Choisir entre la peste et le choléra, la réalité des parents

la vraie vie des parents : choisir entre la peste et le choléraParfois, être parent, c’est souvent avoir l’impression de devoir choisir entre la peste et le choléra. C’est devoir faire des choix complexes. Je ne parle pas du choix du mode de garde de nos bambins, de l’école, ni des activités extra-scolaires (bien que là aussi il y aurait à dire). Non, je parle de nos choix au quotidien. De nos choix éducatifs, de nos positionnements.

Etre parent, c’est faire des choix.

Dans mon rôle de parent, je me retrouve régulièrement à devoir arbitrer entre des options cornéliennes du genre :

  • laisser mes enfants goûter sur le canapé et finir par m’énerver parce qu’ils ne ramassent pas les miettes correctement et les obliger à rester à table ce qui m’oblige à gérer leur frustration (à lire ici).
  • Leur permettre d’aller seuls à l’école en vélo parce que c’est bon pour leur confiance en eux mais en assumant la responsabilité si jamais il leur arrive quelque chose ou bien leur refuser ce droit, en restreignant leur liberté et leur autonomie mais en n’ayant moins peur d’un éventuel accident
  • les laisser gérer seuls leur travail scolaire au risque qu’ils ne le fassent pas correctement ou qu’ils aient l’impression que je ne m’intéresse pas à eux ou bien m’investir au risque de les empêcher d’acquérir leur autonomie ou de les agacer contre le travail scolaire.

Et me voilà partie, selon les cas, pour une simple hésitation ou pour un bon vieux dilemme qui me bouffe du temps et de l’énergie. Et à chaque fois que je crois avoir trouvé la bonne décision, une petite voix bien intentionnée vient me rappeler que, quand même, j’oublie un paramètre :

Bon alors je dis oui ou je dis non ?

Oui mais la pédiatre/le maitre/la puericultrice a dit que …

Oui mais j’ai lu que …

Oui mais …

Vous aussi, vous vous retrouvez dans cette situation ? Je suis sûre que oui ! Dans mes accompagnements, mes ateliers, mes conférences, les parents que je rencontre expriment aussi ces risques dont ils sont bien conscients :

Oui, mais si je dis à mon enfant qu’il a le droit de se défendre, est-ce qu’il n’y a pas un risque qu’il se sente autorisé à taper et à faire mal ?

Oui mais si j’encourage mon enfant à exprimer sa colère, est-ce qu’il n’y a pas un risque qu’il se mette alors à crier et à hurler à tout bout de champ dès qu’il est frustré ?

Oui mais si je me montre indisponible pour mon enfant à certains moments, est-ce qu’il ne risque pas de le vivre comme un rejet ?

Les choix qui nous prennent la tête !Et c’est là la culpabilité vient frapper à la porte, dans le style « un bon parent n’hésite pas » ou pire encore « je sais qu’il faut faire ça ou ça … mais je n’y arrive pas, je suis nul-le »

Tous ces questionnements consomment une énergie de dingue ! Pas étonnant que beaucoup de parents soient épuisés ! Surtout que l’entourage y va de ses conseils « t’as qu’à faire comme ça ! », « enfin Madame, Monsieur, les enfants ont besoin de … », « Il pleure ? Il suffit de … ». Et lorsqu’elles ne sont pas dites, ces phrases sont pensées tellement fort qu’on les entend aussi clairement que si elles étaient dites !

Le top du top, c’est « mais pourquoi vous posez-vous tant de questions ??? »

Des fois, j’ai envie de répondre « Hé banane, si je pouvais arrêter, je le ferai ! Tu crois que ça m’amuse ??? »

Aucun de nous ne décide d’hésiter ou de ne pas hésiter. Ca se fait tout seul !!! C’est le signe que nous avons reçu des informations contradictoires et que nous cherchons malgré tout à prendre la meilleure décision possible pour nos enfants.

Ce qui m’aide, c’est de savoir que toutes les attitudes comportent des bénéfices et des risques.

Etre parent, c’est choisir sans savoir si notre choix est bon …

Etre parent, c’est comme être médecin. (Ou bien c’est l’inverse !)le parent comme le médecin fait des choix en pesant les bénéfices et les risques

Un médecin se contente normalement de surveiller régulièrement la santé d’un patient qui va bien. Un petit bilan par ci, un entretien par là, quelques questions et voilà tout. De la même façon, un parent, en se montrant simplement attentif et non interventionniste, peut accompagner le développement naturel de l’enfant. Et la plupart du temps, ça marche : les enfants font de façon autonome les apprentissages dont ils ont besoin. Et tout va bien.

Mais parfois un grain de sable – ou un gros rocher – vient bloquer le processus. Sur un aspect ou l’autre – autonomie, gestion de ses émotions, gestion de ses relations, organisation, … – l’enfant ne parvient pas à faire un apprentissage adapté par lui-même. C’est là que le parent est amené à intervenir. Tout comme le médecin peut être amené à intervenir lorsque quelque chose semble aller de travers.

La difficulté de l’exercice du parent, comme du médecin, c’est de ne pas intervenir trop tôt : on peut alors créer des angoisses qui vont aggraver le problème. C’est aussi de ne pas intervenir de manière inappropriée : on peut alors ne pas aider et donc contribuer à aggraver la situation là encore.

Et le parent, comme le médecin, ont à leur disposition un vaste éventail de possibilités pour intervenir en cas de problème. Et, comme pour les traitements médicaux, chaque approche éducative, chaque attitude parentale, chaque décision a ses avantages et ses effets secondaires. Ses bénéfices et ses risques.

Et nous nous retrouvons à devoir peser cette balance bénéfice-risque au quotidien, pour les grandes décisions comme pour les petites. A décider si c’est le moment de faire quelque chose ou s’il faut attendre encore un peu. A décider comment intervenir s’il faut intervenir … Tout comme le médecin qui va devoir décider s’il nous prescrit un traitement ou non, et quel traitement, à quelle dose, … pour être sûr que cela nous fera du bien et non du mal.

Dans l’éducation – comme dans la vie en général – je ne connais aucun moyen d’être sûr à 100% de faire « ce qu’il faut », aucun moyen de garantir un résultat positif sans aucun inconvénient.

Etre parent, c’est  prendre des risques.

Nous avons parfois l’illusion, l’envie, qu’il existerait une façon de faire qui n’aurait aucun inconvénient.

Illusion malheureusement entretenue par des manuels pour parents parfaits qui nous expliquent que « voilà comment il faut faire » et « si vous faites tout ça, tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes ». Illusion entretenue aussi par les professionnels qui gravitent autour de nos enfants et qui  donnent des conseils, disent quoi faire et comment, du haut de leur position de sachant.

Illusion que nous entretenons nous-même quand nous aimerions nous convaincre que, ça y est, nous avons trouvé le super truc imparable. Les conseilleurs jouent sur notre envie d’avoir des certitudes. La certitude que tout va bien aller pour nos enfants surtout.

C’est souvent la demande qui m’est formulée : « vous la professionnelle qui SAVEZ comment il faut faire DITES-NOUS ! »

aucun choix n'est facileEt bien là aussi, j’ai une certitude : non seulement, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise option, mais en plus nous ne sommes jamais sûrs a priori de faire bien.

Toutes, sans exception. Même celles basées sur les connaissances récentes du développement du cerveau de l’enfant, même celles qui sont bien intentionnées. Aucune approche n’a ZERO RISQUES. Il serait bien que parents et professionnels en soient convaincus.

Alors je me dis qu’il serait sans doute temps de sortir des « il faut », des « méthodes », des « conseils », des « voilà ce dont l’enfant a besoin », …

Les seuls qui peuvent évaluer les risques et décider quelle décision ils veulent – ou peuvent – prendre. Ils sont les seuls à savoir si c’est plus facile pour eux de gérer la peste ou le choléra.

Alors peut-être qu’être un « bon » parent, ce n’est pas avoir des principes et des certitudes et savoir « comment » il faut faire.

Peut-être qu’être un bon parent, c’est savoir naviguer en eaux troubles, apprendre à vivre avec l’incertitude et le doute.

Et si la qualité essentielle d’un parent, c’était la curiosité ? La curiosité de dépasser les idées reçues, la curiosité d’oser prendre des risques, oser expérimenter des attitudes différentes pour voir si cela change quelque chose …


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Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance ... envers les autres et envers soi-même :-) ... Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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7 pensées sur “Choisir entre la peste et le choléra, la réalité des parents

  • 27 mars 2017 à 11:14
    Permalink

    Ah oui ca c’est du bel article !!
    Se départir de cette pression du choix parfait, cela nécessite un sacré travail sur soi, surtout qu’effectivement l’entourage est toujours là pour pointer la dimension imparfaite du choix retenu (ah ben j’avais pas vu merci …)

    Une manière dont je réussis à prendre une certaine distance: je me dis que grâce à ca HEUREUSEMENT mes enfants auront des trucs à me reprocher. Car quoi de plus écrasant qu’un parent parfait? Cela supprimerait l’espoir de faire mieux que moi, en laissant juste le découragement du « je ne ferai jamais aussi bien »…

    Répondre
  • 27 mars 2017 à 11:45
    Permalink

    Ah oui ca c’est du bel article !!
    Se départir de cette pression du choix parfait, cela nécessite un sacré travail sur soi, surtout qu’effectivement l’entourage est toujours là pour pointer la dimension imparfaite du choix retenu (ah ben j’avais pas vu merci …)

    Une manière dont je réussis à prendre une certaine distance: je me dis que grâce à ca HEUREUSEMENT mes enfants auront des trucs à me reprocher. Car quoi de plus écrasant qu’un parent parfait? Cela supprimerait l’espoir de faire mieux que moi, en laissant juste le découragement du « je ne ferai jamais aussi bien »…
    bonne journée !

    Répondre
  • 27 mars 2017 à 11:57
    Permalink

    Merci pour ce bel article Sandrine !

    Pour les parents dont l’enfant ne rentre pas parfaitement dans le moule scolaire, c’est une interrogation quotidienne : comment l’aider ? que faire, que ne pas faire ? pourquoi est-il en train de louper la marche de la lecture, des maths ?

    Se projeter dans l’attitude de curiosité scientifique et humaine du médecin est une superbe métaphore pour prendre du recul, déculpabiliser et chercher sans découragement dans sa boîte à outils 😉

    Magali.

    Répondre
  • 27 mars 2017 à 13:04
    Permalink

    Bonjour,
    Je suis maman et médecin et je me torture l’esprit et les boyaux dans les 2 cas, mais « je me soigne »! Autant dire que ça me parle.
    Merci pour le partage, ça fait du bien à lire.

    Répondre
  • 28 mars 2017 à 15:19
    Permalink

    Bonjour ! Je suis maman et prof, et je dirais que c’est la même chose pour les profs ! merci pour l’article.

    Répondre

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