changer ma relation avec mon enfant : on ne résoud pas un problème avec les modes de pensée qui l'ont engendré.L’impuissance nous rend violents. Si nous voulons devenir moins violents, il faut se rendre à l’évidence : il va falloir cesser de persévérer à faire des choses qui ne fonctionnent pas. Si je veux changer ma relation avec mon enfant, quel que soit le problème, je vais devoir me comporter différemment.

Lorsque ma façon habituelle de faire a montré ses limites, il devient utile de faire autrement pour changer ma relation avec mon enfant. Evidemment faire autrement suppose d’abandonner son ancienne façon de faire et de prendre des risques. Je l’ai largement évoqué dans l’article « la tristesse ».

Si vous êtes encore en train d’essayer de changer le comportement de votre enfant, c’est que vous avez encore l’espoir d’avoir un peu d’influence sur lui. Aujourd’hui vous tentez de l’influencer de différentes manières mais rien n’a fonctionné. Enfin vous avez tenté tout ce qui vous paraissait logique, réaliste et imaginable. Vous avez écouté, toléré, complimenté, encouragé. Vous avez grondé, puni. Vous avez râlé, pesté, voir même taper. Vous avez même fait mine de ne pas voir. Mais rien n’y a fait. Vous vous demandez : « comment changer ma relation avec mon enfant pour que cela change ? »

Comme le dit fort justement Einstein, « on ne résoud pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés. ». C’est aussi ce que j’avais expliqué dans l’article « la violence d’une fleuve … ou les limites des limites pour gérer le mauvais comportement d’un enfant »

Alors, pour changer ma relation avec mon enfant, si je changeais de mode de pensée ?

En regardant la situation de plus près, au travers des 5 étapes pour mieux gérer sa colère, vous avez probablement identifié une croyance, une valeur, une attente essentielle pour vous. Ce qui fait que vous avez envie de réagir à ce moment précis où votre enfant produit le comportement problématique. L’opinion que vous avez sur votre enfant, sur la situation, sur le rôle que vous avez à jouer au moment précis où le problème se produit, …

Voici maintenant 3 questions – inspirée du Travail de Byron Katie – qui m’aident à changer ma relation avec mon enfant :

1 – Que pensez-vous de l’enfant exactement quand il a le comportement problématique ? Quelle interprétation avez-vous de la situation ?

Reprenez le travail que vous avez fait avec les 5 étapes pour gérer votre colère. Identifier la ou les croyances, les opinions, les attentes, … qui vous motivent et vous poussent à agir dans cette situation bien particulière. Cela peut aussi être des peurs qui vous mobilisent et agissent sur votre comportement à vous, vous empêchant d’être créatif et d’avoir recours à d’autres façons de faire.

Quelques exemples :

  • Mes enfants sont étourdis, pas concentrés et n’écoutent rien. Ils sont indisciplinés et désobéissants.
  • Mes enfants ne savent pas se contrôler. Ils sont méchants et se détestent.
  • J’ai peur que mon enfant prenne le dessus sur moi et que je n’ai plus de contrôle sur lui.

2 -Quelle serait l’opinion, la valeur, l’attente, … exactement opposée ?

Maintenant, reprenez les interprétations, les croyances, … que vous avez listées et inversez-les. Faites-le de préférence une par une.

Renversez-les totalement en essayant de formuler l’exact inverse. N’essayez pas d’être rationnel, de critiquer ces nouvelles affirmations. Posez-les juste devant vous et examinez-les en vous montrant ouvert.

Attention, formulez cette opinion contraire de façon positive : évitez les négations et cherchez un opposé visualisable (vous pouvez relire l’article « mieux communiquer : l’éléphant rose et la girafe bleue » pour mieux comprendre).

Quelques exemples :

  • Mes enfants sont étourdis, pas concentrés et n’écoutent rien. Ils sont indisciplinés et désobéissants.
    • Mes enfants sont concentrés et attentifs. Ils sont disciplinés et obéissants.
  • Mes enfants ne savent pas se contrôler. Ils sont méchants et se détestent. Je suis obligé-e d’intervenir quand ils se disputent.
    • Mes enfants s’apprécient et savent gérer leurs disputes sans se battre et sans mon intervention.
  • Mon enfant est une peste qui essaie de prendre le contrôle sur moi.
    • Mon enfant cherche à coopérer avec moi.

3 – Que se passerait-il si vous étiez intimement convaincu de cette nouvelle opinion absolument opposée à la vôtre ? Comment agiriez-vous si vous aviez cette nouvelle croyance ?

Il s’agit là d’un travail créatif et imaginatif. Mettez de côté vos peurs, vos craintes et vos doutes sur le futur pour un moment et imaginez simplement que cette nouvelle croyance fait partie de votre réalité. Qu’est-ce que cela impliquerait comme comportements de votre part ?

Essayez d’imaginer un maximum de solutions alternatives, de comportements que vous pourriez avoir qui traduiraient aux yeux de vos enfants l’opposé de ce que vous pensez actuellement.

Il est important que ce nouveau mode de pensée se traduisent par des COMPORTEMENTS CONCRETS et non par une absence de comportement. Si, simplement, vous dites « je ne fais rien, j’ignore », il est probable que votre ancien mode de pensée et vos peurs vous rattrapent et vous amènent à vous crisper, à froncer les sourcils ou à soupirer même si vous n’intervenez pas. Le message transmis à votre enfant restera donc le même. Imaginez donc ce que vous pourriez dire ou faire si vous pensiez quelque chose de radicalement différent sur la situation et sur votre enfant.

Quelques exemples :

  • Mes enfants sont étourdis, pas concentrés et n’écoutent rien. Ils sont indisciplinés et désobéissants.
    • mes enfants sont concentrés et attentifs. Ils sont disciplinés et obéissants.
      • Je leur fais confiance. Je leur dis une fois l’heure qu’il est puis je vaque à mes occupations. Je ne me préoccupe pas d’eux. Le moment de partir venu, je pars à la voiture en leur disant que je les attends là-bas et qu’on part dans 2 minutes.
  • Mes enfants ne savent pas se contrôler. Ils sont méchants et se détestent.Je suis obligé-e d’intervenir quand ils se disputent.
    • Mes enfants s’apprécient et savent gérer leurs disputes sans se battre et sans mon intervention.
      • Je leur propose d’aller régler leurs disputes dans la salle de bains ou dans une chambre en leur disant que je n’ai pas besoin d’intervenir et qu’ils sont tout à fait capables de règler ça tout seuls.
  • Mon enfant est une peste qui essaie de prendre le contrôle sur moi.
    • Mon enfant cherche à coopérer avec moi.
      • J’écoute mon enfant et je lui demande quel est le problème pour lui, ce qui lui arrive.

Et maintenant, pour changer ma relation avec mon enfant, si je passais à l’action ?

Et si vous mettiez-ça en place la prochaine fois que le problème se produira ? Juste pour voir ce qui se passe ?

Soyons clairs : je ne vous garantis pas, loin de là, que ce changement va résoudre votre problème. Je dis juste que si vous ne faites pas d’expériences différentes, vous obtiendrez probablement toujours le même résultat. Je vous propose donc juste de réfléchir pour voir le problème autrement … et agir autrement.

Alors faites-le juste comme une expérience, juste pour voir ce qui se passe 😉 …

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Pour changer ma relation avec mon enfant, pour aller plus loin

  1. Gwendoline a dit :

    Cette idée me plait beaucoup ! Est-ce que ça pourrait fonctionner avec un adulte aussi (dans les relations conjugales par exemple) ?

  2. J’ai peu pris le temps de commenter les billets des « 30 jours pour mieux gérer ma colère », mais j’adore ce type de mini-formation, qui permet de se focaliser efficacement sur certains points.
    Impossible de tout bouleverser en si peu de temps, mais quelques pas de franchis peuvent déjà avoir beaucoup de répercutions.
    Merci !

    Un exemple concret de changement d’organisation pour soulager le rituel du soir :
    Contexte : 3 miss de 5 ans, 4 ans et 1 ans.
    Je mets souvent les 3 dans le bain ensemble le soir, c’est plus rapide. Vive le renforcement négatif, on était entré dans une spirale infernale : je sortais la plus petite d’abord, les grandes trempaient la salle-de-bain à grand renfort de disputent le temps que je mette bébé en pyjama. Que je devais rechanger, puisqu’elle se trempait les pieds et glissait dans notre micro-pièce d’eau pendant que je gérais les grandes… Je suis sûre que vous imaginez le tableau du chaos dans la pièce et de l’énergie électrique du dîner qui suivait. Colère entre les miss, et colère pour moi, de peur que mes grandes ne se fassent mal dans la pièce d’à côté, d’énervement sur celle qui a tapé l’autre, et sur les deux qui ont mis un souk pas possible.

    Essai 1 : donner plus d’autonomie aux grandes, leur faire confiance.
    Donc les laisser sortir du bain toutes seules pendant que je m’occupais de miss3 et que je finissais de mettre la table. Échec total : les disputent enflaient et finissaient mal, ou elles sortaient tellement excitées que le repas était pénible. Et la salle-de-bain était dans un tel état qu’elle transformait le brossage de dent en exploit sportif (le ski nautique et le saut d’obstacles sont des disciplines olympiques, non ?!!)

    Essai 2 : m’occuper plus des grandes.
    Donc sortir l’ainée d’abord, ce qui me permet de la bichonner plus que d’habitude, au lieu de la laisser se débrouiller toute seule.
    Et je confie donc ma petite dernière à ma cadette (en les gardant à l’œil, évidemment !). Qui est ravie et prend son rôle de grande sœur très à cœur, alors que d’habitude elle me fait peur avec ses réactions brusques. Les 2 se marrent comme des baleines en faisant des bulles dans les tasses de la dinette, pendant que je papote avec mon ainée en lui démêlant tranquillement les cheveux. Elle a ensuite la responsabilité (=la fierté) de mettre la table, et elle ajoute même des fleurs !
    Pendant ce temps, j’invite miss2 à terminer son « thé » (goût savon, mon préféré…), qui est ravie que je l’habille (« je suis quand même ton bébé, hein maman ? »). Pendant que miss3 qui adooooore le bain prend ses aises et vaque à ses occupations montessoriennes (verser, transvaser, explorer…). Elle ne râlera même pas quand ce sera son tour de sortir de l’eau devenue tiède, oh joie !

    Conclusion : un dîner dans le calme et une salle de bain (quasi) sèche, le tout dans les temps (c’est que ça en prend, du temps, de râler après tout le monde et de tout éponger !)
    La cerise sur le gâteau : j’ai même réussi à manucurer et pédicurer tout ce petit monde, ma hantise… (60 ongles !!!)

    NB1 : c’est chez I. Filliozat je crois que j’ai lu que les enfants ont principalement 2 besoins (comme les adultes) : amour et liberté. J’avais commencé par répondre au besoin de liberté, mais c’était le besoin d’attention qui était à ce moment-là prédominant.
    Changer de comportement, ça change l’environnement !

    NB2 : Ça me fait penser à la pyramide de Dilts :
    http://super-pouvoirs-pour-tous.com/la-pyramide-des-solutions-a-quel-niveau-se-cache-la-votre/

  3. Bonjour Sandrine,

    La troisième question que tu proposes est intéressante. En effet, il est parfois utile de se décentrer de soi, de ses croyances, de ses valeurs afin de prendre du recul et d’enfiler une autre paire de lunettes, avec des nouvelles données. Un nouveau comportement de notre part entrainera une nouvelle réponse chez notre interlocuteur.

    Bonne journée 😉

  4. Bonjour,
    Personnellement je me reconnais parmi les parents qui ont abandonné. La plus part de temps mon grand de 4 ans et demi me défi en publique avec les noms d’oiseau comme maman-caca. J’ai lui dis calmement que je n’apprécie gère, mais son comportement ne change pas. J’ai fini par avoir le constat que mon fils est ingérable.

      • L’autre variante est de partir ou de menacer de partir du parc (de la situation). Mon fils hurle et effectivement arrete, mais je ne pense pas que c’est la bonne methode. Je n’ai plus confiance a mes capacites de etre la « bonne » mere pour mes enfants.

        • Il est normal et logique qu’il hurle. Quand on nous demande d’arrêter quelque chose que nous trouvons rigolo, nous sommes souvent un peu fâchés et énervés sur le moment. Nous, les adultes, nous avons appris à manifester ce mécontentement de façon socialement acceptable (voire à ne pas le manifester du tout si nous savons que notre comportement n’était pas approprié).
          Quand un enfant hurle, il est juste en train de râler d’une façon non socialement acceptable 🙂 …
          Penser qu’il pourrait arrêter sans être mécontent est une illusion.
          La bienveillance, ce n’est pas faire en sorte que l’enfant soit content de faire quelque chose qui lui plait pas ni qu’il ne manifeste aucune émotion désagréable.
          Je vous propose donc, la prochaine fois qu’il hurle de lui dire qu’il peut crier et hurler autant qu’il est en colère (sans que ça change votre décision de partir).
          Si vous restez au parc vous vous mettez tous les 2 en échec : lui parce qu’il n’arrive pas à s’empêcher de taper, vous parce que vous êtes désemparés.

          • Je me permets un commentaire au message d’Inna : si votre enfant est particulièrement agressif en publique, est-ce parce que ce temps d’échanges entre adultes lui pèse alors que son réservoir affectif est vide ?
            Quand je vais récupérer mes miss à l’école, elles détestent que je papote. Je les comprends : elles ont passée une demi-journée en collectif, elles ont besoin de se défouler entre copain au parc / se reconnecter en famille / faire une activité au calme (selon les jours).
            Alors parfois je sens que je peux papoter, d’autres fois je sens qu’il faut que j’abrège si je ne veux pas courir à la catastrophe.

            Et parfois je sens qu’il serait opportun d’aller au parc, d’autre fois je sens que, même si elles me le réclament, l’une ou l’autre est « borderline » et qu’il vaut mieux rentrer ou faire une balade entre nous, pour éviter une situation pénible pour tout le monde.

            Si moi j’ai besoin d’interaction avec des adultes : je diffère, ou je planifie (=j’inscris dans mon agenda, en délégant la garde des miss à leur père), ou je passe 1h avec mes miss en leur expliquant qu’après j’aurais besoin de passer 20 min au téléphone tranquillement, etc.
            Bref, j’essaie d’être au clair avec MES besoins et de deviner les besoins de mes enfants (et de gérer au mieux, car évidemment, ils sont souvent contradictoires…)

            Mon aînée est particulièrement agressive quand elle manque d’attention. Alors lui accorder du temps (lui lire un livre à elle toute seule, une activité, une sortie juste nous 2 / lui prévoir un petit cadeau (= une feuille avec un coeur et son prénom suffit à lui montrer que je pense à elle, qu’elle est importante pour moi) / une montagne de câlins et de papouillages, est indispensable pour éviter l’escalade de crise !

            Vous semblez avoir un regard très négatif sur vous même, et pourtant vous êtes la meilleure mère que vos enfants puissent souhaiter : la leur ! Mais parfois, on a besoin d’aide extérieur / de temps pour soit afin de recharger ses batteries…
            Il y a plein de ressources précieuses sur ce blog et sur d’autres : pas de recettes toutes faites, mais des ingrédients à marier à sa sauce.
            Bon courage !

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