Parfois, quand quand j’entends un bruit de dispute entre mes enfants, ou simplement quand j’entends un « maman ? » à un moment où je ne me sens pas disponible, ma tête ressemble un peu à ça …

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Et si j’en crois ce que j’entends dans mon travail – aussi bien dans les accompagnements parentaux que dans les formations pour les professionnels de l’enfance ou de la petite enfance que j’anime – je ne suis pas la seule 😀 ! (pas sûre que le smiley sourire est bien adapté).

Et cette réaction tient en bonne partie à une forme d’épuisement qui touche les adultes qui s’occupent d’enfants.batterie vide épuisement parental

Pas forcément l’épuisement style burn-out mais une fatigue quotidienne, un certain découragement face à l’énergie que demande la gestion des enfants. Non parce que, oui, il faut peut-être que je commence par ça : s’occuper d’enfants, ça demande une énergie CERTAINE. Non pas que les enfants nous cassent les pieds exprès, mais PAR DEFINITION les enfants n’ont pas encore acquis toutes les règles et les compétences nécessaires à une vie en société paisible, à une sécurisation de leurs actes, etc, etc.

Donc les actes des enfants requièrent régulièrement l’intervention des adultes, parents, enseignants, ATSEM, assistantes maternelles, personnel de crèche ou autre.

Chaque intervention coûte de l’énergie. Déjà il nous faut cesser ce que nous sommes en train de faire, généralement une tâche intensément agréable pour nous – boire un café dans le calme, manger avec les mains libres, parler à son conjoint ou sa compagne sans être interrompu, … Déjà ça, ça demande beaucoup d’énergie. Ensuite, il nous faut intervenir auprès des enfants.

Et c’est là que je me dis qu’il y aurait peut-être quelque chose à faire pour avoir une gestion un poil plus économe en énergie de nos relations avec les enfants. Je milite pour une approche écologique de l’éducation 🙂 …

Parents, économisez votre énergie !

énergie de parent qui s'épuiseNous pourrions, par exemple, arrêter d’essayer de résoudre des problèmes qui n’existent pas.

« Mais Sandrine, tu dérailles !« , vous dites-vous probablement « je ne résoud pas des problèmes qui n’existent pas ! Je réponds aux demandes des enfants, pour les sécuriser, me montrer disponible.« . En êtes-vous si sûr-e ? Parce que, moi aussi, comme de nombreux adultes que je rencontre dans le cadre de mon travail, je croyais ça avant. Mais ça, c’était avant 🙂 …

Quand un enfant vient se plaindre qu’un autre l’a tapé ou simplement embêté, que faisons-nous la plupart du temps ? Quand un enfant se plaint qu’il ne trouve pas ses chaussettes ou son slip, que faisons-nous ? Quand un enfant nous interpelle tout simplement, que faisons-nous ?

En règle générale, nous répondons de la manière qui nous semble la plus adéquate : nous répondons à sa question, nous lui donnons des conseils, nous allons voir les autres protagonistes de l’affaire. Comme la majorité des adultes en charge d’enfants, parents ou professionnels.

Nous avons à coeur de garantir la sécurité de chacun, de montrer à l’enfant que nous sommes présent-e, bienveillant-e et aidant-e pour lui.

Alors, par exemple, nous cherchons à savoir qui a commencé la dispute, qui a fait quoi à qui, où sont les chaussettes ou les slips, … Puis généralement, nous proposons des solutions, nous donnons des conseils. Tout cela nous demande du temps, de la disponiblité. En un mot, de l’énergie !

Et, très régulièrement, l’enfant rejette nos conseils et commence à trouver des failles à tout ce que nous proposons. Rien ne lui convient.  Tout simplement parce que l’enfant ne voit pas le problème comme nous, qu’il n’attend pas telle ou telle intervention de notre part. Nous finissons alors par perdre patience. Nous trouvons les enfants bien déraisonnables.escalade du conflit dans la relation parent enfant

Que d’énergie gaspillée jusque là ! La nôtre d’abord (et franchement, on n’avait pas besoin de ça !) et celle de l’enfant qui s’oriente sur l’opposition plutôt que de s’orienter vers la résolution du problème qui se pose à lui.

Non franchement, cette façon de faire n’est pas DU TOUT écologique 🙂 !

Et la fois suivante où l’enfant vient se plaindre, nous sommes épuisés d’avance de la longue bataille qu’il va vous falloir mener pour faire entendre raison à l’enfant. Cela peut même nous amener à être négligent-e : quand un enfant vient se plaindre encore une fois, la tentation est alors grande de l’envoyer bouler, de faire mine de l’ignorer, de lui dire « débrouille-toi ! ». Après tout, s’il avait écouté nos merveilleux conseils, ce problème ne se serait pas reproduit.

L’épuisement et la lassitude arrivant, nous ne nous donnons même plus la peine de donner des conseils. Nous savons d’avance que notre intervention nous mênera dans une impasse. Et cependant, il FAUT bien faire quelque chose non ? Nous sommes les adultes et les enfants nous sollicitent, c’est notre rôle … Et pouf nous voilà coincés dans le cercle vicieux de la culpabilité.

Et si vous faisiez travailler les enfants à votre place ?

Quand l’enfant nous sollicite, nous avons tendance à gérer à sa place en proposant des solutions, en donnant des conseils. Nous, les adultes, nous faisons tout le boulot : analyser la situation, réfléchir, déterminer ce qui est juste ou ne l’est pas, trouver les solutions, les mettre en oeuvre, …

Cette attitude, en plus de sa forte consommation en énergie parentale, comporte des risques importants : elle peut dégrader la relation entre l’adulte et l’enfant ; elle envoie le message à l’enfant que c’est forcément l’adulte qui doit régler les problèmes (d’où les sollicitations grandissantes et l’opposition si vous n’intervenez pas) ; elle peut même faire perdre confiance à l’enfant sur sa capacité à gérer lui-même ses propres difficultés.

Ce que je propose ici, ce n’est pas une ignorance de la demande de l’enfant, qui serait là aussi de la négligence et qui nous ferait sentir encore plus coupable. Non, il s’agit de remettre celui qui a le problème – l’enfant donc – au coeur de la réflexion et de l’action.

Arrêter d’essayer de résoudre des problèmes qui n’existent pas ou qui ne sont pas clairement définis constitue un premier pas primordial pour se fatiguer moins 🙂 …

faites travailler l'enfant à votre placeEt cela peut se faire de façon très simple ! Quand un de mes enfants arrive avec un problème, j’essaie le plus possible de répondre de n’intervenir que si l’enfant me le demande EXPRESSEMENT !

Par exemple, quand un enfant arrive en se plaignant de quelque chose, je réponds « Tu penses que tu peux gérer ça tout seul ou tu as besoin de mon aide ? ». Très souvent, l’enfant répond « non ça va« . Et quand il demande mon aide, c’est LUI qui l’a demandée et il est d’accord pour écouter ce que j’ai à dire. Je ne perds pas mon temps à lui dire des choses qu’il n’a pas envie d’écouter.

Quand un enfant arrive en disant « il/elle m’a tapé-eeeee !!!! », je réponds quelque chose comme « Qu’est-ce que tu attends de moi ?« . Et là aussi, très souvent, j’obtiens un « je voulais juste te dire« . Et si la réponse est autre, il s’ensuit une discussion constructive où nous échangeons sur les moyens de résoudre le problème.

Accessoirement, ça peut aider les enfants à avoir confiance en leur capacité à résoudre les problèmes par eux-mêmes et donc les sécuriser et les apaiser plus que nos interventions 🙂 …

Et si vous économisiez votre énergie vous aussi 🙂 ?


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Pour aller plus loin à propos de l’économie d’énergie des parents

Sur ce blog :

Et si j’ai besoin d’un accompagnement parental ?

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  1. Danielle a dit :

    Cela me rappelle une situation dans un atelier d’activités artistiques que j’organisais les mercredis après-midi avec des enfants de tous âges.
    J’étais épuisée, sans énergie mais les enfants eux.elles étaient hyper excité.es. En bout de table deux pré ados étaient debout face-à-face, se menaçant de se taper dessus…
    Je ne les connaissais pas vraiment et n’avais aucune idée de quoi faire. Je me suis quand même approchée d’eux au plus près avec l’intention d’utiliser la résolution des conflits à la Gordon mais ils s’insultaient et je n’arrivais pas à trouver comment m’y prendre pour intervenir. Le temps que j’ai mis à réfléchir, ils se sont calmés d’eux-mêmes, se sont assis face-à-face et tout le long de l’atelier ils ont été les meilleurs copains du monde !
    Pourtant je n’ai pas vu qu’il y avait eu résolution du conflit entre eux et je me suis bien gardée une fois celui-ci terminé de leur en demander l’objet – ce que j’aurais peut-être fait si je n’avais pas été en burnout professionnel….
    Par la suite le gamin le plus violent a eu beaucoup de problèmes avec les autres professionnel.les de la structure – avec convocation des parents entre autres – mais avec moi il s’est toujours montré très respectueux – et je pèse ce mot !
    Pendant des années j’ai pensé que c’était dû à ma proximité physique et au fait qu’ils n’avaient pas perçu que j’étais en difficulté pour intervenir mais récemment un texte émanant des neurosciences disant que les enfants se synchronisaient sur l’énergie de l’adulte m’a apporté un autre éclairage sur cette situation et bien d’autres avant et surtout par la suite.
    Maintenant que je suis à la retraite et que dans mes interventions auprès des enfants je ne suis plus confrontée à la violence éducative de mes collègues qui me traitaient de laxiste tout en reconnaissant avec hargne qu’avec moi les enfants se comportaient bien – impossible de leur expliquer que ce n’était pas parce que je leur « laissais tout faire » mais parce que j’essayais de comprendre leurs besoins et leurs points de vue – j’interviens dans des associations qui me laissent carte blanche et du coup j’utilise consciemment la baisse d’énergie en plus de Gordon et CNV et ma relation avec les enfants est un vrai bonheur

    • C’est très intéressant votre commentaire, auriez-vous des sources sur la synchronisation avec l’énergie de l’adulte?
      ça me serait fort utile 😉

      Bonne journée

  2. Génial ! Ca correspond tout à fait à ce que j’avais remarqué: parfois, une de mes filles vient me dire que « ma soeur m’a tapééééeee ». Et parfois, par ahasard, ej répondais « oh elle t’a ptapée§ et tu as mal?  » ou alors  » oh, c’est pas bein » [ouai je sais c’est pas CNV mais bon…] et en fait, ça suffisait !!! Elle avait jsute besoin que je l’écoute, et c’était reparti pour un tour, avec sa soeur qui plus est !
    Merci d’avoir généralisé (et de m’avoir rassurée aussi !)

  3. Melaine a dit :

    Je me demande si le problème n’est pas que nous avons aussi cette attitude avec les autres adultes (à commencer par nos collègues de travail). Alors comment faire confiance à des enfants quand on ne sait déjà pasnfaire confiance à des adultes?
    Merci pour cet article.

  4. Tout à fait d’accord 🙂 Laissons les enfants régler une grande partie de leurs soucis / conflits seuls, et soyons le dernier recours (pas le premier). Je vois beaucoup de mes collègues enseignants accourir dès qu’il y a la moindre broutille : moi je passe parfois pour négligente, mais j’assume 😉

  5. Melanie Sudaka a dit :

    Très intéressant !
    Je vais immédiatement mettre en pratique avec mes 3 garçons qui ne cessent de se provoquer.
    J’ai conscience que j’interviens parfois alors qu’on ne m’a rien demandé.
    Double travail pour moi 🙂
    Merci pour ces pistes.

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