Les enfants souffrent-ils de trop d’amour ?

amour-mere-enfant-motsJe voulais aujourd’hui vous faire partager un article lu récemment sur le net (merci Facebook …) : Dialogue avec Serge Hefez : surprotéger un enfant

Bien que je sois souvent en désaccord avec les avis des psychanalystes, je trouve les propos de cet article très justes. Ils correspondent à des choses que je vois, que je vis au quotidien dans ma pratique d’accompagnement parental.

Cependant, je trouve que cet article gagnerait à être commenté car ses propos peuvent paraitre de prime abord un peu culpabilisants. Je ne connais en effet aucun parent au monde qui fait « exprès » de trop aimer son enfant ;-). Je vais donc commenter un peu ce texte afin de l’éclairer sous le jour de ma pratique et de mes convictions.

Trop d’amour dans les relations parent-enfant, c’est possible ?

Tout d’abord, je ne pense pas qu’on avoir « trop » d’amour pour quelqu’un, et notamment pour ses enfants. L’amour est la plus belle chose qui soit et je pense que nous n’en avons jamais assez. Par contre, notre amour – pour nos enfants, nos conjoints, nos parents, … – s’exprime parfois de façon maladroite, cela oui ! Et c’est souvent cela qui pose problème, plutôt que trop d’amour

Serge Hefez dit ensuite la chose suivante :

« Si les parents sont trop projetés à l’intérieur de leur enfant, si leur bien-être ne passe que par celui de l’enfant, ce dernier le ressent et s’en inquiète. Il lui devient impossible de se séparer sereinement. Plus personne ne sait quel est son ressenti, quelles sont ses émotions propres, ce qui appartient à soi, à l’autre ou au groupe. La famille devient un magma d’émotions contradictoires dans lequel tout le monde se noie. »

Trop d’amour : et si on faisait la différence entre sympathie et empathie ?

Je suis tout à fait d’accord avec cela. Cependant, ces propos ont besoin d’être nuancés. En effet, à mon sens, Serge Hefez confond empathie et sympathie.

L’empathie est la faculté de comprendre ce que l’autre ressent mais sans le ressentir soi-même, la faculté à se décentrer de son propre point de vue ET de celui de l’autre pour comprendre ce que les 2 ont de justifié.

La sympathie est le fait de comprendre ce que l’autre ressent … et de le ressentir soi-même aussi et donc de ne pas pouvoir s’en détacher et de trouver justifié le sentiment que l’autre ressent.

Un exemple pour être plus claire : un enfant qui doit attendre pour avoir quelque chose et râle, crise, hurle, pour l’avoir tout de suite …

Si je suis en sympathie, je comprends que c’est très dur d’attendre, qu’on est vraiment mal, que c’est très énervant … et je me dis qu’il faut ABSOLUMENT éviter à mon enfant ce moment difficile. Donc je vais lui proposer autre chose tout de suite ou bien je vais me mettre en 4 pour que l’attente se finisse très très vite. Et je vais sans doute anticiper les fois prochaines pour éviter l’attente si difficile …

Si je suis en empathie, alors je vais comprendre que c’est dur d’attendre quand on a très envie de quelque chose … mais je me dis que c’est aussi une occasion pour apprendre quelque chose d’important : comment attendre sans que ce soit insupportable ? je vais donc formuler cela à l’enfant :

« Oui, tu as vraiment envie d’avoir ça tout de suite !  Et oui, c’est parfois pénible d’attendre longtemps, de ne pas savoir quand on va enfin pouvoir profiter de ce qu’on attend ! ».

Et puis on peut aussi proposer des solutions à l’enfant :

« moi, quand j’attends longtemps, ce qui m’aide c’est de penser à ce que je vais faire après, penser à tout le plaisir que je vais avoir ; ou bien penser à autre chose, une chanson, une image, … Peut-être qu’on pourrait chanter une chanson tous les 2 en attendant ? »

Trop d’amour … ou trop de sympathie ? A quoi sert l’empathie dans les relations parent-enfant ?

L’enfant se sent entendu, et donc en confiance … et la confiance permet l’apprentissage : l’enfant se dit que son parent le comprend, qu’il va l’aider à surmonter cette situation … non pas en y palliant mais en l’aidant à trouver des moyens d’y pallier seul dans l’avenir. C’est rassurant car cela permet à l’enfant de se projeter dans l’avenir en n’ayant pas peur d’être aussi mal, mais en se disant qu’il aura des solutions pour dépasser cette difficulté.

Dire « arrêtez de culpabiliser » et « stop à la perfection » – comme le font Serge Hefez et d’autres –  est plus facile à dire qu’à faire.

Arrêter de culpabiliser ?

Et si je n’arrive pas à arrêter de culpabiliser ou que je veux faire le mieux possible, alors je suis un mauvais parent ? et comment faire bien, si je n’ai pas envie de faire de mon mieux ? Impossible, du moins à mon sens ! Mon article sur la culpabilité vous aidera peut-être à y voir plus clair à ce sujet.

Trop d’amour ? Et si notre amour nous aidait à devenir un parent qui éduque ?

Je trouve que raisonner en termes d’apprentissage est beaucoup plus aidant pour les parents : chaque fois qu’une situation difficile se présente – mon enfant est triste, mon enfant est en colère, … – raisonnons plutôt en termes de

« qu’est-ce que cette situation peut permettre à mon enfant d’apprendre ? »

et positionnons-nous en vrais éducateurs = pour faire cet apprentissage, de quel accompagnement a besoin mon enfant : a-t-il toutes les informations nécessaires ? a-t-il les compétences nécessaires ou doit-il en acquérir d’autres ?

Cette attitude est aidante, constructive, elle permet une vrai questionnement et une prise de recul sur notre attitude de parent et elle permet d’avoir une attitude vraiment éducative envers nos enfants …

Cet article vous a plu ? Vous avez envie d’en savoir plus et de recevoir régulièrement des infos autour de ce sujet ? Alors cliquez ici !

Pour aller plus loin au sujet de « trop d’amour »

Sur ce blog :

 

Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance ... envers les autres et envers soi-même :-) ... Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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5 pensées sur “Les enfants souffrent-ils de trop d’amour ?

  • 21 novembre 2011 à 21:50
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    Bien dit, je trouve que la notion d’apprentissage est bien meilleure comme tu le dis et surtout aide le parent à mobiliser ses resources pour transformer cette difficulté commune (parce qu’il n’est jamais agréable de voir son enfant triste, en colère etc) en une opportunité. ça donne tout de suite du recul et permet de voir sur le long terme…

    C’est clair que l’article tel quel c’est un peu ‘faut qu’on’ etc… Moi je trouve l’accueil des émotions à la F&M super aidante, parce qu’on a un outil, pour soi même rester le plus calme possible et se dire que ça sert!

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    • 21 novembre 2011 à 21:58
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      Oui et en plus, cela ne fait pas un drame des fois où l’on « cède » : on a juste repoussé l’apprentissage à plus tard 😉 …
      L’accueil des émotions permet de montrer qu’on est en empathie et c’est ce qui rassure sur l’enfant et lui permet de se mettre en mode « apprentissage ».

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  • 22 novembre 2011 à 23:35
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    Bonjour,
    et merci, ça me permet de comprendre 1 ou 2 choses supplémentaires, d’avancer à petits pas, tout doucement vers une meilleur compréhension et surtout utilisation de la cnv !!
    Je vais bientot commencer des ateliers F et M, dont j’ai lu les bouquins et cela a vraiment été une révélation pour moi …une autre façon de faire que semble en phase avec ce que je ressens quand je pense à la relation que je souhaite établir avec mes filles…

    Ce que vous dites sur la différence entre la sympathie et l’empathie m’éclaire, avec un exemple concret on capte d’un coup beaucoup de choses, parfois on pense avoir compris et on s’aperçoit que c’était très confus dans notre esprit alors encore merci, je vais poursuivre ma lecture du blog que je découvre ce soir….

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