orangina rougePourquoi tu tapes ta soeur ?
Pourquoi tu ne veux pas aller à l’école ?
Pourquoi tu fais ça ?
Pourquoi tu ne fais pas ça ?
Pourquoi … pourquoi … pourquoi … ?

Le pourquoi, une question fréquente …

« Pourquoi …? », c’est une question qui revient souvent par rapport à nos enfants.
Nous nous évertuons à chercher pourquoi nos enfants font ou ne font pas telle ou telle chose.
Et nous attendons d’eux qu’ils nous fournissent une explication rationnelle, logique. A nos yeux.

Ce qui nous amène parfois à des situations un peu ubuesques …
Du genre de celle-ci, entendue lors d’une sortie dans un parc :
Un garçon et sa soeur se disputent. Il doit avoir 9 ou 10 ans, sa soeur 13 ou 14. La querelle monte en intensité et le garçon finit par mordre sa soeur. Elle hurle, soulève son t-shirt et montre une marque de mâchoires bien imprimée sur sa taille. La maman est furieuse et se tourne vers son fils en hurlant à son tour :

mais pourquoi tu as fait ça ????

Silence du garçon.

Tu sais bien que ça fait mal !

ajoute la maman

Et toujours silence radio …
Ce qui est somme toute fort logique si l’on y réfléchit 2 secondes : c’est JUSTEMENT parce que ça fait mal que le garçon a mordu sa soeur. Et c’est exactement la seule réponse qui n’est pas entendable par sa maman ;-).

L’enfant est donc très embarrassé pour répondre à ce « pourquoi » : la réponse réelle pour lui n’est généralement pas entendable par l’adulte qui attend un argument logique et rationnel. Ou bien elle est tout à fait contraire aux règles de « bon comportement » comme dans le cas de ce garçon.

Du coup, l’enfant va avoir tendance à nous donner des réponses dont il pense qu’elles sont logiques pour nous adultes mais qui n’ont que peu de rapport avec la réalité qu’il vit. Cela peut même pousser l’enfant à mentir. J’ai d’ailleurs abordé ce sujet dans mon article « je mens, tu mens, il ment, nous mentons« .

La question du pourquoi est en effet une question intellectuelle, une recherche des causes qui est caractéristique d’un comportement d’adulte – et j’ose ajouter : d’adulte qui réfléchit un peu trop.

Qu’est-ce que la compréhension du pourquoi va changer ?

Nous croyons souvent qu’en connaissant le pourquoi nous pourrons résoudre le problème.
Ce qui est un raisonnement erroné : on peut parfaitement changer un comportement sans comprendre le pourquoi de son existence.

interactionLa recherche des causes relève d’un raisonnement linéaire. Or les comportements humains sont mieux décrits par une logique circulaire et une boucle rétroaction (ouh un gros mot scientifique) : une personne A produit un comportement X. B réagit à ce comportement. Le comportement de B va alors agir sur A qui va réagir en produisant un autre comportement ou répéter le même qu’initialement.

Dans ce cas, j’ai ponctué la séquence du point de vue B = B semble réagir au comportement de A, c’est A la cause. Mais on peut aussi la ponctuer du point de vue de A et on verrait alors exactement la même chose : A réagit à des comportements de B. C’est alors B la cause.

Dans la résolution des problèmes humains, chercher la cause relève un peu de la résolution du paradoxe de l’oeuf et de la poule : stérile et insoluble.

Se demander ce qu’on peut changer à son comportement pour sortir du cercle vicieux dans lequel on est pris est généralement beaucoup plus efficace que de chercher des causes.

Et parfois même trop chercher le pourquoi peut nous enliser dans une recherche des causes qui nous empêche de réaliser notre objectif principal, à savoir résoudre le problème.

C’est un sujet que j’avais abordé dans l’article « L’homme qui voulait être doux, la question du pourquoi en thérapie »

Lui demander pourquoi ne fait pas de sens pour un enfant

En demandant « pourquoi » nous mettons souvent nos enfants en difficulté.

Ils vivent une expérience émotionnelle et non intellectuelle. Ils ne sont pas en train de raisonner ni d’intellectualiser.

Quand ils ont peur, qu’ils sont en colère, ils ne raisonnent pas : ils ressentent quelque chose face à une situation et leur comportement n’est que la traduction en actes de ce qu’ils ressentent, de la façon qui leur est spontanée. J’avais expliqué en (petite) partie ce phénomène dans l’article sur « le ballon émotionnel« .

Il est donc plus généralement plus efficace de leur parler de leurs sensations plutôt que de leur demander un raisonnement inaccessible. Cela donnerait des choses comme :

*** Pourquoi tu tapes ta soeur ?
==> Apparemment tu es en très en colère contre ta soeur, tellement fort que tu as eu envie de la taper !

*** Pourquoi tu ne veux pas aller à l’école ?
==> il y a quelque chose qui t’embête à l’école ou qui te fait peur et ça t’empêche d’y aller. Tu veux m’en parler ?

Et plutôt que de chercher un pourquoi dans l’enfant qui lui renvoie qu’il est en faute et que c’est à lui d’y remédier alors qu’il ne sait pas forcément très bien ni ce qu’on attend de lui ni  comment s’y prendre pour y parvenir, on peut aussi parler de nos attentes d’adultes, ce qui sera plus concret et plus facile à appliquer :

Par exemple :
*** Pourquoi tu ne viens pas quand je t’appelle ?
==> je m’attends à ce que tu viennes quand je t’appelle.

Et tout ça, comme toujours dans mes articles, n’est pas vrai que pour les enfants évidemment 😛 …

Quelques livres pour aller plus loin :


 

  1. Angélique a dit :

    Bonjour
    Merci pour cet article ; c’est drôle car avec cet petit mot POURQUOI, je fais le rapprochement dans ma vie d’adulte
    quand il m’arrive un événement non prévu, ce qui vient à l’esprit ? « POURQUOI »
    « pourquoi moi, pourquoi ça m’arrive » alors qu’il n’y a pas à chercher d’explications mais vivre les évènements.
    Le pourquoi est totalement imprimé dans nos vies. Je vais faire attention à comment je vais parler avec mes enfants 🙂

  2. Add block me supprime les liens en bas de page, pourrait tu nous mettre la liste des tomes en bas d’article pour ceux qui ne peuvent pas les voir.
    Sinon encore un article qui va finir dans mes favoris, je compile plein de lien pour m’aider à gérer ma grenouille enfant précoce en attendant une vrai prise en charge qui traine à venir.

    • Les liens viennent d’Amazon et sont des liens sponsorisés (les quelques euros récoltés me permettent de financer l’hébergement du blog), c’est pour ça qu’ils sont considérés comme de la pub par Ad Block.
      Il y a une bibliographie ici : http://astore.amazon.fr/scc08-21

      Mais c’est encore une lien Amazon, pas sure que ça marche.

      • merci j’ai pu accéder à la liste, par contre j’ai beau avoir épluché le site je n’ai rien trouvé sur les enfants précoces et leurs quotidien (et celui des parents souvent débordés par la souffrance de leurs enfants)

        • Connaissez-vous le site Tribulations d’un petit zèbre ?
          Vous pouvez aussi vous rapprocher d’une antenne de l’ANPEIP qui organise peut-être des groupes de parole de parents.
          Il y a aussi les livres de J-F LAURENT qui peuvent vous aider, ils sont écrits par un réseau d’enfants et de jeunes APIE qui veulent expliquer comment ils fonctionnent.

          Mais peut-être connaissez-vous déjà tout ça.

          • Merci mais je ne ressens pas le besoin d’avoir de l’aide. La relation avec mon fils est très bonne, il va très bien et est épanoui. Nous rencontrons – comme tous les parents – des moments moins faciles que d’autres voilà tout :-).
            PS : je suis moi-même accompagnante parentale (entre autres) et ce blog a aussi pour fonction de montrer comment les choses se passent dans une famille tout à fait standard.

  3. bonjour

    merci pour ce blog qui me permet doucement de changer ma façon de communiquer avec mes enfants. cet article « pourquoi » m a permis de comprendre ce qui gênait mon enfant à la cantine. cela faisait plusieurs jours que j utilisai le « pourquoi ». j ai pu résoudre le pb (un camarade lui faisait peur en imitant le dinosaure. je me suis d’ailleurs inspirée d un autre article pour résoudre ce pb 😉 ) . par contre, il m est encore difficile d’appliquer la communication non violente quand je demande à mon enfant de manger, par exemple, 3 bonbons. il mange ses 3 puis, en prend un autre, il me regarde discrètement et le met dans sa bouche…. je lui explique pourtant les raisons m incitant à limiter sa consommation mais, je n ai surement pas la bonne façon de formuler ma demande?!
    merci pour tous ces articles 😉

    • La limite crée paradoxalement de l’envie ;-).
      Chez nous nous avons instauré un jour « bonbons » dans la semaine : ce jour-là, nous allons à la boulangerie et chaque enfant achète pour 1 euro de bonbons (environ 20 bonbons).
      Ensuite à eux de gérer leur consommation jusqu’à la semaine suivante : ils peuvent tout manger immédiatement ou gérer leur stock mais il n’y a pas de bonbons entre les 2 (sauf exception, fête, …)

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