14.03.22 peur fuite*** Elle a 19 ans, elle doit passer des partiels et le permis de conduire. Elle a fait la conduite accompagnée et conduit bien, elle travaille bien, est assidue en classe, a des bonnes capacités intellectuelles.
Mais les examens lui font perdre tous ses moyens, elle panique totalement et rate plus ou moins tout ce qui ressemble de près ou de loin à un examen officiel.

*** Elle a 30 ans, une petite fille de 2 ans 1/2. Les séparations se passent très mal avec sa fille car elle ne peut pas lui dire « au revoir » car ce serait mentir à sa fille car elle pourrait mourir dans la journée et ne pas revenir la chercher. Cela l’empêche aussi de faire des sorties en couple avec son mari par peur qu’ils aient un accident tous les 2 ensemble.

*** Il a 40 ans, une vie plutôt réussie sur tous les plans : un bon boulot, une jolie femme qu’il aime beaucoup, de beaux enfants, une belle maison, … Sa femme commence à reprendre une vie sociale après avoir passé du temps à s’occuper des enfants et se consacre à la musique. Il lui fait des crises de jalousies terribles qu’elle supporte très mal et parle de le quitter à cause de cela.

Ces situations semblent radicalement différentes. Et pourtant elles ont un point commun.

Un point commun émotionnel : la peur

Dans toutes ces situations, la personne a concernée a peur de quelque chose.

Comment gérer la peur ?

Que font ces différentes personnes pour gérer leur peur ?

La jeune fille se dit qu’elle est bien nulle de réagir comme ça, qu’elle n’a pas confiance en elle, qu’elle n’a aucune raison d’avoir peur.

La maman se dit qu’elle est stupide de penser une chose pareille, que ça n’arrive pas aussi souvent, qu’elle doit arrêter de penser à des choses aussi débiles.

L’homme se dit qu’il devrait faire confiance à sa femme, qu’elle ne lui ferait jamais une chose pareille, qu’il doit la laisser s’épanouir.

Ils se disent tous qu’ils ne devraient pas ressentir ce qu’ils ressentent ni penser ce qu’ils pensent. Ils essaient de se convaincre qu’ils devraient réagir différemment. Ils essaient de se rassurer en se disant que tout va bien se passer.

En résumé : ils se disent qu’ils ont tort d’avoir peur.

Et que fait leur entourage pour les aider à gérer leur peur et leurs angoisses ?

Lorsqu’ils en parlent à leur entourage, quelles réponses obtiennent-ils ?

Les parents de la jeune fille lui disent

Tout va bien se passer ! tu assures, tu es intelligente ! allez ne t’inquiète pas !

L’entourage de la maman – son conjoint, sa famille, ses amis, … – lui disent

Tu exagères ! Enfin ça n’arrivera pas ! Tu es folle !

Les amis de l’homme en question lui disent

Tu connais ta femme, elle ne ferait jamais une chose pareille ! pourquoi t’inquiètes-tu comme ça ? laisse-la tranquille !

En résumé : l’entourage envoie aussi le même message : tu as tort d’avoir peur !

Visiblement ça ne fonctionne pas …

Pourquoi se rassurer ou faire disparaitre la peur ne marche pas ?

La peur – comme toutes les émotions – est un signal d’alarme que nous envoie notre inconscient. J’avais un peu abordé ce sujet dans l’article « le ballon émotionnel ».

Comme tous les signaux d’alarme, il est basé sur quelque chose de fondé : notre inconscient a perçu un risque dans notre environnement et souhaite nous en avertir pour que nous le prenions en compte.

Essayer d’éteindre le signal d’alarme sans s’intéresser à ce qui l’a allumé peut être dangereux.

C’est ce que font toutes les personnes dont je parle plus haut : elles essaient de faire taire la peur sans aller voir ce qui l’a déclenchée.

Certaines utilisent parfois des moyens comme la méditation, la pensée positive, la sophrologie pour faire taire ces angoisses désagréables à vivre. J’en ai parlé ici dans l’article « la pensée positive, si positive que ça ? »

Et ça ne fonctionne pas pour une excellente raison : notre inconscient est bienveillant à notre égard et cherche à nous protéger malgré nous parfois.

Alors quand on essaie d’éteindre le signal, il le fait généralement sonner plus fort.

Et ce qui n’était qu’une petite inquiétude, un léger stress – utile pour se mobiliser et se motiver – devient alors une anxiété forte, un handicap qui nous empêche d’agir comme nous aimerions le faire, des crises d’angoisse et de panique parfois même. Certains gèrent leurs peurs avec des rituels qui peuvent devenir des TOC envahissants ; d’autres font des crises de panique ou ressentent une anxiété généralisée. Ces comportements sont le signe d’une peur non prise en compte.

Que faire avec la peur alors ?

Puisque éteindre le signal d’alarme ne marche pas, essayons donc de faire autre chose … Allons donc au contraire chercher ce qui l’a déclenché ou suscité …

Il n’y a aucun moyen d’avoir la certitude qu’on va réussir son examen – a fortiori son permis de conduire.
Il n’y a aucun moyen d’avoir la certitude qu’on ne va pas mourir dans la journée.
Il n’y a aucun moyen d’avoir la certitude que notre compagne ne va pas nous tromper.

Sachant cela, une question intéressante à se poser serait alors :

Que va-t-il se passer si cela arrive ?
Comment vais-je gérer le pire ?

Quand je demande à la jeune fille ce qui va se passer de pire si elle rate son permis de conduire et ses examens – chose qu’elle se refusait absolument à envisager – elle m’annonce qu’elle ne pourra pas faire le stage prévu dans ses études, qu’elle devra reprendre d’autres études d’un moins bon niveau (mais qui paradoxalement lui plairaient mieux …) … et finit par conclure qu’elle ne veut surtout pas décevoir ses parents.

Quand j’annonce à la maman qu’elle peut effectivement mourir ici-même ou en sortant de mon cabinet, que c’est une inquiétude légitime et que je lui demande ce qui se passera quand elle va mourir, elle ne sait pas, elle s’est toujours refusée à envisager cette éventualité.

Quand je dis à l’homme que sa femme a des occasions de le tromper, qu’elle peut même décider à tout moment de le quitter et que je lui demande comment cela se passerait si cela arrivait, il ne sait pas non plus, il ne veut pas y penser.

L’inconscient, cet ami maladroit qui vous veut du bien …

Leur inconscient a donc de bonnes raisons d’envoyer à ces 3 personnes un message de plus en plus fort : la réussite n’est pas garantie, le risque zéro n’existe pas. leur inconscient le sait et essaie simplement de les avertir qu’il y a des circonstances pour lesquelles ils ne sont pas prêts, ils ne sont pas préparés à l’échec, au pire.

Je leur demande donc à chacun de se dire que oui, ils ont de bonnes raisons d’avoir peur :

– oui mademoiselle, vous pouvez rater vos examens, votre permis de conduire. Malgré tout votre travail cela peut arriver. Vous pouvez aussi décevoir vos parents. Cela arrivera même assez inévitablement : vous ne ferez peut-être pas les études qui leur paraissaient les plus intéressantes, vous choisirez probablement un compagnon qui n’est pas tout à fait à la hauteur de leurs attentes, vous n’élèverez sans doute pas vos enfants « comme il le faudrait ». Y êtes-vous préparée ?

– Oui, madame, vous pouvez mourir aujourd’hui, sans avoir revu votre fille. Cela peut arriver à tout instant. Y êtes-vous préparée ?

– Oui Monsieur, votre femme peut vous quitter. Y êtes-vous préparé ?

Se faire le scénario du pire pour gérer sa peur

Pour se préparer à ce genre d’éventualités, il est important d’imaginer concrètement ce qui va arriver à ce moment-là, de se plonger dans le pire qui pourrait arriver pour imaginer la façon dont on pourrait réagir : oui on sera mal, on souffrira.

Mais que ferons-nous après ? Le plus concrètement possible, factuellement, au travers de comportements concrets.

Les avancées récentes des neurosciences montrent qu’au niveau du cerveau s’imaginer faire quelque chose et le faire vraiment activent les mêmes zones cérébrales.

S’imaginer traverser le pire, visualiser la façon dont nous allons pouvoir le gérer nous permet alors soit de réaliser que nos peurs étaient exagérées et que nous avons déjà les ressources pour le faire, soit que nous avons besoin d’acquérir d’autres compétences pour le gérer.

Dans les 2 cas, notre inconscient est rassuré : il sait que son signal a été pris en compte et que les choses sont prises en main.

Et comment ont réagi les personnes qui voulait faire leur peur à cet exercice ?

– la jeune fille a réussi son permis du 1er coup, elle a largué son petit copain de l’époque et sa maman m’a dit 2 mois plus tard : « je ne la reconnais plus »

– la maman est revenue 2 semaines après le 1er rendez-vous en ayant préparé un document qu’elle souhaite voir remettre à sa fille si elle décède, une sorte de journal qu’elle rédige chaque jour et où elle fait passer les messages importants pour sa fille. Elle a pris rendez-vous avec son notaire pour préparer tout ce qui doit l’être en cas de décès, y compris comment va s’organiser la garde de ses enfants.

– le monsieur a réalisé qu’il serait très malheureux si sa femme partait mais qu’il ne pourrait rien faire pour l’en empêcher et qu’il lui faudrait traverser cette épreuve et qu’il y parviendrait. Il a cessé de faire des crises de jalousie à sa femme et a décidé de prendre soin de lui.

Ce ne sont que 3 situations parmi d’autres, il y a des dizaines d’exemples possibles de cette attitude.

A retenir pour le quotidien :

Rassurer quelqu’un qui s’inquiète est généralement contre productif : les « ne t’inquiète pas », « tout va bien se passer », « ça n’arrivera pas », « tu vas réussir », « tu es très jolie », … ne convainquent généralement pas la personne à qui ils sont adressés et ne font que l’empêcher de s’intéresser au vrai problème.

Mieux vaut faire passer le message que la peur est fondée, qu’il y a effectivement des risques et entrainer la personne à envisager le pire et à voir comment elle pourrait le gérer, y compris lorsqu’il s’agit d’un enfant.

D’autres astuces

On peut aussi parfois aider à discriminer mieux ce qui pose de grosses difficultés et de petites pour réduire la complexité du problème rencontré.

Cas particuliers des enfants anxieux :

Les enfants ont besoin de se rassurer – et non d’être rassurés – sur 2 points :

– Est-il « normal » d’avoir peur dans cette situation ?

– Comment puis-je gérer cette situation ?

Montrer que la peur est fondée permet à la fois de rassurer l’enfant sur le 1er point = oui, avoir peur est logique dans la situation rencontrée, l’enfant n’est pas anormal de ressentir ce qu’il ressent. Du coup, on peut amener l’enfant vers la façon dont il va pouvoir gérer la situation si elle se produit.

Quelques illustrations plus précises de cette façon de gérer la peur :

– Mon enfant a peur des mouches

– Maman est-ce que je suis jolie ?

– Phobique des araignées

Et tous les articles traitant de la peur sur le blog à retrouver ici.

Ressources supplémentaires :
–  Le bulletin « Inter »actions » sur les émotions

Photo Credit: stuant63 via Compfight cc

Quelques livres pour aller plus loin :

  1. Joël MOUNEU a dit :

    Bonjour Sandrine,

    J’aime ce que vous écrivez et particulièrement ici.
    La méthode que vous suivez convient parfaitement à ces trois situations que vous décrivez.
    Je suis partant pour lancer une opération destinée à faire prendre conscience aux parents, mais aussi à tout individu, de la puissance des relations humaines, de la remise en cause de notre éducation et de notre manière de formuler nos propos.
    Votre démonstration rejoint ce que j’avais lu dans le bouquin de Françoise Kourilsky « Du désir au plaisir de changer ». Elle y abordait le truisme qui permet de responsabiliser et non pas d’infantiliser, voire de rabaisser. Elle est de la veine de Palo Alto. Je sens que vous aussi êtes allée voir de ce côté-là.

    Question dont la réponse m’intéresse beaucoup.
    Comment faire passer un message de ce type à un petit garçon (6 ans) qui déteste perdre quand nous jouons au foot tous les deux. C’est le petit-fils de mon amie. Nous jouons au foot (un contre un) : c’est un nouveau concept que je compte faire valider aux Jeux Olympiques (rien que ça). Au début de la partie, l’ambiance est très bonne : dribbles, éclats de rire (des deux). Quand nous jouons, par exemple, une partie où celui qui a marqué 20 buts (nombre négocié au départ), ou bien quand il sent qu’il va perdre, il s’énerve, crie, pleure, et quelques fois se roule par terre. Par contre, quand il gagne, il est très heureux (sans fanfaronner toutefois).

    Je ne crie pas, je ne le frappe pas, je ne lui donne pas de fessée, je ne fais pas la tête, je ne l’accuse pas, mais je suis perplexe. Il m’est arrivé au début de lui dire : « Je ne joue avec toi si tu pleures ». Oups ! Juste ce qu’il ne faut pas le faire. J’en suis conscient : j’ai arrêté de lui faire des remarques du type lui interdisant de pleurer ou autre activité similaire. J’avoue que cela m’ennuie : je trouve que c’est un moment presque magique d’avoir une relation privilégiée avec ce bonhomme à travers ce moment de « Mundial » de foot entre nous deux. Je me sens impuissant dans la formulation à adopter, de la manière de m’adresser à lui.
    J’aimerais beaucoup une aide de votre part. Help me ! Please !

    Cordialement.
    Joël

    • Bonjour et merci de votre intérêt.
      Vous avez vu juste concernant Palo Alto, c’est même ma formation de base à vrai dire.

      Pour ce qui est de la situation que vous décrivez, la réaction du petit garçon peut être liée à plusieurs choses et je n’en sais pas suffisamment pour vous aider de façon efficace.
      Je vous donne donc juste un éclairage un peu « général » qui ne sera peut-être pas suffisant.
      Dans ce qu’on me présente comme « mon enfant n’aime pas perdre » en accompagnement (ça arrive souvent), il y a plusieurs possibibilités :
      – l’enfant veut absolument tout réussir à la perfection : il a besoin d’acquérir de la confiance en lui et de ressentir que les échecs ne sont pas un problème.
      – l’enfant veut tout contrôler (pas forcément gagner mais que les choses se déroulent comme il avait prévu) : il a alors besoin d’expérimenter un peu d’imprévu et de voir que ça se passe bien.
      – l’enfant n’aime juste pas perdre, ce n’est agréable pour personne : il a juste besoin de temps pour vivre ça plus sereinement et relativiser cette émotion désagréable.
      Et peut-être d’autres causes à identifier au cas par cas.

      J’ai plusieurs questions du coup 😉 : est-ce qu’il a ce type de réactions dans d’autres contextes ? Le reconnaissez-vous l’enfant dans l’une des « catégories » dont j’ai parlé plus haut ? Y a-t-il des moments où ça ne se produit pas ?
      Et pour finir, que faites-vous actuellement du coup quand cela se produit ?

      Sandrine

  2. Klein Christine a dit :

    Bonjour Sandrine,
    Excellent article et tout à fait juste
    Deux remarques cependant, que la sophrologue que je suis tient à préciser :
    La sophrologie n’est pas de la pensée positive, mais entre autres choses, la prise de conscience qu’il y a aussi du positif, notamment dans le corps, en cherchant à le débanaliser pour un schéma corporel plus juste.
    Et la sophrologie ne consiste pas à faire taire les émotions , au contraire, il s’agit tout comme tu le défends, de prendre conscience des phénomènes émotionnels comme une information importante et d’en tenir compte, tout en apprenant à sortir de l’émotivité pour être dans l »émotion.
    Et du coup, ça fonctionne quand même très bien… !
    Cependant, l’approche que tu décris est très intéressante, va sûrement plus loin et est, selon moi, très complémentaire à la sophro.
    A bientôt
    Christine

    • Merci d’avoir précisé Christine !
      Je pense aussi que la sophrologie est un outil très efficace et tout à fait adapté dans beaucoup de situations, à condition simplement d’être utilisé à bon escient.
      Simplement, je constate que les gens l’utilisent souvent – tout comme la méditation, le yoga, la pensée positive, la pleine conscience, … – pour faire fuir à tout prix les sensations déagréables. Ce n’est donc pas l’outil que je remets en cause mais la stratégie avec laquelle on l’utilise.

      Comme je le disais par ailleurs, on peut parfaitement enfoncer un clou avec une pince, à condition d’utiliser celle-ci pour taper sur le clou et non pour tirer dessus, même si elle semble plutôt faite pour ça.

      Au plaisir de te revoir !
      Sandrine

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