Harcèlement scolaire : maladresse et confusion

15.11.04 non au harcelement scolaireLe Ministère de l’Education Nationale a lancé il y a quelques jours sa vidéo à propos de harcèlement scolaire. J’hésite à vous la mettre ici tant je la trouve maladroite (vous pouvez quand même la voir ici si vous y tenez vraiment). Mais l’Education Nationale nous a malheureusement habitués à une communication calamiteuse. Je m’étais déjà exprimée sur le sujet à propos de l’article désastreux pour la rentrée 2014 (à lire ici).

Une vidéo de l’Education Nationale contre le harcèlement scolaire maladroite …

Cette vidéo, si elle a le mérite d’aborder le sujet, est maladroite à plusieurs titres : d’abord parce qu’elle est présente une enseignante froide, hautaine, dont le comportement ne correspond pas à ce qu’il se passe en primaire. D’où les réactions des professeurs des écoles choqués qu’on les présente sous ce jour-là alors que leur difficulté consiste plus souvent à agir face au harcèlement.

Elle est maladroite ensuite parce que l’enfant harcelé est roux. Comme si le harcèlement scolaire ne concernait que des enfants avec des particularités physiques spécifiques ! Ce qui est loin d’être la réalité ! De nombreux enfants avec des particularités ne souffriront jamais de harcèlement scolaire ni de harcèlement tout court … et de nombreux enfants qui viennent me voir pour des problèmes de harcèlement sont physiquement ou intellectuellement tout à fait dans la norme. J’en avais déjà parlé ici : « t’es harcelé, ben c’est de ta faute« .

Maladroite enfin parce que les enfants harcelés ont généralement déjà essayé de parler de leurs difficultés et que ça n’a pas fonctionné. Voire même que ça a aggravé le problème.

Une prévention actuelle calamiteuse qui comprend mal le phénomène du harcèlement scolaire : la confusion harcèlement / conflit qui dégénère

Bien sûr qu’il est possible que l’intervention des adultes dans les situations de harcèlement scolaire puisse fonctionner. Cela arrive.

Cependant, l’intervention des adultes de façon inappropriée peut aggraver le problème. Cependant, il est nécessaire de prendre en compte les apprentissages que fait l’enfant dans ces circonstances. Si l’enfant ne peut s’en sortir que grâce aux adultes, comment réagira-t-il en entreprise lorsque cela se produira à nouveau ? Ou dans une autre école ? Ne risque-t-il pas d’avoir appris qu’il est incapable de s’en sortir seul ? Je ne dis pas que les adultes ne doivent pas intervenir, bien au contraire ! Mais qu’ils doivent réfléchir leur intervention pour qu’elle soit adéquate et efficace.

Pire encore la croyance naïve que l’intervention des adultes peut fonctionner de façon efficace repose à la fois sur une méconnaissance du phénomène du harcèlement et une incompréhension des mécanismes relationnels en jeu.

Les préventions actuelles, basées sur des outils de communication – communication non violente et autres approches – confondent gestion de conflits et harcèlement scolaire. Lorsqu’il y a conflit qui dégénère, ce n’est pas du harcèlement, c’est une mauvaise communication. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, faire intervenir des médiateurs, outiller les élèves dès leur plus jeune âge avec des outils de communication et de gestion des émotions peut fonctionner. Et dans ce cas, les 2 enfants concernées souffrent généralement la situation, ce qui rend possible une résolution par le biais de la communication.

Lorsqu’on parle de harcèlement scolaire – au « vrai » sens du terme = des agressions répétées sans réel objet de départ – alors ces outils de prévention, les sanctions proposées actuellement et l’intervention des adultes sont totalement inutiles, pour ne pas dire qu’ils aggravent le problème.

Dans ces cas, le harceleur a du plaisir à avoir du pouvoir sur les autres, notamment sur ses victimes mais aussi sur sa « cour » de suiveurs qui assurent sa popularité. Il aura d’autant plus de plaisir à poursuivre ses actes – et même à les raffiner pour échapper aux sanctions – que cela lui procurera le plaisir supplémentaire d’avoir du pouvoir sur les adultes.

La prévention contre le harcèlement scolaire ne peut pas passer uniquement par dire « ouh c’est mal de harceler, tu vas te faire gronder par les adultes !« . Croire à l’efficacité d’une telle mesure, c’est prendre les enfants pour des imbéciles qu’ils ne sont pas. J’ai déjà dit tout le mal que je pense de la punition dans cet article.

Quand les actes commis apportent à l’enfant plus de bénéfices que la punition ne génère d’inconvénients, la punition est d’une inefficacité avérée (même les behavioristes l’ont décrit et expliqué). Pour les harceleurs, la punition, les sanctions peuvent même devenir un renforçateur du comportement harcelant. Elle peut devenir la récompense, une sorte de trophée ou une même une raison supplémentaire de harceler la victime.

La plupart du temps que je dis que les sanctions ne fonctionnent pas, les adultes se révoltent en disant « alors on ne fait rien ? » ce qui n’est absolument pas mon propos ! Au contraire : il est temps d’imaginer qu’on peut prendre position pour la victime et l’aider réellement sans punir le harceleur.  Apprendre à la victime à se repositionner relationnellement fonctionne. Evidemment cela demande un peu plus d’imagination et de recherche que se cantonner à chercher comment punir et sanctionner. Mais c’est plus efficace relationnellement et émotionnellement pour la victime.

Alors sortons vite de ces visions naïves et binaires des relations et osons des solutions plus efficaces et plus concrètes !!!

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Pour aller plus loin au sujet du harcèlement scolaire

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… le seul qui aie trouvé grace à mes yeux sur le sujet 😉 …

Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance ... envers les autres et envers soi-même :-) ... Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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6 pensées sur “Harcèlement scolaire : maladresse et confusion

  • 6 novembre 2015 à 12:18
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    Bonjour,

    Merci beaucoup pour cet article, ayant été moi même une ancienne harcelée je confirme que lorsque je me suis confié à mes parents, je ne cherchais pas à ce que mes harceleurs soient punis, je savais que le retour de bâton serait bien pire, mais j’ai heureusement eu des parents très attentifs.

    Ils m’ont demandé si j’acceptais qu’ils rencontrent les enseignants et les parents de mes harceleurs, ce que je ne souhaitais pas, ils ont respecter mon choix en me proposant d’autres solutions possibles. Dans mon cas ils m’ont poussé à m’investir dans plusieurs activités extra-scolaire dans lesquelles je rencontrais de nouveaux enfants beaucoup plus bienveillants envers moi. ça a renforcé mon ego et m’a sauvé.

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    • 6 novembre 2015 à 13:07
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      Merci pour ce témoignage ! Et je suis à 100% d’accord pour dire qu’il est important de remettre l’enfant au coeur de sa problématique et de le rendre acteur en lui demandant ce qu’il souhaite que nous fassions.

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  • 7 novembre 2015 à 16:58
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    Bonjour,

    J’ai lu plusieurs fois vos articles sur le harcèlement et je suis totalement d’accord avec le fait d’aider la victime à se repositionner. Je pense quand même qu’il est important de dire aux enfants qu’ils peuvent (et non doivent) en parler aux adultes de façon à ce que, justement, on puisse les aider à se repositionner. Et un second message de prévention me semble être : il est toujours permis de se défendre dans la vie ! 😉

    Cependant, quelque chose me questionne. Pas du coté de la victime ni des adultes. Mais du coté du harceleur. Outre la question du « pourquoi » qui serait surement intéressante mais qui est surement complexe (et pas nécessaire pour régler le problème bien sur), il y a la question de comment l’aider à lui ? est ce qu’il faut l’aider d’ailleurs ? J’ai envie de dire que oui, il faut l’aider car sa position n’est pas socialement tenable mais est ce qu’il a envie qu’on l’aide ? Si non, ça va être difficile de l’aider. Bref, que peut on faire du coté du harceleur pour lui même (et non pas pour faire stopper la situation) ?

    Seconde question : j’ai des amis qui ont tenté cette approche (après avoir lu le livre que vous conseillez) et ça n’a pas fonctionné car l’enfant harcelé a refusé cette approche. Finalement c’est une intervention des adultes responsables du groupe (adultes qui avaient changés, les précédents en faisaient rien sauf faire semblant de moraliser ce qui doit être encore pire que moraliser je pense), intervention classique sur le mode « maintenant vous arrêtez ça » qui a fonctionné. Les adultes étaient nouveaux ce qui a du jouer car ça a modifié l’équilibre.

    Mais que faire quand l’enfant harcelé refuse de se re-positionner ?

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  • 7 novembre 2015 à 17:02
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    J’ajoute que j’ai utilisé plusieurs fois l’approche d’aider l’enfant harcelé avec mes enfants avec succès à chaque fois (je l’avais lu il y a longtemps dans un livre dont je ne me souviens plus du titre), parfois pas aussi vite que j’aurais voulu moi mais suffisamment pour ma fille qui a trouvé dur que ça dure mais qui était sure de son positionnement et du résultat final, qui a fonctionné. (cette fois là, ça a duré 2 mois je dirais, 1 mois avant qu’on en parle, puis 1 mois après qu’elle ait choisi elle même sa façon de gérer).

    J’écris « cette fois là », ça donne la sensation que c’est fréquent, mais pas tant que ça, c’est juste que j’ai plusieurs enfants et qu’ils ne sont plus petits 😉

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  • 10 novembre 2015 à 17:08
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    Bonjour. Merci pour ces articles. Je me questionne sur un point : on parle d’aider l’enfant harcelé à se sortir du harcèlement. Mais comment aider les enfants à prévenir le problème ? Quelles « armes » leurs donner pour qu’ils ne deviennent pas victime (puisque j’ai bien compris que tout le monde pouvait l’être) ? Merci !

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