je ne suis pas wonderwoman : poupée wonderwomanIl y a quelques jours, mes élèves – oui je suis aussi prof dans une école de commerce à mes heures perdues – m’ont dit que j’avais l’air bien dans ma peau, que chez moi ça devait être super. J’ai bien failli les inviter à venir faire un tour chez moi juste pour voir comment ça se passe vraiment … juste pour leur dire que je ne suis pas Wonderwoman 🙂 …

Mais je me suis dit que ce ne serait pas parlant … Parce que ce n’est pas à l’extérieur que les choses se passent. C’est dans ma tête.

Ce que les gens voient à l’extérieur est parfois trompeur. Et chaque jour dans mes accompagnements, je rencontre des personnes trompées par des tas de croyances simplistes répandues à longueur d’articles « bien-être » ou de romans type « aide-toi toi-même ». Vous savez ces belles idées comme « tout me réussit« , « je ne doute plus un instant« , « toutes mes relations sont au top« , « je me fiche du regard des autres« , …

J’ai bien dit « trompées ».

Parce qu’il me semble que, dans la vraie vie, rien ne se passe comme il est écrit dans tous ces trucs.

Dans la vraie vie, je ne suis pas Wonderwoman … et personne n’a de supers pouvoirs.

Dans la vraie vie, des doutes on en a. Tous les jours. Et plutôt 2 fois qu’une. Et plus on fait ce qui nous semble bon, plus on prend des décisions radicales, plus on en a. Mais avoir des doutes n’est pas une maladie, c’est juste le coup de stress inévitable avant de se lancer. C’est désagréable sur le moment. Et puis une fois dans l’action, on oublie un peu. Jusqu’à la prochaine fois.

Dans la vraie vie, on s’énerve aussi. Moi en tout cas. Je râle, je peste. J’ai envie de passer les enfants par la fenêtre. Parfois (de moins en moins souvent à mesure qu’ils grandissent je dois l’avouer bien que certains jours …). Je me retiens, le plus souvent possible. Mais pas toujours. Je suis un être humain tout à fait dans la norme. Je ne suis pas Wonderwoman.

Dans la vraie vie, je suis en retard, je procrastine, je fais les choses à la dernière minute. Je n’arrive pas à publier des articles aussi souvent que je voudrais. Je fais des fausses manips sur le blog. Je ne suis pas une reine de l’organisation, malgré mon Bullet Journal que j’aime bien tenir et qui m’aide (un peu) à m’organiser.

Et je crois que je ne suis pas la seule.

Et pourtant jour après jour, je rencontre des gens à la recherche d’une utopie irréaliste, que ce soit dans leurs relations à eux-mêmes ou aux autres. Une utopie qui les conduit à considérer une partie d’eux-mêmes comme étant mauvaise, à rejeter. Des gens qui s’épuisent à atteindre une inaccessible étoile, qui combattent les moulins de Don Quichotte. Une vision tellement duale, clivante.

Si je me bats contre moi-même, c’est moi qui gagne. Mais c’est aussi – et surtout – moi qui perds.je ne suis pas wonderwoman : quand je me bats contre moi, c'est surtout moi qui perds

Je ne suis pas Wonderwoman, je le sais … et si c’était ça mon superpouvoir ?

Croire qu’on pourra supprimer tout ça est une belle illusion. Une belle utopie. Et se convaincre que chacune de nos réactions inconfortables est un problème ne changera pas nos actes. Cela peut même les aggraver. J’en avais déjà parlé dans « comment vouloir être bienveillante m’a (presque) rendue maltraitante« .

A trop viser la lune, on n’atterrit pas dans les étoiles, on creuse son trou. C’est un peu comme si on croyait que ce qui nous empêche de grimper au sommet de l’Everest, c’est que nos jambes ne sont pas faites pour ça et qu’il faudrait en couper une, voire les 2, pour que ça marche mieux.

Illios Kotsou en parle longuement dans son livre « Eloge de la Lucidité » (lien affilié) – dont je ne saurai que trop vous recommander la lecture !

Alors c’est sûr que je ne suis pas Wonderwoman. Mais peut-être que j’ai un super pouvoir, un tout petit super pouvoir qui me permet de voir les choses du bon côté, d’avancer : je ne me bats pas contre moi-même. Le moins possible, le moins longtemps possible. Pas toujours, pas tout le temps. Et chaque fois que je me reprends à me battre contre moi-même, je me prends par la main, comme je le ferai avec mon enfant.

Avec mon mini super pouvoir, je ne crois pas qu’un jour, je serai différente. Je crois, sincèrement, profondément, que ce n’est pas en rejetant une partie de moi que je l’améliorerai. Tout comme je crois, sincèrement, profondément, que ce n’est pas en grondant, punissant et faisant la morale qu’on peut aider un enfant à changer. Ni qui que ce soit.

Je crois, au contraire, que c’est en étant respectueux et bienveillant avec nous que nous pouvons le mieux changer. Quand nous nous acceptons tels que nous sommes, en nous demandant toutes les raisons que nous avons d’agir comme nous le faisons sans trop penser que nous sommes délirants, idiots ou débiles de nous sentir comme ceci ou comme cela.

Et si la bienveillance commençait tout simplement par nous ?

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Je ne suis pas Wonderwoman … Pour aller plus loin

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  1. Bonjour Sandrine
    Merci pour cet article du lundi matin qui fait du bien pour démarrer la semaine ;).
    J’ai lu et adoré « Éloge de la lucidité » ( grâce à ton partage sur facebook il y a un bon moment déjà ), et je le conseille à mes clients, mes proches et mes confrères/consoeurs sophrologues.
    Je crois que cette notion d’acceptation est fondamentale : acceptation de vivre de l’inconfort comme faisant partie de la vie, et acceptation d’être faillible, imparfait… pour s’auto évaluer davantage à l’aune de nos valeurs, de nos ambitions et de nos possibles plutôt qu’avec ces mythes du bonheur absolu …absolument inatteignables..
    Bon, et si en plus de ça on arrive aussi un peu plus à zoomer sur nos ressources et qualités, à s’attarder sur elles au moins autant que sur nos « failles et défauts », nous gagnerions en estime de nous mêmes et en confort …
    Belle semaine à toi
    Signé :
    Christine : une femme, maman, sophrologue, formée à la communication bienveillante et qui…. s’énerve aussi avec sa fille de 5 ans !!!!!!!!!!! 😉

  2. Merci pour cet article. Vraiment.
    Ca me permet de relativiser et prendre du recul alors que je suis justement dans une période où j’ai tendance à angoisser parce que je ne fais « rien comme il faudrait », et qu’au final je me sens très piètre.
    Je vais tâcher de lire le livre 🙂
    Excellente semaine Sandrine, j’apprécie énormément ton blog qui offre matière à réflexion.

  3. Vos paroles sont bienvenues oui ! tellement dur de ne pas tomber dans le pièges des méthodes, bons conseils, outils etc ! en particulier dans le cas de la parentalité où le terme de BIENVEILLANCE on l’entend tous les jours ! Pour moi ce fut trop, trop d’efforts, trop de sacrifices et oublis de moi-même ! Et on peut tomber bas, jusqu’à ne plus être là pour ceux qu’on aime. J’aurais tellement aimé savoir ça plus tôt…

  4. Ah voilà un bon début de semaine !! Merci de ce petit rappel salutaire de ce qu’on a tendance à oublier quand on veut trop « faire de son mieux » sans trouver à temps la limite de ce « mieux », ça fait du bien de le lire aussi clairement exprimé !

  5. A vous lire, on dirait qu’il est acceptable de ne pas être bienveillant. Je ne le conçois pas comme cela. J’aimerais que la bienveillance ne soit pas si compliqué à atteindre, à vivre et à donner pour toutes ces mamans. J’ai 4 enfants de 3 à 20 ans, seule à m’en occuper ( un mari qui travaille 7/7 et 14h par jour) et sans ma famille pour me soulager. Sans bienveillance avec mes enfants, difficiles dans leurs premières années, je ne m’en sortirais pas. Tout est si agréable et plus simple quand tout est harmonieux dans la relation avec nos enfants. La bienveillance porte ses fruits. Il faut juste savoir lâcher sur plein de choses ( maniaquerie du ménage, repassage, rangement, style parfait avant de sortir, petit confort plaid/ canapé …) pour avoir du temps à offrir en toute simplicité à nos enfants et à ceux qu’on aime. Si chacun se laisse aller à ne pas prendre soin des autres, par égoïsme, chacun vit dans son coin… Seul… Et morose. Nous sommes responsable du départ dans la vie de nos enfants. Nous marquons leur cœur et le cerveau par notre attitude. Cela mérite bien de prendre sur soi. De faire des efforts. Qui d’autre que l’adulte peut le faire?

    • Il est très agréable et très satisfaisant de constater qu’il est possible d’avoir une relation apaisée et bienveillante avec ses enfants. Simplement la bienveillance – si elle facilite la vie (et je suis bien placée pour le savoir) – n’est pas la panacée universelle qui résoud tous les problèmes quoi qu’on en dise.
      Je comprends que mon point de vue puisse être interprété comme une déculpabilisation : « je peux être maltraitante une fois de temps en temps, ce n’est pas grave ». Or ce n’est pas ce que je dis. Et ce n’est pas ce que visent les gens que je vois. Quand les gens viennent me voir pour un accompagnement, c’est justement parce qu’ils ne parviennent plus à être aussi bienveillants qu’ils le souhaiteraient.

      Et nous constatons souvent ensemble que soit ils se sont trop demandés en oubliant de tenir compte de qui ils sont (ce qui les a conduits à trop prendre sur eux, à se faire du mal et donc à faire du mal aux autres), soit ils croient que c’est parce qu’ils ne sont pas assez bienveillants que leurs enfants parfois refusent de faire ce qu’on leur demande, parlent mal ou pleurent, soient ils se culpabilisent de simplement en avoir assez par moments, d’avoir du mal à faire des efforts par moments parce qu’on leur dit à longueur de journée : « Nous sommes responsables du départ dans la vie de nos enfants. Si on se laisse aller à ne pas prendre soin des autres, nous sommes égoïstes. ».

      Et leur culpabilité est précisément ce qui les empêche d’avoir accès à leurs ressources et à leur compétences. Ce qui est fort dommage. La honte peut même les empêcher de demander de l’aide : qui irait demander de l’aide puisque, en théorie il « suffit » de « lâcher prise sur pleins de choses » et qu’il suffit aussi de faire « quelques efforts » pour que ce soit hyper simple et hyper harmonieux.

      Je milite donc pour qu’on dise que les choses ne sont pas si simples qu’elles ont l’air d’être, qu’avoir du mal est normal.

      On trouve du courage pour faire les choses qui nous sont difficiles quand on nous reconnait qu’elles sont difficiles. Pas quand on sous-entend que nous sommes des incompétents, des ignares ou des égoïstes si nous nous n’y arrivons pas (je crois bien que je vais en faire un article de cette phrase tiens 🙂 …!).

  6. Merci Sandrine pour ce superbe article ! Je le partage avec mes parents-lecteurs 🙂

    Pour prendre bien soin de ses enfants, les guider sur le chemin de leur réussite et de leur épanouissement, il est nécessaire de… d’abord prendre bien soin de soi en tant que parent, en tant qu’adulte. Comme le dit Jane Nelsen, fondatrice de la Discipline Positive, s’assurer que notre vase, le vase de ce qui nous rend heureux, est bien rempli. Et lorsque le niveau baisse, s’arrêter un instant pour faire le plein.

    Reconnaître que la perfection n’est pas atteignable à chaque minute, apprécier nos points forts, accepter avec gentillesse nos difficultés comme vous l’écrivez si justement : voilà une belle attitude pour prendre soin de son vase 😉

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