Le bonheur d’être femme (ou pas)

C’est quoi le bonheur d’être femme ? Et puis c’est quoi d’abord « être une femme » ? Un article pour réfléchir au sujet de la définition de quelques notions autour du féminisme.

Préambule : Je ne donne ni conseils ni solutions. Ma particularité est de proposer des expériences et des manières différentes de voir. C’est ce que vous trouverez dans cet article. Ce sont ces expériences qui vous aideront à changer concrètement les choses … A vous de vous jouer maintenant 🙂 …

Il y a quelques jours, une amie m’a relayé la demande d’une association. Ils cherchaient une intervenante pour animer un débat pour la journée de la Femme.

Soit dit en passant le 8 mars n’est PAS la journée de la femme, c’est la journée des droits des femmes ou la journée des femmes, ce n’est pas tout à fait pareil : c’est une journée de lutte pour les droits des femmes et notamment pour la réduction des inégalités, pas une journée pour faire joli et faire des cadeaux aux femmes (avis aux spécialistes marketing qui seraient tentés d’en profiter comme chaque année).

Mais, bref, le thème souhaité : un débat autour du bonheur d’être femme. 

Ouais trop bien, un débat sur le thème : le bonheur d’être femme

Je suis une femme, je suis féministe, c’est forcément une excellente occasion de dire tout ce que j’ai à dire. Illico, mon cerveau commence à turbiner sur le sujet. En prenant ma douche, en mangeant, en allant au boulot … Je suis en boucle sur le thème « le bonheur d’être femme … le bonheur d’être femme … le bonheur d’être femme … ». 

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Je tourne, je tourne, je tourne … Et là, le drame ! IMPOSSIBLE de trouver quoi que ce soit. Non mais attends, moi qui suis une horrible harpie féministe (selon mes amis hein), je ne trouve RIEN à me mettre sous la dent. Pas le moindre moment de la journée où j’éprouve ce fameux bonheur d’être femme.

Comment est-ce possible ??? Moi qui suis à fond sur le fait de promouvoir les femmes, qui saute sur tout sujet de conversation pour parler des stéréotypes et de leur impact sur la vie en général et de couple en particulier. Mais que m’arrive-t-il ???

Le bonheur d’être femme, ça existe ?

Je passe en revue ma journée : quand je me lève, quand je prends ma douche, quand je mange, quand je travaille, quand je parle à mes enfants, quand je regarde la télé, quand je marche dans la rue, etc. Dans lequel de ces moments est-ce que je ressens quelque chose de spécifiquement féminin ?

Après réflexion, il m’est arrivé de FAIRE des choses spécifiquement féminines comme être enceinte, accoucher ou allaiter (et encore même ça, le fait que ce soit spécifiquement féminin, ça se discute).

Mais RESSENTIR des choses spécifiquement parce que je suis une femme, je ne trouve pas.

Peut-être que ma difficulté vient du fait que je suis une femme. Je n’ai jamais été un homme, par conséquence difficile pour moi de dire si ce que je vis est différent de ce que vivrait un homme.

Comment puis-je savoir si ce que je ressens est spécifique à ma condition de femme ou si c’est juste un truc d’être humain, indépendamment de son sexe ?

Quelque chose cloche avec la notion de « être femme » !

Ce qui me gêne dans le bonheur « d’ETRE FEMME », c’est justement la définition d’ETRE femme.

Ce qui est défini comme étant « féminin » ou « masculin » est une construction culturelle. Je donne ici plusieurs exemples de la façon dont garçons et filles ne sont pas DU TOUT traités de manière égalitaire dans la petite enfance (y compris par les professionnels), exemples observés et mesurés scientifiquement ici

Qui a décidé que faire du foot ou du rugby, c’était plus masculin ? Et que faire de la danse ou de

l’équitation c’était plus féminin ? Qu’être à l’écoute et empathique, rester calme et ne pas s’énerver c’est féminin alors qu’affirmer son point de vue et oser taper du poing sur la table pour le faire respecter c’est masculin ? Que prendre soin des enfants c’est féminin alors que travailler à l’extérieur c’est masculin ?

J’en avais déjà longuement parlé dans l’émission de radio « Entre Nous » avec mes 2 invitées, émission que vous pouvez réécouter ici. Nous abordons dans cette émission la notion de continuum entre les sexes, la différence entre sexe et genre, ainsi que les conséquences des étiquettes de genre sur la vie professionnelle.

Vous allez me dire « oui mais quand même on observe bien que les hommes sont plutôt comme ci et les femmes plutôt comme ça« . A quoi je répondrai :

  1. c’est très majoritairement le résultat d’une construction culturelle. La majorité des individus se conforme – de gré ou de force – à ces étiquettes, parfois sans même s’en rendre compte.
  2. les difficultés concernent ceux qui s’écartent de cette construction : vous êtes alors mal jugés parce que vous vous écartez de la « norme ». C’est là que commence la souffrance.

Je me sens tout à fait femme (même si, dans ma vie quotidienne, je me pose rarement la question de savoir si je suis – ou non – conforme à cette étiquette). Soit dit en passant, on m’a déjà fait remarquer à de nombreuses reprises dans ma vie mon côté masculin un peu trop affirmé. Est-ce je suis moins une femme à cause de ça ?

Chercher à définir le bonheur d’être femme nous oblige donc à nous poser clairement la question de ce qu’EST une femme ! (et en quoi elle se différencie d’un homme)

Au fond, à quoi ça sert de différencier les hommes des femmes ?

A quoi servent vraiment les catégories « homme » et « femme » ? Quelle est vraiment leur utilité ? A quel moment de ma vie ai-je ABSOLUMENT besoin de savoir si la personne en face de moi est un homme ou une femme ? De mon point de vue : JAMAIS.

Le seul moment où ça peut avoir son importance c’est si je veux me reproduire. Mais, pour du sexe sans reproduction, distinguer un homme d’une femme n’est pas forcément utile. Ce qui compte, c’est plutôt « ai-je de l’attirance pour cet être humain ? » non ?

A fortiori dans la vie de tous les jours, qu’est-ce que ça change VRAIMENT que la boulangère soit un boulanger, que l’assistante maternelle soit un assistant maternel ou que la copine avec qui vous buvez un verre soit un copain ?

Cette catégorisation n’est donc pas forcément très utile.

Etre femme, un bonheur … ou pas …

J’irais même jusqu’à dire qu’elle est dangereuse. Si j’y réfléchis bien, les seuls moments où je me suis sentie spécifiquement femme dans ma vie de tous les jours, c’est quand une autre personne que moi m’a définie comme telle.

Et ce n’était vraiment pas agréable, voire franchement pénible : dans les transports en commun quand on m’a mis une main au cul, dans un entretien d’embauche quand on m’a demandé si je comptais avoir des enfants bientôt avec le sous-entendu que ça nuirait à ma carrière, et j’en passe. Et encore, j’ai la chance d’avoir évité d’autres situations bien plus douloureuses que celles-ci.

A chaque fois, j’ai ressenti cette étiquette au mieux comme un enfermement, une réduction de mes possibilités, au pire comme un jugement négatif.

C’est là qu’est pour moi le coeur du féminisme : lutter contre l’enfermement lié aux stéréotypes de genre (c’est vrai aussi bien pour les hommes que pour les femmes) !

Et le premier pas pour lutter contre les stéréotypes de genre, c’est déjà commencer par arrêter d’y croire !

PS : j’ai encore des millions de choses à dire sur le sujet, ce serait trop long pour un seul article … mais si le thème vous intéresse, n’hésitez pas à m’en faire part dans les commentaires ! Idem si vous avez des questions ou des réflexions ou si des choses vous dérangent dans mon point de vue, c’est toujours intéressant d’échanger à ce sujet.

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Sandrine Donzel

Parentalité, couple, communication, développement personnel ? Votre vie ne ressemble pas à ce qui est décrit dans les livres ? Pas de panique et bienvenue dans la VRAIE VIE, celle qui est abordée sur ce blog ! Je vous y propose des outils concrets, pragmatiques et REALISTES pour répondre à vos interrogations. Bonne lecture !

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6 pensées sur “Le bonheur d’être femme (ou pas)

  • 10 février 2020 à 09:49
    Permalink

    Merci pour cet article, et je suis à fond si vous nous faites d’autres articles.

    Répondre
  • 10 février 2020 à 12:03
    Permalink

    Merci pour cet article !
    Et oui, le sujet m’intéresse beaucoup, vous pouvez continuer !

    Répondre
  • 11 février 2020 à 09:58
    Permalink

    Merci ! Je suis aussi partante pour d’autre réflexions sur le sujet 🙂 à la maison, un de nos amis est devenue une femme cet été et on a beaucoup discuté justement de la construction du genre : c’était hyper intéressant ! personnellement, je suis de sexe féminin mais j’ai presque envie d’indiquer « genre neutre » tant j’en ai marre qu’on se réfère à cela…
    J’ai une question à ce sujet: comment aborder cela avec les enfants? j’ai remarqué en rue qu’avec ma fille de 2 ans elle pointe vite « les mamans/les papas » ou les « madames/messieurs ». C’est un critère rapide d’identification et je me demande parfois ce qu’elle utilise pour catégoriser. J’ai beau être attentive avec elle (en variant les représentations dans les activités notamment), je me dis que spontanément avec mon compagnon, on a sûrement des comportements/remarques genrés (avec l’entourage, c’est terrible d’ailleurs de voir les étiquettes qui sont attribuées aux enfants selon leur sexe!). Du coup, est-ce que vous auriez une liste de comportements/habitudes à surveiller quand on est auprès d’enfants pour éviter d’intégrer si tôt cette construction sociale sur le genre?

    Répondre
    • 12 février 2020 à 08:36
      Permalink

      Oh Émilie, quelle joie de te croiser ici 🙂
      Je me pose les mêmes questions que toi. Petit Lutin a été plutôt préservé de tout ça pour l’instant, et on discute souvent de féminisme avec lui, ils en parlent aussi à l’école. C’est agréable de voir qu’il joue indifféremment avec filles et garçons, mais pour le coup, c’est à des jeux différents (d’où cela vient-il ?!). Et on se pose aussi la question de comment faire à la maison, pour ne pas lui inculquer malgré nous un certain modèle. Mon Amoureux a notamment beaucoup de mal à prendre tout un tas de choses en charge, à y penser de lui-même. Même s’il est conscient du problème et cherche vraiment à y remédier, il n’en reste pas moins que Petit Lutin grandit dans ce modèle et que son père reste son référent masculin. De mon côté, j’ai aussi hérité de comportements genrés que j’ai peut-être plus de mal à identifier car j’ai moins de recul. Après, peut-être qu’on cherche à faire « trop » bien ? Ca peut être un piège aussi !

      En tous cas, merci beaucoup pour cet article Sandrine. Beaucoup de phrases ont fait tilt dans ma tête, ça me donne plein de matière à réfléchir et à avancer :)))

      Répondre

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