de l'utilité de la procrastinationProcrastination, mais de quoi parle-t-on ?

La procrastination est cette fâcheuse tendance à remettre au lendemain ce qu’on pourrait (peut-être) faire tout de suite. Tout sauf utile donc … Assimilée à de la paresse et à un manque de motivation, elle est mal vue. La plupart des procrastinateurs – moi y compris (plus maintenant) – se sent un peu honteux de fonctionner de cette drôle de façon. Alors quelle peut bien être l’utilité de la procrastination ???

Après tout, nous sommes entourés de livres et d’articles bien intentionnées qui nous expliquent en 12 leçons comment bien nous organiser et atteindre tous nos objectifs. Et si nous ne les atteignons pas, c’est que nous sommes des losers qui ne se donnent pas les moyens de réussir (du moins c’est ce que tous ces manuels veulent bien nous faire croire).

Moi aussi j’ai longtemps cru que j’étais fortement atteinte de ce mal incurable et que jamais je ne parviendrai à faire mon ménage, à pointer mes relevés de compte ni à me lancer dans de la prospection téléphonique pour mon activité professionnelle.

Je trouvai toujours mieux (ou moins bien) à faire – réseaux sociaux, coup de fil à un ami, grignotage, … Et je mettais après coup mes échecs sur ma tendance naturelle à la paresse, responsable comme chacun sait de la procrastination. J’étais vraiment trop nulle et je ne savais pas m’organiser, voilà tout.

Si procrastination = paresse, quelle est l’utilité de la procrastination ?

La procrastination est-elle de la paresse ? Si j’en crois les innombrables articles sur le sujet, oui. Il suffit de prendre de bonnes résolutions et de s’y tenir et basta le problème est résolu. Mouais … permettez-moi d’en douter.

Ni moi, ni les gens qui viennent me consulter pour ce problème, ni vous si vous lisez cet article n’êtes venus à bout d’un objectif simplement en le décidant et en vous mettant des coups de pied aux fesses. D’accord ça marche des fois, sur le court terme généralement. Mais ça ne tient souvent pas.

Mettre notre procrastination sur le dos de la paresse ne me parait ni efficace ni justifié et même contre productif.

Pas efficace parce qu’en utilisant cette belle étiquette, nous nous coupons tout moyen de résoudre le problème. Je ne sais pas injecter de la volonté ou de l’anti-paresse.

Pire que pas efficace, contre productif : nous nous culpabilisons et nous avons alors tendance à vouloir lutter contre nous-mêmes en nous astreignant à des contraintes encore plus dures pour mater notre paresse naturelle. Ce qui ne fait que renforcer nos freins naturels qui sont là pour nous protéger.

Et pas justifié, parce que, à ce que j’en comprends depuis quelques années que je rencontre ce problème pour moi et pour les autres, la procrastination n’a rien à voir avec la paresse.

Et si je n’ai juste pas envie, où l’utilité de la procrastination ?

La procrastination vient parfois d’un manque d’envie. L’envie – le désir – ne se décrète pas. Plus vous essayez de vous forcer à avoir envie, moins vous aurez envie. J’en ai déjà parlé pour le désir sexuel mais le mécanisme est le même ici.

Donc à trop vous dire que vous êtes vraiment un paresseux à ne pas avoir envie de faire quelque chose, vous ne faites que vous enjoindre d’avoir envie. Super injonction paradoxale qui vous coupe toute envie et aggrave le problème.

Si vous n’avez pas envie, de 2 choses l’une : ou l’activité que vous envisagez ne vous plait pas, ou vous êtes découragé devant l’ampleur de la tache. Ou bien vous manquez d’énergie pour la faire.

Si l’activité ne vous plait pas, n’imaginez pas une seconde que vous aurez du plaisir à la faire !

C’est pourtant ce qui arrive fréquemment. Normal me direz-vous ? Vu le nombre de gens qui me disent « je devrais m’y mettre, ce n’est pas si difficile » ou bien « c’est pourtant simple, il suffit de décrocher son téléphone », je ne crois pas que cette réflexion de simple bon sens soit universellement partagée. Si une activité vous est difficile ou pénible, elle l’est. Inutile d’essayer de vous cacher derrière un pseudo frein interne pour éviter de la faire.

Donc règle anti procrastination n°1 : partez plutôt du principe que vous allez passer un sale quart d’heure et que vous vous accorderez une récompense ensuite …

Parfois aussi nous sommes découragés devant l’ampleur de la tache. Imaginez passer 3 heures d’affilée à faire le ménage alors que ça nous ennuie profondément ou traiter les 354 emails arrivés pendant notre absence n’enthousiasme personne.

Alors règle anti procrastination n°2 : faites-en le moins possible à la fois 🙂 … Vous n’imaginez pas la quantité de boulot qu’on abat par tranche de 10 minutes !

Si vous n’y arrivez pas à vous y mettre, pensez plutôt à découper les taches qui vous déplaisent ou qui sont trop importantes en petits morceaux (10 mn voire même 5 mn ou moins). Choisissez la tranche la plus petite possible qui soit surmontable pour vous. Si vous n’y arrivez pas, faites-en une plus petite encore la fois suivante en vous accordant des pauses à chaque fois.

Et si vous manquez d’énergie ? Quand une tache est difficile et nous parait insurmontable parce que nous sommes sur la réserve niveau énergie vitale, inutile de nous flageller en nous disant que nous ne sommes pas courageux. Ca fait à peu près le même effet que siphonner un réservoir déjà presque vide : ça aggrave le problème là encore. La déception est une des émotions qui consomme le plus d’énergie et vide votre réservoir à vitesse grand V.

Règle anti-procrastination n°3 : si vous n’avez pas d’énergie, faites-en le moins possible et réfléchissez plutôt à comment vous pourriez recharger vos batteries le plus écologiquement possible (donc pas en cherchan à grimper au sommet de l’Everest mais plutôt en faisant les 3 pas qui vous séparent de votre jardin).

Dans tous les cas, la procrastination est utile car elle me donne une information très utile sur moi-même, sur ce qui est important pour moi, ce qui me pose un problème.

Quand j’ai peur, là  je la vois bien l’utilité de la procrastination !

Remettre à plus tard est souvent aussi le signe qu’il y a des risques à faire la tache concernée. La peur est un frein fort efficace … et fort utile ! Parce qu’il nous évite de nous mettre en danger.

« Je n’arrive pas à me mettre à réviser depuis plusieurs semaines. Pourtant mes examens approchent. Je ne comprends pas parce que j’aime mes études et mon futur métier, vraiment. … Si je réussis mon examen ? Je vais partir de chez moi et travailler dans une entreprise. Et je vais devoir dire à mes parents que je ne reprendrais pas l’exploitation agricole qui se transmet dans ma famille depuis plusieurs générations. »

« Qu’est-ce qu’il se passerait de pire si je faisais ma prospection téléphonique ? Je pourrais m’entendre dire que ce que je fais n’est intéressant, que je ne suis pas crédible dans ce que je propose, … »

Se trouver confronté à ce type de choix ou à un sentiment d’échec n’est agréable pour personne. Comme notre cerveau fait tout pour nous empêcher de vivre des situations désagréables, il est debout sur les freins si nous ne sommes pas préparés à ces éventualités désagréables. Et au lieu de nous confronter à ces risques, nous préférons imaginer que nous avons un défaut interne …

Si nous ne prenons pas le temps de nous y préparer alors nous courons droit au devant d’un danger. Procrastiner par peur est donc utile pour prendre du recul et mieux se préparer.

Alors règle anti-procrastination n°4 : demandez-vous quels seraient les risques d’une réussite et si vous vous sentez prêts à les affronter.

Et si c’était utile de remettre à plus tard et que là résidait l’utilité de la procrastination ?

J’ai tendance à procrastiner depuis déjà pas mal de temps. Et franchement, ça ne m’a jamais vraiment posé problème si j’y réfléchis bien. Enfin, si des fois je me dis que ma vie serait plus cool si je m’y prenais plus à l’avance pour certaines choses, que je stresserais moins. Mais force est de constater que j’arrive (presque) toujours à boucler mes dossiers en temps et en heure. Quand ce n’est pas le cas, je négocie des délais, ça fait travailler ma force de persuasion (bon maintenant que c’est public, mes interlocuteurs seront peut-être moins tolérants). Mais globalement je m’organise plutôt mieux quand j’ai trop détesté stresser à un moment donné. je dois bien reconnaitre aussi que travailler 10 à 12h par jour depuis que je suis indépendante m’aide à procrastiner moins … sinon je fais des journées de 15 ou 17h et ça commence à faire beaucoup …

Je ne déteste pas non plus une certaine excitation avant le bouclage de certaines préparations. Ca m’aide à structurer mes idées. Quand j’ai trop de temps, je me perds, je fais, je refais et ça marche moins bien. Parfois je me dis que moins je prépare, mieux c’est (c’est un peu exagéré mais c’est ça l’idée).

Plus encore, les moments où je procrastine, où je surfe sur les réseaux sociaux au lieu de travailler, où je bois un thé, où je mange du chocolat, où j’échange des SMS alors que je devrais bosser sont pour moi des bulles d’air. Et je suis plus créative après quand je reprends le travail.

Et puis surtout j’ai 12 000 idées à la minute  – dont beaucoup sont mauvaises – alors les réaliser toutes ne serait pas forcément bon pour moi. Du coup, grâce à la procrastination, les mauvaises idées s’éliminent naturellement vu que je ne le fais pas …

Vouloir éliminer cette tendance naturelle qui fonctionne pour moi aurait pu me conduire à créer un problème alors que je n’en ai pas vraiment.

Alors pour conclure, règle anti-procrastination n°5 : le mieux est l’ennemi est du bien, si procrastiner n’est pas un problème pour vous, laissez tomber et continuez à procrastiner !

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Pour aller plus loin au sujet de la procrastination utile :

Sur ce blog :

Ailleurs sur le web :

Quelques livres:

  1. Merci pour ce bel article qui est sans doute un des plus positif que j’ai lu sur le sujet.
    J’ai à peu près fais la paix avec ma propre procrastination mais je suis maintenant face à celle de mon fils qui pourrait nuire à ses études ou plutôt aux études auxquels j’aimerais qu’il ait accès étant donné qu’il ne sait encore pas trop lui même ou il va. C’est compliqué de ne pas s’en méler.

    • Ce sont nos propres peurs qui nous amènent à intervenir … et souvent leurs peurs de ne pas faire « LE » bon choix qui les amènenent à procrastiner 🙂 … Et en essayant trop de les empêcher de procrastiner, on ne fait que renforcer leurs freins.

  2. Céline a dit :

    Comme cela me fait du bien de lire cet article (vos articles en fait)! Car la procrastination, effectivement souvent assimilée à de la paresse, m’a toujours fait beaucoup culpabiliser. Mais j’en suis arrivée au même constat que vous: Je ne sais pas faire autrement, et au final, je travaille mieux sous pression. Ceci étant, je note avec beaucoup d’intérêt votre règle n°2 pour m’aider à avancer quand ma procrastination est trop forte (et j’ai d’ailleurs constaté que c’est ce que j’avais naturellement tendance à faire)!

    Merci pour votre blog. Je dévore vos articles depuis que je l’ai découvert et je m’y retrouve beaucoup. Vos mots simples permettent de justement verbaliser des sentiments et émotions que nous ressentons tous, mais que nous ne comprenons pas. Alors, aujourd’hui, pour faire face à une colère très vive que j’ai ressentie, vous m’avez aidé à en comprendre la raison, à la partager, et à me sentir mieux. Continuez, vous faites du bien !

  3. et quand les causes de la procrastination sont :
    l’activité envisagée ne plait pas (mais est indispensable pour l’objectif qui lui plait) + l’ampleur de la tâche décourage + au moins un risque de la réussite vraiment effrayant (mais pourtant impossible de laisser tomber car vraiment envie de le faire quand même) + réserve d’énergie vitale quasi à sec …

    on fait quoi ? lol.

    Je sais pourquoi je procrastine les tâches d’un projet important, ces 4 raisons étaient déjà claires pour moi avant de lire l’article. Mais ça ne suffit pas pour trouver une issue.

    Je sais que les 2 choses prioritaires sont : l’énergie vitale et une protection face au gros risque identifié. Les 2 autres raisons sont plus faciles à traiter à coup de « petits bouts de tâche », j’ai déjà fait ça.

    Sauf que j’ai une pression extérieure qui finance et qui ne l’entend pas de cette oreille. Enfin c’est pas ça, je gère bien comme je veux sur ce coup là mais la pression extérieure me pousse à ne pas prendre du temps. Or pour l’énergie comme pour le risque, je sais que le temps qui passe est mon meilleur allié. Du coup ?

    Enfin bon, j’y arriverais bien quand même je pense. Comme vous, j’ai toujours réussi à gérer par la négociation si besoin. Et comme ça n’est pas public, je peux continuer mais ce coup ci, ça va être serré 😉

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