gagnant perdant boxeTrès souvent, je réalise que nous, adultes, nous attendons des enfants des comportements qui sont souvent inaccessibles aux adultes …

Quelques exemples ?

Ne pas râler, obéir sans discuter  …

Quelque soit leur âge, nous demandons plusieurs (dizaines) de fois par jour à nos enfants de faire des choses qu’ils n’ont pas spontanément envie de faire.

Et non seulement ils n’ont pas envie, mais ces choses changent souvent selon le contexte :  s’habiller, se déshabiller, aller à l’école, éteindre la télé, descendre de la voiture, monter dans la voiture, marcher plus vite, marcher lentement, parler moins fort, parler plus fort, …

Et parfois – souvent pour certains – les enfants manifestent leur mécontentement devant ces obligations : les petits pleurent, chouinent, crient, se roulent par terre ; les grands râlent et trainent des pieds, font les choses lentement exprès, …

Et là, nous nous énervons.

Mais en fait, qu’attendons-nous d’eux ? qu’ils fassent avec le sourire quelque chose qu’ils n’ont pas envie de faire ?

Si nous sommes en train de faire quelque chose d’intéressant pour nous, comment réagissons-nous si quelqu’un arrive – notre conjoint, notre chef, … – et nous oblige à faire quelque chose ?

Combien de fois, nous adultes, obéissons-nous à un ordre sans exprimer la moindre râlerie ?

Quand vous recevez votre feuille d’impôts ou une facture, vous râlez non ? Et pourtant vous finissez bien par payer

Alors certes, nous ne nous roulons pas par terre, mais la frustration qu’un enfant exprime de cette façon est exactement la même que celle que nous ressentons lorsque nous sommes obligés de faire des choses qui ne nous plaisent pas.

Et si nous exprimons notre mécontentement ou que nous essayons de négocier sur le quand ou le comment de ce que nous demande, comment réagirions-nous si on nous répondait

Tu dois faire ce que je te dis quand je te le dis, il n’y a pas discuter.
Et arrête de râler, tu n’es pas un gamin !

S’attendre à que quelqu’un fasse quelque chose quand et comme on lui demande, c’est déjà une grande exigence … Vouloir qu’il le fasse avec le sourire, ça devient du terrorisme moral ;-).

Alors la prochaine fois que votre enfant manifeste du mécontentement lorsque vous lui demandez quelque chose, dites-lui plutôt

C’est vrai que c’est dur d’arrêter un truc agréable pour faire quelque chose qu’on n’a pas envie de faire.

et vous pouvez aussi lui proposer ce qui est négociable dans votre demande :

tu préfères aller au bain maintenant ou dans 10 mn ?

Sortir du conflit et de la lutte de pouvoir  …

Souvent, nous sommes en conflit avec nos enfants sur des choses de la vie quotidienne.

Et assez souvent, ce conflit devient une lutte de pouvoir.

La lutte de pouvoir commence quand on a perdu de vue l’objectif de départ et qu’on cherche surtout à gagner sur l’autre, à ne pas perdre la face.

Mais la lutte de pouvoir, c’est comme un match de tennis : si personne ne lâche la raquette, ça ne se termine jamais.

Nous sommes très souvent en lutte de pouvoir contre nos enfants, surtout que c’est LE MODE EDUCATIF qu’on nous a inculqué la plupart du temps. Chaque fois que quelqu’un vous dit « vous devez tenir, vous devez lui montrer qui est l’adulte », on vous incite à être dans la lutte de pouvoir et non dans une attitude constructive.

Repensez à toutes ces fois où le conflit dégénère et où on devient violent, où ça devient

tu vas faire ce que je dis, un point c’est tout !

Et l’autre lui est dans une attitude (logique et normale, nous avons la même) de

non je fais ce que je veux !

Quand le conflit dégénère avec nos enfants et que nous finissons par être violents avec nos enfants – physiquement ou verbalement – que faisons-nous ?

Nous leur reprochons de « l’avoir bien cherché » … comme si nous attendions d’eux qu’ils cèdent les premiers.

Or céder, c’est perdre la face dans une lutte de pouvoir. Céder peut donc être le signe d’un faible qui ne peut que se soumettre.

Les enfants – pas plus que les adultes – n’ont pas du tout envie de se soumettre ou de perdre la face. C’est douloureux et dommageable pour l’estime de soi.

Savoir sortir d’une lutte de pouvoir sans se soumettre ET sans vouloir gagner sur l’autre est le signe d’une grande maturité émotionnelle et relationnelle.

Cela signifie qu’on a suffisamment de recul sur ses émotions et sur la situation pour se rendre compte que le conflit de pouvoir est contre-productif à la fois pour la relation et pour l’objectif à atteindre. J’en avais déjà parlé ici dans l’article « fuir ou taper ».

Sortir du conflit, prendre du recul et revenir vers l’autre en disant

je pense que ce conflit est en train de partir dans une mauvaise voie.

je suis sure que nous pouvons trouver une issue constructive à ce problème en le regardant ensemble

est une attitude d’adulte.

Et encore … Bien peu d’entre nous sont capables de le faire dans un conflit avec un autre adulte … pensez aux conflits dans votre couple, dans votre travail, dans votre famille …

Combien de fois avez-vous su lâcher, sortir de l’escalade pour aller vers une solution constructive et sans chercher à revendiquer votre « victoire » sur l’autre ?

Donc là aussi, attendre de l’enfant que ce soit lui qui cesse le conflit en premier est utopique.

Qui plus est, quel mérite y a-t-il à prendre le dessus sur un enfant ? quel intérêt à soumettre l’autre ?

Alors la prochaine fois que vous vous sentez partir dans une lutte de pouvoir,
la prochaine fois que vous réalisez que vous avez perdu de vue l’objectif initial et que vous commencez à vouloir avoir raison « parce que c’est comme ça » ou parce que c’est vous l’adulte et lui l’enfant,
la prochaine fois que vous commencez à avoir envie de taper votre enfant

Pensez que celui des 2 qui est le plus capable de prendre du recul et de faire correctement les choses, c’est vous et non lui.

Rappelez-vous que l’adulte, c’est vous et que vous êtes le seul à avoir suffisamment de recul pour arrêter l’escalade avant que les choses ne dégénèrent.

En exigeant de nos enfants des comportements d’adultes, nous leur demandons des choses simplement inaccessibles pour eux, nous les mettons en difficulté, en échec. Nous leur faisons passer le message qu’ils ne sont pas à la hauteur.

Ca ne les aide pas à changer de comportement, au contraire. Pensez-y …

Photo Credit: North Carolina Digital Heritage Center via Compfight cc

Quelques livres pour aller plus loin :

  1. mille fois oui!!!
    Je pensais à ça justement ce matin. C’est aussi en lien avec ton dernier article, sur le « pourquoi? »
    J’ai toujours aimé poser cette question, et je la pose encore car j’aime comprendre les choses, et agir en connaissance de cause!
    Quand un enfant qui reçoit un ordre demande « pourquoi? », il a souvent droit à des réponses du genre « parceque c’est comme ça » « c’est moi qui décide » « tu n’as pas à discuter », bref, pas de réponse quoi!
    Quand je suis tentée de dire ce genre de chose à mon enfant, c’est là que je me rend-compte qu’il y a un hic, et que je ne veux surtout pas reproduire ce qui m’agaçait tant quand j’étais enfant!

  2. Voici un article très intéressant. Effectivement, peut-être que nous attendons trop vite une certaine maturité de la part de nos enfants. Mais il est vrai que parfois, ils ont cette capacité de mimétisme, d’imitation de nos paroles, de nos gestes, qui peuvent rendre les choses confusantes. Vous ne trouvez pas ?

    Ariane
    http://www.placedesecoles.fr

  3. Oui c’est bien vrai tout ça et le pire c’est que je pense que nombreux parmi nous en ont conscient(e)s, mais s’en rendre compte est une chose, lutter contre……et garder le contrôle c’est tout à fait autre chose.
    Je crois que le pire c’est avec les ados. Ils sont encore des enfants et attendent donc de nous ce self control. Mais à la différence d’enfants plus jeunes, eux, ils se rendent compte quand on intellectualise une situation, ils voient que l’on essaie de ne pas réagir avec nos tripes, ils identifient notre volonté de ne pas entrer dans l’escalade du conflit alors ils poussent le bouchon loin…loin. Rrrrrr!

  4. Merci pour cet article.
    Anecdote « Un enfant ça bouge ! » Hier mon fils s’amuse en attendant que sa sœur ait terminé son cours de gym qui dure 1h30. Il saute dans les gradins, court, se cache, totalement absorbé dans son jeu.
    Une maman me demande : « Il est pas hyper actif ? »
    – Heu, non, c’est un enfant de 7 ans.

    Un adulte est passif pas un enfant.

    • une autre virginie a dit :

      .. et oui et même les adultes gagneraient à se laisser aller aux mouvements, n’avez vous jamais sautillé main dans la main avec votre enfant en retrant de l’école?

  5. Merci pour cet article qui donne à réfléchir… Et surtout qui tombe à point puisque la lutte est quotidienne en ce moment avec ma fille. Et que même si je sais tout ça, j’ai beaucoup de mal à éviter cet énervement. Car dans l’heure que j’ai le soir pour baigner / faire manger / jouer avec deux enfants, si la grande n’y met pas un peu du sien, on ne s’en sort pas. Et c’est le cas en ce moment. C’est douloureux pour tout le monde, c’est sûr. Mais je ne vois pas vraiment de solutions dans votre article. Il y a ce qu’il ne faut pas faire, mais pas de conseil sur comment faire… Mais merci quand même car ça donne à réfléchir et c’est sûrement pas là que tout commence…

    • La 1er pas est déjà d’avoir le recul nécessaire pour sortir de la lutte de pouvoir et réfléchir à froid.
      Pour le reste, il y a des pistes un peu partout sur le blog mais ça demande un travail quotidien pour changer la relation à ses enfants.

      • C’est drôle, quand je lis votre réponse, j’ai l’impression que vous pensez que j’ai une relation assez mauvaise avec mes enfants, « qu’il faudrait changer ». Je réagissait à cet article car nous sommes dans une période difficile en ce moment. Malgré tout, c’est seulement une période de test. Et même si la banalisation du conflit de pouvoir n’est pas souhaitable, je pense que les enfants ont tout de même besoin de limites. Ce n’est pas pour autant que les parents sont dans une situation malsaine de se sentir des êtres tout puissants. Sur ce sujet, je pense que les psychanalystes ont beaucoup à nous apprendre et les « castrations » sont nécessaires.

        • Non je n’ai pas d’a priori sur vos relations familiales.
          Et je ne partage pas tout à fait votre avis – ni celui des psychanalystes – au sujet des frustrations : la frustration est inhérente au statut d’enfant. L’enfant EST frustré car il a ENVIE de faire beaucoup de choses mais que ses compétences – motricité, émotions, parole, … – le limitent dans ce qu’il a envie de faire. Je ne crois pas qu’il aie besoin de frustrations supplémentaires infligées « par principe ».
          De plus, on n’apprend pas à gérer sa frustration en étant frustré « parce qu’il le faut » mais en étant accompagné dans ses frustrations quotidiennes, comme je le décris dans la 1e partie de l’article. Ne pas être accompagné rend la frustration plus difficile à vivre et l’enfant a de plus en plus de mal à la supporter. Ce qui ne veut pas absolument pas dire qu’il faut éviter la frustration.

          D’autre part, cette idée qu’il faut que l’enfant comprenne qu’il n’est pas un être tout-puissant est justement ce qui m’a amenée à écrire cet article : le témoignage d’une maman en difficulté avec son enfant, à qui tout le monde rebat les oreilles qu’elle doit tenir, qu’elle ne doit pas céder, que son enfant doit comprendre que c’est elle l’adulte. Sauf que l’enfant devient de plus en plus difficile, il est en souffrance, la mère aussi. Tout le monde va mal, justement parce qu’on est dans ce conflit de pouvoir sous-tendu par ces théories psychanalytiques infondées qui mettent les parents en difficulté.

          Excusez-moi d’être aussi violente mais vous n’imaginez pas le nombre de parents et d’enfants en souffrance que je vois, justement à cause de ces théories et de la lutte de pouvoir qu’elles impliquent. Des parents désorientés, qu’on ramasse à la petite cuillère :-/

          Comme le dit fort justement Isabelle Filliozat : « L’enfant ne dit non que parce que nous, le parent, nous lui avons donné un ordre, et c’est en raison de notre formulation qu’il dit non, et non par ce qu’il aurait un besoin de s’opposer, mais plutôt de s’autonomiser.
          L’enfant a besoin de sentir qu’il décide pour lui-même (…). L’enfant ne cherche pas à s’opposer à l’adulte, mais s’oppose à ce qu’on cherche à le contrôler, juste au moment où il a besoin de s’épanouir et de dire Je.
          Plus il peut dire JE et moins il dira NON.  »
          Et ça, ça change tout et ça permet d’avoir des attitudes beaucoup plus aidantes pour l’enfant et donc pour le parent.

          • Je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous, car je pense qu’il y a manière et manière de mettre des limites. La violence n’est pas obligatoire pour cela.
            Mais je ne suis pas sure que les commentaires d’un article soit le lieu idéal pour discuter et faire comprendre sa position. Donc notre incompréhension n’est peut-être que due qu’à une difficulté à discuter convenablement.
            Merci quand même d’avoir répondu.

          • Nous sommes d’accord sur la façon de poser les limites.
            Ce qui me dérange fondamentalement avec les théories psychanalytiques, c’est qu’elles sous-entendent de fait ce rapport de force nuisible aux relations parent-enfant.

  6. Emma June a dit :

    C’est tout à fait ça!
    Je viens de faire un article sur ce thème (plus ou moins) « C’est qui le chef?! » parce que cette banalisation (voire valorisation) du conflit de pouvoir et de la victoire des parents me désespère…

  7. Cet article arrive 30 minutes trop tard… 🙁 Mais je vais essayer de m’en rappeler pour la prochaine fois… je sais pourtant tout ça, mais quelquefois, les anciennes connexions/habitudes se remettent en place seules et je trouve ça très frustrant…

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