Je n’ai que 6 mois de retard pour vous poster le replay de l’émission « Entre Nous » sur Bugey Radio. Mais comme on dit, mieux vaut tard que jamais 😉 … Alors le voici, avec un petit résumé et quelques illustrations …

Le droit de ne pas s’aimer

14.06.30 entre nous fratrie vivre ensembleVivre en couple avec quelqu’un qu’on a choisi, ce n’est déjà pas simple. Alors vivre et partager son espace, ses jouets, ses parents, … avec quelqu’un qu’on n’a pas choisi, c’est parfois difficile.

Lorsqu’on partage le même espace, il y a forcément des moments où on s’apprécie et d’autres où on se déteste. Forcer les enfants à s’aimer – ou à prétendre qu’ils s’aiment – est un bon moyen de les amener à se détester. Cela interdit aux enfants de dire que l’autre les dérange parfois – et donc de régler les conflits. Ils ont certes besoin d’apprendre à le formuler de façon constructive et ce qui les aidera pour aller dans ce sens, c’est de leur reconnaitre le droit de se détester.

Un enfant qui dit « je déteste mon frère » ou qui « je voudrais que ma soeur soit morte » ne pense pas des choses aussi violentes. Il est simplement en train d’exprimer son émotion du moment qui est « j’en ai marre de lui/elle, il me gêne par moments« .

Dans une situation que j’ai accompagnée récemment, un petit garçon tapait son petit frère de quelques mois notamment quand le petit avait des conduites « dérangeantes » (pleurs par exemple). La maman lui disait de ne pas taper mais l’enfant n’avait aucun autre moyen d’exprimer son mécontentement. Le simple fait de formuler à l’enfant :

c’est dur des fois d’avoir un frère. Par moments tu l’aimes très fort et par moments, tu le détestes. C’est normal tu sais. La prochaine fois que tu auras envie de taper le bébé, viens me faire un calin.

a permis à cet enfant de s’apaiser et de ne plus taper son petit frère. Il ne vient pas forcément faire un calin car il se sent entendu et reconnu dans ce qu’il vit et il sait quoi faire quand il en a trop marre.

Autoriser l’expression des sentiments, entendre et reconnaitre la difficulté de vivre ensemble est donc un excellent moyen d’atténuer la force des tensions entre les enfants.

Gérer les sentiments d’injustice entre frères et soeurs

Entre frères et soeurs, l’injustice règne. Non pas par la faute des parents mais par celle de la nature : personne n’a choisi de naitre 1er, 2e, 3e, … Utiliser les rangs de naissance – « tu dois te14.06.30 entre nous fratrie egalite justice raisonner, tu es le plus grand » par exemple – est donc souvent mal vécu par les enfants.

Parfois aussi les enfants ont tendance à se comparer ou à comparer ce que nous faisons pour les autres par rapport à eux. Lorsque la comparaison arrive, nous, parents, avons tendance à nous justifier ou à essayer de rétablir l’équilibre, ce qui peut donner des choses comme :

– tu lui as donné plus de pâtes qu’à moi !

– Mais non voyons !

– Mais si !

et on finit par peser les pâtes pour savoir ce qu’il en est.

La comparaison est un signal : j’ai tendance à me comparer aux autres – et surtout à souffrir de la comparaison – si je me sens insatisfait-e de ma situation. Si tout va bien pour moi, je n’ai aucune raison de me comparer aux autres. Lorsqu’un enfant se plaint d’injustice, il importe donc de le ramener à ce qui le satisferait lui personnellement, sans rapport avec les autres.

Ainsi la situation précédente pourrait devenir:

– tu lui as donné plus de pâtes qu’à moi !

– Ah tu as encore faim ?

Lorsque la comparaison porte sur des comportements affectifs – « tu aimes mon frère/ma soeur plus que moi » – il est intéressant de savoir ce qu’on a dit ou fait que l’enfant peut interprêter comme tel et donc de ne pas chercher à se justifier ce qui pourrait couper court à la discussion ou conduire à une dispute. Une simple question comme « ah bon ? Je n’aime pas entendre ça. Qu’est-ce que j’ai dit ou fait qui te fait penser ça ? ».

Nous saurons alors mieux ce que l’enfant vit mal et nous pourrons alors réfléchir ensemble posément à comment modifier nos comportements pour que le ressenti négatif de l’enfant disparaisse. Seul le changement de nos actes le rassurera, nos paroles seules ne suffisent pas. Comme je le dis souvent, ce que nous faisons crie plus fort que ce que nous disons.

Apprendre à gérer les conflits constructivement

14.06.30 entre nous fratrie citation ChincholleLes bagarres et disputes sont assez inévitables lorsque plusieurs enfants vivent dans la même maison. Intervenir systématiquement peut être contre productif car les enfants enregistrent assez vite

Chercher le responsable – qui a commencé par exemple – ne fonctionne pas car dans la fratrie, les jalousies ont commencé le jour où vous avez envisagé d’avoir une 2e enfant. Dès ce moment, chaque enfant a commencé à agir sur l’autre et à créer des changements dans son environnement et dans les comportements de ses parents. Chercher le responsable revient donc à chercher qui de l’oeuf ou de la poule est arrivé en premier ;-).

Mieux vaut donc porter notre attention non pas sur pourquoi les choses en sont là mais comment on peut faire pour qu’elles soient différentes.

Aider des enfants à résoudre un conflit suppose de ne pas prendre parti mais de les aider eux à trouver leurs propres solutions. Cela passe par plusieurs étapes qui ressemblent à une médiation :

  • reconnaitre les émotions de chaque enfant : « Sophie, tu étais tranquille à jouer là toute seule … et toi Axel, quand tu as vu ce jouet, tu as eu très envie de jouer avec ce beau jouet« 
  • reconnaitre la difficulté du problème : « C’est compliqué … on a 2 enfants et un seul jouet.« 
  • Inciter les enfants à chercher des solutions (et pour les plus petits, commencer à en proposer quelques-uns) : « comment on pourrait faire ? … ah tiens, peut-être que toi Axel tu pourrais proposer un autre jouet à Sophie en échange … ou Sophie elle joue encore un petit moment et elle vient t’apporter le jeu dès qu’elle a fini …. ou bien vous pourriez jouer tous les 2 ensemble avec ce jouet … ». L’important ici est que les solutions soient proposées et non imposées aux enfants afin de développer leur autonomie.

Dans le cas de disputes ou de bagarres récurrentes, attention au contexte : si l’enfant n’a pas d’autre moyen de se faire comprendre, il aura besoin d’avoir recours à la violence.

Un exemple : un maman me présente la situation de ses 2 enfants – 4 ans et 2 ans – en me disant « mon petit tape sa soeur. J’ai beau lui expliquer, le gronder, le punir, rien n’y fait il continue. » Quand je lui demande comment se passent les disputes, elle m’explique que généralement, les 2 jouent ensemble, que la grande dirige un peu le jeu. A un moment donné le petit commence à râler. Il en a visiblement assez mais la grande continue. Alors le petit finit par la frapper. Quand elle se fait taper, la grande se réfugie en pleurant auprès de sa mère. La mère va alors gronder le petit puis joue avec sa fille.

Dans ce contexte, taper sa soeur est une solution efficace pour le petit – il obtient l’arrêt de la situation problématique (jouer avec sa soeur) – même si cette solution présente l’inconvénient de se faire gronder. De la même façon, se faire taper dessus est une solution efficace pour la grande – elle peut continuer le jeu ET se faire consoler par sa maman pendant que son frère a le mauvais rôle du méchant petit garçon frappeur- même si elle présente l’inconvénient de se faire taper dessus.

Tant que, pour chacun des enfants, les inconvénients seront mineurs par rapport aux avantages, le petit continuera de taper sa soeur malgré tous les efforts de la maman.

Dans cette situation, le petit peut apprendre à partir du jeu quand ça ne lui convient pas ou pour apprendre à dire avec des mots. Pour un petit de 2 ans, c’est encore compliqué.

La grande peut – doit ? – aussi apprendre à respecter les signaux de son frère et à cesser le jeu lorsqu’il lui montre qu’il en a marre. Pour cela, la maman a dû cesser de la consoler et montrer à cette petite fille qu’elle avait un rôle à jouer dans cette situation en étant plus à l’écoute de son petit frère.

D’une manière générale, faire cesser les disputes dans une fratrie est un sujet très ardu. Cela suppose de regarder les enfants dans toute la complexité de leur environnement familial :

  • Comment chaque enfant est en relation avec lui-même, comment il se voit individuellement
  • Comment chaque enfant est en relation avec les autres enfants
  • Comment chaque enfant est en relation avec chaque parent
  • Comment chaque enfant voit la relation de chaque parent avec les autres enfants

Tous ces paramètres peuvent influer sur la relation que les enfants ont les uns avec les autres et la dégrader (ou l’améliorer !). Je constate que ce n’est généralement pas en se focalisant sur les bagarres qu’on arrive à les faire cesser mais en travaillant sur tout le reste ;-).

Et évidemment vous trouverez plein d’autres informations passionnantes et des réponses à des questions d’auditeurs au sujet des jalousies et rivalités dans la fratrie dans le replay inséré en début d’article.

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Pour aller plus loin au sujet des jalousies et rivalités dans la fratrie :

  1. Marjolaine a dit :

    Bonjour SAndrine,
    je ne sais pas si cela vient de mon ordinateur, mais le replay n’est pas accessible. Y a-t-il un autre moyen d’écouter l’émission ? Ai-je simplement passé le délai ?
    Merci de ta réponse car le sujet m’intéresse VIVEMENT !!

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