enfant tobogganDans les ateliers « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour qu’ils parlent » que j’anime, il y a des scènes d’écoute active qui sont décrites. Souvent les participants pensent au premier abord que ces scènes ne sont pas « réelles », qu’elles sont un peu caricaturales, que ça ne se passe pas comme ça « dans la vraie vie ».

Voici une petite scène vécue récemment avec mon fils de 5 ans qui vous montrera que, dans la vraie vie, ça se passe « comme dans les livres ».

Donc récemment, le petit gars – 5 ans – a tiré un camarade de classe par les pieds. Le problème, c’est que le camarade était sur l’échelle du toboggan … et qu’il a fini avec la joue ouverte et 1 point de suture.

Génial.

Apparemment ce jour-là, le petit gars était aussi passé par la fenêtre de la cabane de la cour et il avait un gros bleu à la taille. Lié ou pas ? Impossible de le savoir par l’école.

Donc le petit gars, il s’est fait gronder. Et punir aussi. Forcément.

Inutile d’en rajouter une couche …
Le papa, qui l’a récupéré à l’école, me raconte tout ça juste avant le repas.

L’écoute active, comment ça marche ?

J’engage le conversation avec le petit gars (pas de jugement, ne pas en rajouter, ne pas faire la morale)

– ben, petit gars, dis donc, il s’est passé de drôles de choses à l’école apparemment ! Tu t’es fait mal et tu as fait tomber un copain ?

P’tit gars baisse la tête, ne répond pas.

– oui tu as peur que je te gronde hein ? forcément ! Mais tu sais je ne veux pas te gronder, je veux juste savoir ce qui s’est passé. Pour comprendre et t’aider à éviter les ennuis la prochaine fois.

Le petit gars lève un oeil.

– non parce que je me dis que, probablement, si tu as tiré ton copain par les pieds, tu avais surement de bonnes raisons …

P’tit gars lève le 2e oeil.

– c’était peut-être même pas ton copain d’ailleurs. C’est lui qui t’a poussé par la fenêtre de la cabane peut-être … ou bien alors il te gênait pour monter sur le toboggan ?

– heu non, c’est pas ça … il était dans mon équipe.

– dans ton équipe ? Alors c’était un jeu ?

– oui ! Et les autres, ils allaient arriver !!! et alors ils allaient le faire tomber. Je lui ai dit de descendre mais il n’a pas écouté. Alors je l’ai tiré par les pieds pour qu’il descende vite …

– ah oui, d’accord !  Et c’est là qu’il est tombé alors ?

– oui … mais il fallait qu’il descende sinon les autres, ils allaient le bousculer. Il est petit lui !

– Ah oui ! Mais dis donc si je comprends bien, tu voulais l’aider alors ?

– ben oui ! mais il est tombé.

– mince alors … et il s’est fait mal, c’est pas de chance !

– oui mais il n’a eu qu’un point !

– il a eu de la chance. Ca aurait pu être plus grave tu sais, il aurait pu se casser quelque chose ou se faire encore plus mal à la tête.

– Ah oui ?

Là où l’enfant trouve lui-même la solution …

Le petit gars a l’air embêté. Quelques secondes de silence, puis il reprend :

– oui mais il est bête lui ! Il n’avait qu’à écouter ce que je lui disais … Ouais ben la prochaine fois, je le laisserai sur le toboggan ! Et puis comme ça, il comprendra pourquoi il doit descendre quand je lui dis !

Crédit photo : Photo par Fernando Rodriguez, Licence Creative Commons

 

Quelques livres pour aller plus loin (si vous ne voyez pas les liens ci-dessous, votre navigateur a probablement un bloqueur de publicité et considère les liens venant d’Amazon comme de la publicité) :

 

  1. Je trouve cela formidable que les enfants puissent faire le debriefing avec leurs parents, sans se faire gronder (puisque ça a déjà été fait de toute façon ….)
    Garder confiance en ses parents, pouvoir leur confier les craintes, les questions, sans avoir peur du jugement ni de leur réaction, c’est juste génial !

    Merci Sandrine pour tout ce que tu nous fais partager.

  2. Talie T a dit :

    15h mon portable sonne, c’est l’école maternelle. Inquiétude. Je sors précipitamment de la salle de cinéma : ce jour-là j’accompagne la classe de ma fille aînée. Mon cadet, qui est en petite section, doit aller à la garderie après l’école…
    « Bonjour, c’est Pascale, ne vous inquiétez pas, il n’y a rien de grave (ouf !). Enfin, si… Timéo a craché sur Evelyne (l’Atsem) ! » [Je reste interloquée.] « Nous l’avons exclu de la classe, il est dans la classe de X. On peut se voir à 16h30 ? » [ben non, on peut pas se voir tout à l’heure, j’explique où je suis, je m’excuse, je dis qu’on va en parler ce soir, que je suis désolée pour Evelyne, que…. Bref c’est vraiment la honte !]
    La maîtresse ajoute qu’Evelyne en a pleuré, qu’elle ne comprend pas, qu’elle a une bonne relation avec Timéo, qu’il fait même partie de ses préférés (ha, y’a des chouchous à l’école ?) et qu’elle culpabilise énormément car elle a fait un geste qu’elle n’aurait pas dû : elle l’a giflé ! (réaction réflexe au crachas, tant elle s’est sentie humiliée…)
    OK. Je dis que je comprends, que je l’excuse, que c’est fait de toute façon, et je rassure la maîtresse : je ne vais pas faire de scandale, contacter l’IEN, les journaux, etc… !)
    Et je questionne.
    Elle m’explique que mon fils a craché sur un camarade. Qu’elle l’a pris en aparté, s’est agenouillé à sa hauteur pour lui faire la morale, qu’il était furieux (elle l’avait rarement vu comme ça !)… « Tu ne dois pas cracher, on ne crache pas, c’est interdit de cracher… » bref il a du en entendre des « cracher » et… il lui a craché dessus !
    J’entrevois la scène, je me dis en mon for intérieur, que c’est pas étonnant tout ça, mais bon… je ne peux pas faire une explication de texte à la maîtresse par téléphone. Pour autant, je crois qu’en me racontant la scène, elle entrevoit le pourquoi du comment…
    Le soir, j’attends d’être rentrée à la maison pour en parler avec Timéo, seule à seul. Il est mal à l’aise, il rigole. Je le rassure, je ne vais pas le gronder, je veux comprendre. Je lui dis que c’est grave, et nous en parlons, autant qu’on peut le faire avec un enfant de 3 ans, même pas et demi.
    Je n’ai pas eu l’occasion d’en reparler vraiment à l’Atsem, on s’est dit un p’ti mot à l’entrée de la classe quelques jours plus tard. J’espère juste qu’elle a compris qu’il ne sert à rien de tenter de raisonner un enfant pris dans la tourmente d’une émotion, qu’il vaut mieux accueillir cette émotion, accompagner l’enfant pour qu’il se calme, et ensuite en reparler calmement, car effectivement son geste envers son camarade était vraiment inacceptable (même si ce n’est pas lui qui avait commencé ! )

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