14.11.22 timidite enfantIl y a quelques jours, ma fille a réalisé son indicateur d’humeurs dont j’ai parlé ici. Très fière de son travail – qu’elle a fait quasiment seule et qu’elle a trouvé très utile – elle voulait le présenter à son maitre. Elle est donc partie à l’école avec son indicateur d’humeurs. Mais quelque chose la gênait : elle se considère comme une enfant timide. Et du coup, elle n’a pas montré son indicateur d’humeur à son maitre.

Ma fille de 8 ans se considère comme un enfant timide …

Le lendemain, je lui demande si elle l’a montré et elle me dit à nouveau que non. Voilà la discussion qui a suivi :

– Tu peux lui dire toi maman ?

(Heu … non je ne veux pas parce que ce serait lui envoyer le message qu’elle ne peut pas le faire toute seule)

– C’est toi qui a eu l’idée et qui a fait tout le travail, c’est à toi que revient l’honneur de le dire.

– Non, je ne veux pas. Tu sais bien que je suis une enfant timide moi maman.

Enfant timide, la réalité ou une étiquette ?

(Ho la belle étiquette bien pratique … à laquelle je refuse de me laisser piéger : la croyance « je suis timide » a un côté enfermant et dévalorisant mais aussi déculpabilisant = pas besoin de faire d’efforts puisque je suis timide. Je décide de recadrer cette croyance)

non tu n’es pas une enfant timide, tu es prudente : tu veux être sure que tout va bien se passer avant de faire quelque chose.

– … (silence) …

(Si elle hésite à parler à son maitre, c’est que quelque chose la retient. Elle ne pourra donc parler que quand elle aura identifié les risques et qu’elle sera prête à les assumer. Voir les articles sur la peur : « La peur, signal d’alarme » et « Dis pourquoi j’ai peur de changer d’école ? ». Je décide donc d’explorer cette peur avec elle.)

Le problème pour l’enfant timide n’est-il pas dans la façon dont il gère la peur ?

Tu as peur de quelque chose ?

– Non … Enfin si. Qu’il me gronde.

(Se retenir de nier son émotion avec des « tu exagères » ou « ce n’est pas grave ». Explorer encore et encore …)

– C’est déjà arrivé ?

– … oui … Une fois quand je lui ai montré mon cahier, il m’a dit « Tu ne reviens pas à la ligne après tes phrases, c’est pénible à corriger !!! »

– Ah oui ! Et je suppose que ça t’a fait tout désagréable à l’intérieur de toi.

– oui.

(Normaliser la peur : avoir peur de ressentir quelque chose de désagréable est une réaction saine de protection. Mais il faut aussi amener une prise de recul pour se sortir de cette situation sinon on légitime la fuite devant la situation ou bien on dévalorise le maitre, ce qui n’aide pas l’enfant timide)

Je comprends que tu aies peur alors : tu n’as pas envie de ressentir à nouveau ce truc désagréable. Et des fois, quand tu lui montres ton cahier, il dit des choses agréables ?

– Oui souvent.

Sortir l’enfant timide de son évitement des situations

(Il s’agit maintenant de montrer en quoi la peur est légitime mais en quoi la fuite n’est peut-être pas appropriée)

– Mmmm … C’est vraiment embêtant : tu ne peux pas prévoir à l’avance s’il va te dire quelque chose d’agréable ou de désagréable ...

– Oui, c’est ça.

(Montrer qu’il y a d’autres façons de gérer cette situation en laissant à l’enfant la liberté de choisir sa voie. Si on le pousse à faire tel ou tel choix, l’enfant peut se sentir nul de ne pas avoir pensé tout seul à faire telle ou telle chose. Il peut aussi se forcer à faire quelque chose qu’il ne se sent pas capable de faire, ce qui est une bonne façon de se mettre en difficulté et d’aller à l’échec. Reconnaitre la difficulté de la situation est primordiale pour que l’enfant se sente valorisé quel que soit le choix qu’il fera. Il s’agit donc de présenter les 2 options possibles avec leurs bénéfices et leurs risques. C’est difficile car nous avons tendance à ne présenter que les avantages de l’option qui nous parait la plus appropriée. Or ce sont justement les risques que présente cette option qui font hésiter l’enfant)

C’est un choix difficile : soit tu ne parles pas au maitre. Tu es sure que tu n’auras pas de réponse désagréable mais il n’y aucune chance qu’il te félicite pour ton travail. Soit tu parles au maitre. Alors tu prends le risque qu’il te dise quelque chose de désagréable mais tu as aussi des chances qu’il te félicite pour ton bricolage.

– … (silence) … Je vais lui dire. C’est moi qui parle mais tu viens avec moi.

(Ne pas vouloir aller trop vite : elle va le faire et a besoin d’une étape intermédiaire où elle sait que je suis là mais je n’interviens pas. Donc ne pas insister pour qu’elle y aille seule)

– OK ma chérie.

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Photo Credit: Lili Vieira de Carvalho via Compfight cc

 

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  1. Cela tombe bien pour moi aussi car j’ai aussi une fille de 8 ans « timide » (« tu sais bien que je suis timide maman voyons !) Et c’est vrai que si sur la théorie je te rejoins bien, quand je lis cela, je me dis qu’il faut faire gaffe à ne pas vouloir « sauter les étapes », ce qui est encore un peu mon problème…

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