Mon enfant stresse et n’arrive pas à s’endormir

« Au secours, mon enfant stresse et n’arrive pas à dormir » est une phrase que j’entends fréquemment. Et vos nombreux messages en réponse à l’article de la semaine dernière m’ont confirmé que c’est un problème courant et préoccupant pour beaucoup d’entre vous ! Voilà donc le thème de ce 2e article dans la série « Enfants anxieux » tout trouvé !!! Cet article porte sur les enfants déjà un peu « grands ». Un autre article traitera des plus petits mais celui-ci vous donne déjà une orientation utile.

Face à ce problème, notre sang de parent ne fait qu’un tour. Le stress de nos enfants est-il communicatif (ou alors c’est l’inverse :-)) ? Toujours est-il que nous DEVONS faire quelque chose face aux difficultés d’endormissement de notre enfant. C’est FORCEMENT grave …

Et pourtant, avoir du mal à s’endormir n’est pas systématiquement un signe d’angoisse,

de dépression ou que sais-je encore. Parfois, c’est juste une période un peu plus stressante, une préoccupation passagère. Ou juste quelques ratés d’endormissement ponctuels. Nous le savons pour nous. Nous ne nous précipitons pas chez le médecin ou le psy pour quelques semaines d’insomnie.

Mais pour nos enfants, c’est une autre histoire. Un enfant devrait être insouciant et ne s’inquiéter de rien, ne pas stresser, ne pas s’angoisser. Ce ne sont que des enfants après tout. Donc l’inquiétude, l’angoisse, le stress chez les enfants déclenchent généralement chez nous une inquiétude, une angoisse, un stress directement proportionnels à ce qu’ils expriment.

Pourtant, QUI a décrété que les enfants n’avaient pas d’émotions désagréables ? QUI a décrété que les enfants devaient forcément être heureux tout le temps et ne jamais se poser de questions ?

Que faisons-nous en général face à un enfant qui stresse et qui n’arrive pas à s’endormir ?

La réponse classique, c’est : « détends-toi !« , « pense à autre chose ». On propose de la sophrologie, du yoga, de la méditation, … Dans certains cas, ça marche. Inutile d’aller chercher ailleurs. Mais souvent ça ne marche pas.

Souvent aussi, les parents viennent tenir compagnie à l’enfant pour lui éviter de tro

enfant qui n'arrive pas à s'endormir
Fanette / Pixabay

p stresser. Il a besoin de nous pour gérer ça pensons-nous. Mais est-ce vrai ? Et si on envoyait le message « oui c’est vraiment grave de ne pas arriver à s’endormir. La preuve, j’y consacre toute mon attention ».

Et puis, on veut que l’enfant nous raconte ses angoisses. Et quand il le fait, cela nous inquiète généralement encore plus : qui a bien pu mettre dans la tête dans notre enfant des idées pareilles !!! Quel enfant normalement constitué s’inquiète à propos des disputes entre sa tante et son oncle, pense à la mort ou angoisse pour sa vie future ? Aucun pensez-vous. Et bien je vous le dis : TOUS LES ENFANTS PENSENT A CA ! Tous, sans exception. Ce sont des êtres humains, comme nous.

Mais nous sommes pris par notre angoisse devant ces comportements qui nous semblent anormaux. Nous avons alors envie d’apaiser cette vilaine émotion désagréable. Nous répondons alors : « ne t’inquiète pas, ça n’arrivera pas.« , « tu t’inquiètes pour des choses d’adultes, c’est à nous de gérer ça.« . Et des tas d’autres choses qui envoient toutes le message « Tu n’as aucune raison de t’inquiéter ».

Pourtant l’inquiétude est bien toujours là. L’enfant stresse toujours. Une partie de lui est convaincue par nos propos : il se dit qu’il stresse effectivement pour rien, qu’il doit absolument trouver le moyen de chasser ces pensées délirantes et excessives. Qu’elles sont bien le signe qu’il a un « vrai » problème. Mais il n’y arrive pas. Elles sont toujours là. Et malgré tous les efforts conjugués de la famille, le stress semble même prendre de plus en plus d’ampleur. Plus on lui dit qu’il exagère, qu’il stresse pour rien, que ce n’est pas si grave, plus il s’inquiète.

Paf ! Parti d’un stress somme toute courant chez toute personne normalement constituée nous voilà avec un problème grave :-/ …

Et si nos efforts pour apaiser nos enfants ne faisaient qu’aggraver leurs inquiétudes ???

Que faire alors face à un enfant qui stresse et qui n’arrive pas à s’endormir ?

Je vous propose 2 extraits d’entretiens avec des enfants autour de 10/11 ans. Je précise juste que, en tant que parent, il m’est arrivé de tenir EXACTEMENT le même discours à l’un de mes enfants. Cette approche n’est donc pas réservée aux professionnelles et peut aider les parents aussi 🙂 …

Quand le bruit de ses pensées empêche l’enfant de s’endormir …

via GIPHY
Voici ce qui s’est passé avec la jeune fille qui vient me voit, amenée par sa maman :

– j’ai du mal à m’endormir le soir.

– ah ? Et ça t’embête ?

Je pose cette question pour savoir si les difficultés d’endormissement posent un problème à l’enfant ou s’il vient juste parce que ses parents l’y ont contraint.

N’hésitez pas à poser la question à votre enfant : peut-être que vous vous inquiétez du temps qu’il met à dormir mais pas lui. Intervenir pour l’aider à dormir ne fera alors que créer un problème qui n’existait pas … Et vous avez peu de chances que l’enfant adhère à ce que vous lui proposez s’il ne voit pas où est le problème.

Cela vous permettra aussi de mieux comprendre quel est le problème de SON point de vue (et non du vôtre).

– Un peu. J’ai des cernes ! Et puis surtout je m’ennuie en attendant de m’endormir

– Est-ce que tu veux mon aide pour résoudre ce problème ou bien tu penses pouvoir le résoudre toute seule ?

J’ai pour principe de ne jamais résoudre des problèmes qui n’existent pas. Ca m’économise beaucoup d’énergie en pure perte :-). J’en avais déjà parlé dans cet article à propos des parents qui devraient apprendre à économiser leur énergie.

– j’ai déjà essayé toute seule mais je n’y arrive pas. Je veux bien que tu m’aides.

Bon là, visiblement pour cette jeune fille, le problème n’était pas hyper hyper grave non plus. Mais elle était quand même un peu demandeuse. J’ai donc poursuivi.

– Comment tu t’y prends pour t’endormir ?

– J’essaie de fermer les yeux et de trouver le sommeil. Et puis j’essaie de vider mon esprit.

On retrouve ici les tentatives classiques face aux difficultés d’endormissement : se vider l’esprit, se détendre, ne penser à rien. Rien – à part peut-être le désir sexuel 😀 !!!! – n’est plus volatile que le sommeil. Le chercher est un excellent moyen de le faire fuir.

– De le vider de quoi ?

Je pose cette question pour comprendre précisément ce que fait cette jeune fille. J’essaie de ne pas imaginer ce qu’elle fait mais de vérifier la réalité de ce qui se passe.

– De le vider des choses qui m’empêchent de dormir.

– C’est quoi ces choses ?

– Des trucs qui me font peur, genre les araignées, les tracas de la journée des fois aussi, …

– Tu penses à ça direct ou bien ça vient quand tu essaies de t’endormir ?

– Quand j’essaie de me rendormir

– Tu essaies de t’endormir et là, tes pensées viennent t’embêter. C’est ça ?

– Oui, c’est ça.

Dans ce cas, on n’a pas de grosse angoisse sur un sujet particulier. Il s’agit juste du fonctionnement normal du cerveau : il pense en permanence, nous envoie des messages. Quand nous sommes pris dans le tourbillon de la journée, dans l’action, nous les entendons moins. Quand nous nous retrouvons face à nous-mêmes, le bruit de nos pensées devient assourdissant et peut nous empêcher de nous endormir. C’est précisément ce qui arrive à cette jeune fille.

Et nous allons voir que cette enfant fait précisément ce que nous essayons tous de faire dans cette situation : faire partir les pensées, les faire taire.

– Et après tu essaies de les chasser mais elles continuent à venir ?

– Oui.

– Et plus tu essaies de vider ton esprit pour t’endormir, moins tu y arrives, c’est ça ? Et comme elles font de plus en plus de bruit, tu arrives de moins en moins à t’endormir.

– Oui, c’est ça !

Notre jeune amie est donc coincée dans un fonctionnement tout à fait courant : elle essaie de faire taire son cerveau. Ce qui est juste impossible : notre cerveau n’obéit pas à nos ordres ! Même quand nous dormons, il continuons à nous parler (et nos réveils nocturnes ne font que capter le bruit de fond de notre cerveau toujours actif, comme on entendrait soudain une radio restée allumée).

– Et bien ! Je vais te dire un truc : j’ai bien l’impression que tes pensées ne sont pas du tout obéissantes !

Je dédramatise la situation : elle n’est pas face à un problème grave, elle a juste des pensées un peu indisciplinées. C’est drôle, ça la fait rire. On a déjà baissé d’un ton l’inquiétude ambiante, ce qui est favorable à un endormissement tranquille.

– Oui, c’est vrai 😀 !!!

– Tu veux bien essayer quelque chose de différent ?

– Oui

Je vérifie son engagement. Si elle n’a pas envie d’essayer quelque chose, inutile de le proposer : elle ne le fera pas. En tant que parent c’est encore plus important : si un enfant ne fait pas ce qu’on lui propose, on risque de lui en vouloir de ne pas avoir saisi la perche que nous lui avons tendue.

– Je me disais : puisque tes pensées ne t’obéissent pas quand tu leur dis de partir, on va voir ce qu’il se passe quand tu leur ordonnes de venir.

– OK.

– Je t’explique comment tu peux t’y prendre : tu fais ton corps tout mou, pour bien accueillir toutes les pensées. Tu sais, si tu tapes fort dans un truc dur, ça fait mal. Alors que si tu tapes dans un truc mou, ça s’enfonce sans effort. Donc ton corps doit être mou, le plus mou possible. Ensuite tu dis à tes pensées de venir. Et tu les attends de pied ferme. Tu leur dis vraiment que tu les attends, que c’est à ce moment-là que tu es à leur écoute. Que si elles ont quelque chose à te dire, c’est maintenant.

– D’accord

– Et tu leur dis bien que tu ne t’endormiras pas tant qu’elles ne sont pas TOUTES venues. D’accord ?

– Oui.

– Tu essaies ça et tu me fais un compte-rendu au prochain rendez-vous ?

–  OK, super !

Au rendez-vous suivant, nous n’avons pu que constater que ses pensées étaient définitivement désobéissantes : malgré tous ses efforts, elle s’est systématiquement endormie avant que ses pensées arrivent.

C’est un excellent apprentissage à faire : lutter contre soi-même ne peut qu’être voué à l’échec 🙂 …

Quand éviter l’angoisse la fait grandir …

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Le 2e exemple est celui d’une jeune fille, là aussi amenée par sa maman. Sa maman me dit qu’elle est trop empathique, qu’elle s’inquiète trop pour les autres, notamment les adultes. Elles ont même vu un autre intervenant qui leur a dit : « Elle n’est pas dans son rôle d’enfant » a-t-il dit à la maman « Vous devez lui dire de ne pas se préoccuper de ça.« . Et à la jeune fille il a dit « ce sont des histoires d’adulte, occupe-toi de ta vie d’enfant« .

Super. Mais comment faire ? Parce que les pensées et les angoisses, elles, elles continuent de venir !

Et que chaque soir, c’est la même histoire : elle commence à angoisser, elle cherche à penser à autre chose (décidément !!!), elle va voir maman qui lui dit penser à autre chose et de ne pas s’inquiéter, que ce n’est pas son rôle.

En réalité, tout le monde essaie de couper court à sa réflexion. Elle le fait aussi puisque c’est ce que les adultes lui ont dit de faire. Elle ne va donc jamais au bout de sa réflexion. Elle est comme quelqu’un qui couperait un film sur une scène particulièrement horrible. Elle reste traumatisée par cette scène sans savoir ce qui se passe ensuite. Je lui demande donc de regarder le film jusqu’à la fin.

Nous commençons ensemble lors du rendez-vous. J’ai décrit assez précisément le processus à suivre dans l’article « maman, j’ai fait un cauchemar, je n’avais plus de papa ni de maman ».

En séance, je vérifie avec elle comment elle se sent : « tu te sens plutôt plus angoissée quand tu fais ou plutôt moins ?« . Elle me répond que ça va plutôt mieux.

Je lui propose donc de dérouler le film de ses angoisses chaque soir , en imaginant le pire : comment elle va se sentir si cela arrive ? que va-t-elle faire alors ? Et ensuite ? Et ensuite ?

Je propose aussi à la maman, si jamais sa fille vient la solliciter, de dérouler avec elle le film de l’angoisse, exactement comme je l’ai décrit dans l’article sur le cauchemar, sans jamais la raisonner, minimiser ou quoi que ce soit d’autre.

Au rendez-vous suivant, la jeune fille est ravie : le film est parfois un peu angoissant mais se termine plutôt bien. En tout cas, elle n’est pas la bécasse qui ne fait  assassiner à la 3e scène mais plutôt l’héroïne qui survit jusqu’à la fin … et même qui se débarrasse du méchant.

La maman, elle, a découvert que sa fille était pleine de ressources. Elle s’inquiète beaucoup moins. Et tout le monde dort mieux.


Cet article est le deuxième d’une série à propos des enfants anxieux. J’ai déjà plusieurs idées en stock mais vos questions, témoignages et expériences sont les bienvenues pour m’aider à enrichir mes articles et pour mieux répondre à vos attentes.

Alors si votre enfant a du mal à s’endormir, s’il est du genre à stresser pour l’école ou encore à vérifier 4 fois son sac avant de partir, envoyez-moi un mail 🙂


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Quand un enfant stresse et n’arrive pas à s’endormir, quelques ressources supplémentaires

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Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance ... envers les autres et envers soi-même :-) ... Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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2 pensées sur “Mon enfant stresse et n’arrive pas à s’endormir

  • 17 octobre 2017 à 07:07
    Permalink

    Bonjour Sandrine

    Cet article m’a beaucoup plu.
    Je découvre avec grand plaisir qu’il existe des clefs pour les enfants quand ils commencent à grandir et à stresser, angoisser.

    La technique que vous proposez pour partir sur l’inverse : au lieu de tous les chasser, les faire tous venir est originale, et pourtant très ingénieuse !

    Je pense que regarder un film pour un enfant, le soir, peut vraiment avoir des effets négatifs, et pas qu’à court terme.
    Car même un film comme la Reine des neiges peut angoisser pour un long moment un enfant.

    Au plaisir
    Evan

    Répondre
    • 18 octobre 2017 à 10:39
      Permalink

      Bonjour Evan, si des films ou des images font peur, il est important de mettre des mots, de dire que oui ça fait peur … mais ausisi d’expliquer comment on fabrique ces histoires. Quand un enfant est concentré sur « comment on fait fait tel ou tel effet » il a beaucoup moins peur :-).
      On peut aussi mettre du sens sur ce qui est vécu dans l’histoire en le projetant dans des situations réelles et en cherchant en quoi cette histoire peut nous aider.
      Je crois donc au contraire qu’à long terme, les histoires qui font peur sont extrèmement utiles.

      Répondre

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