaction, il faut se couvrir…

    *quand je pense qu’ils suppriment la récré quand il fait « froid » pour les mettre devant la TV, pfff…

    Et il me reste le problème des autres enfants auxquels le blouson est imposé, des parents qui me regardent de travers, parce qu’elle est en Tshirt par 10°, mais bon… Moi, quand je cours, je ne porte pas de blouson non plus, même en hiver !

    • Bonjour Oops,
      Un petit mot pour dire que j’admire ta capacité à donner des explications « scientifiques », ça me semble une bonne solution pour faire comprendre aux enfants que ce qu’on leur demande est autre chose que « fais ça et c’est tout »… enfin je m’exprime surement mal.

      Merci Sandrine pour cet article. Toujours admirative de ta capacité à analyser anticiper tes propres sentiments et limites.

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