comment gérer la rentrée des classes avec un enfant inquiet ?L’année dernière, l’Education Nationale avait formidablement bien réussi à rater sa rentrée grâce aux « conseils » de Marcel Rufo. Marcel Rufo nous servait là le classique « n’ayez pas peur, ayez confiance, tout va bien se passer … » que j’avais, à l’époque, commenté sur les Vendredis Intellos. J’avais aussi donné ma version de la même interview sur ce blog. Les années (scolaires) passent mais les angoisses de rentrée restent.Et la question qui revient est : « avec un enfant inquiet : comment gérer la rentrée des classes ? »

Lorsqu’un enfant angoisse face à l’école, notre premier mouvement est souvent celui de Marcel Rufo :

N’aie pas peur, tu n’as aucune raison de t’inquiéter, tout va bien se passer !

C’est super l’école, tu vas retrouver tes copains et apprendre plein de trucs.

Parfois cela fonctionne. Lorsque l’enfant n’est pas trop anxieux et qu’il n’a rien vécu de difficile  …

Mais souvent l’enfant n’est pas soulagé par ces propos. Il se peut même qu’il commence à croire qu’il est débile de s’inquiéter puisqu’il n’y a aucune raison ? Pour la plupart des enfants, cette attitude est à peu près aussi efficace que de montrer une énorme araignée velue à une personne phobique des araignées en lui disant : « elle est super gentille l’araignée, avec css belles pattes velues. Ca va être génial de passer toutes vos journées ensemble ! Vous allez bien vous amuser ! Tu vas apprendre plein de trucs sur les araignées ! »

Je ne suis pas sûre que ça marche parce que l’école, c’est pas toujours super justement ! Il y a peut-être des bons moments mais il y en a aussi des moins bons : ceux où on s’ennuie (oui ça arrive forcément), ceux où on n’y arrive pas (ça arrive même aux meilleurs), ceux où on vit des choses désagréables (une réflexion de l’instit’, des brouilles avec les copains, …), etc.

Enfant inquiet : comment gérer la rentrée des classes … Mais que faire d’autre alors face à l’angoisse de nos enfants si on ne peut pas les rassurer ?

En réalité, ce qui a des chances de rassurer, ce n’est pas la pensée positive. C’est plutôt un certain réalisme.

Essayer de se convaincre que tout va bien se passer c’est se prendre soi-même pour un imbécile ou, dans le cas qui nous occupe, prendre notre enfant pour un imbécile. Notre inconscient sait bien que le risque zéro n’existe pas. Il n’est pas dupe et saura vous le rappeler en cas de besoin. Bref, vous l’aurez compris, se rassurer à tout prix est souvent voué à l’échec.

Ce qui rassure , c’est plutôt :

  • Savoir que c’est tout à fait légitime et normal de ressentir ce qu’on ressent
  • Savoir que l’on pourra trouver de l’écoute et du soutien en cas de problème, donc se sentir compris et entendu dans ce qu’on vit

Nous avons souvent tendance à ne pas prendre au sérieux les inquiétudes de nos enfants par rapport à la rentrée. Alors que parfois il suffit de peu de choses pour les aider …

En échangeant récemment avec ma collègue sophrologue et amie Christine Klein, elle m’a parlé de ce chouette dialogue avec sa fille lors de sa première rentrée scolaire. Je la remercie pour son partage car cette situation est très représentative de ce qui peut se passer une veille de rentrée scolaire et surtout pleine de bonnes pistes pour accompagner un enfant vers la rentrée, quel que soit son âge. Je vous le livre donc tel que Christine me l’a partagé :

Veille de première rentrée des classes en petite section, ma fille a 3 ans depuis la veille, conversation à table. Nous avons déjà souvent parlé de l’école mais je me dis que c’est important de la prévenir que le jour de la rentrée c’est une journée d’école particulière…

Moi : « Alors demain c’est la rentrée ! Tu vas commencer l’école.. C’est une journée particulière la rentrée par rapport aux autres jours d’école. Il y’ a plein d’émotions, plus d’adultes que les autres jours… Il y a des enfants tout contents de retrouver leur copains, d’autres enfants qui pleurent parce que c’est dur … »

Elle, intéressée : «  Et y’en a d’autres maman … ? »

Moi : «  Ben y’en a d’autres, qui font un peu les fous … »

Elle : «  Et y’en a d’autres maman … ? »

Moi : «  Euh.. y’en a d’autres qui rigolent … »

Elle (insistante !) : «  Et y’en a d’autres maman… ??? »

Moi (qui aie enfin compris qu’il y a un message là-dessous) : «  Tu sais toi ? Y’en a d’autres qui quoi … ? »

Elle (en chuchotant) : «  Y’en a d’autres qui sont un peu inquiets … »

Moi : «  Oh ! ….. Oui … je pense même que tout le monde est un peu inquiet le jour de la rentrée… Les enfants qui se demandent s’ils vont se faire des copains ou quelle maîtresse ils vont avoir. Les maîtresses aussi qui se demandent si les enfants vont être sympas. Les papas et les mamans qui espèrent que leur enfant se sentira bien dans sa classe… Oui tout le monde est un peu inquiet le jour de la rentrée
Et toi, tu sais ce qui les inquiète ??? »

Elle ( fronçant les sourcils) : « Oui ils jouent à un jeu et un enfant le prend et «  Non c’est le mien ! » »

Moi : «  Oh … ils sont inquiets parce que c’est dur de partager ? Et ça arrive que le même jouet fasse envie à deux enfants en même temps … »

Elle, visiblement soulagée : «  Ouiiiiiii ! »

Moi : «  C’est sûr… c’est pas facile de partager les jouets qu’on aime bien… »

Elle acquiesce du menton en reprenant son repas.

……….

Voilà, cela a suffi à l’apaiser… Et moi à comprendre ce qui l’inquiétait, elle car je pensais naïvement que ce serait mon absence !!! 😉 … ou bien le fait de ne connaître personne..

Enfant inquiet : comment gérer la rentrée des classes … et si au lieu de rassurer celui qui s’inquiète, on normalisait et légitimait l’inquiétude ?

La vie n’est pas un long fleuve tranquille. S’inquiéter face à une situation nouvelle est logique, courant, pour ne pas dire normal. La peur est utile pour se préparer à la nouveauté, j’en avais parlé ici. Savoir qu’on n’est pas le seul à stresser peut rassurer dans une certaine mesure, surtout les plus petits qui ne savent pas si ce qu’ils vivent est normal ou non. C’est aussi ce que fait Christine avec sa fille en lui parlant des inquiétudes de tout le monde : la maitresse, les parents, les autres enfants, …

Mieux vaut savoir qu’il y aura presque toujours un coup de stress dans les phases de changement, qu’on sera (un peu ou beaucoup) mal dans ces moments-là … et qu’on finit par les surmonter. Faire croire aux enfants qu’ils vont trouver le moyen de ne plus stresser n’est pas du tout un bon service à leur rendre. Bien au contraire ! Si on veut aider son enfant, il vaut mieux lui dire à son enfant que, nous aussi on stressait pour la rentrée mais que voilà comment on gérait en expliquant les stratégies que nous utilisions, sans prétendre que c’est LA solution.

J’avais aimé dans ce sens l’attitude de la maitresse de ma fille le jour de sa rentrée en CP :

Ma petite poulette adorait l’école et était ravie de rentrer dans « la grande école » pour apprendre à lire. Mais le jour J, dans la cour, avec le monde autour, les grands, la foule, elle se faisait toute petite et ses yeux humides en disaient long sur son coup de stress bien compréhensible. Nous avions rejoint sa maitresse qu’elle ne quittait plus d’une semelle tout en me tenant la main. La maitresse en question, en voyant son émotion, s’est penchée vers elle pour lui glisser tout doucement à l’oreille :

Tu as le coeur qui tape un peu hein ? C’est normal, on ne se connait pas, c’est la grande école, il y a plein de monde. On va faire connaissance, tu veux bien ?

Un pauvre petit sourire a éclairé le visage crispé de ma grande qui était devenue si petite. Elle m’a fait un gros bisou et m’a lâché la main pour se rapprocher de sa maitresse. J’ai pu partir sereine … et elle a passé une bonne matinée :-).

Normaliser et légitimer est d’autant plus utile si l’enfant a vécu des expériences difficiles les années précédentes – difficultés scolaires, difficultés relationnelles avec son enseignant, harcèlement, … Faire croire à un enfant qui a mal vécu une année scolaire que tout va miraculeusement bien se passer l’année suivante relève plus de la pensée magique que de quoi que ce soit d’autre et ne rassure personne. Envisager que les choses puissent bien se passer est une chose … mais refuser d’envisager qu’elles se passent mal n’est pas forcément aidant.

Si un enfant a mal vécu des choses l’année précédente, il a des raisons de craindre que cela se reproduise. L’envoyer à l’école en lui disant que tout va bien se passer revient à peu près à envoyer un soldat sur le champ de bataille sans armes.

Il a besoin d’être armé pour gérer différemment la situation si jamais elle se reproduit, pas d’être envoyé au casse-pipe sans préparation. A ce sujet, je vous invite à lire les articles sur le harcèlement que j’ai déjà publiés. L’enfant a besoin de votre soutien et de votre support pour l’aider à agir, pas forcément de votre intervention.

Enfant inquiet : comment gérer la rentrées des classes : et si, au lieu de rassurer l’enfant qui s’inquiète, on explorait ?

Et c’est dans ces situations aussi où explorer le problème au lieu de faire comme s’il n’existait pas peut aider.

Cherchez à mieux comprendre le problème : nous nous trompons parfois de peur, projetant nos propres peurs sur l’enfant alors que lui n’en a pas ou en a d’autres que nous. Comme dans cette situation où Christine réalise que la difficulté pour sa fille n’est pas là où elle pensait. En explorant les peurs de sa fille, elle peut mettre le doigt sur ce qui pose vraiment problème. Sinon vous risquez d’essayer de résoudre un problème qui n’existe pas … et qui sera donc de fait impossible à résoudre. J’en avais déjà parlé ici.

Une fois que vous aurez compris, alors vous pourrez donner des explications plus concrètes s’il y a besoin. Mais une fois la peur entendue, les explications s’avèrent souvent superflues. Les explications sont rarement entendables quand nous sommes sous le coup d’une émotion. Donner une explication rationnelle à un enfant qui angoisse risque donc d’être voué à l’échec (phénomène expliqué dans l’article « Le ballon émotionnel« ).

Enfant inquiet : comment gérer la rentrée des classes : et si l’enfant angoisse toujours ?

Après avoir travaillé sur ses peurs et lui avoir montré qu’on les comprend et qu’on peut l’aider, on peut aider l’enfant à se focaliser l’enfant sur le positif sans nier les choses difficiles :

Et si, par un coup de baguette magique, ces choses difficiles, pénibles, douloureuses disparaissaient, qu’est-ce qui te ferait envie à l’école ?

Il ne s’agit évidemment pas de nier les difficultés – elles doivent être prises en considération – mais de rappeler aussi à l’enfant qu’il y aura au moins 1 ou 2 bricoles plaisantes dans l’année auxquelles il peut se raccrocher. Même si elles sont peu nombreuses. On peut aussi alors discuter avec l’enfant du moyen de rendre la situation un peu moins difficile à vivre.

Une autre chose encore : vivre une situation difficile est douloureux. Se sentir impuissant mais plus encore se sentir incapable et assisté ajoute au problème. Pensez à remettre l’enfant au coeur des actions qui le concernent surtout s’il est en difficulté. S’il a besoin d’un soutien, d’une rééducation (orthophonie, psychomotricien, …), pensez à lui expliquer les tenants et les aboutissants de chaque démarche et demandez-lui son ressenti et son avis, ce qu’il trouve utile, efficace, pesant, … Même si c’est vous qui prenez la décision, s’il n’est pas motivé, vous allez perdre du temps, de l’argent et peut-être même le dégoûter des accompagnements qui pourraient l’aider. Trop de rendez-vous peut nuire au résultat de l’accompagnement en envoyant le message qu’on est vraiment bien nul puisqu’on a autant besoin d’aide.

En cas de difficultés relationnelles, évitez d’intervenir sans son accord. Osez lui demander ce qu’il en pense, comment il voit les choses. C’est possible aussi bien avec des enfants petits qu’avec des adolescents.

Lorsque l’enfant a tendance à vouloir tout contrôler – tout savoir dans les moindres détails, vérifier un grand nombre de fois, … – c’est souvent plus compliqué. Si cela reste dans des proportions controlées par l’enfant et que cela ne le handicape pas dans sa vie quotidienne (effet sur les relations amicales et familiales, confort de vie, …), c’est une stratégie qui peut être parfaitement adaptée et efficace. Elle permet de bien se préparer.

Mais si le contrôle commence à échapper à l’enfant, cela se complique : en effet, les enfants qui ont tendance à éviter les situations difficiles se rendent vite compte des inconvénients de ce mode de régulation (isolement notamment). Ceux qui sont dans le contrôle par contre peuvent avoir l’illusion que le contrôle fonctionne. Je vous raconterai dans un prochain article l’histoire de ce garçon de 13 ans qui vérifiait 6 fois son sac tous les matins, révisait de 17h à 20h sans interruption et demandait à ses parents de lui faire réviser chaque leçon plus de 10 fois. Ces enfants-là ont besoin d’expérimenter que la ré-assurance vient rarement de l’extérieur mais plus souvent de l’intérieur. Mais ça, c’est une autre histoire (ou plutôt un autre article 🙂 …et je reviendrai mettre le lien ici).

Enfant inquiet : comment gérer la rentrée des classes : Et si ce sont les parents qui angoissent ?

Toutes les idées proposées ci-dessus marchent aussi très bien avec les adultes … Donc si vous êtes enseignant ou personnel scolaire, pensez à les utiliser avec les parents stressés – il y en aura forcément (moi aussi je stresse un peu avec l’arrivée de la rentrée …) – qui arriveront dans votre école demain matin 🙂 …

Cette nouvelle année scolaire vous apportera des inconvénients et des bénéfices, des joies et des difficultés, des plaisirs et des peines, … Et c’est seulement quand les peines, les difficultés, les inconvénients deviennent vraiment trop difficiles à supporter qu’il devient utile de chercher à changer …

Que vous soyez parent, enseignant ou élève, je ne vous souhaite pas une bonne rentrée. Je vous souhaite juste une rentrée normale avec ses bonnes et ses moins bonnes choses, ses petits et gros chagrins, ses petits et gros plaisirs, …

Cet article vous a plu ? Vous avez envie d’en savoir plus et de recevoir régulièrement des infos autour de ce sujet ? Alors cliquez ici !

Pour aller au sujet de l’enfant inquiet : comment gérer la rentrée des classes :

Sur ce blog :

Quelques livres (liens sponsorisés – il se peut que vous ne les voyiez pas si votre navigateur utilise un bloqueur de publicité)

  • A lire le blog de Christine Klein autour de la parentalité et de la gestion des émotions, et aussi son livre : « Sophrologie pratique au quotidien : exercices pour tous les jours » pour ceux qui veulent des outils de sophrologie utilisables au quotidien

  • Pour armer les enfants face au harcèlement, l’incontournable livre d’Emmanuelle Piquet « Te laisse pas faire ! », à recommander à tous les parents et enseignants !

  1. Merci pour votre article,et vos conseils….demain c’est le grand jour pour mon fils âgé de 3 ans 1/2…Sachant qu’il a déjà fait une première rentrée l’année d’avant (qui avait durer 15 jours)et n’étant pas tout à fait propre,la directrice m’avait demandé de le garder..
    Et donc j’appréhende cette rentrée…j’ai détesté le manque de tact de cette femme..

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