gérer la violence d'un enfant sans s'énerver : quand l'enfant insulte, crie, tapeLes situations où la violence se manifeste – verbalement ou physiquement – sont relativement courantes.
Avec les enfants, ces situations sont très souvent traitées comme de la colère ou comme de l’opposition ou de la rébellion.

Or je constate, au travers de mon expérience professionnelle aussi bien que personnelle, que nous nous trompons souvent très largement sur l’interprétation à donner à ces actes. Et cette confusion tragique nous amène à réagir de façon inefficace pour la relation et pour les apprentissages émotionnels des enfants.

Il s’est passé il y a quelques jours chez nous une scène qui est éclairante à ce sujet et j’ai décidé de vous la relater le plus fidèlement possible en vous mentionnant aussi ce qui se passe pour moi, dans ma tête et ce qui m’aide à gérer de façon constructive.

gérer la violence d’un enfant sans s’énerver : La situation où l’enfant est violent et utilise le chantage affectif

Depuis quelques jours, mes enfants ont demandé un jeu pour la tablette. C’est un jeu payant, relativement cher, que je connaissais pas. Je leur ai expliqué que j’allais me renseigner et prendre le temps de réfléchir et que je leur donnerai ma réponse d’ici quelques jours. Après renseignement, c’est un jeu qui a l’air intéressant avec de la réflexion et de la construction, pas un jeu de bagarre sans fins. J’ai donc décidé de l’acheter, je leur ai dit que c’était OK et que je l’installerai sur la tablette dès que j’aurai le temps.

Nous sommes au petit déjeûner. Mes enfants se sont levés et habillés avant de nous rejoindre. Quand il arrive, mon fils annonce qu’il n’a pas faim et qu’il ne prendra pas de petit déjeuner.

niveau émotionnel : normal. C’est OK pour moi, je les laisse libres de gérer leur faim et leur satiété comme ils le veulent

Il se dirige alors vers la tablette et l’allume.

Niveau émotionnel : toujours normal. C’est OK pour moi, il est habillé et a préparé son sac et son goûter pour le soir à la garderie

Soudain il revient vers moi alors que je suis en train de prendre mon petit déjeûner :

Mon fils : – T’as pas téléchargé le jeu ?

Niveau émotionnel : je viens de cocher la première case de ma carte de fidélité. Je réalise alors qu’il a refusé de déjeûner pour jouer plus longtemps et ça m’agace. Mon agacement me donne envie de l’envoyer paitre avec son jeu. Je décide de lui exprimer ce que je ressens.

Moi : – Non, pas encore. Ca ne me plait pas du tout que tu refuses de manger pour jouer, je te l’ai déjà dit.

Mon fils : – je m’en fous de ce que tu penses ! Je fais ce que je veux. T’es méchante !

Niveau émotionnel : je coche encore une case. Mon agacement monte d’un cran. Je peux comprendre qu’il ait envie de jouer mais je ne peux pas accepter qu’il me parle comme ça … et surtout JE VEUX FINIR MON PETIT DEJEUNER TRANQUILLE. Je décide de le recadrer.

Moi : -Tu as le droit d’être fâché contre moi mais pas de me parler comme ça. Maintenant je suis énervée et je veux finir mon petit déjeûner tranquille;

Mon fils : – Je vais te tuer !!!

Niveau émotionnel : là, je ne monte pas d’un cran car je commence à m’inquiéter. Je suis encore agacée mais aussi inquiète. Je sais que ces mots violents ne sont pas le reflet de sa pensée mais l’expression de son émotion. Je peux parfaitement comprendre qu’il ne soit pas content. Mais il me semble important qu’il comprenne qu’il ne peut pas me le dire de cette façon. Comme le dit Haim G. Ginott « tous les sentiment sont légitimes, tous les actes ne sont pas acceptables. » Je décide donc simplement de lui faire comprendre que ce n’est pas la bonne façon de s’y prendre pour me convaincre.

Moi : – Je ne crois pas que ce soit une bonne façon de me convaincre d’installer le jeu maintenant.

Mon fils : – Puisque c’est ça, je vais prendre un couteau et je vais me faire mal.

Mes voyants sont au rouge : le chantage affectif est INACCEPTABLE pour moi ! C’est une attitude qui est nuisible dans toutes les relations. Je refuse de rentrer dans ce jeu.

Moi : – Le chantage ça ne marche pas avec moi. Là tu es en train d’essayer de me faire peur pour que je fasse ce que tu veux, ce n’est pas possible et je ne rentrerai pas dans ce jeu.

Mon fils : – Et ben je vais aller dans ma chambre, et je ne mangerai plus jamais. Je vais me laisser mourir de faim !

Encore du chantage affectif ! Mais là encore, ça ne fait pas monter mon agacement mais mon inquiétude. Je suis partagée entre 2 craintes : je ne veux pas rentrer dans le chantage pour ne pas lui laisser croire que c’est une attitude qui peut fonctionner. Je ne peux donc pas lui montrer que je suis donne du crédit à ce qu’il dit. Mais je ne peux pas non plus faire comme si ça n’avait aucune importance car ce serait lui envoyer le message qu’il n’est pas important pour moi et que je me fiche qu’il se laisse mourir de faim.

Je décide donc de recadrer l’inefficacité de sa tentative tout en lui montrant qu’il est important pour moi.

Mais je commence à me dire plus clairement qu’il y a quelque chose que je ne comprends pas dans cette situation et que je dois y réfléchir si je veux nous sortir de là. Sinon ça va mal finir. Parce que oui, gérer la violence d’un enfant sans s’énerver demande des ressources personnelles dans lesquelles je dois puise.

Moi : – Tu sais que je ne te laisserai pas faire ça. S’il le faut, je t’emmènerai à l’hôpital et ils te nourriront avec un tuyau. Je ne peux pas te laisser mourir. Mais je n’installerai pas le jeu parce que tu me fais peur avec tes menaces.

Alors mon fils fait mine de me taper. Il lève le poing vers moi et tape dans le vide dans ma direction, sans me toucher.

ALERTE ROUGE pour moi !!! Violence = impuissance ! Mon fils est en train d’essayer de me dire quelque chose mais je n’ai pas trouvé quoi et il n’arrive pas à le verbaliser.

C’est son impuissance qui le conduit à être violent.

Je me demande quelle est l’émotion qu’il n’arrive pas à gérer dans cette situation. C’est là où nous reformulons généralement de la colère. Alors qu’en réalité, il s’agit rarement de ça mais plus souvent de peur ou de tristesse. Dans ce cas, il me semble que c’est la tristesse qui serait la plus logique : il voulait le jeu et doit y renoncer. Je choisis de cesser toute tentative pour recadrer le comportement et de me concentrer sur l’émotion.

Moi : – Tu dois être vraiment triste pour me avoir envie de faire tout ça.

Il se calme et se frotte les yeux, il a visiblement envie de pleurer mais se retient.

Mes voyants émotionnels commencent à s’éteindre : j’ai touché juste, je le vois à son attitude. Il n’est plus dans la violence.

Moi : – Tu voulais vraiment ce jeu et c’est dur de ne pas l’avoir.

Mon fils : – Dodo … (dans son langage, cela veut dire qu’il veut venir sur mes genoux et se faire câliner dans mes bras en position semi-allongée comme un bébé en position de têter)

Je suis soulagée : il est complètement sorti de la violence et accepte le contact physique. Nous allons pouvoir parler. Son ballon émotionnel s’est dégonflé.

Une fois sur mes genoux je lui demande si je peux lui parler, il hoche la tête en silence.

Moi : – Je sais que la tristesse, ça fait très mal à l’intérieur. Elle te fait mal où ta tristesse ?

Il me montre son ventre.

Moi : – OK. Quand on a mal comme ça, on a envie de taper ou de faire mal pour faire partir cette douleur à l’intérieur de soi parce qu’on ne sait pas comment la faire partir autrement. Cette grosse boule dans ton ventre, ta tristesse, elle montre que ce jeu est très important pour toi et que tu en as très envie. C’est ça ?

Mon fils : – Oui.

Moi : – Alors si tu as très envie de ce jeu, il est important que tu comprennes comment faire pour l’obtenir plus facilement. Est-ce que tu sais comment ça se passe pour moi par rapport à ce jeu ?

Mon fils : – Non

Moi : – Alors je vais t’expliquer : ça m’inquiète. Toi et ta soeur vous vous entendez très bien. Les seuls moments où vous vous disputez, c’est à propos des écrans. Et je n’aime pas ça. Quand on vous demande des choses, vous ne nous écoutez plus quand vous êtes sur les écrans. On doit répéter plusieurs fois la même chose, vous râlez quand on vous demande d’arrêter. C’est fatigant. Et quand je te vois refuser de manger ton petit dejeûner pour aller jouer, ça m’inquiète encore plus. J’ai peur que tu te fasses du mal en jouant à ces jeux. Donc j’ai peur. Et j’ai besoin de sentir que je peux vous faire confiance par rapport à la façon dont vous allez vous en servir.

Après un temps de silence, il se redresse et dit avec un sourire timide :

Mon fils : – Tu peux me servir du thé maman s’il te plait ?

Moi : – oui mon chéri :-)

Mon fils : – Et pour le jeu, tu me diras ce soir ?

Moi : – Oui, d’accord.

Et il a pris son petit déjeûner dans le calme, sans reparler de ce jeu.

3 points clés à garder en tête pour rester bienveillant avec les enfants dans des situations difficiles et gérer la violence d’un enfant sans s’énerver

Ces quelques outils peuvent vous aider à vous énerver moins vite et à garder une attitude plus constructive dans les moments de crise.

  • Point n°1 : Surveiller sa carte de fidélité

Cela implique d’être attentif aux signes de tension qui montrent que nous sommes en train de monter dans l’émotion. Ces signes peuvent être physiques : poings qui se serrent, mâchoires ou épaules crispées, etc. Ils peuvent aussi être simplement psychiques : des pensées du genre « rha mais ras le bol de ce gosse ! », « mais il ne va pas me foutre la paix ! », « il ne lâche donc jamais !!! », etc. Ces pensées peuvent même étre parfois verbalisées de façon directe.

Surveiller ces tensions permet de mieux identifier le point de non retour. Si nous attendons trop, nous allons nous-même devenir violent – verbalement ou physiquement – pour faire cesser notre inconfort.

  • Point n°2 : Garder en tête que violence = impuissance

Lorsque nous montons en tension, c’est le signe que nous sommes en train de nous épuiser à faire quelque chose qui ne fonctionne pas.

C’est à ce moment-là qu’il est primordial de s’arrêter et de prendre le temps de voir les choses autrement. Sinon nous allons immanquablement devenir violent en nous laissant prendre dans le cercle vicieux du conflit de pouvoir. Il est donc temps de lâcher prise, ce qui ne signifie pas abandonner mais simplement essayer de voir le problème différemment. Notre violence potentielle montre que nous nous y prenons mal pour résoudre le problème. Et la violence de l’enfant montre qu’il s’y prend mal pour gérer son émotion.

  • Point n°3 : Voir le problème autrement

Lorsque nous avons essayé de faire comprendre quelque chose à l’enfant – comme je l’ai fait au départ pour qu’il cesse son comportement inacceptable de chantage – et que ça ne marche pas, poursuivre les efforts sera voué à l’échec. Il s’agit alors de se demander ce qui bloque l’enfant et qui l’empêche d’accéder à ce que nous lui demandons. Aborder ce blocage sous l’angle émotionnel est généralement très efficace.

Edition de l’article au 5 mars 2015 : gérer la violence d’un enfant sans s’énerver, le résultat

Pour tous les sceptiques de cette approche, pour ceux et celles qui pensent qu’il y a un problème relationnel entre mon fils et moi ou pour ceux qui auraient des doutes sur l’efficacité de l’approche que j’utilise, voici ce que mes enfants ont fait spontanément 2 jours après cette scène (ma fille assistait à la scène décrite plus haut) :

gérer la violence d'un enfant sans s'énerver : grille repartition temps de jeu sur ipad

Il s’agit d’une grille de réparation des moments de jeu sur la tablette pour éviter les conflits et mieux gérer. Les lettres Y et V sont les initiales des prénoms de mes enfants. Ils se sont attribués des temps chacun matin, après-midi (quand il n’y a pas école) et soir en respectant une alternance. Ils s’étaient mis 1 minute de temps de jeu mais je leur ai dit que c’était trop court, alors on est passé à 10 mn chacun à chaque fois.

Ils ont fait cela tous les 2 un matin avant de partir à l’école, sans m’en parler avant. Ils m’ont simplement montré la feuille terminée en me disant « voilà comment on va gérer maintenant ».

C’est pour moi la plus belle preuve qu’ils ont compris quel était le problème et qu’ils ont cherché seuls des solutions pour gérer les choses d’une façon qui soit acceptable par tous.

Gérer la violence d’un enfant sans s’énerver : Quelques ressources pour aller plus loin

Sur ce blog :

Quelques livres :


Photo Credit: Sharon Drummond via Compfight cc

  1. Impressionné par ce partage Sandrine !

    C’est du vécu, du vrai, de la-vie-de-tous-les-jours pas du facebook (où tout va toujours très bien). 😉

    Merci infiniment pour ce témoignage qui va aider beaucoup de parents (dont moi) à se sentir moins seuls ou désarmés face à certaines attitudes de leurs enfants… :)

  2. merci pour ce message qui m’eclaire….. »notre violence potentielle montre que nous nous y prenons mal » ..ca ne sert a rien de s’enteter dans une explication qui ne marche pas. merci pour ces remises en question constructives….

  3. Eh bien, ça fait super résonnance chez moi ça… si les mots ne sont pas les mêmes, les situations sont quasi similaires, avec aussi des mots comme « tues-moi », qui pourraient sembler extrêmement effrayants… et des mouvements de violence parfois, lancé dans l’air, sans spécialement chercher à les faire vraiment, mais qui expriment quelque chose d’intense.

    Par contre, je n’ai encore jamais pensé à analyser ça de cette façon. Merci donc pour ce partage, qui va m’aider à garder mes sens en éveil pour détecter l’émotion juste derrière le comportement de mon Granloulou :)

  4. Marie-Laure di Mango a dit :

    Je demande le lien pour acheter ce merveilleux logiciel qui te permet en direct d’analyser et d’être ultra réactive pour réajuster ton comportement et ton discours. WAouh! Je me dis que c’est simplement possible: et l’enfant qui dit de tels propos, et la maman qui arrive à ponctuer la situation avec un gros câlin… Merci en effet pour ce partage!

    • Merci Marie Laure :-).
      Je ne crois pas avoir un logiciel particulier mais avoir un point de vue interactionnel et contextuel – toujours se demander ce qui rend logique un comportement dans le contexte et la façon dont moi je me comporte – ça aide beaucoup.

      Et bien connaître les émotions aussi :-).

  5. pardonnez mon étonnement mais j’ai l’impression qu’u amalgame est fait entre la bienveillance et l’absence d’éducation …. mon enfant me parlerait ainsi je ne pourrai garder mon calme de cette manière, ou alors tout simplement j’en ferai un sociopathe car je doute que la société soit si bienveillante ….

    • Le pb dans cette situation est que l’enfant sait parfaitement que ce qu’il fait n’est pas acceptable. Mais son état émotionnel l’empêche d’avoir l’attitude qui serait acceptable. Il le dit clairement ensuite à froid : il n’aime pas ce qu’il a fait quand il s’est énervé, il se trouve « méchant ». Inutile donc d’en rajouter une couche alors qu’il sait ce qu’on attend de lui.
      S’il n’y arrive pas, c’est que ça bloque à un autre niveau.

      Je pense donc au contraire l’éduquer de la meilleure manière qui soit en lui permettant de comprendre son fonctionnement émotionnel ce qui lui permet de se maîtriser beaucoup plus facilement.
      Là aussi il met des mots dessus quand il arrive – la plupart du temps – à comprendre et à gérer son émotion de façon constructive.

      Si je ne faisais pas ce travail émotionnel je le laisserai gérer seul des émotions très fortes qu’il n’est pas en capacité de gérer. Ce ne serait pas l’éduquer pour moi mais tout l’inverse : le mettre en situation d’échec et renforcer le pb.

    • PS : un sociopathe est généralement qq qui est déconnecté de ses émotions qui sont d’excellents guidés pour la relation sociale.
      Éduquer un enfant sans tenir compte de ses émotions c’est prendre le risque de le rendre sociopathe pour moi.

  6. Bravo Sandrine ! Il m’arrive parfois ce genre de situations, où tout mon savoir et ma bienveillance sont mis à rude épreuve. Quand j’arrive à désamorcer ces situations, je me sens personnellement très « aidante » envers mon enfant et je savoure ces victoires, car je sais, que le résultat aurait pu être tout autre… C’est à la suite de ses situations, que je me dis que j’ai fait le bon choix, celle d’éduquer dans le respect et la bienveillance. On finit toujours par en reparler « à froid », pour que ça serve dans l’avenir, et on trouve ensemble des solutions, des compromis.
    Ce qui me choque parfois, c’est le regard extérieur, de mon mari parfois, qui aurait tendance à prendre ma défense alors que je n’en ai pas besoin, en disant à mon fils un truc du style  »Nan mais, comment tu parles à ta mère ?! » et là c’est menace « J’te préviens… » ou autre veo. Dur dur. Le regard des gens aussi : »T’as vu comme il te parle ? moi, si c’était le mien patatipatata… » sous entendu : un manque de respect, alors que je sais bien que tout cela n’est qu’une affaire d’émotions, et que passée la crise, l’amour sera bien présent, et encore plus, car mon enfant se sentira apaisé, compris et respecté dans ce qu’il vit.
    Avez-vous déjà écrit qqchose sur le respect ? ou le prétendu « manque de respect », quand la parole (le geste parfois) dépasse la pensée, quand les émotions débordent l’enfant ?

  7. J’ai édité l’article afin d’ajouter la grille de répartition des temps de jeu sur la tablette que mes enfants ont réalisé spontanément 2 jours après cette scène.

    Je pense que c’est la meilleure réponse au scepticisme que pouvait susciter mon approche.

  8. Merci pour cet article concret!
    Je suis dans une démarche de bienveillance parfois j’arrive à désamorcer mais parfois, par impuissance, je ne trouve plus de solution à son agressivité/ »rebellion »et même si je sais que ça n’est qu’une façade, c’est parfois difficile de ne pas s’énerver (fatigue aidant). Je vais m’efforcer de persévérer…

  9. Merci pour ce témoignage,
    Faudrait lui apprendre la frustration à cet enfant car il va être malheureux dans la société. Déjà, une tablette c’est pas à disposition, on demande l’autorisation à ses parents (risque d’addiction). Un petit déjeuner avant de partir à l’école, c’est essentiel pour commencer sa journée (risque d’hypo, manque de concentration etc…). Chacun ses bases. Je me pose des questions de ce que cet enfant doit donner à l’école parmi 30 élèves. Il y a des règles dans la société. Et on ne parle pas comme ça à sa maman qui fait tout pour lui. Si mes filles me répondaient comme cela je me dirais que j’ai échoué dans leur éducation de base et je ne suis pas adepte aux claques et à la fessée ni à rabaisser mes enfants…

    • Faudrait lui apprendre la frustration

      Oui c’est précisément ce que je fais dans cette scène au cas où vous ne l’auriez pas compris : je lui apprends des compétences émotionnelles – mettre des mots sur son émotion, reconnaitre ce qu’elle nous dit sur nous – pour lui apprendre à mieux la gérer. Je ne le laisse pas seul face à son émotion, ce qui aurait pour effet de l’angoisser. Et je ne le recadre pas violemment car ses mots et ses comportements ne sont que l’expression de l’émotion qu’il n’arrive pas à gérer et non le signe d’une mauvaise éducation.

      Si mes filles me répondaient comme cela je me dirais que j’ai échoué dans leur éducation de base

      Et bien ce n’est pas ce que je me dis. Je me dis juste que mon enfant doit être bien mal émotionnellement pour en arriver là tout simplement 😉 … Et visiblement ça marche puisque mon enfant se calme et trouve même des solutions ensuite pour gérer les problèmes dont je lui ai fait part.

      Imaginez-vous vraiment qu’une scène de 5 minutes vous permet de juger de la personnalité et de l’éducation d’un enfant ?
      Si c’est votre cas, grand bien vous en fasse. Pour ma part, je ne me permettrai absolument pas de juger de l’éducation que vous donnez à vos enfants sur une base aussi maigre …

      PS : merci de vous inquiéter pour lui mais cet enfant n’a absolument aucun problème à l’école, ni scolairement, ni dans ses relations avec ses enseignants ou ses camarades … Au contraire :-)

      PS 2 : Ce que je fais pour mes enfants n’est pas conditionné à leur bon ou à leur mauvais comportement. Donc ils n’ont pas à « bien » se comporter – ou à bien me parler – pour obtenir mon amour. Et j’espère bien qu’ils en auront conscience toute leur vie – que l’amour est inconditionnel, qu’ils sont aimés pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils font – ce qui leur évitera, je l’espère, de tomber dans la dépendance affective une fois devenus adultes.

      • Christelle a dit :

        Je te remercie de ton témoignage, moi qui suis dans le même cas et avant avec son grand frère cela me donne effectivement une visualisation de mes situations différentes et vont me permettre de mieux répliquer avec du calme et juste pour dire ce n est pas de la mauvaise éducation’ car mes enfants savent dire bonjour au-revoir bonne nuit extera c est tout simplement des enfants qui sont très émotif et qui ne savent pas mettre des mots sur leur douleur ou émotion je leur ai donne une bonne éducation mais la vie a ses haut et bas qui joue sur leur humeur comme les votres vous êtes vous déjà retrouve dans une situation de nervosité par fatigue ( je suis fatigue tout m énerve tout m échappe) voilà c est analyse mais les enfants on pas forcément cette facilite d analysé leur émotion en tout cas merci a vous

      • Bonsoir,

        Merci pour cet article. Je trouve que c’est une bonne idée d’avoir mélanger ce qu’a fait l’enfant et votre état d’esprit à chaque étape.
        Je souhaitais réagir sur votre ps2 : vous dites que l’amour est inconditionnel et que les enfants seront aimés pour ce qu’ils sont et non pas pour ce qu’ils font, mais ce qu’ils font fait partie aussi de eux donc j’ai un peu de mal à comprendre la dissociation des deux. Pourriez vous m’éclairer sur ce point ? Merci

        • Ce que nous faisons est le résultat d’un processus. Il nous arrive à tous, sous le coup d’une impulsion ou d’une émotion de faire, quelque chose qui n’est pas « bien ». Nous le réalisons après coup, parfois même pendant mais sans parvenir à nous empêcher de le faire : hurler sur nos enfants, insulter quelqu’un, grignoter des bonbons alors que nous voulons faire attention à notre ligne, …
          C’est ce que vivent les enfants quotidiennement : à partir de 15/18 mois, ils ont généralement conscience de ce qui est « bien » ou « mal » – en tout cas de ce qui est accepté ou pas par leur entourage. Ce qu’ils vivent, c’est qu’ils n’arrivent pas à maitriser leurs impulsions. Et donc ils agissent d’une façon inacceptable sans arriver à s’en empêcher.
          Leurs actes sont donc la conséquence d’un processus émotionnel mal maitrisé. Leurs actes ne font pas partie d’eux : ils ne sont que le résultat. La façon dont ils gèrent leurs émotions fait partie d’eux et peut être apprise et modifiée pour changer les actes.
          Si on ne change rien au processus émotionnel, on ne peut pas changer les actes.
          Ce qui fait partie de nous, enfants comme adultes, c’est le processus émotionnel, non les actes.

  10. Je suis étonnée de voir les réactions de scepticisme quand on voit le dénouement de la situation. Je pense que vos enfants ont bien de la chance. Et je suis également admirative de votre capacité à analyser la situation aussi rapidement pour y répondre de façon adéquate !

    Mon fils de 3 ans a souvent des réactions violentes où il nous frappe (je me suis retrouvé avec un oeil au beurre noir à cause d’un coup de tête !!!), surtout pour les dodos. J’ai eu honte de dire ce qu’il s’était vraiment passé (j’ai dit que c’était en jouant…)…
    Je vois venir les moments où la situation va déraper pour lui. J’essaye de réagir calmement et sans retour de violence mais c’est souvent difficile tant je suis alors submergée par la colère (et j’ai souvent des gestes violents que je regrette immédiatement). J’essaye de comprendre ce qu’il se passe pour lui (surtout que c’est toujours dans les mêmes situations) et de l’aider à s’exprimer autrement mais en vain pour le moment alors qu’il est capable de s’exprimer très bien avec la parole… Le fait qu’il soit également violent avec un enfant qui lui prendrait ses affaires par exemple, est également très problématique et j’ai bien du mal à réagir de façon bienveillante et à lui faire comprendre qu’il doit s’exprimer autrement (pourtant, lorsqu’on en parle par la suite, il sait très bien me dire pourquoi il a eu cette réaction). D’autant que je ne comprends pas cette réaction car nous n’avons jamais levé la main sur lui.

    Merci pour ce témoignage.

  11. Bonjour.

    Je suis atterré par cet article. Pour plusieurs raisons mais principalement parce que si mon petit m’avait parlé de la sorte, je pense que mes mains auraient parlé avant mon coeur. Heureusement, il est encore tout petit et cette situation ne s’est pour le moment pas présentée. Pour être exact et franc, je suis atterré par la réaction que j’aurai pu avoir. Ce témoignage m’a ouvert les yeux et m’a montré que ma réaction primaire aurait été inapropriée voir pire. Alors merci de me proposer de nouvelles pistes et façons d’envisager les choses sans violences et le plus rationnellement possible.
    Pour résumer, merci car je ne lèverai pas la main sur mon petit si une telle situation se produit un jour.
    Ps moi aussi je téléchargeai bien ce logiciel d’annalyse en temps réel 😉

    • merci … et je crois que mon premier livre aura pour thème les petites et grandes colères du quotidien avec les enfants 😉 (peut-être vous permettra-t-il d’avoir un petit bout du logiciel, si tant est qu’il existe :-) …)

  12. Dominique a dit :

    violence = impuissance : je crois que c’est ce qui me frappe le plus et qui peut le plus m’aider :
    effectivement, être sensible seulement à la violence met toute mon attention sur moi, et est donc une perte de lien avec mon enfant, alors que la traduction que cette violence signifie impuissance renverse l’attention vers l’autre, et doit m’aider à rechercher comment l’aider lui, au lieu de m’occuper de moi.
    merci !
    j’ai lu quelques commentaires, et je suis d’accord (si j’ai bien compris !) que quand un enfant manifeste un comportement inapproprié, c’est qu’il n’a pas été capable de s’y laisser entraîner : à nous de l’aider, et pas de le sanctionner / critiquer / juger
    mais c’est plus facile à dire qu’à faire !

  13. Merci pour cette magnifique illustration, qui concrétise la théorie de la bienveillance : toutes les lectures à ce sujet ne remplaceront pas les exemples de bonne pratique, bien plus parlantes et bien plus aidantes au quotidien !

    Comme pour Dominique, c’est violence = impuissance que j’ai affiché chez moi et que je tente de garder en mémoire, autant pour les enfants que pour moi… et les autres adultes !

    D’ailleurs, J’ai eu du mal à trouver ce qui freinait dans ma pratique, et je viens de tilter en lisant les commentaires :

    « Ce que je fais pour mes enfants n’est pas conditionné à leur bon ou à leur mauvais comportement. Donc ils n’ont pas à « bien » se comporter – ou à bien me parler – pour obtenir mon amour. Et j’espère bien qu’ils en auront conscience toute leur vie – que l’amour est inconditionnel, qu’ils sont aimés pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils font – ce qui leur évitera, je l’espère, de tomber dans la dépendance affective une fois devenus adultes. »
    En théorie, je suis 100% d’accord… sauf que pour les enfants en bas-âge, leur dire qu’on les aime alors qu’on est en colère, ça ne sert à rien ! Pour eux, il n’y a pas d’amour dans l’absolu, il n’y a que des preuves d’amour. Quand on est fâché, ils le ressentent comme un rejet affectif, d’où l’importance de la re-connection après une dispute.

    Or je n’arrive pas à être à la fois à l’écoute de mes émotions ET bienveillante envers mes filles.

    Quand je ressens de la colère, je ne parviens pas à la cacher, et pour être honnête je ne le souhaite pas : j’ai le droit de m’exprimer autant qu’elles ! Violence = impuissance, pour moi comme pour mes filles ! (même si moi je ne donne pas des coups de pied, ne pince pas, ne détruit pas la construction de l’autre, évidemment).
    Or à leur niveau, elles le prennent forcément comme un rejet, un manque d’amour.

    Ça coince donc au quotidien, et c’est autant le cas avec des adultes qu’avec des enfants, d’ailleurs : combien de couple se déchirent autour des tâches domestiques, par exemple ?

    J’en conclue que si l’amour est inconditionnel en théorie, c’est à dire non conditionné par des actes*, les actes sont des preuves d’amour… ou de mépris, ou en tout cas ils sont ressentis comme tels.

    Dès lors, comment concilier l’harmonie personnelle (donc l’expression des émotions ressenties) et son désir de bienveillance ?

    * pour les enfants mais pas pour son conjoint ? Voir tes articles sur le désir… Bizarre, non ?

    • je n’arrive pas à être à la fois à l’écoute de mes émotions ET bienveillante envers mes filles.

      Quand je ressens de la colère, je ne parviens pas à la cacher, et pour être honnête je ne le souhaite pas : j’ai le droit de m’exprimer autant qu’elles !

      Peut-être y a-t-il confusion entre votre besoin et votre stratégie pour l’atteindre :-).
      Quand je suis « en colère » – je préfère dire « quand je me sens impuissante » – j’ai besoin de prendre du recul pour être plus efficace et pour me sentir moins impuissante, ce qui va calmer ma « rage ». Je n’ai pas forcément besoin de le dire ou de le montrer à l’autre. Montrer à l’autre, exprimer est une stratégie pour se sentir moins frustré qui n’est pas toujours efficace.

      Donc quand je suis en rage, j’assume la responsabilité de ma rage : « Toi et moi, on est en train de partir sur un mauvais chemin. Si je continue, je vais faire ou dire des choses méchantes pour toi et je ne le veux pas. Je vais me calmer et réfléchir. On en reparle tout à l’heure. »
      Pour moi, c’est la plus belle preuve d’amour : être capable de suffisamment de maitrise pour m’empêcher de faire/dire des choses désagréables à l’autre. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne règle pas les problèmes mais on le fait au calme, de façon constructive et dans le respect.

      je ne sais pas si je suis claire mais je n’ai pas trop le temps d’approfondir.

  14. charlotte a dit :

    Je n’aime pas, j’adore! Quel âge ont les enfants ? Je vais faire lire cet article au papa qui essaie de me suivre ds cette voie, mais qui n’a pas le temps que j’ai pour se remettre autant en question que moi et qui me fais confiance pour lui prémâcher le travail :) Si seulement ce type d’éducation était plus systématique dans les écoles et les adultes + formés à ce genre de réflexion et de réflexes, peut-être que cela entrerait-il plus facilement ds toutes les maisons??

  15. Merci. Vraiment.
    Cet article me conforte à 5000000% dans mes choix d’éducation, dans ma manière d’agir avec mon fils, dans mon envie de faire avec lui….
    Il a 3 ans et demi et est en pleine phase de rejet, de « non », à vouloir taper des fois lorsqu’il est frustré ou pas content parce qu’il ne sait pas comment gérer cette émotion autrement… Je l’entoure et l’accompagne du mieux possible tout en me documentant, grâce à cet article entre autre, afin de tenter de gérer ce type de crise.

    Encore merci. Grâce à vous j’arriverai, peut être, à gérer et à comprendre mon enfant si un jour le même type de scène a lieu chez moi

  16. merci pour ce partage, mon fils n’en est pas encore à l’âge de la tablette, il a 2 ans mais j’ai déjà assisté à son désespoir qu’il a manifesté par des cris, de la colère… J’en ai complètement chamboulée et désemparée!
    Tu as trouvé un très bon mécanisme… Qui permet avant tout de chercher à savoir ce qui se passe émotionnellement, chez nous et chez l’enfant! Merci

  17. Merci pour cet article !!!
    je suis beaucoup dans la discussion des émotions avec mon fils mais cet article m’éclaire sur son rapport violent avec son entourage. Je n’avais pas pris conscience que l’intensité émotionnel pouvez l’amener à sa violence. Je pense que je vais être plus attentive aux signes de tension et mettre des cases d’alertes dans ma tête.
    Merci beaucoup je me sentais dans une impasse dans une période très riche en émotions dans notre foyer.

  18. je viens de découvrir ce blog…en surfant d’un article à l’autre je trouve plein de choses intéressantes qui me rappellent les problèmes avec mon fils. Un enfant « Ferrari » sans aucun doute. Bref, je suis prête à adhérer jusqu’à…cette histoire de tablette. N’est-ce pas tout simplement là le fond du problème? J’ai 1000 fois constaté que mon fils est dix fois plus irritable, violent, insatisfait quand il passe du temps sur sa tablette ou sa console de jeu portable. Il suffit de lui supprimer pendant une période pour se rendre compte du changement (personnellement je lui supprimerais bien définitivement mais mon mari cède toujours). Cela dit j’ai supprimé la télé le matin quand mon fils est entré au CP et il est hors de question qu’il regarde un quelconque autre écran avant d’aller à l’école. Bref, tout ça pour dire que je m’interroge…toutes ces stratégies de communication avec son enfant sont-elles pertinentes quand il suffirait peut-être simplement de supprimer les écrans?

    • Je ne crois pas que le problème vienne des écrans … mais de la frustration.
      Si, les premiers jours, l’enfant est plus calme, ce n’est pas à cause de moins d’écrans : c’est parce qu’il (re)découvre d’autres activités. Passé ce premier moment, la frustration exprimée sera la même que ce soit pour un écran ou pour autre chose. Les études sur les écrans ne montrent d’ailleurs pas d’effets à ce niveau-là. Le seul effet réellement démontré des écrans, c’est le fait qu’on apprend plus de choses et mieux en jouant à d’autres jeux qu’en passant du temps sur un écran (on mobilise tous son corps et pas juste son cerveau et ses doigts).

      J’ai fait le choix de leur accorder des écrans justement pour leur apprendre à gérer dès leur plus jeune âge pour qu’ils aient moins de risques de se trouver confrontés à un pb d’addiction plus tard.

      Mon objectif dans cette situation est donc double :
      – apprendre à mes enfants à gérer leur frustration
      – apprendre à mes enfants à gérer leur utilisation d’écran
      Dans la poursuite de ces objectifs, supprimer les écrans ne me semble donc ni utile ni bénéfique.

      Je dois d’ailleurs ajouter que, plusieurs mois après cette scène, la gestion des écrans est très apaisée à la maison. Les enfants n’abusent pas. S’ils restent « longtemps », lorsque je dis que c’est assez, ils arrêtent sans difficulté.

      Je ne crois donc pas que supprimer les écrans va aider l’enfant. Ce serait comme penser que faire fermer la pâtisserie qui est sur mon trajet pour aller à l’école va me faire maigrir :-)

  19. nsoir,
    Merci pour cet article qui malheureusement me parle trop. Ma fille de 5 ans fait depuis quelques mois des crises violentes avec insultes, et gestes violents…je suis au bord du désespoir. On me reproche de ne pas être assez ferme mais c est presque impossible en cas de crise. Votre article me conforte dans l idée qu elle souffre et qu il est primordiale de trouver la cause et de la soigner plutôt que vouloir stopper les symptômes. Cordialement

  20. Intéressante cette démarche, pas vécu la même situation puisque pas de carte fidélité 😉 Je n’aurais pas réagi exactement de la même façon parce que je n’aurais pas utilisé les mêmes mots mais le fond aurait été sensiblement le même. Le principal me semble également d’accueillir l’émotion de l’enfant, d’essayer de comprendre ce qui se joue pour que la situation se désamorce.

    • La carte de fidélité est une façon d’illustrer le processus émotionnel. Nous en avons tous une … Ou alors ça veut dire que vous ne vous énervez absolument jamais, que jamais rien ne vous semble décourageant ou décevant ?

  21. Je pense n’être pas capable d’adopter un tel comportement pour l’instant, mais j’aimerais tendre vers ça. Merci pour cette explication de mise en situation et bonne continuation.

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