Et si on parlait trop à nos enfants ?

Avec les enfants, tout est langage …

Françoise Dolto nous l’a dit « tout est langage ». Depuis, nous parlons à nos enfants: nous expliquons, nous verbalisons. Et c’est bien : les mots posés aident l’enfant à mieux digérer, mieux comprendre, mieux vivre la situation et donc à s’adapter et à changer pour aller mieux.
et si on parlait trop à nos enfants

Mais parfois, nous avons expliqué calmement, sereinement, posément. Dit et re-dit la règle qui s’applique. Reformulé les émotions – celles de l’enfant et les nôtres. Parlé de nos besoins. Cherché à comprendre ses besoins à lui … Mais rien n’y fait. Le problème se reproduit encore et encore. La frustration commence à monter en nous … Et nous voilà partis à dire des choses horribles à nos enfants … Parfois, ce sont nos gestes qui deviennent violents. Ces énervements ne sont ni la preuve que vous êtes un parent indigne, ni que vous avez été maltraités étant enfant : ils sont juste le résultat de l’échec de vos tentatives. C’est l’effet « carte de fidélité ».

Tous les comportements du bambin à l’ado peuvent provoquer cet effet : le petit qui se réveille la nuit, le coucher qui s’éternise, la chambre pas rangée, les écrans en boucle, les devoirs pas faits, … (ajouter la mention qui vous concerne). Nous disons, répétons, expliquons. Sans succès. Alors nous nous énervons. Suite à quoi nous culpabilisons. Nous prenons alors la résolution de ne plus en arriver là …

Et alors nous revenons au langage. On nous a tellement fait croire que communiqué était LA solution.

Nous revenons sur le sujet avec l’enfant, nous lui en reparlons à froid, nous cherchons avec lui des solutions, nous lui lisons des livres sur le sujet (pour les plus petits) et nous l’invitons à lire des articles/voir des vidéos pour les plus grands. Nous revenons encore et encore sur le sujet pour tenter de comprendre (en espérant que comprendre le pourquoi va nous aider à résoudre le problème !). Nous en parlons avec d’autres adultes – partenaire, professionnels, famille, amis, etc.

Rien que de lister tout ça, ça me saoule 😀 !!!

Trop parler peut nous faire souffrir plus

Communiquer peut constituer un excellent moyen de résoudre un problème. Mais lorsque ça n’a pas fonctionné rapidement, cela devient un piège. Chaque fois que nous parlons du problème, nous focalisons l’attention de notre cerveau sur ce sujet.

Message reçu 5/5 : nous disons au cerveau que ce problème mérite notre attention, il y consacre son énergie et son attention. « C’est un problème important ! » se dit-il. Comme le problème ne se résoud pas, il devient alors de plus en plus important, de plus en plus frustrant. Il prend toute la place ou presque. Tout se passe comme si, plus nous portons notre attention sur le problème, plus nous en souffrons. Et plus nous en souffrons, plus nous y portons notre attention. Et ainsi de suite.

Idem pour les enfants/ados : devoir aborder encore et encore le sujet qui fâche amène au mieux une crispation, une culpabilité, au pire une opposition franche. A ce stade, ça ne met personne dans la bonne position pour résoudre constructivement les difficultés. Plus nous en parlons, plus ils résistent (volontairement ou non), plus nous nous énervons, plus nous en parlons …

Quelle que soit l’intensité du problème rencontré, si vous avez déjà consacré beaucoup de temps à parler du problème, que ça n’a rien changé, peut-être est-il est temps de prendre des vacances de ce problème non 😉 ?

Un exercice pour prendre des vacances du problème :

Pendant quelques semaines, ne parlez plus de ce qui vous préoccupe – ou le moins possible. Si des proches vous en parle, répondez juste « ça va, merci » ou « on s’en occupe ». Evidemment n’en parlez plus non plus à l’enfant concerné ! Le moins possible sur le moment et PAS DU TOUT A FROID.

Dans mon expérience d’accompagnement parental, ce simple exercice permet parfois au problème de se résoudre tout seul. Le plus souvent, d’autres changements sont cependant nécessaires. Mais cette conspiration du silence constitue une première étape qui facilite la suite.

Vous essayez et vous venez nous en parler dans les commentaires 🙂 ?

Focus sur la petite enfance : Et si tout n’était pas langage ???

Photo by Kristina Flour on Unsplash

Avec les plus petits – et notamment dans les problèmes de sommeil (éveils nocturnes, difficultés de coucher, réveils en pleurs, …) ou les difficultés émotionnelles – la parole peut même constituer un frein puissant au changement attendu.

La parole est un appel à faire fonctionner son cerveau. Un excitant en quelque sorte. Ecouter et comprendre des mots demande de se concentrer, d’écouter, de mettre en action de nombreuses fonctions du cerveau. Dans un moment où on leur demande de se laisser aller, parler n’est donc pas forcément très efficace 🙂. Dans les situations de crise émotionnelle, pas toujours simplement non plus de se concentrer sur la parole qui peut agir comme un excitant là aussi.

Et si vous essayiez de ne plus parler dans ces moments-là ?

Vous pouvez agir avec vos mots, vos gestes : caresser un bras ou le dos, prendre dans vos bras si l’enfant l’accepte sans contrainte, recoucher l’enfant simplement sans mot dire.

Cette suggestion peut aussi fonctionner en cas de comportement « violent »  d’un bambin : l’enfant met des coups de pied au moment du change, lève la main sur vous ou jette des objets en cas de frustration, … Vous avez déjà verbalisé de nombreuses fois quel était le problème. Vous avez expliqué le comportement attendu, l’enfant est capable – à froid – de reformuler ce qui est attendu de lui. Mais rien n’y a fait.

Je vous propose donc de réorienter l’attention portée au comportement. Vous pouvez par exemple simplement poser là l’enfant et vous éloigner de quelques pas sans mot dire, en portant votre attention sur autre chose le plus possible. Vous ne reporterez votre attention sur l’enfant dès que les choses seront revenues à la normale.

Là aussi, vous pouvez venir nous en parler en commentaires 🙂 !


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Et si on parlait trop à nos enfants : pour aller plus loin

Sur ce blog :

Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance ... envers les autres et envers soi-même :-) ... Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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23 pensées sur “Et si on parlait trop à nos enfants ?

  • 24 juillet 2017 à 09:19
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    Bonjour,
    J’ai justement une situation du genre en ce moment avec mon fils (4 ans et demi). Le coucher est problématique: peurs, angoisses, refuse même maintenant le rituel, l’histoire et la préparation… j’ai proposé à mon compagnon la chose suivante. Puisqu’on a essayé tout ce que nous pouvions essayer, câlin, rester un peu avec lui, laisser la porte ouverte, les livres sur les monstres, la mise en mots, ne pas lui imposer de dormir et demander à ce qu’il fasse une activité calme et seul (dans ce cas il reste complètement creuvé, sur le pas de sa porte à feuilleter des livres, jusqu’a ce qu’on aille se coucher), EFT, huiles essentielles, et autres choses moins sympas, cris, grondage, énervements… pendant une semaine nous décidons nous d’aller nous coucher à 9h30. Nous lui proposerons une histoire vers 9h et ensuite quoiqu’il décide nous irons nous coucher sans lui faire remarquer quoique ce soit. Je reviendrais ici pour raconter ce qui c’est passé. 😉

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  • 24 juillet 2017 à 12:16
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    Comme toujours, limpide et éclairant !

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  • 24 juillet 2017 à 15:02
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    Je crois que j’avais vraiment besoin de lire ça ; merci Sandrine !

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  • 24 juillet 2017 à 15:19
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    Je crois que je vais appliquer cette méthode pour l’arrêt de la sucette. J’en parle en lui disant que ce serait bien de… mais c’est quand lui le sentira… Mais j’en parle beaucoup. Je vais commencer à me taire ! 🙂
    Merci !

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    • 25 juillet 2017 à 09:03
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      Ce n’est pas toujours facile de cesser de parler quand le sujet nous tient à coeur. Ca risque d’être difficile 🙂 … mais ça vaut le coup très souvent ! Merci !

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  • 24 juillet 2017 à 19:06
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    Je prends conscience, en lisant cet article, que je parle beaucoup des jalousies entre mes filles et que je lui accorde beaucoup trop de place, d’importance dans la famille. D’ailleurs, cette « jalousie » n’est pas vue de la même façon par mon conjoint, ce qui prouve que le « problème » n’a que l’importance qu’on veut bien lui donner ! Merci pour cet angle de vue si nouveau pour moi !

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    • 25 juillet 2017 à 09:02
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      De rien ! Et merci à vous pour ce commentaire. Ca m’incite à continuer à publier des articles :-).
      Venez nous donner des nouvelles pour savoir si ça a changé quelque chose (ou pas 🙂 !).

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  • 25 juillet 2017 à 14:03
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    Haha mais c’est excellent ça !
    J’y retrouve le conseil donné par Jane Nelsen sur le coucher des 3-6 ans et qui est en train de sauver. Ls soirées après que rien n’ait produit de résultat constant. J’en parle ici
    http://petitbout-petitbout.blogspot.fr/2017/07/gerer-le-coucher-de-son-3-6-ans-avec.html?m=1
    J’en ai constaté l’efficacité, ce billet me permet de mieux le comprendre…

    Et en vous lisant je me pose la question de (comment) l’appliquer à la propreté de nuit chez mon fils de 4 ans… il avait fait de grands pas vers mais depuis des mois c’est draps mouillés. À réfléchir

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    • 26 juillet 2017 à 14:23
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      Au passage, merci pour les citations de mes articles sur ton blog 🙂 … Je vais tenter de te retrouver l’article qui te manque et dont tu parles ici : http://petitbout-petitbout.blogspot.fr/2016/11/gestion-de-la-colere-suites.html :-D.

      Pour la propreté, oui, la conspiration du silence est très adaptée : c’est typiquement un domaine où les enfants ont besoin d’autonomie :-). Des rappels trop fréquents peuvent nuire à ce besoin.

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      • 26 juillet 2017 à 15:13
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        Merci Sandrine, tu as effectivement réussi à me retrouver ce que je cherchais !

        par rapport à la propreté : alors, pour te donner un peu plus de détails, on a fait sauter les couches de nuit en septembre, assez vite j’ai commencé à avoir des nuits sèches, 1, 2 par semaine, c’est monté à 4 en octobre c’était la joie.
        Et depuis novembre, plus aucune (enfin, si, j’en ai eu une y a quelques semaines)
        Nous sommes passés par des phases où j’ai remis des couches (quand je n’arrivais plus à suivre sur le séchage du linge, et quand nous partions en voyage), mais sinon, je lave les draps tous les jours.
        Je ne fais plus de remarques depuis des semaines, le seul truc est que le matin, c’est à lui de défaire ses draps et de les porter à la machine; ce qui ne cause plus de problèmes non plus.
        Voilà où nous en sommes. Au stade où j’en suis, j’hésite entre remettre des couches jusqu’à ?? en me disant qu’il n’est psychologiquement pas prêt, et la crainte de lui envoyer le message comme quoi il n’est pas capable.

        Bref = J’ai surement trop parlé sur ce sujet pendant un long moment. Je me tais (enfin, j’ai l’impression). Je ne sais si cela suffira en soi ou si autre chose est nécessaire.

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  • 25 juillet 2017 à 16:00
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    Bonjour,
    Je parle beaucoup des disputes entre mes garçons, de la rivalité, du fait qu’ils aient du mal à jouer ensemble, de leur relation assez globalement. J’en parle, j’en parle, je sature, mon mari sature et eux continue de se cahmailler en quasi permanence. Mais je ne sais pas comment agir pour les aider sans en parler. Des idées ? Merci

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  • 25 juillet 2017 à 16:32
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    Bonjour, cela me rappelle cette période où ma fille de 5-6 ans ne voulait plus manger de viande. Gros sujet au moment des repas. C’était il y a 15 ans- si c’était aujourd’hui, je focaliseras bien moins là-dessus!
    J’ai fini par ne plus lui proposer de viande. Et là une petite voix finit par demander, un dimanche midi: « Bah et moi, j’en n’ai pas du magret? – Eh non, je n’en ai pas cuit pour toi, puisque tu ne veux pas de viande. » Malgré le gros pincement à mon cœur de Maman, elle a attendu le prochain repas pour remanger de la viande. En petites quantités, mais adieu les conflits à ce sujet! Depuis il y en a eu d’autres, et j’oublie souvent l’intérêt tant pour moi que pour l’autre de ne pas rabâcher toujours les mêmes rengaines.

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  • 25 juillet 2017 à 23:08
    Permalink

    Merci pour ce super article.
    Donc si j’ai bien compris, chez nous j’aimerais un peu plus de coopération entre sœurs (11,9 et presque 7) et qu’elles m’aident plus.
    Donc j’arrête de demander de l’aide, elles vont finir par le faire par elle même ?

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  • 26 juillet 2017 à 07:46
    Permalink

    Bing, en plein dans le mille ! 😛
    Merci pour tous ces billets « coups de pied aux fesses ». Quand on sait qu’on fait un truc qui ne fonctionne pas, mais qu’on ne prend pas le temps d’y réfléchir, ça fait du bien quand un projecteur vient faire la lumière pile-poil au bon endroit…

    Reste plus qu’à trouver un rouleau de scotch pour m’empêcher d’ouvrir la bouche ! 😀

    Répondre
  • 26 juillet 2017 à 16:02
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    Bonjour Sandrine

    Je te remercie pour cet article. Il est très bien écrit, clair, et surtout il pose les bonnes questions.

    Nous avons vécu ça voilà quelques temps où notre enfant Outini nous a vraiment donné du fil à retordre en étant violent.

    Ca nous a surpris, réellement.

    Et puis, plus on en parlait plus ça l’énervait. Plus on enfonçait le problème …
    Alors on a vu que l’on pouvait jouer par moment, sans rien dire, on pouvait tenter une approche sans rien faire …

    Et ça a marché … tout le monde s’est calmé.

    C’est pas toujours simple, mais on trouve des clefs, qu’il faut changer bien souvent puisque Outini grandit 🙂

    A plus
    Evan

    Répondre
  • 28 juillet 2017 à 13:02
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    Bonjour,
    Merci pour votre article qui m’intéresse beaucoup. Faisant partie de ces mamans qui parlent tout le temps…
    Mais une chose me choque, c’est votre dernière phrase… Je ne suis pas sure d’être en accord avec le fait de me détourner de mon enfant à un moment où éventuellement il ressent une émotion qui a besoin d’être entendue.
    Je trouve que cela ressemble a de la privation d’attention ou d’amour qu’on peut conseiller en éducation traditionnelle « si t’es pas gentil je m’occupe pas de toi. »
    Qu’en pensez vous ? Je n’ai peut-être pas bien compris le sens de cette phrase 😉

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    • 28 juillet 2017 à 14:39
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      Sauf que les comportements de l’enfant n’exprime pas forcément une émotion. Il peut juste s’agir d’un « jeu » relationnel : l’enfant – surtout les plus petits – trouvent cela amusant de déclencher une réaction chez les autres. Cela fait partie de l’apprentissage relationnel. Mais il peut être intéressant aussi pour eux d’apprendre que le jeu ne peut exister que si les 2 parties sont d’accord pour jouer :-). Sinon ce n’est pas un jeu et ça devient quelque chose qui se rapproche du harcèlement (non volontaire bien sûr !) :-). Dans ce cas, réagir (sous quelque forme que ce soit : en grondant, en écoutant l’émotion, en verbalisant, en disant stop …) signifie que nous aussi nous jouons. Donc le jeu se poursuit. Ne pas accorder d’attention au comportement devient alors le signal qu’on ne joue plus. Ce qui est le meilleur moyen de cesser le jeu.

      Et quand bien même il s’agirait d’une émotion : bien sûr que le 1er mouvement doit être de verbaliser cette émotion, de la nommer, de proposer d’autres moyens de l’exprimer. Mais comme j’essaie de ne pas vendre du rêve sur ce blog, je préfère dire que l’écoute a aussi ses limites. Et ces limites ne sont pas seulement du fait des parents. Persévérer dans une voie conforme à nos idéaux mais qui ne fonctionne pas peut nous conduire droit à la maltraitance malgré nos merveilleuses intentions. J’en avais déjà largement parlé ici : Comment vouloir être bienveillante m’a (presque) rendue maltraitante

      Je préfère donc largement une approche pragmatique mais efficace à une utopie séduisante mais qui ne marche pas :-).

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  • 13 août 2017 à 01:35
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    hihi

    je vais recommencer une période où je me tais plutôt que de discuter détailler avec mon conjoint 😉

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