Il y a des matins comme ça où je me lève de mauvaise humeur et où j’ai envie de massacrer tout le monde avant de démarrer la journée. Alors, plutôt que de me défouler sur mes enfants ou mon conjoint, je me rabats sur des concepts qui me tapent sur le système depuis des lustres … et j’en fais des articles.

La mère suffisamment bonne = la mère parfaite …

Aujourd’hui c’est tombé sur « la mère suffisamment bonne » … Je crois qu’on a rarement inventé concept aussi inutile et aussi inutilisable. La mère « suffisamment bonne » est celle qui est censée savoir donner des soins équilibrés à ses enfants, ni trop, ni trop peu. Genre la mère parfaite quoi.

Or, comme vous le savez et pour paraphraser un livre sorti il y a quelques temps : « la mère parfaite est une connasse ».

Si tu n’en fais pas assez pour ton enfant tu es une mauvaise mère. Mais si tu en fais trop aussi hein. Faut pas déconner : si une mère pouvait faire juste bien, ça se saurait depuis le temps non ? Bref, encore un concept pour nous mettre la pression, à nous les parents (non parce qu’on peut facilement étendre le concept aux papas finalement …)

La mère suffisamment bonne, aux yeux de qui ?

Et puis d’abord, « bonne » ou qui fait « bien, c’est aux yeux de qui ?

Parce que là aussi, le bât blesse : quand j’entends dire ça à une mère – ou à un parent – c’est généralement parce que la personne qui utilise le concept porte un jugement négatif sur la façon dont ce parent est en relation avec son enfant.

Aux yeux de cette personne, ce parent est trop ceci ou pas assez cela, en général plutôt trop protecteur, trop présent, trop fusionnel, …

Donc quand une mère s’occupe un peu trop de son enfant aux yeux de son entourage, l’entourage lui balance à la figure qu’il/elle devrait se contenter d’être « la mère suffisamment bonne » – ou le parent suffisamment bon – et qu’en faire trop est mauvais pour les enfants. Un gros vilain jugement dont la vie des parents est malheureusement pavée …

Mouahah (pardon c’est nerveux) …

Alors bien sûr, je suis d’accord sur l’idée qu’un enfant a aussi besoin que nous soyons des êtres humains juste normaux, avec souvent parfois des défaillances, ça lui enlève de la pression. Mais il a aussi besoin de voir que nous essayons de faire de notre mieux pour lui.

Mais je ne crois pas qu’il soit possible de se déculpabiliser d’avoir hurlé sur son enfant ou d’avoir oublié la fête de l’école simplement en se disant que ça fait du bien à l’enfant d’avoir un « mauvais parent ».

Et les injonctions à être un « suffisamment bon parent » se multiplient aussi vite que les sites et blogs du genre « parents cools », « parents positifs », « parents bienveillants », … injonctions à faire ceci ou cela, aussitôt assorti d’un « la mère suffisamment bonne suffit ». Genre « on vous dit comment être parfait mais on sait que vous n’y arriverez pas alors on vous met une petite phrase pour bien vous le faire sentir. » Moi aussi je me surprends à faire ça parfois sur ce blog malheureusement :-/ …

Vous avez envie d’être juste « la mère suffisamment bonne » vous ?

Mais vous en connaissez, vous, des parents qui ont envie d’être juste « suffisamment bons » ?

Et donc qui accepteraient volontairement et consciemment d’avoir d’être « mauvais » avec leur enfant juste parce que c’est bon pour l’enfant de lui faire un peu du mal ?

Moi pas (et pourtant j’en vois beaucoup, des parents).

Transposons un peu : c’est un peu comme si on disait à un champion olympique : « contente-toi d’être suffisamment bon, ni trop, ni trop peu. Ne vise pas la médaille d’or, ça ferait du tort à tes concurrents« . Ou bien encore à un manager : « contente-toi d’être un manager suffisamment bon. Sinon c’est mauvais pour tes salariés si tu es trop bon« .

Il me parait possible d’accepter d’être médiocre dans un domaine qui n’est pas important pour nous mais ça me parait plus compliqué, pour ne pas dire impossible, dans un domaine qui nous est primordial.

Oui, oui, j’ai bien dit « primordial« . Parce que moi, des parents qui s’en foutent de l’éducation de leurs enfants, je n’en connais pas. Pas un seul.

J’en vois des qui sont hyper stricts et tiennent bon, quitte à être violents même s’ils n’aiment pas ça parce qu’ils pensent que ça va aider leur enfant à réussir dans la vie. J’en vois d’autres qui, mis en échec trop souvent, ont abandonné la lutte pour ne pas dégrader la relation avec leur enfant parce qu’ils pensent que c’est ça qui va aider leur enfant. J’en vois encore qui pleurent chaque jour de leurs attitudes qu’ils n’aiment pas, dont ils savent qu’elles ne vont pas dans le bon sens mais qui ne savent pas comment faire autrement.

Et tous ces parents – ceux qui sont jugés « autoritaristes » comme les « laxistes », les « perdus » comme les « normaux », même ceux dont les enfants sont placés – tous, sans exception ont à coeur de faire de leur mieux, chacun à sa manière, chacun avec ses outils.

16.06.07 citation sandrine donzel la mere suffisamment bonne et si on foutait la paix aux parentsAlors j’aimerais bien qu’on foute la paix aux parents et qu’on arrête de leur dire sans arrêt ce qu’ils doivent faire, dire ou penser et qu’on s’intéresse juste à leurs intentions, à leur amour pour leurs enfants … et qu’on s’intéresse plutôt à ce qu’ils essaient de faire, à leurs bonnes intentions.

Il se peut qu’on aie des surprises en traitant les parents comme ça … mais il n’y a qu’en essayant qu’on le saura.

A bon entendeur …

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Pour aller plus loin à propos de la mère suffisamment bonne :

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  1. Bonjour Sandrine,

    Je suis tout à fait d’accord avec les propos de cet article, foutons la paix aux mères, aux parents, aux femmes, ç’en est assez des injonctions, la vie telle que dépeinte par la société aujourd’hui est juste invivable.
    Et c’est pour cela que je voudrais louer la médiocrité, non pas comme un terme négatif et dévalorisant mais comme un réalité d’imperfection qu’il n’est pas honteux d’accepter. Personnellement le fait de m’avouer médiocre (dans plusieurs domaines qui me tiennent pourtant beaucoup à coeur) MAIS réaliser aussi que je fais de mon mieux avec mes limites, a levé un poids de mes épaules et me permet de déculpabiliser face aux événements qui ne se passent pas comme j’aurais souhaité. Accepter la médiocrité a permis de baisser la barre de mes exigences et finalement mieux vivre l’instant présent. Alors n’ayons pas peur d’être médiocres (et d’en faire un terme positif), on fait comme on peut, et c’est très bien comme ça !

  2. Bonjour Sandrine,

    Finalement le plus important n’est pas de faire « bien » ou « mal » mais de faire de son mieux et d’y mettre les meilleures intentions possibles.

    Bonne journée

    • Malheureusement les bonnes intentions ne suffisent pas. Car si c’était le cas, il n’y aurait ni problèmes de couple ni problèmes relationnels avec les enfants.
      Les parents ont généralement des intentions positives à l’égard des enfants, mais la façon dont elles sont exprimées (verbalement et comportementalement) n’est pas efficace et peut même être nocive pour l’enfant.
      Donc avoir de bonnes intentions est une chose. Prendre du recul sur nos façons de faire en est une autre : regarder si nous nous sentons bien avec nos façons de faire … et surtout si l’enfant se sent bien est PRIMORDIAL. Si l’enfant et/ou le parent souffrent, alors cela signifie qu’il y a quelque chose à changer dans la relation, quand bien même les intentions sont bonnes.

      Donc regarder nos intentions ET regarder le résultat de nos actions me parait essentiel : je peux avoir comme bonne intention de permettre à mon enfant de réussir scolairement et me conduire d’une façon qui le démotive par exemple.

  3. Je m’inscris quelque peu en faux : moi en tout cas ça me rassure beaucoup de savoir que si je merde ce n’est pas très grave, et que si je merde ET que je me pardonne je montre même le bon exemple à mes enfants. Je vis la maternité comme l’inverse des jeux olympiques : il ne s’agit pour moi ni d’être la meilleure ni de me mesurer aux autres mais de bien vivre avec mes enfants et de les aider à bien vivre eux aussi.

  4. commentaire sur ce blog en général que je suis depuis quelques temps…j’adooore!! le ton parfois caustique, la déculpabilisation, les gros mots (et oui j’en dis plein malheureusement!), bref la vraie vie et le bon sens en plus;) MERCI (mère suffisamment mauvaise de 4 gars,qui travaille et fait plein d’autres choses)

  5. annelaure a dit :

    Juste avant de lire votre article j’ai lu cette phrase du Professeur Joyeux sur son blog pour ne pas le citer « Saine sécurité du foyer, pas trop forte, sinon l’enfant a peur de l’extérieur ». Et j’ai bondi pour de vrai sur mon canapé et j’ai cherché qui je pouvais pourrir pour cette nouvelle injonction paradoxale qui vient me noyer dans mes meilleures intentions en tant que mère. « Voilà mes enfants sont timides c’est que mon foyer est trop sécurisant…n’est ce pas ce que la pédiatre a déjà essayé de me dire ? Et si elle avait raison ? » Aaaaaaaaaah ! Stop !!! Donc merci de votre article, je viens de trouver ma solution je vais écrire à ce monsieur et je vais peut être faire un blog moi aussi 😀
    Merci beaucoup, en vous lisant j’ai senti que je n’étais pas seule. Franchement ça aide.

  6. Stéphanie a dit :

    Bonjour Sandrine,
    Ca fait longtemps que je suis votre blog et je prends enfin mon clavier pour vous dire merci, merci et encore merci.
    Vous avez l’art de mettre des mots sur mes maux de mère imparfaite, mauvaise, indigne, qui crie beaucoup après sa fille et qui s’en veut terriblement ensuite donc est encore plus en colère après elle et donc re-crie sur sa fille.
    Lapsus révélateur ou non, j’ai écrit « vie » au lieu d’écrire « fille » ….. ouch !! ça fait mal !
    Merci de m’aider à déculpabiliser rien qu’avec vos articles qui, comme le dit une autre maman dans son commentaire sont plein de bon sens et tiennent compte de la vraie vie
    Et encore une autre fois merci !!!

  7. Durant toutes mes études (scientifiques), j’ai entendu « le mieux est l’ennemi du bien »…j’avoue que je retrouve un peu cela dans ma relation avec les enfants….bien sur que j’essaye de faire de mon mieux et comme tu dis, il est primordial que l’enfant se sente bien et le parent aussi. Et de vouloir faire mieux alors que ça allait bien m’a souvent causé des problèmes…

  8. Bonjour,

    Je suis éducatrice et j’ai toujours aimé ce concept de « mère suffisamment bonne » qui d’ailleurs ne s’applique pas forcément à la mère mais à toute personne qui s’occupe de l’enfant.
    Pour moi c’est synonyme de « tout ne peut pas être parfait, mais bon en mal an, cet enfant grandira et se développera ».
    Les parents parfait, ça n’existe pas! Tant mieux!

    Lili

  9. je pense que vous n’avez pas compris le concept du tout, la mère suffisamment bonne n’est absolument pas une mère parfaite. c’est une mère qui se fait suffisamment confiance pour ne pas se prendre la tête dans l’éducation de ses enfants, car comme l’a dit Winnicott, une mère sait naturellement répondre aux attentes de son enfant sans avoir besoin d’y réfléchir des heures.
    après loisir à vous d’interpréter ce concept comme vous le souhaitez. ce ne sera pas la première fois, ni la dernière qu’un concept psy sera détourné de son contexte.
    Si vous souhaitez plus d’information : https://goo.gl/kCwNkl

    • Dommage que vous preniez un ton aussi condescendant :-/ …

      Quant à se faire confiance, « faites-vous confiance » est encore une injonction. Qui plus est c’est une injonction totalement paradoxale – la confiance, y compris en soi-même, ne se décrétant pas mais se construisant. De ce simple fait, elle produit aussi son lot d’échecs et de questions. Et donc l’inverse de l’effet recherché, à savoir une déculpabilisation.

      J’aurais aimé que les professionnels qui lisent cet article comprennent qu’il est surtout un appel qui leur est fait pour qu’ils fassent enfin attention à la façon dont ils traitent parfois les parents en croyant bien faire.

      A bon entendeur …

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