Voici la question de cette semaine :

J’ai 2 enfants. Le grand de 9 ans adore les jouets, en avoir encore et encore .
Il est insatiable, et ce, depuis très jeune.

Il n’a évidemment pas tout ce qu’il veut, et reçoit des cadeaux pour ses anniversaires et noël, et parfois pour des occasions moindres.
Nous ne sommes pas à plaindre niveau finances, mais nous devons malgré tout faire attention .
Nous ne voyons, avec notre mari, pas de raisons pour lui acheter des jouets à la moindre petite occasion.

Il attend son anniversaire qui est dans quelques jours . Au lieu de se réjouir de bientôt avoir ce qu’il souhaite (il a demandé à ses grand-parents, et il m’a fait une liste), le voila qui se plaint de ne pas avoir de super gros jouets chers, qu’il n’a pas demandé car il sait qu’on ne lui achètera pas .
En fait, il est jaloux de ses copains qui aiment la même chose que lui et qui en ont bien davantage.

Comment gérer cette frustration ? Comment lui expliquer que l’on n’a pas de cadeaux sans cesse ?
La voix de la raison ne fonctionne pas .

Comme le dit fort justement cette maman, la voie de la raison ne fonctionne pas.
Il est donc temps d’expérimenter autre chose puisque les choses logiques et de bon sens – faire appel à sa raison –  n’a pas fonctionné.

Impossible de s’empêcher d’avoir envie !

Oui les gros jouets, ça fait envie !
Ce petit garçon sait bien que ce n’est pas possible de tout avoir mais il ne peut pas s’empêcher d’avoir envie.

Il est probable d’ailleurs – au vu de ce que me dit sa maman – qu’il se dit en lui-même qu’il ne devrait pas avoir envie ni réclamer autant. Et du coup, il se sent d’autant plus frustré et impuissant qu’une envie est incontrôlable.

Quand vous passez devant un magasin et que vous voyez quelque chose qui vous fait très envie, essayer de vous dire que vous ne devriez pas avoir envie ne marche pas. Vous pouvez éventuellement arriver à vous raisonner et à ne pas passer à l’acte en vous disant

ce n’est pas raisonnable de faire tel ou tel achat au vu de mes revenus

mais vous ne pouvez pas vous empêcher d’avoir envie.

Un autre exemple : vous rêvez de partir en vacances très loin, au soleil.
Vous regardez les catalogues, vous en parlez régulièrement, vous réfléchissez à comment vous pourriez économiser – ou gagner plus – pour vous payer ce voyage de rêve, même si vous pensez au fond de vous qu’il y a de grandes chances pour que vous ne fassiez jamais ce voyage.

Si quand vous regardez les catalogues ou les livres sur votre destination favorite, ou chaque fois que vous en parlez, votre conjoint-e vous dit

Mais enfin tu sais bien qu’on n’aura jamais les moyens !
Arrête de regarder ces catalogues d’agence de voyage, tu n’es pas raisonnable …

Ou pire encore : il/elle soupire à chaque fois que vous feuilletez une revue de voyage. Ou bien il vous demande d’interrompre votre lecture au bout de quelques minutes en disant

C’est assez maintenant, ça ne sert à rien de continuer à regarder ça !

Ce n’est pas bon pour toi !

Je pense que vous sentiriez très énervé contre cette personne.
Non seulement vous auriez toujours envie mais en plus vous vous sentiriez incompris.

Quand on a très envie de quelque chose de déraisonnable, essayer de se convaincre qu’on n’a pas envie est souvent une mauvaise idée.

Le désir – comme toutes les émotions à vrai dire – fonctionne sur un principe cumulatif. C’est un peu comme la carte de fidélité de la colère.

En accumulant beaucoup de désirs sur lesquels on met le couvercle en s’interdisant de les ressentir, on prend le risque qu’ils finissent par sortir de façon explosive: achats impulsifs par exemple, conduite à risque, addictions, …

Se dire qu’on ne peut pas l’avoir est différent de se dire qu’on ne devrait pas avoir envie.

Que faire alors ?

J’ai déjà évoqué le sujet du désir des enfants mai sur un sujet plus « light » par ici dans l’article « de l’utilité d’implanter une usine dans mon salon … Gérer la déception d’un enfant ».

Reconnaitre l’envie … et laisser la raison de l’enfant parler, ne pas raisonner à sa place.

Parce que oui, les boites de Lego, ça fait envie (même à moi qui aie pourtant théoriquement passé l’âge !) Et les Playmobil aussi. Et les jeux vidéo aussi !
Dans un monde de marketing où tout est fait pour susciter l’envie, le désir, il ne s’agit pas de faire taire son désir – chose impossible par essence – mais d’apprendre à le gérer.

Quand la voie de la raison n’a pas fonctionné, ce qui aide l’enfant c’est généralement de partager avec lui son désir. Explorer avec lui son intérêt pour ses boites merveilleuses :

Ce serait chouette si on en avait plein.
Oh la la qu’est-ce qu’on pourrait construire  comme scène avec ça … et ça …

Et s’autoriser à rêver avec lui !

En général, l’enfant n’a pas besoin que son désir satisfait mais simplement qu’il soit entendu.

Les enfants sont souvent beaucoup plus raisonnables que ce qu’on croit au départ. Et je suis à peu près sure que le garçon dont il est question dans cet article l’est certainement au fond : il n’a pas demandé certains cadeaux pour Noël ou son anniversaire car il SAIT que ses parents ne lui achèteront pas.
Il l’a clairement exprimé d’ailleurs.

Il ne me semble pas être dans une croyance que ses parents doivent tout lui acheter, il est juste en train de découvrir comment gérer son désir.
Et le désir est une chose puissante qui peut donner de la motivation pour travailler et gagner de l’argent par exemple pour satisfaire ses désirs.

A condition de savoir reconnaitre ses  propres désirs – et donc de ne pas s’interdire d’avoir envie – et de savoir se mettre en mouvement pour les satisfaire.

Si on pense que ce sont les autres qui doivent forcément les satisfaire, cela devient très frustrant et on devient amer par rapport aux autres de ne pas nous fournir ce dont nous avons besoin.

Et du coup, en plus de la reconnaissance de son désir, il est possible que l’autonomiser dans sa gestion de ses désirs pourrait être une piste pour avancer avec cet enfant. Lui redonner le sentiment qu’il peut LUI faire quelque chose pour satisfaire ses désirs et qu’il n’est pas uniquement dépendant de son entourage.

Cela veut passe probablement par lui laisser plus d’autonomie dans la gestion de ses désirs, de ses plaisir et de tout ce qui va avec : la gestion de son argent, de son temps sur l’ordinateur et les jeux pour qu’il apprenne à s’auto-gérer progressivement.

La maman me pose dans son message la question de l’argent de poche comme moyen de l’aider à apprendre l’autonomie et la valeur de l’argent.

Expérimenter l’autonomie financière

Je pense que c’est effectivement une bonne façon de développer l’autonomie d’un enfant et de lui donner la valeur des choses.

Il me semble important par contre que l’enfant soit libre de le dépenser comme il le souhaite, y compris sur des choses dont nous pensons qu’elles n’ont aucun intérêt.

Pour moi, le meilleur moyen d’apprendre à gérer son argent, c’est de le gérer tout seul et d’être confronté directement aux conséquences d’un achat non réfléchi : un produit de mauvaise qualité qui nous a coûté cher, un jouet pour lequel on craque et qui n’a aucun intérêt, …
La fois suivante, l’enfant y réfléchira à 2 fois avant de dépenser son argent inconsidérément et apprendra mieux le gérer.
Il apprendra aussi à gérer son budget pour acheter des objets qui dépassent la somme allouée régulièrement.
Mais cela suppose évidemment qu’il n’y a pas de rallonge quand l’enfant a tout dépensé.

Et SURTOUT que nous ne lui fassions pas la morale parce qu’il a tout dépensé 😉 mais que nous puissions reconnaitre et accompagner sa frustration et sa déception quand le résultat n’est pas à la hauteur de ses espérances.

Et vous, comment gérez-vous le désir ? Le votre, celui de vos enfants ?

 

Et si vous souhaitez poser d’autres questions dans la rubrique « Les Vendredis des Parents », une visite par ici vous indiquera comment faire !

 

Quelques livres sur l’éducation positive :

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