14.05.02 livre paul tough how children succeedComme vous le savez peut-être, je participe de temps à autre au blog participatif « Les Vendredis Intellos » où vous pourrez retrouver cet article dans son intégralité.

Dans les suggestions de lecture des Vendredis Intellos ce matin, il y avait ce rapport. Il pose des questions classiques – scolarisation précoce ou non par exemple – mais les aborde aussi d’une façon très classique. Sous l’angle des apprentissages intellectuels évidemment.

Tout est évalué et mesuré sous cet angle. Je n’ai fait que survoler ce dossier et je ne m’étendrai donc pas plus sur cette question.

Mais je regrette que ce rapport ne prenne en compte que ce seul aspect du développement de l’enfant. D’autres aspects ne sont absolument pas pris en compte dans la réussite scolaire, ni dans ce rapport ni ailleurs.

Alors j’ai voulu profiter de cette occasion pour vous présenter un livre très intéressant (mais malheureusement pas traduit en français à ma connaissance).

Ce livre, c’est « How Children succeed » de Paul Tough.

Une classe pas tout à fait comme les autres

Au démarrage du livre, Paul Tough est un journaliste, jeune papa d’un bébé de 2 semaines, qui visite une classe de maternelle dans le cadre de son travail.

Et voilà ce qu’il décrit :

« Au premier regard, la classe semblait tout à fait ordinaire.  (…) Mais, au cours de la journée, j’ai réalisé que ce qui se passait dans la salle 140 était en fait tout à fait inhabituel, de façon à la fois très subtile et très évidente.

Pour commencer les enfants étaient remarquablement calmes et ordonnés. Il n’y a pas eu de larmes ce jour-là, pas de crises, pas de bagarres.

Bizarrement cependant, l’institutrice, Mme Leonardo, une jeune femme brune aux cheveux courts, ne semblait rien faire de visible pour maintenir l’ordre ni même pour diriger le comportement des enfants. Il n’y avait ni remontrances, ni bons points, ni temps de réflexion, pas de « j’aime la façon dont Keliane écoute » – en fait absolument aucune récompense pour les bons comportements ni punitions pour les mauvais. »

Evidemment Paul Tough se pose les questions que se pose toute personne persuadée que punition et récompense sont les seuls outils dont nous disposons pour éduquer et discipliner nos enfants. D’où sa surprise évidemment !

Ce qui est surprenant, ce que même les béhavioristes – Skinner en tête – ont très bien expliqué que la punition n’est pas un outil qui permet d’éduquer. Or le béhaviorisme est le courant de pensée sur lequel s’appuient généralement les gens qui pensent que les enfants doivent être punis et récompensés pour acquérir les bons comportements en société. Totalement contradictoire non ?

J’en ai déjà parlé dans l’article « punir ça sert à quoi ? »

Alors comment fonctionne cette classe étrange ?

Elle fait partie d’un programme  de recherche basé « outils de l’esprit » (Tools of thé Mind), lancé aux Etats-Unis. Là-bas, comme chez nous, on pense qu’il est nécessaire que les enfants acquièrent le plus tôt possible des compétences dites pré-académiques, notamment déchiffrer des lettres, apprendre à compter, … Ce n’est pas cela qui est remis en cause ici.

Le programme « Tools of the Mind » au contraire vise à aider les enfants sur un plan bien différent : contrôler leurs impulsions, rester concentrés sur la tâche en cours, éviter les distractions et les pièges mentaux, gérer leurs émotions et organiser leurs pensées.

L’enfant efficace sur ces différents plans est un étudiant bien plus performant.

Les stimulations intellectuelles ne servent à rien si l’enfant n’est mentalement pas en capacité de réfléchir, de se concentrer, … Cela parait tellement évident que je me demande pourquoi on n’y a pas pensé avant !

Les compétences émotionnelles me semblent donc notamment à la base de la réussite scolaire !

J’ai expliqué dans l’article « le ballon émotionnel » la façon dont les émotions fonctionnent. On y voit très bien comment l’émotion réduit la part intellectuelle disponible, comme une réduction de la bande passante en quelque sorte. Un enfant sous le coup d’une émotion désagréable ne sera donc pas en capacité d’écouter et d’apprendre. Tant que son émotion n’est pas revenue à la normale, ses capacités intellectuelles sont réduites.

Donc les stimulations intellectuelles ne servent à rien tant que l’enfant n’a pas acquis les compétences émotionnelles lui permettant de les intégrer.

Et l’acquisition de ces compétences émotionnelles n’est pas une question d’âge mais de façon dont l’enfant est accompagné.

Les compétences émotionnelles ne s’apprennent pas sous la contrainte et la force.

Acquérir ces compétences émotionnelles relève du changement personnel. Elles ne peuvent pas être intégrées sous la contrainte.

Lorsqu’on utilise punition et récompense pour renforcer les « bons » comportements et dissuader les « mauvais », l’enfant produit certes des comportements « corrects ». Mais il ne le fait pas parce qu’il a su gérer son émotion ; il le fait parce qu’il a compris qu’il risquait quelque chose de désagréable s’il ne produisait pas le bon comportement. Cela peut même générer une émotion désagréable supplémentaire liée à la pression mise sur lui : non seulement il vit une émotion dont il ne sait pas trop quoi faire, mais en plus il doit trouver la bonne façon de la manifester sinon il va vivre quelque chose de désagréable en plus (remontrance, punition, …).

Christophe André le résume très bien avec cette phrase :

La punition sert – éventuellement – au maintien de l’ordre, non à créer une ambiance psychologique de motivation au changement personnel.

Et si les enfants ont besoin d’apprendre les compétences émotionnelles qui les aideront à être bien dans leur vie, nous, les adultes – parents, enseignants, professionnels de l’enfance, avons non seulement besoin d’apprendre ces mêmes compétences émotionnelles lorsqu’elles nous manquent, mais nous avons aussi besoin d’apprendre les compétences relationnelles qui nous permettront d’accompagner plus efficacement nos enfants.

Ca ne demande pas tant de travail que cela, juste de voir les choses sous un angle un peu différent. Et ça ne prend pas plus de temps qu’une approche classique contrairement aux idées reçues …

Et si on essayait ?

 

Quelques articles complémentaires sur le blog pour aller plus loin (n’hésitez pas à farfouiller dans le blog pour y trouver plein d’autres choses 😉 !):

*** A propos des émotions :

le ballon émotionnel

ouvrir la porte aux émotions pour apprendre

la colère cette inconnue qui vous veut du bien

– la peur signal d’alarme

*** A propos de la façon d’accompagner les émotions des enfants

l’écoute active ça marche dans la vraie vie

mon enfant fait des caprices, que faire ?

quand nous attendons de nos enfants qu’ils se comportent comme des adultes

mais pourquoiiiiii ?

Quelques livres (si vous ne voyez pas les liens ci-dessous, c’est parce que votre navigateur les considère comme de la publicité et les bloque) :


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