L'artiste perfectionniste : Danger!

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Il y a quelque temps, au hasard de mes pérégrinations sur la toile, et grâce à Poule Pondeuse, je suis tombée sur un article intitulé « Jules et la Ritaline ».

Cet article est très chouette et illustre magnifiquement la puissance des étiquettes que nous pouvons mettre sur les gens, et les enfants en particulier …

(pour lire l’article, c’est par là : http://armance.overblog.com/jules-et-la-ritaline)

Je suis toujours interpellée par la force que les étiquettes peuvent avoir et pour moi, c’est un des points les plus forts sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour susciter un changement.

Les prophéties auto-réalisantes et les messages implicites …

La force des étiquettes s’explique par l’impact qu’elles ont sur NOTRE comportement, et pas sur celui de l’autre : quand je suis persuadée que quelqu’un n’est pas capable de faire ceci ou cela, quand je pense que quelqu’un n’est pas compétent, je me conduis avec cette personne en conséquence …

Et que se passe-t-il ?

Je pense que mon enfant est brise-tout, maladroit ?

Je ne lui confie pas de tache qui requiert de l’habileté.
Quand il prend quelque chose de fragile, je lui enlève des mains et/ou je m’exclame:

« fais attention ! tu vas le casser ! »

Parfois je prends plus de précautions et je le dis de façon plus « soft » :

« tu sais c’est vraiment dur ce que tu essaies de faire, laisse-moi le faire à ta place . »

Je pense que mon ado n’est pas responsable de ses actes, qu’il ne sait pas s’assumer ?

J’envoie des CV à sa place quand il cherche un stage.
Je tiens ses comptes, je mets de l’argent sur son compte quand il est à découvert.
Je l’accompagne à tous ses rendez-vous, voire je prends les rendez-vous pour lui.

Je pense que mon enfant est peureux ?

Je le rassure :

« n’aie pas peur, je suis là. Ne t’inquiète pas ! »

Je l’accompagne partout.

J’avais déjà pas mal parlé de la façon d’aborder la peur dans l‘article « Mon enfant a peur des mouches ».

Je pense que mon enfant n’est pas compétent en matière scolaire ?

je prends en charge les devoirs. C’est moi qui initie tout.
Je l’assiste pour tout ce qui est scolaire.
Je ne lui laisse pas d’initiative ni d’autonomie et je vérifie tout.

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Mais ce faisant, je ne me rends pas forcément compte que mon comportement envoie à mon enfant des messages implicites extrêmement forts :

tu n’es pas capable de tenir une chose fragile.
tu n’es pas capable de t’assumer et de prendre tes responsabilités.
tu n’es pas capable de gérer cette situation seul.

Et les messages implicites parlent directement à l’émotionnel, ils ont un impact très puissant, surtout s’ils sont répétés encore et encore, tous les jours.

L’enfant finit par croire que, si on le traite comme ça, c’est qu’il y a une bonne raison ! Et il s’auto-persuade qu’il est vraiment comme ça. Et se comporte donc en conséquence.
Et donc ma conviction finit par s’avérer vraie :

Mon enfant n’est vraiment pas capable de faire telle ou telle chose.

Les prophéties auto-réalisantes

Cette auto-conviction est d’autant plus fort que nous sommes victimes de notre nature humaine : nous ne voyons que ce qui va dans le sens de notre opinion 😉 … sauf si nous faisons un effort pour faire l’inverse !

Je m’explique : si vous êtes persuadé de ne pas avoir de chance à la caisse au supermarché, vous ne vous souviendrez QUE des fois où effectivement, ça ne s’est pas très bien passé.
Les fois où ça s’est plutôt bien passée passeront inaperçues, vous ne les remarquerez même pas.

Pour une personne, c’est la même chose : si vous voyez les gens d’une certaine façon, vous ne verrez leurs comportements qu’au travers de cette conviction.

J’en avais donné un exemple dans un article qui traitait de relations professionnelles il y a quelque semaines : « mon chef ne me fait pas confiance ».

Dans le cas des enfants, même s’ils essaient de faire des efforts, nous aurons tendance – involontairement – à ne repérer que les comportements qui vont dans le sens de notre étiquette. Et au bout d’un moment, cela devient désespérant pour l’enfant : lorsqu’il fait des efforts, personne ne les remarque …

Donc non seulement l’enfant s’auto-convainc qu’il est comme vous le pensez … mais en plus, il n’a aucune raison de faire des efforts puisque ceux-ci passent inaperçus !

Et les étiquettes positives ?

La question souvent posée, c’est celle des étiquettes positives !
Effectivement après tout, quel mal y a-t-il à être sage, gentil, attentionné ?

Les problèmes surviennent quand l’enfant est ENFERME dans cette étiquette, positive ou négative. Beaucoup de gens que je vois ont souffert d’être « l’aîné responsable », « la petite fille sage », « l’intello de la famille », « la boute-en-train », …

Bon alors, on fait quoi pour aider nos enfants à sortir des rôles dans lesquels ils sont enfermés ?

Je parle un peu de ça dans mon article du jour sur les Vendredis Intellos.

Il y a à ce sujet un passage très chouette dans le livre « Parents épanouis, enfants épanouis » de Faber et Mazlish :

« Les enfants se voient tout d’abord à travers les yeux de leurs parents. Ils s’appuient sur nous pour qu’on leur dise non pas nécessairement ce qu’ils sont, mais ce qu’ils sont capables de devenir. Ils dépendent de nous pour développer une vision plus élargie d’eux-mêmes et pour recevoir des outils en vue d’implanter cette vision.
Les enfants égoïstes, ça n’existe pas (…) : ils ont seulement besoin de faire l’expérience des joies qui découlent de la générosité.
Les enfants paresseux, ça n’existe pas : ils ont seulement besoin qu’on les croie capable de travailler fort quand ils le veulent vraiment.
Les enfants patauds, ça n’existe pas : ils ont seulement besoin qu’on accepte leurs gestes et qu’on fournisse de l’exercice à leur corps.
Les enfants, tous les enfants, ont besoin qu’on affirme ce qu’ils ont de meilleur et qu’on ignore ou qu’on réoriente ce qu’ils ont de moins bon. »

Je trouve qu’Haim Ginott résume extrêmement bien cela en disant :

« Traitez vos enfants non pas comme ils sont mais comme vous voudriez qu’ils soient »

Cela ne signifie évidemment pas que nous devons voir nos enfants comme des génies capables de tout mais plus simplement de nous intéresser aux apprentissages qui leur manquent et à la façon dont ils pourraient les acquérir plutôt qu’à pointer du doigt ce qui ne va pas.

Les enfants ont besoin de ressources pour apprendre et progresser, pas de coups de baguette pour ne leur montrer que ce qui ne va pas.

J’avais aussi abordé ce sujet au travers de l’article : « Pour éduquer ses enfants, tout est bon à prendre » qui illustre en partie comment on peut utiliser chaque occasion pour faire faire progresser nos enfants dans leurs compétences relationnelles et émotionnelles.

Retrouvez les livres d’Adele Faber et Elaine Mazlish sur Amazon (lien sponsorisé) :

  1. Très intéressant…! Merci…! Il est clair qu’on enferme vite les autres dans des étiquettes… Mince, ça m’a fait un bien fou de lire cet article…! Merci beaucoup…! 😀

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