couverture sud presse justice est faite terroristesNous sommes le 7 du mois … et le 7 de chaque mois, mon blog est #Charlie.

En effet, suite aux évènements de janvier 2015 en France – et notamment à l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo – j’ai décidé de programmer un article par mois autour de thèmes qui sont relatifs à ces évènements. Après la liberté d’expression, traitée ici, j’ai choisi de parler de la justice.

Quand nous confondons justice et vengeance

En janvier, j’ai vu la couverture d’un journal titrant « Justice est faite » après la mort des 3 terroristes français.

J’ai à ce moment là décidé de faire un article sur ce thème précisément parce que, pour moi, justice n’a PAS été faite dans ce drame. Non, la mort des hommes est éventuellement une vengeance, mais ne sera jamais une justice.

J’ai aussi lu des réactions autour d’autres évènements – violence conjugale, crime, … – qui allaient dans le même sens et réclamaient une justice qui ressemblait pour moi bien plus à de la vengeance que de la justice.

Pourquoi dis-je cela ?

Réagir sous le coup de l’émotion ne conduit pas à la justice

Nous ne savons pas gérer nos émotions. Pas toujours individuellement, encore moins collectivement visiblement.

Sous le coup de l’émotion, nous prenons des décisions irrationnelles, nous agissons de façon inconsidérée. C’est humain et tout à fait habituel. C’est particulièrement vrai pour les enfants. Etre adulte, être responsable, c’est d’abord et avant tout savoir prendre du recul sur ses émotions et avoir un comportement rationnel.

A titre individuel, cela peut déjà poser des problèmes. Mais lorsque nous réagissons émotionnellemement à l’échelle d’un état, cela peut avoir des conséquences graves sur le long terme.

Il n’est pas rare que nous édictions des lois émotionnelles ou que nous prônions des réactions émotionnelles. Des lois et des réactions qui seront une réaction donnée sous le coup de l’émotion, la colère, la peur. Une loi ou une réaction pour répondre à l’émotion du public – colère et peur là aussi – et non une réponse réfléchie et adaptée.

Et dans quelques mois/années, nous nous rendrons compte des conséquences négatives de cette loi comme c’est le cas pour d’autres.

La loi de 1970 sur la consommation de drogues en est un bon exemple. Elle a été édictée suite à la mort par overdose d’une jeune fille qui avait marqué toute la France. Elle constituait une réaction purement émotionnelle dont l’idée était « protégeons nos enfants de la drogue. » Mais aujourd’hui les experts s’accordent à dire que cette loi n’aide absolument pas à sortir de la drogue et qu’au contraire, elle stigmatise les consommateurs et les empêche de trouver de l’aide pour s’en sortir.

Il existe de nombreuses autres lois émotionnelles en France, édictées pour répondre à l’émotion suscitée par un évènement. Cette émotion publique est légitime, elle demande à être prise en charge et accompagnée comme le sont toutes les émotions.

Justice n’est pas vengeance

Mais faut-il rappeler que la justice n’est pas une affaire émotionnelle ?

La justice est une affaire de prévention, de réflexion. Elle vise à préserver la paix et l’harmonie sur le long terme dans la communauté. Elle ne s’accommode pas de réactions primaires guidées par les émotions.

La vengeance est une réaction émotionnelle visant à faire mal à celui qui nous a fait mal. Cela n’a rien à voir avec la justice. C’est une réaction émotionnelle, non une réponse construite et réfléchie. De la même façon, lorsque nous punissons ou tapons nos enfants parce que nous en avons trop marre, nous sommes tout sauf justes.

La vengeance – ou une loi émotionnelle – relève exactement du même mécanisme intellectuel que celui d’un enfant qui se roule par terre quand que les choses ne lui conviennent pas ou lorsqu’un ado claque la porte quand on lui a fait une remarque.

En politique, comme dans d’autres domaines, Il est temps que nous cessions de nous comporter comme des enfants et que nous ayions le courage de nous comporter comme des adultes !

Malheureusement – et comme me le montrent les commentaires que j’ai pu lire sur ce blog (ou ailleurs) suite à mon article « je vais te tuer, tu n’es qu’une conne » – il me semble que nous en sommes encore loin et que la compréhension de nos émotions a encore un long chemin à parcourir …

Le jour où ce sera le cas, nous aurons fait un grand pas en avant vers la justice et la tolérance …

Une confusion jusque dans l’éducation de nos enfants …

Nous faisons cette confusion jusque dans l’éducation de nos enfants. La punition s’apparente en effet plus à une vengeance : nous voulons que l’enfant se sente mal parce que nous nous sentons mal ; nous pensons que l’enfant doit « payer » pour ce qu’il a fait. Ce qui nous prive de chercher comment il pourrait apprendre à ne plus le refaire.

Cette façon de voir réside sur un point de vue qui consiste à penser que, si l’enfant vit quelque chose de désgréable (punition, humiliation, …), alors il va changer son comportement. Or ce n’est pas comme cela que les choses fonctionnent. Au contraire ! Et les travaux sur le fonctionnement du cerveau nous le montrent un peu plus chaque jour.

De la même façon, les sanctions prévues par la loi sont souvent vues comme des moyens pour les condamnés de « payer leur dette à la société ». Jamais comme des moyens de les aider à trouver des ressources pour ne plus reproduire le comportement problématique. Et après nous nous étonnons de notre fort taux de récidive …

Je sais qu’en matière de délinquance, les choses ne sont pas aussi simples mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a un lien.

Et de penser aussi que si nous apprenions à faire la distinction dès l’éducation de nos enfants, peut-être que les choses seraient différentes …

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Pour aller plus loin à ce sujet ailleurs :

Sur ce blog :

 Quelques livres pour comprendre ce qu’est la justice

Mes autres articles dans la série #JeSuis#Charlie

  1. C’est exactement ce que je me suis dit après les meurtres de ces fous: on s’est vengés, mais justice n’a pas été rendue.
    C’est très difficile d’être juste sous le coup de l’émotion ou quand on est très impliqué. D’où le rôle de la justice. Si on tuait ou violait un de mes enfants, évidemment que je souhaiterait sa mort, même si je suis farouchement contre la peine de mort. Bref, il faudrait que quelqu’un juge ‘à ma place’, sans émotion, avec impartialité.

    Et puis quand j’ai lu ‘ nous voulons que l’enfant se sente mal parce que nous nous sentons mal ; nous pensons que l’enfant doit « payer » pour ce qu’il a fait’, j’ai aussi pensé à un moment, dans ma classe, où j’ai crié et fermé la porte fortement car mes élèves n’avaient pas compris que j’étais vraiment de mauvaise humeur (une balle reçue dans l’oeil à la récré, une mauvaise nouvelle à midi et mille deux cent douze questions en remontant les escaliers), et ils ont été très maladroits dans leurs propos, je voulais les faire payer. J’ai soufflé, pleuré un peu et puis on a travaillé.
    Le lendemain, en conseil, j’ai expliqué ce qui s’était passé, je me suis excusé et j’ai dit pareil ‘je voulais vous faire payer votre manque de tact à mon égard’. ça été un très beau moment, tout le monde à raconté des événements se rapprochant de ce que j’avais vécu. 🙂 J’ai été soulagé et eux aussi.
    (et c’est là aussi qu’on se rend compte du nombre d’enfants tapés par leurs parents… 🙁 )
    Bref merci de mettre si souvent en mot ce que je ressens.

  2. Marie-Laure di Mango a dit :

    C’est intéressant mais je n’ai pas ressenti de la vengeance dans ces meurtres. Pour moi c’est simplement un acte de défense suite à un acte de guerre. Combien de personnes de la police blessées, tuées car elles ont pour consigne de ne pas tirer face à des personnes armées, dangereuses et justement dans des actes de guerre? C’est plus ce scénario qui arrive généralement quand on lit la presse. Personnellement, entre la vie d’un terroriste et celle d’un policier qui fait son travail, celui de nous protéger, je choisis très vite. Pour moi ce n’est pas de la justice, c’est simplement un acte de défense. La justice c’est après, quand on peut arrêter ces personnes sans les tuer et mettre en danger d’autres personnes. Mais là après en France c’est compliqué car les peines n’ont en effet aucune dimension réparatrice vis à vis de la victime ou de la société. Pire encore, certains détenus sont plus susceptibles d’enrôler d’autres détenus dans des crimes encore plus odieux. De plus, la longueur des peines est aujourd’hui ridicule. Effectivement, ces gros titres sont des gros bonbons jetés à la foule qui peuvent donner satisfaction dans le sens « au moins eux c’est réglé ». Mais bon on sait aussi tous que pour certains individus, ils sont des héros, et que beaucoup d’autres héros potentiels dans l’ombre attendent en silence. On sait tous que c’est la partie immergée d’un problème extrêmement plus grave qui jette ses racines dans nos quartiers et qui sera très compliqué à résoudre. Très compliqué car on a à la base en effet une justice qui se contente juste de condamner et que ce serait de très lourdes réformes à mettre en place. Personnellement, je serais à 100% pour mettre obligatoire une année de « service citoyenneté » à tous les jeunes: filles et garçons. Une année avec des chantiers collectifs qui créeraient de la solidarité, de la coopération et un surtout le sens de la citoyenneté. Nous sommes dans un pays où nous avons beaucoup de droits et où les devoirs sont souvent oubliés.

    • Je ne reproche absolument pas aux policiers d’avoir tiré, ni même d’avoir tué les terroristes. Cela s’imposait et je ne discute pas cela.
      Je discute juste la vision qui veut que, si le coupable est mort après un crime, « justice » a été faite. C’est cela que je trouve faux.

      Et oui il y a des tas de facteurs qui ont contribué à ce qui est arrivé.

  3. Duchene a dit :

    Ayant eu l’occasion d’assister à un procès (pour des raisons personnelles et dans lequel je me trouvais partie civile), j’ai trouvé que c’était déjà un moment très intéressant, dramatisant et en même temps mettant à distance ce qui s’était produit, permettant de l’analyser avec un nouveau regard, après une enquête relativement longue (3 ans) . Ce moment m’a permis de fermer la porte sur les événements, de les digérer et de passer à autre chose. On se plaint souvent du temps long de la justice mais c’est un véritable temps de recul qui est nécessaire et je pense que les condamnations en flag sont plus difficiles à juger sereinement. Bref, moi aussi, j’aurais aimé que ces meurtriers soient jugés et aussi qu’ils assistent aux manifestations du 11 janvier, qu’ils les voient, qu’ils voient notre dignité et ces messages qui n’étaient pas de haine, qu’ils aient le temps de dire pourquoi ils avaient agi et de s’entendre dire pourquoi ça n’avait pas de sens. Mais je me suis doutée immédiatement qu’ils ne sortiraient pas vivants de leur cavale s’ils étaient retrouvés… Bref, comme d’habitude, je souscris entièrement à votre façon de voir !

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