Mais pourquoi mon enfant ne me parle pas ?

« Mais pourquoi mon enfant ne me parle pas ? » : C’est une question qui m’a été posée récemment lors d’une conférence sur la confiance en soi. Et c’est une question qui revient souvent :

Je vois bien que mon enfant a un problème, que quelque chose ne va pas. Mais j’ai beau essayer de lui tirer les vers du nez, il ne parle pas. Il dit que ça va ou bien il ne répond pas.

Et ça, quel que soit l’âge de l’enfant.

Pourquoi mon enfant ne me parle ? Pourquoi diable un enfant refuserait-il de parler à un adulte bien intentionné qui veut l’aider alors qu’il a un problème ?

C’est vrai ça. Nous les parents, nous avons juste envie d’aider nos enfants à résoudre leurs problèmes. S’ils nous parlaient quand ça va mal, nous pourrions faire ce qu’il faut pour les aider et tout irait mieux. Ou pas.

Tout est dans le « OU PAS ».

Un enfant qui souffre d’un problème souhaite généralement que celui-ci se règle rapidement. Mais s’il a expérimenté que parler à ses parents – ou aux adultes en général – ne résoud pas le problème, voire conduit à l’aggraver, alors il y a de fortes chances pour qu’il arrête d’en parler. Et il risque de résister passivement – en fuyant la discussion, en masquant les signes de sa souffrance, … – ou activement – en s’opposant violemment, en criant, …. – aux tentatives ultérieures de lui dire ce qui ne va pas.

Cette attitude est particulièrement vraie dans les cas de souffrance à l’école : harcèlement scolaire, mise à l’écart, difficultés face aux apprentissages ou avec l’enseignant, … Mais elle peut survient aussi dans des situations familiales (jalousies dans la fratrie) ou relationnelles avec des amis (chagrin d’amitié ou d’amour).

Si l’enfant refuse de parler, c’est donc probablement qu’il a peur que la réaction des adultes ne l’aide pas.

Pourquoi mon enfant ne me parle pas ? Comment réagiriez-vous s’il vous disait la vérité ?

La première question à se poser est donc :

Qu’est-ce qui, dans mon attitude, provoque la résistance de mon enfant ?

Que craint-il de ma part comme réaction ?

Répondez honnêtement à cette question :

Que feriez-vous s’il vous disait ce qui se passe ?

Difficile à imaginer quand on ne sait pas quel est le problème … Mais repensez à des moments où votre enfant vous a confié des choses difficiles. Qu’avez-vous fait ? Que lui avez-vous dit ?

L’avez-vous grondé, sermonné, puni ? Lui avez-vous fait la morale ?

Lui avez-vous donné des conseils ? comme « laisse tomber ! », « ignore-les », « fais comme si de rien n’était », « ne te laisse pas faire ! » ou autre chose du genre ?

Etes-vous intervenu directement auprès d’un autre enfant ou d’un adulte (parent d’un autre enfant, enseignant, animateur ou ATSEM, …) ?

Dans tous ces cas, comment votre enfant a-t-il vécu votre intervention ? Etait-il d’accord pour que vous fassiez ce que vous avez fait ?

Est-ce que ça a réglé le problème ? visiblement non puisque celui-ci persiste … Est-ce que ça l’a soulagé ? Sur le court terme et sur le long terme ? (visiblement non puisque le problème persiste).

Chacune de ces interventions, même très bien intentionnée, peut avoir un effet désagréable sur l’enfant : au mieux, celui de simplement voir le problème perdurer malgré notre intervention, au pire celui de le voir s’aggraver ET de s’être senti mal émotionnellement d’en avoir parlé.

Pourquoi mon enfant ne me parle pas ? Et si vous faisiez autrement ?16.07.01 pourquoi mon enfant ne me parle pas de ses problemes sandrine donzel accompagnement parental

L’une des premières règles quand on veut aider un enfant a résoudre ses problèmes, c’est de n’intervenir QU’AVEC SON ACCORD !

Lorsque vous intervenez sans l’accord de l’enfant, vous le mettez potentiellement en difficulté. Mais pire encore, vous lui envoyez le message que vous le pensez fondamentalement incapable de gérer ses problèmes. Et ce message est bien plus angoissant et déprimant pour lui que tous les problèmes du monde.

Que faire d’autre alors ? Et bien déjà – même si cela vous est très difficile – lui promettre de ne rien faire s’il n’est pas d’accord pour le faire. ET TENIR VOTRE PAROLE. Sinon la prochaine fois, il vous parlera encore moins de ses problèmes.

Votre enfant n’est pas obligé de vous croire sur parole. Il se peut donc qu’il mette quand même du temps à vous dire ce qui ne va pas. Vous pouvez alors simplement lui rappeler de temps en temps qu’il est libre de vous parler ou pas, lui dire que vous êtes inquiet quand vous le voyez mal et que vous avez envie de l’aider. Que vous pouvez peut-être l’aider, mais pas forcément. Et quand, dans tous les cas, vous ne ferez rien sans son accord.

Evidemment, il est parfois difficile de s’imaginer qu’on ne va pas intervenir alors que notre enfant est mal. A quoi servons-nous alors, nous les parents, pourriez-vous m’objecter ? Pourtant, ne rien faire, c’est encore faire quelque chose. C’est, dans ce cas, envoyer un message de respect et de confiance à son enfant sur sa capacité à gérer les problèmes, à savoir demander de l’aide quand il le faut. C’est aussi renforcer la relation entre nos enfants et nous pour qu’ils osent nous parler et nous dire ce qui ne va pas.

Parce que, peut-être, sommes-nous plus utiles à nos enfants en les remettant au centre de leurs problématiques plutôt qu’en les gérant à leur place …

Mais surtout, pour aider efficacement nos enfants, encore faut-il savoir de quoi il retourne et donc les amener à nous parler. Si nous continuons à intervenir sans leur accord, nous les amenons souvent à cesser de nous parler. Nous pouvons donc déjà commencer par là pour rétablir le dialogue …

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Sandrine Donzel

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6 pensées sur “Mais pourquoi mon enfant ne me parle pas ?

  • 1 juillet 2016 à 16:44
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    Bonjour!

    Et merci encore pour cet article, comme toujours passionnant!
    Moi j’ai un autre souci : ma fille de 5 ans me parle, et c’est bien, mais je n’arrive pas à l’aider dans son problème. J’imagine que c’est un problème récurrent à cet âge, il est tout simple : les autres enfants ne veulent pas jouer avec elle…
    C’est une enfant de décembre, douce, sensible, très petite et menue, un peu rêveuse… Et à l’école, elle se fait ballader par les autres enfants. Elle a eu une grande amitié au début de l’année, mais une troisième petite fille est venue jouer la commandeuse et semer la zizanie à coups de « aujourd’hui je suis la copine de l’une » « aujourd’hui je suis la copine de l’autre » « et toi t’es pas belle et t’es bête » et surtout… « je voudrais que tu soiyes morte »… Ma pauvre petite en pleure bien souvent… Je l’écoute, je la console, je lui raconte la vérité, à savoir que ça m’est arrivé aussi mais que je m’en suis sortie, qu’il ne faut pas garder les relations malsaines et qui ne nous rendent pas heureux, qu’elle est une enfant merveilleuse et que je suis certaine qu’il y a plein d’autres enfants qui veulent jouer avec elle, qu’il faut qu’elle les voit et leur accorde aussi de l’attention..;
    mais elle me dit que non, personne ne veut jouer avec elle, et elle pleure dans mes bras…
    Que faire??

    un grand merci pour ton aide, car je suis bien triste!! 🙂 …

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    • 1 juillet 2016 à 19:29
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      Demander à un enfant de renoncer à certaines amitiés, c’est comme dire à quelqu’un qui est éperdument amoureux et qui vient de se faire jeter « un de perdu, 10 de retrouvé ». Difficile à faire et encore plus attristant car on ne peut pas décider de renoncer.
      Il serait cependant intéressant qu’elle sache que plus on est accroché à quelqu’un moins on est séduisant, comme un pauvre caniche qui suit son maitre partout la langue pendante et les yeux enamourés.
      Si elle veut « séduire » ces filles, elle aurait sans doute intérêt à faire semblant de se livrer à des activités fort intéressantes en solitaire sans jamais aller vers les copines en question ce qui peut, potentiellement, faire revenir vers elle les filles en question.
      Cet article d’une personne qui pratique la même approche que moi pourrait vous être utile à toutes les 2 : http://www.huffingtonpost.fr/amelie-devaux/je-comprends-pas-pourquoi-ils-veulent-pas-jouer-avec-moi_b_9874286.html

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  • 1 juillet 2016 à 19:11
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    « rétablir le dialogue »
    Comment rétablir un dialogue qui ne s’est jamais mis en place?
    Quelle définition du dialogue? Quel échange minimum peut-on qualifier de dialogue?
    « Bonjour, j’ai faim, merci », est-ce un dialogue?
    Vos propos me posent plus de questions qu’ils ne m’apportent de réponse, et de réponse je n’en trouve aucune moi-même.
    Avec un ado qui n’a jamais parlé, dialogué, échangé, je veux dire depuis sa petite enfance, il n’y a pas de recette miracle, n’est-ce pas…
    Allons, un peu de courage, l’adolescence n’est qu’un tunnel, il y a donc une issue!!

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    • 1 juillet 2016 à 19:31
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      L’absence de dialogue n’est pas forcément le signe d’un problème relationnel ou d’un manque de confiance.
      Peut-être est-ce juste un enfant qui n’a pas besoin/envie de partager sur son intimité. On peut partager de bons moments sans se parler :-).

      La question c’est à quoi servirait le dialogue en question ? Que changerait-il dans votre relation ?
      Et comment vous y êtes vous prise pour l’établir jusque là et quelles ont été les réactions de l’enfant en question ?

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      • 1 juillet 2016 à 22:39
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        Oui, c’est un hyper sensible qui contrôle et refoule toutes ses émotions.
        Que changerait le dialogue?
        J’aurais l’impression de pouvoir le toucher, d’entrer en relation, d’exister pour lui…… cela me rassurerait moi, qu’il sache que je l’aime.
        Cela me rassurerait sur ses capacités à gérer ses émotions.
        J’ai longtemps pensé, craint, qu’il ne soit autiste, parce qu’il n’était pas comme les autres enfants autour de nous, sa relation avec moi était…. bizarre au sens où je ne la comprenais pas. Un premier bébé, dont je n’avais pas le mode d’emploi!! 😉

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  • 1 juillet 2016 à 21:59
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    Pourquoi dans la vraie vie on ne rencontre pas plus de personnes aussi intelligentes sur le plan relationnel que toi? Je trouve que tellement de parents et d’adultes sont loiiiiiins des enfants.

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