15.06.05 papillon fleurAutonomie par ci, autonomie par là … Il faut rendre les enfants autonomes, les accompagner vers l’autonomie. Ne soyez pas trop fusionnels. N’aidez pas trop vos enfants. Favorisez l’autonomie de vos enfants.

S’il est un mot qui revient souvent autour de l’enfant, c’est bien celui-là. On veut rendre l’enfant autonome comme si son bonheur en dépendait à tout prix … Tout manque d’autonomie semble être forcément problématique …

Et ça me questionne …

Autonomie, qu’est-ce que ça signifie ?

Penchons-nous d’abord quelques instants sur la signification du mot autonomie.

Origine du mot : du grec « auto nomos ». Auto = soi-même et Nomos = loi, règle.

D’après le dictionnaire : autonomie = faculté à agir par soi-même en se donnant ses propres lois, ses propres règles.

Et là, tout de suite, il n’y a pas quelque chose qui vous frappe ? Moi si.

Parce que, quand il s’agit de déterminer leurs propres lois et leurs propres règles, mes enfants en connaissent un rayon. Depuis leur naissance. Et à ce que j’en vois dans mon entourage personnel et professionnel, ils ne sont pas les seuls.

N’importe quelle personne qui a fréquenté un enfant – et même un nourrisson – plus de 30 secondes sait que l’enfant est un être humain parfaitement doué de volonté et qui va agir selon son propre point de vue et ses propres règles. Je n’insiste pas sur le cas des enfants de 2 ans qui disent non à tout bout de champ et qui n’en font qu’à leur tête. Il n’y a aucun souci de ce côté-là : ils semblent parfaitement aptes à déterminer leurs propres lois et leurs propres règles !

Bien … Donc les enfants sont autonomes dès leur plus jeune âge. Mais alors que leur veut-on quand on parle d’autonomie ???

Quand développer l’autonomie = aider à sortir de la dépendance

Il y a d’abord les situations relevant de la sortie de la dépendance : l’enfant est dépendant des adultes pour réaliser quelque chose, pour se sortir de certaines situations.

Pour se nourrir, se déplacer, parler, gérer ses émotions, etc.

Souvent il a envie d’être indépendant mais ne sait pas comment faire seul. Ou bien il n’a pas perçu qu’il pourrait être indépendant mais sent bien que les choses ne sont pas confortables pour lui et ne sait pas de quoi cela provient.

La sortie de la dépendance exige d’être aidé – on a besoin d’outils – mais pas assisté. L’assistanat, même s’il a des côtés confortables, crée des sensations désagréables et dévalorisantes. Demandez à n’importe quelle personne dépendante comment elle se sent lorsqu’on ne lui permet de gérer seule mais qu’on l’oblige à demander de l’aide (en ne mettant pas d’accès handicapé gérable seul mais imposant l’intervention d’une tierce personne par exemple).

Etre assisté pour un enfant, c’est voir son parent faire systématiquement à sa place, s’interposer entre lui et sa difficulté. Cela envoie le message à l’enfant qu’il est trop incompétent pour arriver à faire tout seul. Ce sont ces mécanismes qu’Emmanuelle Piquet décrit dans l’article « Plus nous protégeons nos enfants, moins nous les protégeons« .

Le risque est alors qu’il y croie et se dévalorise et n’ose plus rien. Ou bien qu’il veuille nous prouver que nous avons tort … et qu’il ait alors des conduites à risque en dépassant ses compétences.

Etre assisté, c’est parfois aussi subir la double peine de la dévalorisation.

La sortie de la dépendance suppose en effet aussi d’être en sécurité : si l’enfant se lance, qu’il se « rate » et qu’en plus il doit affronter un regard désapprobateur, il vit une double peine. Non seulement il a vécu une chose difficile et désagréable pour lui, son « échec ». Mais en plus, il vit une 2e sensation désagréable – la désapprobation des adultes – A CAUSE de la première :-/ …

Si cette attitude part d’une bonne intention – nous voulons pousser l’enfant à réussir, à faire bien, nous le pensons capable de réussir – elle est souvent contre-productive. Le message que l’enfant reçoit, c’est « c’est pourtant facile ! Je ne vois pas pourquoi tu n’y arrives pas !« . Ce qui amène là encore une dévalorisation « je devrais y le faire mais pourtant je n’y arrive pas. C’est donc que je suis nul ».

En cas d’échec, il est souvent plus efficace de proposer l’enfant de prendre du recul sur ses émotions désagréables pour qu’il puisse soit entendre nos conseils, soit trouver lui-même des solutions pour s’y prendre autrement la fois suivante :

Tu t’es lancé et tu t’es raté ? Ca t’as embêté ou ça va ? Ah ça t’as fait mal. Moyen mal ou très très mal ? Tu veux m’en parler ou pas ?

Et puis la sécurité, c’est aussi se lancer quand on se sent prêt et non parce qu’on y est poussé. C’est aussi ça l’indépendance : décider par soi-même pour soi-même. Et non faire pour les autres ou parce que les autres le disent.

Obéir à un ordre n’est pas de l’autonomie. C’est même tout le contraire.

Quand développer l’autonomie = faire changer les règles dans la tête de l’enfant

Mais ce que je constate surtout, c’est que les questions d’autonomie sont plus souvent des questions de changer les règles de conduite de l’enfant. Il obéit à ses propres règles mais celles-ci ne nous conviennent pas. A juste titre. Ou pas 😀 …

L’autonomie n’est alors plus une sortie de la dépendance mais un apprentissage de règles de conduite que nous jugeons plus adaptées à la vie en société et à une vie d’adulte plus sereine.

13.04.11 citation christophe andre punition motivation changement personnelChanger nos règles de conduite se fait difficilement sous la contrainte. La contrainte ne change pas nos règles de conduite internes. Elle nous conduit à composer avec ces règles, à nous y plier par peur de vivre des conséquences désagréables si nous ne le faisons pas. Mais pas à les intégrer durablement et profondément.

Faire adhérer à des règles de conduite est un exercice délicat et difficile qui passe par donner envie en montrant combien les règles que nous voulons inculquer nous aident, nous facilitent la vie et nous rendent heureux.

Qui passe aussi par cesser de croire que l’enfant refuse juste par principe et donc de chercher à comprendre ce qui peut bloquer les enfants dans le respect de ces règles (et c’est notamment le cas des compétences émotionnelles en construction chez les jeunes jusqu’à un âge avancé).

L’autonomie intrinsèque à l’enfant – il est un être humain capable de décider par lui-même – le pousse souvent à rejeter ce qui lui est imposé. « Plus on impose, plus ça s’oppose » disait un de mes formateurs en management.

Respecter le vécu émotionnel de l’enfant est souvent plus aidant car en prenant du recul sur ses émotions, il est plus facilement en capacité d’adhérer à ce nos règles.

Mais gardons en tête aussi que vouloir que l’enfant aie spontanément envie de choses qui ne lui conviennent pas relève de la manipulation. Il est moins dangereux pour l’enfant de voir ses parents être clairement autoritaires sur le mode

Je sais que ça ne va pas te plaire et que tu vas probablement râler. Mais c’est comme ça.

plutôt que manipulatoires en lui faisant croire qu’il devrait quand même comprendre que tout cela est pour son bien et qu’il doit adhérer librement à la contrainte. Dans le 1er cas, l’enfant peut plus facilement se rebeller et il se sent entendu dans son ressenti. Alors que dans le 2e cas, on lui fait croire que son ressenti à lui n’est pas bon et qu’il doit plutôt se fier à ce que disent ses parents.

Et si développer l’autonomie c’était plutôt respecter leur autonomie naturelle ?

Si les enfants sont autonomes dès la naissance, c’est qu’ils sont équipés d’un système qui leur permet de l’être. Ce système, c’est leur cerveau. Dans son intégralite : la partie rationnelle (cortex préfrontale) et la partie émotionnelle. Nous avons tendance à les inciter à développer leur cortex au détriment de leurs émotions qui sont pourtant des outils de prise de décision indispensables. J’avais expliqué en quoi nier les émotions est un facteur qui peut conduire à désorganiser n’importe quel être humain, y compris les adultes, dans l’article « Le ballon émotionnel ».

L’enfant n’a donc peut-être pas besoin qu’on le raisonne mais simplement qu’on lui apprenne à raisonner …

Ce qui est mal connu de la plupart des gens, c’est que lorsqu’on est coupé de ses émotions, on prend des décisions irrationnelles. De nombreux travaux scientifiques l’ont très bien montré.

Respecter les émotions des enfants et leur apprendre à les prendre en compte, c’est aussi les aider à développer cet outil extraordinaire pour prendre des décisions rationnelles et efficaces. Un outil qui les aidera toute leur vie à se sortir de situations bien compliquées …

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Pour aller plus loin au sujet de l’autonomie

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Crédit photo : pixabay.com

  1. Merci pour cet article très intéressant.
    Il existe aussi un autre aspect de l’autonomie qui n’est pas abordé ici (peut-être dans un article futur 😉 ).
    Il se manifeste souvent sous la forme d’un refus d’autonomie d’ont font parfois preuves nos chères têtes blondes. Ce que je qualifierai de « dépendance de confort ».
    En voici quelques exemple :
    S’habiller tout seul
    S’essuiller les fesses
    Faire ses lacets
    etc…
    L’enfant trouve souvent compliqué/ennuilleux/difficile de faire ces choses que ses parents font si bien à sa place.
    En grandissant cette autonomisation devient une participation active à la vie de famille (puis à la vie sociale) qui rencontre les même retissances : ranger sa chambre, débarrasser la table, participer aux tâches ménagères etc…

    • attention à ce qu’on appelle autonomie. L’autonomie, c’est se fixer ses propres règles. Quand l’enfant refuse de s’habiller tout seul, il est autonome …
      Souvent, nous les parents, nous confondons obéir à une règle et devenir autonome. Un enfant qui sait s’habiller seul mais refuse de le faire seul quand on lui demande est autonome : il se fixe sa propre règle et y obéit. Obéir à un ordre n’est pas être autonome. C’est même le contraire de l’autonomie.

      Donc il ne s’agit pas d’autonomie à inculquer à l’enfant mais de limites à poser. La question de la légitimité de ces limites se pose évidemment. Se pose aussi la question de la façon dont on formule ces demandes : si on essaie de faire croire à l’enfant qu’il sera autonome en faisant ce qu’on attend de lui, il sent bien que ce n’est pas vrai et il refuse de rentrer dans ce jeu.

      • Le Larousse donne une définition un peu plus large de l’autonomie : « C’est la capacité de quelqu’un à ne pas être dépendant d’autrui ».
        Et effectivement vous écrivez [quand] développer l’autonomie = aider à sortir de la dépendance.
        Et c’est à ce chapitre que s’adressait mon propos.
        Je voulais simplement soulignez le fait qu’il existe des enfants qui sont plus retissant à l’autonomie que d’autres. Contrairement à ses deux autres frères, notre second fils, très fusionnel, fait preuve d’une grande résistance dans certains de ses apprentissages. Notons bien qu’il ne refuse pas une règle (ce qui serait effectivement une preuve d’autonomie). Mais, à l’inverse de votre phrase « il a envie d’être indépendant mais ne sait pas comment faire seul » Je dirais « Il trouve un grand confort à ce que nous fassions (nous ou son grand frère) à sa place et ne souhaite donc pas apprendre de nouveaux actes techniques (S’essuyer les fesses, Faire ses lacets etc) qui le rendrait plus autonome ».
        Il va de soit que ces résistances ne durent qu’un temps (il a maintenant 6 ans et sait s’essuyer les fesses) mais ces même résistances réapparaissent souvent pour de nouveaux apprentissages.

  2. Eh bien chez moi, les résistances ne durent pas qu’un temps, puisqu’à six ans passés notre junior refuse tout net de s’essuyer les fesses…
    Jamais voulu, jamais essayé, « moi y’en a pas vouloir voir ça »
    Et il se fait fort de me rappeler l’expérience du centre aéré, il avait alors trois ans, la p’tite minette de 16 ans lui avait asséné : « t’es un grand, pas question que je vienne t’essuyer, débrouille-toi ».
    Il a donc passé la journée dans une culotte souillée.
    Et moi trois ans après j’y suis encore, dans le caca…

    Alors, rester dépendant par confort, ou peur de la chose et évitement, que faire docteur?!!
    Pardon pour le déballage, mais ça me fait du bien!! 😀

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