Avant j’étais bordélique. Mais ça, c’était avant …

Avant quoi ? Avant que j’arrête de croire que je l’étais tout simplement !

Si, si je vous jure !

Pendant longtemps, j’ai été persuadée d’être bordélique et surtout de ne pas savoir tenir ma maison. Le ménage, ce n’était pas mon truc, tout le monde était d’accord avec ça : mes parents, mon mari, mes amis … et même moi !
Je me souviens d’un ami qui m’avait dit une fois

non mais faut reconnaitre ce qui est, hein ? Le ménage c’est pas ton truc !

Les aspects positifs de l’étiquette

D’une certaine façon, cette étiquette m’arrangeait bien. C’est le propre des jugements et des diagnostics : ils sont un côté à la fois rassurant et déculpabilisant.
Rassurant parce que finalement, le bings qui régnait chez moi n’était pas vraiment de ma faute : c’est ma nature après tout, je suis comme ça, ce n’est pas que je suis plus bête qu’une autre ou moins organisée ou rien de tout ça. Je suis juste bordélique. Pas grand chose à y faire.

Déculpabilisant parce que, puisque c’est ma nature et que tout le monde – moi y compris – s’attend à ce que le ménage ne soit pas fait chez moi, les placards pas rangés, et bien alors à quoi bon essayer de ranger finalement ? Je peux tranquillement prendre du temps pour moi finalement.

Finalement à quoi bon essayer de faire des efforts ?

Et quand ce rôle commence à nous peser on fait quoi ?

Mais l’étiquette a de mauvais côtés. J’avais un peu honte d’inviter des gens chez moi à l’improviste. Et même quand c’était prévu, je n’arrivais jamais à mettre tout en ordre. Il y avait toujours quelque qui n’était pas net. Donc j’étais un peu gênée aux entournures par moments, je me retenais d’inviter les gens alors que j’adore ça. J’étais un peu jalouse parfois des maisons des autres, un peu dépitée de ne pouvoir faire la même chose.

Et puis je me sentais nulle aussi de ne pas arriver à faire comme tout le monde dans ce domaine …

C’était un peu insultant pour moi aussi de m’entendre dire que j’étais bordélique. C’est vrai quoi, c’est énervant à la fin !

Et puis il faut bien le dire, je suis hyper-indépendante et m’entendre cataloguer comme ça, ça m’énervait au plus haut point : je suis bordélique si JE VEUX, pas si c’est ma nature. Nanméo !!!

Comment changer ?

J’avais pourtant tout essayé pour ne plus être bordélique …
D’abord de me botter les fesses sur le mode

allez, t’es vraiment une feignante, bouge-toi les fesses !

Si tu veux, tu peux !

Je m’interdisais de faire des choses qui me plaisent – papoter avec les copines, lire un livre, regarder la télé, … – pour me forcer à faire mon ménage. Je me punissais quoi …

Bon ben ça, ça ne marche pas, mais pas du tout ! Comme le dit Christophe André :

La punition sert – éventuellement – au maintien de l’ordre, non à créer une ambiance psychologique de motivation au changement personnel.

C’est exactement ce qui m’est arrivé …
Plus j’essayais de me punir, de me forcer, plus je me décourageais quand je n’y arrivais pas.
J’avais même essayé les méthodes « douces » comme les Flyladies. Mais le message que je m’envoyais était toujours le même :

tu es bordélique et il faut que ça change !

Pas vraiment positif comme message : de prime abord, ça a l’air encourageant et motivant, mais en réalité je m’envoyais, à chaque fois, le message implicite « tu es bordélique »

Et à force, on finit par y croire !

Le grand changement …

Alors oui avant j’étais bordélique… Mais ça, c’était avant !

Avant quoi ?

vous demandez-vous surement …

Non je n’ai pas trouvé LA méthode en 3 étapes qui allait me permettre d’en finir définitivement avec mes problèmes.
Non je n’ai pas eu recours à « C’est du propre » qui aurait fait le ménage à ma place.
Non je n’ai pas suivi une psychothérapie pour comprendre d’où me venait cette tendance bordélique.
Non je n’ai pas fait appel à un coach … (enfin si à moi 😉 !)

Le 1er déclic m’est venu d’un regard neuf.
Moi qui me voyait bordélique, lors de ma reconversion professionnelle, j’ai rencontré des tas de personnes différentes qui ne me connaissaient pas avant … Et leur regard sur moi était neuf. Ce que j’ai entendu c’est

tu es super organisée.
tu as un esprit pratique très développé.

Bon alors là j’ai commencé à avoir des doutes. Organisée moi ???

Et à bien y réfléchir, c’était vrai : je me suis rendue compte qu’il y avait un grand décalage entre ce qui se passait dans ma tête et ce qui se passait dans ma maison. J’ai toujours eu l’esprit structuré, les choses me semblent généralement parfaitement claires dans ma tête. Je sais où je vais, ce que je fais, pourquoi je le fais et comment je veux le faire.
La question qui m’a traversé l’esprit à ce moment-là, c’est

comment peut-il exister un tel décalage entre comment je suis dans ma tête et ce qui se passe concrètement ?

Je ne peux pas être bordélique en ayant un cerveau structuré !

Donc j’ai commencé à douter du fait que j’étais bordélique.

Et puis j’ai décidé de pousser la réflexion jusqu’au bout, d’utiliser mes outils professionnels … et j’ai carrément cessé de croire que j’étais bordélique …

Cesser de croire aux étiquettes qu’on nous colle, qu’est-ce que ça change ?

Ne croyant plus que j’étais bordélique, j’ai pu alors m’autoriser à faire le ménage en partie seulement, de façon imparfaite et pas complète … Ben oui parce que, quand vous êtes bordélique, le moindre défaut du ménage est encore une manifestation de votre « bordélisme » et vous rappelle inexorablement que vous êtes bordélique et que, décidément vous n’y arriverez jamais ! L’imperfection n’est alors jamais permise … Décourageant non ?

Donc j’ai cessé de croire que j’étais bordélique. Quand je n’avais pas le temps de faire mon ménage, quand je le faisais à la va-vite, ce n’était plus un problème, c’était juste que j’avais de bonnes raisons de le faire comme ça ou de ne pas le faire du tout.

Ca aide : on fait un petit peu chaque jour ou un gros ménage une fois par semaine. On s’autorise à ne pas faire ou à faire juste un peu ou vite fait.
Ce n’est plus un problème : c’est normal.

Alors oui avant j’étais bordélique, mais ça c’était avant …

Maintenant, ma maison est rangée et mon ménage fait …
Et quand elle ne l’est pas ou que quelque chose est sale, je sais pourquoi et je sais ce que je dois faire pour que ce soit fait.

Et ça marche 😉 …

 

L’effet Pygmalion n’est pas qu’une vue de l’esprit et est l’outil de changement le plus puissant que je connaisse !
Essayez pour voir 😉 …

Pour en savoir plus sur les étiquettes que nous nous collons et que nous collons aux autres, il y a aussi l’article que j’avais écrit il y a quelques semaines : Etiquettes par ci, étiquettes par là

Crédit photo : Hopkinsii via Compfight cc

 

Quelques livres pour aller plus loin :

  1. yep, moi je suis « bordélique » et comme toi structurée, seulement comme je manque de placards, et que j’ai le dos en miette pas toujours en état ni de rangé ou faire le ménage, mais au fils des mois et des arrivages de meubles c’est de mieux en mieux,

    maintenant il ne reste plus qu’à faire sortir cette image de la tête de mes proches et ça c’est une autre histoire…

    • Si elle sort déjà de notre tête, ça change beaucoup de choses !
      Et puis si elle ne sort pas de la tête des autres, peu importe parce que, comme NOUS , on sait que ce n’est pas vrai, ça ne nous touchera plus de la même façon.
      On sera juste énervées au lieu d’être blessées ;-).

  2. Meunier Jean-Loup a dit :

    Bonjour Sandrine,
    Nous avons déjà l’occasion d’échanger autour du blog Développement personnel et coaching. Votre article est sympa et explique bien en Process com les conflits entre base et phase (Rebelle et Travaillomane ou Persévérant), les changements de type 2 et quand la solution devient le problème de Watz… Il s’inscrit bien dans l’analyse transactionnelle et (Berne et Karpmann) et les conflits de scenarii de vie (Toujours et jusqu’à ce que). Il rappelle bien même après les mouvements de libération des femmes à quel point le ménage, reste un « problème » de femme (cf Jean-claude Kaufmann in « Le coeur à l’ouvrage – théorie de l’action ménagère » – Pocket 10975) et qu’il n’existe pas d’autres bonnes manières de faire le ménage que celles que nous croyons ou pensons bonne en fonction de nos conditionnements sociaux et de nos représentations.
    Peut-être que « la vie serait un long fleuve tranquille », si l’esprit humain ne cherchait pas à faire l’ange ni à repousser la bête et ne se prenne pas pour Dieu (Pascal et Nietzsche). Très intéressante votre vision réconfortante des jugements de valeur (dit-il en en émettant un.
    Je vous rejoins tout à fait dans votre mise en avant de Christophe André et de son livre. Dommage d’avoir déjà écrit sa somme et de devoir malgré tout continuer à publier pour répondre à la nécessité économique et médiatico-égotque.

  3. Merci pour cette bouffée d’air pur !
    En ce qui me concerne, « avant j’étais bordélique »… et je le suis toujours ! Etant coach moi-même, j’ai même essayé de me faire coacher par une consoeur pour en sortir. Parce que j’étais en double peine : bordel ET procrastination. Résultat des courses = le coaching m’a permis de me rendre compte que… je vivais très bien ainsi et que je n’avais aucune envie de changer. Certes, il y a des désagrements (la liste est longue; je ne vais pas vous ennuyer avec ça) mais aussi des joies (la plus grande étant d’être fidèle à soi-même !)
    Le plus dur à accepter est sans doute le regard des autres [comme cet(te) ami(e) qui vous dit ce que vous citez : « non mais faut reconnaitre ce qui est, hein ? Le ménage c’est pas ton truc ! »]
    J’ai passé l’âge d’être gênée; j’ai passé l’âge d’avoir à m’excuser d’être ce que je suis; j’ai atteint l’âge d’être fière de consacrer mes journées à ce(ux) que j’aime. Un point c’est tout.
    Merci encore de m’avoir permis d’écrire tout haut ce que je pensais tout bas.

  4. Merci merci merci !!!

    je suis tombée par hasard au fil de mon surf (de Montessori à ici) sur ton blog et là je lis ce post (écrit en plus le jours des 2 ans de mon fils si ce n’est pas prédestiné 😉

    C’était il y a 2 jours et j’ai fait le rangement + ménage dans les 2 pièces de vie, avec en plus le petit dans les pattes alors que je me dis toujours que quand il est là je ne peux pas…

    Et aujourd’hui, c’était sur ma to do list mais au lieu de regarder ça de travers je me suis dit « je vais faire le max que je peux aujourd’hui, je finirai demain au pire c’est pas grave… » et j’ai tout fait !!!

    Alors un grand MERCI !!! parce que moi aussi j’étais bordélique et feignante… Ben plus maintenant, je suis une jeune femme pleine d’énergie ^-^

    Et en plus j’ai du temps en fin de journée pour venir te dire MERCI !!!

  5. Ségolène a dit :

    Merci pour cet article encore très évocateur pour moi.

    Je suis bordélique, d’après les autres, et procrastinatrice (surtout d’après moi parce que je ne dis pas tout haut ce que je pense faire et que je décale…). Et j’ai récemment affirmé à des amis qui me disaient que j’étais désorganisée que non, quand même, même si tout n’était pas parfaitement rangé chez moi, je savais en permanence ce qu’il y a dans le frigo, où sont les choses (même si pas à leur place), quand sont les rendez-vous et quels sont les prochains besoins des enfants à satisfaire. Donc que d’après-moi, il y a pire comme personne désorganisée.
    Cela ne m’a pas encore permis de remettre chaque chose à sa place dans ma maison, mais ça s’améliore, et en tous cas elles tendent à retrouver leur place dans ma tête et c’est déjà une sacré étape !!

  6. merci infiniment
    je suis ds la phase comment changer
    j’ai écrit sur un papier tout ce que je pense quand je me dis qu’il faut que je range ce bordel.
    En récapitulant, je me suis rendue compte que c’était pas terrible ce que je (croyais) pensais de moi. beaucoup de découragement, de manque de motivation et j’en passe.

    Et je me suis amusée à mettre les antonymes et c’était finalement ce que j’étais!!! (d’où le « croyais »)
    Du coup, ça m’a donné de la force et je ne vois plus les choses de la même manière.
    Plutôt que de donner le mot corvée ou autres mots qui décourageraient plus d’un je vais les renommer.
    Voilà j’en suis à se stade ^^

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