surmonter sa peur de parler aux filles (ou d'autres peurs)

Surmonter sa peur n’est pas facile, quel que soit le contexte. Comment pouvons-nous aider nos enfants à surmonter leurs peurs ? Et encore mieux, comment pouvons-nous utiliser un apprentissage émotionnel fait dans un contexte ludique dans un autre contexte ?

Grimper dans les jeux et avoir peur de descendre : comment surmonter sa peur ?

Le billet d’aujourd’hui concerne un petit garçon de 3 ans 1/2.

Il joue dans les jeux d’un célèbre fast-food. Il est monté d’un étage avec l’aide de sa soeur qui lui a fait la courte échelle. Mais les jeux sont dimensionnés pour des plus grands et il ne peut pas aller plus loin.

Il veut donc redescendre. Mais il se heurte à un gros problème : depuis la plateforme où il est monté, il ne touche pas par terre pour redescendre, même lorsqu’il se met en arrière et descend ses pieds. Il faudrait qu’il se lâche AVANT que ses pieds ne touchent le sol mais il a peur et n’ose pas le faire.

Il se met à pleurer et appelle sa maman

maman, viens m’aider !

Mais maman ne vient pas. Elle lui parle depuis l’entrée des jeux …

Aider l’enfant à surmonter sa peur : faut-il aider ou pas ?

Maman ne va pas l’aider !!!

La maman est intimement persuadée que son fils est CAPABLE de descendre seul. Ce ne sont pas ses capacités physiques qui font défaut au petit garçon, c’est sa capacité à gérer et à dépasser sa peur.

Il  faut au petit garçon dépasser son appréhension – légitime – pour comprendre comment faire. Et maman le dit :

Je sais que tu es capable de le faire. Tu as peur, c’est logique.
Mais du coup tu es plus prudent. Tu vas descendre doucement en arrière et te laisser glisser tranquillement.

Mais le garçon ne l’entend pas de cette oreille :

non ! C’est trop dur !
J’ai trop peur !

Maman insiste :

J’ai confiance en toi. Je SAIS que tu peux y arriver.
C’est difficile et ça fait peur mais tu peux le faire. Je ne te rendrais pas service si je venais te chercher.

La scène dure de longues minutes, avec un petit garçon hurlant qui réclame à toute force l’aide de sa maman. Et la maman ne l’aide pas. Elle l’encourage, le soutient, lui témoigne sa confiance mais ne fait pas à sa place.

Le garçon pleure, la maman tient bon, même si la tentation d’aller le chercher est grande.

Elle donne des indications, sans conseiller :

En général c’est plus facile en arrière.
Le moment le plus difficile, c’est quand tu vas devoir te lâcher. Tu vas avoir peur mais tes pieds vont toucher le sol vite.

Au bout d’un très long moment et de beaucoup de hurlements, le petit garçon finit par descendre seul et sans aide des jeux.

Aider un enfant à surmonter sa peur : le pouvoir du compliment descriptif

Sa maman le complimente :

Bravo ! Tu avais peur et tu as su affronter ta peur.
Tu y es allé prudemment, tranquillement et tu as réussi à descendre tout seul.

Pour comprendre pourquoi ce type de compliment permet une meilleure intégration des compétences mises en oeuvre, un peu de lecture par ici 😉 : « Compliments », un article sur une petite fille qui s’habille seule et « compliment, féliciter est-ce si facile », un article où le compliment est aussi abordé en milieu professionnel

Donc le petit garçon est fier comme Artaban ! Torse gonflé, il expliquera ensuite au papa comment il a si bien réussi à descendre alors que c’était quand même super dur et que ça faisait super peur !

Pourquoi la maman n’est-elle pas intervenue plus tôt ?

J’avais déjà parlé de cette façon de faire dans l’article « quand aider n’aide pas ».
Parfois faire à la place de ou accompagner n’aide pas. Cela peut envoyer à l’enfant le message qu’on le pense incapable de faire seul et l’enfant finit par le croire. Il est donc, à certains moments et en fonction de l’évolution de l’enfant, plus adapté de refuser son aide à un enfant.

Cela lui permet de prendre  confiance en lui plus efficacement que si on l’aide et qu’on fait à sa place.

OK, l’enfant a pu surmonter sa peur. Mais quel rapport avec les filles ?

Ben oui le titre de l’article, c’est bien « comment parler aux filles » non 😉 ?

Ai-je utilisé ce titre juste pour appâter le chaland et faire venir du monde sur mon blog 😛 ?

Han, ami lecteur, si tu penses ça, tu me connais bien mal 😉 !!!

Non, le rapport, c’est ce qu’on appelle l’apprentissage de 2e niveau, l’extension d’un apprentissage à d’autres contextes que celui où il a été fait.

Mais qu’est-ce que je vous raconte là ???

Un apprentissage de 2e niveau

Je vous raconte la scène du lendemain matin, vous allez mieux comprendre.

Le même petit garçon et sa maman arrivent à l’école. Le petit garçon dit à sa maman qu’il voudrait demander à E. une petite fille de sa classe qu’il aime beaucoup, de jouer avec lui à la récréation. Bien sur, il demande à sa maman de parler à sa place.

Et là, la maman – décidément bien fainéante 😉 ! – refuse et lui dit simplement :

je comprends que tu aies peur. C’est possible que E. ne veuille pas te parler ou ne soit pas d’accord avec ce que tu lui demandes. Et tu n’as pas envie de ça …
Mais tu sais, parler aux filles, c’est comme descendre des jeux aux McDo.

A ce soir, mon loulou !

Et le petit garçon rentre en classe et maman s’en va.

Mais à 11h30, à la sortie de la classe, le petit garçon tout fier dit à sa maman :

A la récré, j’ai parlé à E. ! Et on a joué ensemble !

 

😀 !

Pour aller plus loin pour aider un enfant à surmonter sa peur (ou à propos de peurs en général) :

Sur ce blog :

 

 

Photo Credit: Thomas Hawk via Compfight cc

Quelques livres (liens affiliés Amazon)

A propos d’apprentissage de 2e niveau, les ouvrages de Gregory Bateson :

Des livres sur l’éducation et la relation à l’enfant :


  1. Merci ! Comme toujours encore un article très bien présenté, clair et TRES intéressant, enrichissant sur le discours a tenir avec nos enfants.

  2. Caroline Burel a dit :

    Bonjour et merci pour cet article. Comme de nombreuses mamans, je cherche le mode d’emploi pour aider mes enfants sans les aider ; ) Alors merci pour ces phrases très concrètes de description des ressentis de l’enfant et de la situation, j’y penserai la prochaine fois car je me sens souvent limitée à « Je suis sure que tu es capable, je sais que tu vas y arriver ». J’aime bien la phrase « Je ne te rendrais pas service si je venais te chercher ».
    Ce WE, tenue d’un stand dans une brocante et mes deux filles avaient soigneusement sélectionné leurs jouets à vendre, mais au moment de se glisser derrière leur étalage, la grande de 7 ans, s’est posé la question des prix… Alors, on a réfléchi ensemble et comme elle n’osait pas répondre quand un passant était intéressé, je lui ai proposé ‘OK, pas simple de faire la vendeuse, alors, tu me regardes bien faire et ensuite, tu te lances et je suis là en renfort si tu as besoin » A la fin de la journée, toute fière, elle vendait toute seule ses perles pour 2 euros. Le pactole !! ; )
    C’est tellement beau de les voir grandir ; )

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