Merci à Sara Rosetta pour sa magnifique photo ! http://www.sararosetta.com

Grâce à un de mes contacts Facebook, je suis tombée récemment sur un article au sujet de la phobie des araignées, article que vous pouvez lire ici.

Je dois bien avouer que cet article m’a fait mourir de rire – un peu jaune quand même. Avouez quand même que, dans un autre contexte, un discours du genre :

Les pattes de l’araignée évoqueraient le souvenir archaïque de la chevelure maternelle; son abdomen, le visage ; et la bête entière renverrait à une femme cannibale menaçant son enfant de le « manger » de baisers.

vous conduirait à penser que son auteur a – au mieux – abusé de substances illicites ou – au pire – nécessite des soins psychiatriques.

Et pourtant ce discours est assez courant, il sous-tend le travail de beaucoup de psys en tout genre.

Le discours psychanalytique habituel sur la phobie des araignées …

Ce qui m’interpelle moi dans ce discours, c’est son utilité ou plutôt son inutilité.
Une fois qu’on a dit tout ça, à quoi cela nous avance-t-il exactement ?

Très bien, j’ai peur des araignées parce que j’ai peur que ma mère me mange de baisers. Super et ensuite ?
Parce que du coup, ça ne me fait pas moins peur du tout hein 😀 …
Et en plus, comment est-ce que je vais bien pouvoir me sortir de ma phobie des araignées avec tout ça ?

Surtout quand on ajoute :

La toile, inconsciemment associée à l’hymen, susciterait la crainte de le déchirer ou d’être pris dedans. Installée en son centre, l’araignée évoque la vulve, l’inconnu noir, avec ce que peut avoir d’effrayant, dans l’imaginaire, le sexe dévorant qui retient sa proie. Mais la vraie panique, c’est lorsqu’elle sort de sa toile.

Devenue insaisissable, elle nous ramènerait à une vieille angoisse de castration enfouie dans l’inconscient.

Enfin bref, vous l’aurez compris, je ne partage pas du tout cette vision des choses.

Mais plus encore, je ne vois pas ce que cette vision permet de résoudre …

 

Ma façon de voir la phobie des araignées est bien différente.

Pour ma part, je pense que l’araignée n’est pas vraiment un animal de compagnie apprécié par la majorité des gens.
D’abord, une araignée – comme tous les insectes – ça a trop de pattes et trop d’yeux 😀 …

On ne sait jamais par où ça va attaquer ; et puis ça a des poils – beurk – dont on ne sait pas s’ils sont urticants ou pas.
Et puis, bercés que nous sommes par quelques légendes urbaines à propos d’araignées tropicales dangereuses ou par quelques faits divers qui nous laissent supposer que nos voisins hébergent des araignées mortelles et les laissent s’échapper, nous avons toujours l’angoisse de savoir si la bête que nous avons en face de nous est une inoffensive petite bête de chez nous, malgré ses pattes velues et sa taille imposante, ou si c’est un danger mortel.

Et puis, depuis la nuit des temps, nous avons un signal d’alarme extrêmement puissant et utile : LA PEUR.
La peur, ça sert à prendre conscience qu’il y a des dangers potentiels et à chercher le meilleur moyen de s’en prémunir.
Avoir peur à la vue d’une araignée, c’est juste un réflexe normal de survie en gros.

Bref, une araignée, ça fout la trouille, indépendamment de toute considération psychanalytique.

Et c’est extrêmement utile pour survivre, la peur !

Sans peur, nous serions déjà morts depuis longtemps !

Donc avoir peur des araignées, c’est normal et plutôt utile.

Le problème, c’est quand la peur devient handicapante, vous fait souffrir.

Tant que vous vous faites une petite frayeur à la vue d’une de ces sales bêtes, que vous hurlez et que ça fait rire vos amis, rien de bien dramatique en somme. Même si vous passez pour un/une andouille une fois de temps et que vous arrivez vous-même à trouver ça un peu rigolo finalement.

Mais quand cette phobie commence à vous faire souffrir vraiment et à vous handicaper, à vous empêcher de faire des choses dont vous auriez envie – partir en voyage, aller dormir chez des amis, et d’autres choses, … – alors il y a lieu pour vous de vous demander si ça ne vaudrait pas le coup de résoudre ce problème.

Mais pourquoi y a-t-il des gens qui sont phobiques et d’autres non ?
Ce qui revient à la question :

Comment devient-on phobique des araignées ?
(ou d’autre chose)

Commencez par vous faire peur une fois, une toute petite fois. Une simple grosse surprise fera l’affaire. Mais ça peut être plus grave.
Puis demandez à votre entourage de dédramatiser en vous disant des choses comme

Ce n’est pas la petite bête qui va manger la grosse !
Allons, ce n’est rien du tout !
Regarde, il n’y a rien de grave.

Ou dites-le vous à vous-même :

Tu es débile d’avoir peur.

Personne d’autre que toi n’a peur de ça !

Vous y êtes ? Donc vous avez eu au départ normalement et logiquement peur d’une vilaine bestiole pas sympathique et potentiellement dangereuse.

Mais maintenant vous avez aussi la crainte de ne pas être normal et vous commencez à vous dire que votre peur est injustifiée, que vous n’avez aucune raison d’avoir peur. Ce qui sous-entend que vous n’êtes pas NORMAL.

Ca marche beaucoup mieux si vous n’avez pas trop confiance en vous ou si vous êtes un enfant qui ne sait pas encore si sa peur est justifiée ou adaptée à la situation.

Et encore mieux si ces réactions se reproduisent à chaque fois que vous avez peur.

Donc là, maintenant, vous commencez à vous dire que vous ne réagissez pas « comme il faudrait ».

Vous ne pouvez donc plus compter sur vous-même, vous n’êtes pas capable de gérer ce genre de situations, vous avez perdu le signal qui vous permet de savoir si vous êtes en danger ou pas, ce qui infiniment plus dangereux encore que la situation initiale.

Donc vous aviez peur, ce qui est normal.
Maintenant vous avez peur d’avoir peur, ce qui commence à être handicapant et angoissant, plus encore que l’araignée en elle-même.

Parce qu’une araignée, c’est une fois de temps en temps …

La peur, même de petites peurs, c’est tous les jours.

 

Et comme la peur est très inconfortable à vivre et que vous pensez ne pas avoir les compétences pour la gérer – puisque vous avez peur d’avoir peur – vous commencez à fuir.
Vous évitez les situations qui vous font peur. Vous demandez à votre entourage de gérer à votre place.

Ouf c’est plus confortable.
Mais il y a un risque : en évitant, en vous faisant accompagner, vous vous envoyez à vous-même un message dévalorisant :

Je ne suis pas capable

de gérer tout seul.

Ce qui ne fait que renforcer votre peur

Nous voilà bien mal partis :-/ …
Et plus vous avez peur, plus vous évitez et plus vous avez peur …

Et vous voilà phobique …

Et comment se sort-on d’une phobie ?

D’abord en réalisant le mécanisme cité plus haut :

plus j’ai peur,

plus j’évite et plus je me fais accompagner,

plus je m’envoie le message que je ne peux affronter seul,

plus j’ai peur.

Vous ne pourrez pas changer les choses qui se sont passées. D’autant plus que l’évènement qui a été à l’origine restera sans doute inconnu, que très probablement votre phobie est multi-factorielle et pas liée à un seul évènement – et à mon avis, encore moins à votre mère (mais ce n’est que mon point de vue personnel, les psychanalystes diraient autre chose probablement).

Intéressez-vous donc dans un 1er temps à votre peur elle-même : y a-t-il des moments, des contextes où elle est plus ou moins forte, plus ou moins intense ?

Ces observations vous permettront peut-être de réaliser que votre peur a une utilité, qu’elle vous protège de quelque chose et cela vous le verrez en vous intéressant aux contextes qui font surgir votre panique.

Une bonne question à se poser ensuite :

qu’est-ce que je perdrai si je n’avais plus cette phobie ?

Le fait que votre phobie ait un sens est parfois vrai, mais pas toujours.

 

Si ce n’est pas le cas, on peut alors travailler sur la peur en elle-même.

Il va bien falloir vous rendre à l’évidence, éradiquer les araignées de votre environnement n’est ni possible, ni souhaitable. Vous allez donc rencontrer des araignées, des vraies ou des virtuelles, tout à l’heure, demain, la semaine prochaine.

Votre peur sert à vous protéger : elle est utile et adaptative.

Mais éviter à tout prix les araignées ne vous protège pas. Au contraire !

Les araignées de nos contrées sont plutôt inoffensives. Seules 2 espèces je crois ont des chélicères qui peuvent percer la peau humaine, ce qui provoque au pire une piqure douloureuse. Mais dans le monde actuel, des araignées tropicales peuvent aussi avoir été importées chez nous.

Alors en évitant absolument les araignées, en refusant de vous y intéresser, en ne sachant pas différencier les araignées inoffensives des dangereuses, comment ferez-vous la différence entre les paisibles araignées de nos contrées et les araignées tropicales dangereuses qui auraient pu s’échapper de chez votre voisin ?

Et même pour les araignées inoffensives, comment saurez-vous où l’araignée peut vous guetter si vous ne vous intéressez pas à son habitat, à ses habitudes alimentaires ?

En fuyant les araignées, et votre propre peur, vous vous mettez finalement en grand danger d’être piqué.

Il va donc falloir vous intéresser aux araignées de près pour mieux vous protéger finalement …

Et si vous avez même peur de les tuer, il va vous falloir vous imaginer que vous allez devoir en écrabouiller une un de ces jours parce qu’un jour, il n’y aura personne pour vous secourir et ce sera elle ou vous.

Alors réfléchissez bien : comment allez-vous vous y prendre pour la tuer ? Visualisez bien comment vous allez le faire, comment vous allez vous y prendre, avec quoi, comment sera cette araignée, …

Evidemment, certains d’entre vous me diront :

« OK, et alors, ça va servir à quoi ? »

Je vous rappelle juste qu’il s’agit d’une expérience émotionnelle qui ne se comprend pas avec l’intellect … mais qui se VIT avec ses tripes.

Pour aller plus loin, retrouvez aussi l’article sur « mon enfant a peur des mouches » pour aider un enfant à dépasser une peur.

Et aussi un livre sur les phobies (lien sponsorisé) :

  1. Le petit morceau d’article que tu as cité et dont tu t’es moqué (tu en as le droit, ce ne sont que des résistances c’est normal)… n’est pas à prendre au premier degré !
    Tu sais, la psychologie est étudiée à l’université, pour pouvoir pratiquer il faut une licence et un Master2 (5 années d’études), et je te passe le nombre d’heures de stage …
    Donc ce qu’il faut comprendre c’est que tu ne peux rien y comprendre ! Tout simplement par ce que tu n’es pas étudiante en psychologie ou psychologue.
    Tout le monde pense que la psychologie est accessible à tous, mais non ce n’est pas vrai, la preuve ! C est accessible si on suit des etudes, on ne peut parler que de ce que l’on sait… et si tu ne connais pas le position schizo paranoïde, par exemple, et bien tu ne peux pas saisir le morceau d’article que tu as cité plus haut …et j’en passe (car 5 ans d études c est pas rien )…

    • Et si la psychologie enseignée – malgré 5 ans d’études – n’était qu’un point de vue sur la psychologie et qu’il en existait d’autres, tout aussi valides, qui permettraient d’aborder les choses sous un autre angle ?
      Et si ce point de vue enseignée constituait la base de prophéties autoréalisatrices qui auto-confirment les psys dans leurs croyances, dûment enseignées pendant 5 ans d’études ?
      Et si ces 5 ans études étaient le pire handicap qu’on puisse infliger à un psy 🙂 ?

      Un excellent livre à lire sur le sujet : « L’imposture de la santé mentale » d’Alain Bachand.

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