« ma fille a peur des mouches », « mon fils ne veut plus sortir de la maison à cause des insectes », … la peur des insectes

la peur des insectes chez les enfants : abeille en volLe printemps et l’été sont propices à ces peurs diverses … Mais l’automne aussi, peut-être de façon encore plus importante, car l’automne est la saison que choisissent les insectes les plus sympathiques pour rentrer dans nos maisons chaudes et confortables. Il est donc fort probable que vous – et vos enfants – allez être confrontés dans les semaines qui viennent à de charmantes arachnides de tout poil et que ces rencontres fortuites vont déclencher quelques crises de panique chez les enfants … et chez les parents :-D. Oui, la peur des insectes est fréquente chez les enfants !

La peur des insectes, une peur fréquente chez les enfants

Il me paraissait intéressant de parler de ces peurs fréquentes et j’ai choisi pour cela une situation qui m’a été évoquée il y a quelques temps en arrière à propos d’une petite fille de 3 ans :

Ma fille lorsqu’elle sort à l’extérieur devient complètement paniquée dès qu’elle voit un insecte. Qu’il vole, rampe ou marche, elle panique. Les pires sont ceux qui volent par contre. J’avais noté l’été dernier qu’elle n’aimait pas les insectes, notamment les mouches. Mais depuis qu’il fait chaud, nos sorties extérieures sont pénibles.
Dès qu’elle entend voler un insecte, elle se bouche les oreilles en criant et pleurant comme si elle venait de voir une personne se faire tuer ! Elle panique encore plus si l’insecte ose se poser ou marcher sur elle. Elle est ensuite inconsolable pendant plusieurs minutes. Elle reste sur sa peur durant des heures.
Plus l’été avance, plus elle panique. Après la crise, elle se touche le corps à plusieurs endroits comme si elle enlevait des insectes imaginaires. Elle a des réactions physiques également, son corps tremble, elle a des frissons. Bref, elle réagit fortement.
Elle semble consciente que sa peur est irrationnelle et tente de se calmer. Je lui parle doucement, elle fait de gros efforts pour garder son calme. Ça semble tout simplement plus fort qu’elle. Elle n’a aucune allergie et a commencé ses comportements graduellement, ce n’est suite à une imitation de comportement chez une autre personne. Elle m’a dit que si elle se bouche les oreilles, c’est qu’elle a peur que l’insecte y entre.

La réaction habituelle à ce genre de situations est de dire à l’enfant :

« allons, ce n’est rien, ce n’est pas la petite bête qui va manger la grosse ! »
« mais tu exagères, ce n’est qu’une mouche ! »
« regarde, je la prends la bête ! tu vois elle ne fait pas mal !

Ces réponses sont très classiques et peuvent fonctionner avec un enfant qui n’a une petite peur et peuvent aider l’enfant à affronter.
Mais force est de constater qu’elles donnent souvent de mauvais résultats avec un enfant plus petit, qui a du mal à prendre du recul sur ses émotions ou dont la peur est plus importante.

Rassurer un enfant qui a peur des insectes, est-ce efficace ?

Pourquoi ? Ces réponses sont rationnellement tout à fait raisonnables mais transmettent un message implicite qui dit

« tu n’as aucune raison d’avoir peur ».

 

Or la peur est, par définition comme pour toute émotion, un phénomène spontané.
Elle est là ou elle n’est pas là mais nous n’avons aucun contrôle sur son apparition. Nous pouvons choisir ce que nous allons en faire : fuir, affronter, … mais pas choisir d’avoir ou de ne pas avoir peur.

L’enfant qui entend « tu n’as aucune raison d’avoir peur » et qui voit autour de lui des gens rester totalement calmes, approcher les bestioles sans broncher, se sent probablement un peu- voire très – nul et cela peut même conduire à aggraver sa peur pour 2 raisons :

  • il a peur alors qu’il n’y a aucune raison d’avoir peur – du moins c’est ce qu’on lui dit, ce qui peut potentiellement déclencher une inquiétude confuse sur sa propre normalité : « j’ai peur alors que je ne devrais pas avoir peur. Suis-je normal ? Puis-je faire confiance à ce que je ressens ? ». Même si ces questionnements ne sont pas aussi clairs que cela dans la tête d’un enfant, celui-ci sent bien cette confusion et ne sait plus s’il doit se fier à ses propres sensations ou à celles de son entourage pour se guider dans la vie.
  • les autres n’ont pas peur donc je suis bête d’avoir peur : l’enfant se retrouve dans une situation où sa peur devient la cause d’un des sentiments les plus désagréables qui soit, la honte. Il commence donc à avoir honte d’avoir peur.

 

Et tout cela contribue au fait que l’enfant assimile sa peur des insectes à quelque chose de plus en plus effrayant. Non seulement il a peur des insectes mais en plus, il commence à avoir peur de n’être pas « comme les autres » et il appréhende de ressentir à nouveau la honte.
Chaque fois qu’il commence à avoir peur d’un insecte, les autres angoisses viennent se rajouter et le cercle vicieux démarre car l’enfant se met à avoir peur d’avoir peur.

 

Dans le cas que je cite au départ, la maman, pleine de bon sens, essayait de minimiser en douceur cependant, montrait que les insectes n’étaient pas dangereux en les manipulant, …

Cela n’aidait pas l’enfant puisqu’elle essayait bien de prendre sur elle, probablement pour ne pas paraitre anormale aux yeux de son entourage mais cela ne diminuait pas sa peur pour autant. Au contraire, la situation semblait empirer au fil des mois.

 

Alors comment sortir de ce cercle vicieux et aider vraiment l’enfant qui a peur des insectes ?

La 1e étape est de requalifier la peur comme étant quelque chose de rassurant et non d’inquiétant …

Cela a pour effet de permettre à l’enfant de ne plus avoir peur d’avoir peur, de ne plus chercher à se débarrasser de sa peur mais au contraire d’essayer d’apprivoiser sa peur.

Pour cela, une des premières choses à faire est d’expliquer en quoi la peur est utile : la peur sert à se protéger. Et dans le cas des insectes, la peur sert à prendre des précautions, à bien observer à quel insecte on a à faire afin de savoir comment il est dangereux, par où il va nous attaquer et tout ça 😉 …

Dans le cas que je cite, ce simple message a permis à l’enfant de commencer à avoir une autre attitude face aux insectes : elle s’est mise à faire des gestes de karaté en riant pour faire fuir les insectes. Elle n’était pas totalement détendue mais son attitude avait radicalement changé.

 

Une autre étape a été de s’intéresser aux insectes en regardant un film sur les insectes afin de mieux les connaitre. En effet, pour mieux affronter un ennemi, il vaut mieux bien le connaitre ;-), d’où l’intérêt de bien se documenter sur l’objet de la peur, ici les insectes. Mais cela n’est possible qu’une fois qu’on reconnait que sa peur est justifiée et normale. Cela ne l’est pas tant qu’on pense qu’on n’a aucune raison d’avoir peur.

 

La peur ne s’est pas enfuie en un jour mais les réactions de la petite fille ont été sensiblement modifiée par cette nouvelle approche.

Voilà ce qu’en disait sa maman quelques semaines après sa demande :
« Ce qui est étonnant, c’est qu’elle était une petite qui n’avait peur de rien avant, ni du noir, ni des hauteurs et depuis quelques mois, elle s’était mise à avoir peur de tout. Je ne sais pas d’où ça lui vient mais en l’accompagnant, ça semble changer. »

La phase où la petite fille s’est mise à avoir peur de tout était le début du cercle vicieux – j’ai peur d’avoir peur – dont je parlais plus haut.

La rupture du cercle par une approche radicalement différente de la peur a permis à la petite fille de reprendre confiance et de pouvoir trouver ses propres ressources pour affronter sa peur des insectes, qui était beaucoup plus accessible que la peur et la honte d’être anormale.

 

Et vous, comment gérez-vous les peurs, les vôtres et celles de votre entourage ?

Pour aller plus loin à propos des peurs (peur des insectes et autres) :

 

Sur ce blog :

Photo Credit: wolfpix via Compfight cc
Des livres sur l’éducation et la relation à l’enfant (liens affiliés Amazon)

 


Quelques livres à propos d’émotions :

Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance ... envers les autres et envers soi-même :-) ... Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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8 pensées sur “« ma fille a peur des mouches », « mon fils ne veut plus sortir de la maison à cause des insectes », … la peur des insectes

  • 10 septembre 2012 à 07:58
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    Cet article m’interpelle fort…
    Ici, ce qui est le plus difficile à gérer pour nous (mon mari et moi), c’est la peur pendant la nuit… Nous avons 5 enfants (4 garçons de 13,11,8 et 3 ans et 1 fille de 10 ans). Nos enfants n’ont jamais été de bons dormeurs, si ce n’est l’aîné jusqu’à ses 4.5mois, date à laquelle il a commencé à être gardé à l’extérieur. Les autres n’ont jamais été gardé à l’extérieur mais ont toujours lutté contre le sommeil.
    Aujourd’hui, pour les grands, ça se traduit par une non-envie de se coucher, même en cas de grosses fatigues. Ca, on gère… Mais les réveils de nuit sont compliqués… On a pratiqué le cododo et on a accueilli assez longtemps un enfant sur un matelas dans notre chambre quand le besoin se fait sentir.
    Actuellement, notre chambre est petite, on y dort avec le plus jeune, impossible de mettre un matelas de plus. Mais le problème n’est pas là… Nous avons le sentiment qu’ils sont en âge de gérer seul leurs peurs de la nuit. C’est peut-être là notre erreur…
    Notre deuxième rejoint généralement son frère plus jeune quand il n’arrive pas à dormir, parfois le plus vieux… Il le fait sans les réveiller.
    Notre fille ne peut pas gérer seule, elle vient nous réveiller et exige qu’on la rendorme en restant avec elle… et quand on ne veut pas, elle réveille tout le monde de ses pleurs…
    Notre 4° va réveiller son frère pour qu’il vienne dormir avec lui…
    Ca nous laisse un peu perplexe… Sans doute qu’on n’a jamais abordé les choses du côté « tu as raison d’avoir peur »… mais peur de quoi ???

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  • 10 septembre 2012 à 09:17
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    Connaitre la raison de la peur n’est pas forcément nécessaire.
    Lorsque le cercle vicieux s’installe, la 1e chose à combattre, c’est la peur de la peur.

    Souvent, cela suffit à débloquer la situation car l’enfant apprend très vite qu’il est capable de combattre sa peur.
    Parfois il est nécessaire d’aller sur la peur initiale qui n’est pas forcément rationnelle. Les enfants – et les adultes aussi parfois – ont une grande facilité à parler sur un canal imaginaire. Il ne s’agit pas d’essayer de les ramener à la raison (enfin on peut le tenter mais ça ne marche pas forcément) mais de les aider à trouver des ressources.

    Un monstre, même imaginaire, peut être combattu avec des armes imaginaires ou pas. Et c’est d’imaginer ces armes qui permettra à l’enfant de dépasser sa peur.
    Un exemple, tiré du témoignage d’une maman que je connais – j’espère qu’elle ne m’en voudra pas de citer son travail ;-).
    C’est un piège à loups fabriqué avec ses enfants :
    « Le loup qui rôde dans les parages sent une odeur de viande. Intrigué, il cherche et trouve notre boite noire. Alléché par l’odeur, il dévisse les yeux et regarde à l’intérieur, le museau collé à « l’hygiaphone ».
    Par l’hygiaphone, il renifle du poivre moulu dans les naseaux !!! Et ses yeux rivés « aux jumelles » se reçoivent du piment sous forme de graines, bombardées par des ressorts-catapulte !!! L’intérieur du piège est tapissé par des affiches de viandes aspergés de parfums !!!
    Le loup s’enfouit en courant. Les yeux gonflés et le nez irrité ! Il éternue et pleure ! C’est le désastre !!!! On a gagné »
    A lire ici, avec photos à l’appui : http://simplementparents.forumactif.org/t5170-camping-avec-les-enfants

    Ce genre de travail est apprécié par les enfants qui comprennent qu’il y a des ressources pour affronter les peurs 😀 … et c’est ce qui leur permet de dépasser la peur.

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  • 15 janvier 2016 à 13:35
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    Je suis une adulte, j’ai peur et honte d’avoir peur des araignées, merci….. <3

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  • 26 mai 2017 à 01:01
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    Ma fille de trois ans pousse des hurlements dès qu’elle voit une mouche….et franchement je ne crois pas qu’en lui montrant un documentaire sur les insectes elle sera rassurée en les voyant en très gros plan… ça va juste être pire.
    Je n’ai pas vraiment trouvé de solution dans votre article, lui dire qu’elle a raison d’avoir peur parce que ça la protège, ça lui permet de voir d’où vient le danger ? Tout cela ne fera que confirmer et justifier sa peur. En quoi une mouche est dangereuse, et si c’est d’un point de vue général, est ce que je dois lui dire à son âge, que les insectes peuvent être dangereux ? Les mouches, les fourmis, les abeilles, les moustiques, vive la psychose ^^
    Je lui conseille de leur dire « Va-t-en » et de faire comme kung-fu panda mais vraiment, je ne vois pas la solution 🙁
    Je suis juste un peu désemparée par cette peur

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    • 29 mai 2017 à 09:14
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      je rectifie une petite chose : cet article propose une solution qui ne vous parle pas.
      Et j’ajoute aussi que ce n’est pas parce que nous ne comprenons pas une attitude qu’elle n’est pas efficace :-). Peut-être n’est-il pas nécessaire que vous compreniez la logique mais simplement que vous fassiez une expérience pour voir ce qui se passe.

      En quoi une mouche est dangereuse ? PAr définition, une peur est une émotion. Donc irrationnelle. Et elle ne se contrôle donc pas avec la raison. SI la raison contrôlait les émotions, il y a longtemps que tous les troubles type dépression, phobies, paniques, TOC, scarifications, … auraient disparu ;-). Il n’est pas utile que l’objet de la peur soit objectivement effrayant pour travailler sur la peur. Vous pouvez essayer d’agir comme si la peur de votre fille était effectivement une peur énorme, de quelque chose de terrible (ce qui est visiblement le cas pour elle).

      Pour le moment, vous dites à votre fille de dire « va-t-en » et de faire comme kung fu panda. Vous lui donnez des conseils en espérant qu’elle vont les suivre. Ce qu’elle ne fait pas.
      Peut-être même que ces conseils ajoutent à sa peur : « maman me dit que je devrais faire comme ça mais je n’y arrive pas tellement je suis paniquée donc je suis juste nulle et anormale. C’est horrible … ». Ce qui ajoute à sa peur. Et si vous essayiez ce que je propose dans l’article, à savoir de reconnaitre sa peur et de l’amener à affronter progressivement et en douceur. Peut-être déjà en pensée tout simplement.

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