L'éducation non violente, qu'est-ce que c'est exactement ?Je viens de lire un article – que vous trouverez ici en anglais (version originale) et dont vous trouverez ma traduction ici – à propos de l’éducation non violente qui me fait entrevoir une fois de plus à quel point ce type d’éducation est mal compris.

Une éducation non violente mal comprise – volontairement ? – par ses détracteurs qui ne voient pas de nuance entre autorité et autoritarisme et qui pensent que l’autorité par elle-même suffit …

Une incompréhension souvent confortée par le comportement de certains parents qui, eux aussi, ont mal compris les mécanismes de la communication et de l’éducation non violente et pensent que toute expression d’émotion, quel que soit son mode, est bénéfique.

Oui les enfants – et les parents – peuvent souffrir énormément d’une éducation non violente mal comprise, je le vois malheureusement régulièrement dans ma pratique professionnelle. Je ne peux qu’être d’accord avec les anti-éducation non violente sur ce point.

Mais ce qui est souvent mal compris, c’est que l’éducation non violente (l’ENV) n’est PAS une absence d’autorité. L’ENV est une autorité d’influence et non de pouvoir, distinction faite par Thomas Gordon dans «Eduquer sans punir».

L’autorité de pouvoir est une autorité basée sur la crainte – la peur. Ses limites sont rapidement atteintes dès que l’enfant n’a plus peur, à partir souvent de la pré-adolescence où les parents disent «il était si charmant petit, et maintenant, il ne nous obéit plus» …

Et si l’enfant garde sa peur, cela signifie qu’il aura probablement beaucoup de mal à désobéir à une autorité quelle qu’elle soit et à s’affirmer tout court lors de sa vie adulte. Je vous renvoie au livre d’Alice Miller «C’est pour ton bien» où elle démontre comment une éducation strictement et fortement autoritaire a pu conduire à l’Allemagne nazie et à l’acceptation de presque tout un peuple du génocide juif. Intéressez-vous aussi à l’expérience de Milgram sur ce sujet.

L’autorité d’influence est basée sur le respect et la confiance mutuels, respect et confiance qui se traduisent par l’attitude de l’adulte, compréhensive, ouverte, accompagnant l’enfant dans ses apprentissages relationnels et émotionnels.

Oui dans ce type d’éducation, les émotions ont une place importante … non pas POUR DIRIGER les comportements mais en tant que GUIDES. Et les parents sont là, non pas pour laisser libre cours aux émotions de leurs enfants mais pour leur apprendre comment ils peuvent gérer celles-ci.

Les émotions dans l’éducation non violente

La fameuse opposition entre émotion et raison me parait tout à fait dépassée.
Elle préoccupait peut-être les philosophes du XVIIIe siècle mais je pense que nous pouvons passer à autre chose maintenant !
Les émotions et la raison ne s’opposent pas, elles se complètent !

Les émotions sont un phénomène adaptatif, spontané et naturel, processif.
Elles surgissent à tout instant de la vie lorsque quelque chose d’inattendu ou de non planifié se produit. Elles sont un signal d’alerte qui nous envoie un message important.
Chaque émotion a un message bien précis et attire notre attention sur ce qui est important pour nous dans telle ou telle situation.
Cela ne veut pas dire que nous devons AGIR nos émotions … Cela veut dire que notre raison peut les UTILISER pour se poser les bonnes questions et agir en fonction des informations que nous aurons retiré de ces signaux.

Ne pas éduquer les enfants à les écouter et à les comprendre, c’est les empêcher d’avoir accès à des informations utiles et importantes.

Je le dis et je le répète : le but de l’éducation non violente n’est pas de laisser libre cours aux émotions de nos enfants … Il est d’éduquer nos enfants aux émotions : leur apprendre ce que signifie chaque émotion, à quoi je dois être attentif quand je ressens telle ou telle émotion et quels sont les comportements que je peux adopter dans ces cas-là.

Le parent qui éduque avec ces outils permet à l’enfant de faire un vrai apprentissage des compétences intellectuelles, relationnelles et émotionnelles qui lui permettront de s’adapter à la vie, quels qu’en soient les aléas.

Comme le dit Haim Ginott, «tous les sentiments sont légitimes, tous les comportements ne sont pas acceptables» … Et cette phrase résume tout : le parent n’est pas là pour juger les  émotions, il est là pour MONTRER quel est le cadre acceptable – humainement, socialement, culturellement – pour l’expression de ces émotions.

Tout cela me conforte dans mon envie d’écrire plus précisément sur les mécanismes de la communication et des émotions dans les relations aux autres … Affaire à suivre !

Et évidemment pour pratiquer une éducation non violente, il y a des choses à apprendre : pour aller plus loin à ce sujet :

Sur ce blog :

  1. merci pour cet article, je suis moi même dans le conflit avec mon petit garçon de 2 ans et demi, et ce post m’aide à comprendre comment je peux l’aider

  2. Tu termines ton article par « Affaire à suivre ! « .
    C’est avec plaisir que je suivrai l’affaire …

    Tu n’as pas pensé à traduire Ginott ??

  3. Merci pour cet article, il me parle beaucoup et me rappelle combien il est important de savoir parler des méthodes que l’on adopte !
    La « créativité culturelle » est une position à défendre et argumenter !

  4. Tu prêches une convaincue avec ton article. J’ai été elevée ainsi et j’élève mes deux enfants de la même façon. Quand tu (si le tutoiement te gêne, dis le moi) dis : « Oui les enfants – et les parents – peuvent souffrir énormément d’une éducation non violente mal comprise, je le vois malheureusement régulièrement dans ma pratique professionnelle. Je ne peux qu’être d’accord avec les anti-éducation non violente sur ce point…peux tu donner un ou deux exemples concrets d’éducation non violente mal comprise car des fois je me demande si je ne fais pas fausse route et j’aimerais que tu m’éclaires (mes enfants ont 4 ans et 22 mois). Merci.

    • Ce que je vois le plus fréquemment, c’est que les parents essaient de supprimer les émotions désagréables : l’enfant ne doit pas pleurer – ou le moins possible. S’il crie, pleure, fait des crises, c’est considéré comme le signe qu’il y a un pb et les solutions sont souvent de pallier à la situation, consoler, atténuer l’émotion désagréable.
      Ce faisant, l’enfant risque de ne pas apprendre à gérer les émotions désagréables et finit par en avoir peur et donc être angoissé.

      Autre risque : utiliser ses propres émotions d’adulte – au travers de formulation comme « j’ai peur que … » ou « je suis triste que … » – comme des moyens de pression sur l’enfant. Il est parfois important que l’enfant comprenne nos motivations pour agir de telle ou telle manière mais ce n’est pas à l’enfant de gérer nos émotions.

      • En ce qui concerne le premier point, pas de problème ! pour le deuxième…comment faire alors, je croyais que par exemple quand son enfant avait quelque chose qui lui avait fait peur (ex : il a traversé sans regarder…cela ne m’est jamais arrivé, mais je pensais qu’il était préférable de dire « j’ai eu très peur que… »)…je suis hors sujet dans mon exemple ? peux tu donner un autre exemple illustrant ton propos ?

        • Oui, le « j’ai eu très peur que … » est une explication qui mérite d’être donnée. Elle peut être une explication – et non une excuse – au fait que nous nous sommes fâchés ou que nous avons crier par exemple.
          Mais elle reste une explication, non un moyen de pression. Elle est généralement suivie d’un « la prochaine fois, tu peux t’arrêter au coin de la rue ou me tenir la main pour traverser. » en restant réaliste sur le fait que l’enfant petit aura certainement besoin qu’on continue à le tenir par la main et qu’il ne parviendra sans doute pas obéir du premier coup.

          Je me souviens d’un autre exemple qui peut être parlant : un enfant qui ne mange pas. Les parents disent « je suis triste que tu n’aies pas mangé, je suis déçu d’avoir passé tout ce temps à préparer » dans l’intention que cela fera manger l’enfant. C’est ce qui coince. Si on dit « je suis déçu d’avoir passé tout ce temps à préparer, la prochaine fois je me casserai moins la tête » par exemple, c’est différent : c’est exprimé non dans le sens de faire pression sur l’enfant pour obtenir un résultat mais simplement pour soi-même d’une certaine manière, simplement pour illustrer à l’enfant qu’on va faire différemment la fois suivante pour s’éviter d’être déçu et pour montrer comment on gère sa déception.

          Je ne sais pas si c’est plus clair comme cela ?

          • Heuuu….finalement c’est pas si clair que ça pour moi…j’ai bien compris que l’enfant n’avait pas à prendre en charge nos émotions mais il me semblait qu’il était important de leur dire ce que cela nous faisait, j’avais vu par exemple une vidéo d’une dame qui expliquait par exemple qu’elle offrait des livres à une petite fille et ces livres disparaissaient toujours, alors elle lui a dit « ça me rend triste, parce que j’aime bien lire des livres avec toi etc etc »…comment communiquer sur nos sentiments dans en faire un moyen de pression ?

  5. Merci, merci, merci

    Non seulement pour cet article, mais aussi pour tous vos articles sur l’éducation – sans vous la vie avec mon fils serait un conflit permanent je crois 🙂
    Est ce que vous faites des formations dans les écoles et services périscolaires ? (je voudrais offrir une formation à l’équipe périsco de l’école, cela aiderait mon fils et cela les aiderait aussi beaucoup … )
    Ou bien nous faire un petit article sur « comment gérer l’incompréhension de nos enfants face au système éducatif des institutions » mon fils ne comprend jamais quand il est puni ni pourquoi, il n’est pas écouté par l’équipe éducative (j’essaie de lui faire comprendre qu’il a « acquis » une étiquette, et que les adultes ne se basent pas sur les faits réels pour punir, mais beaucoup sur l’étiquette).
    J’ai l’impression qu’il vit dans un sentiment d’injustice permanent

    • Merci 🙂
      Je fais effectivement des formations pour différents types de publics en contact avec les enfants. Vous les trouverez ici – http://scommc.fr/formations-professionnelles/ – mais je fais aussi du sur mesure selon la demande des équipes ainsi que de l’analyse de pratiques professionnelles.

      Je note de faire un article sur l’incompréhension des punitions 🙂 (ou même plusieurs :-D) !

  6. On parle d’autorité dans l’env mais face a l autorité en général quelles sont les postures qu’on peut adopter :
    – se soumettre délibérément
    – se soumettre par la force/contrainte
    – se rebeller
    Comment un enfant peut il s y soumettre délibérément sans être passé au moins une fois par la case rapport de force (qui induit donc contrainte et violence)?
    A moins d être dans la négociation/explication et dans ce cas on est plus dans l autorité mais la coopération…
    L exercice du libre arbitre en terme de soumission délibérée n’est pas possible a un enfant en bas âge qui est soumis à ses émotions (du fait des caractéristiques de son cerveau en maturation) donc comment les parents vont il exercer sur lui leur « autorité » si ce n est par la violence ou par la manipulation (positive/négative avec menaces chantages punitions récompenses).
    J’aimerais donc comprendre compte tenu de ces éléments comment on peut rester dans la non violence/bienveillance et l’exercice de l autorité… Personnellement ça me paraît complètement antinomique ou alors ce que certains appellent de l’autorite pour ne pas perdre la face dans « le rôle du parent » n’est autre que de la coopération/accompagnement mais dans ce cas là assumons 🙂

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