L’homme qui voulait être doux, la question du pourquoi en thérapie

vieux coupleC’est un homme, ça pourrait être une femme. Ca ne change rien.

Il a beaucoup d’humour et d’auto-dérision. Il aime blaguer. Il est marié depuis 30 ans avec une femme avec qui il a 2 enfants.

Mais là, rien ne va plus.

Ma femme veut me quitter

Elle vient de lui dire qu’elle en a marre, elle veut le quitter. Il ne le souhaite pas, il l’aime profondément, je le sais, je le vois dans ses yeux qui se mouillent quand il me parle de la possibilité de cette séparation, ces larmes qu’il ne montre qu’à moi.

Il reconnait qu’il n’est pas très doux, pas très tendre. Il se dit même parfois un peu « brutal » – ce sont ses mots à lui – avec sa femme. Il dit

J’aimerais être plus doux avec ma femme, elle le mérite tellement.

Je ne sais même pas lui prendre la main, lui faire un bisou. Même l’acte sexuel est un peu expéditif.

Et je sais qu’elle en souffre, que ça pourrait changer les choses entre nous.

C’est sa façon de fonctionner

Il est comme ça avec sa femme, mais aussi avec ses enfants, avec ses amis. Les prises de bec sont nombreuses, conflictuelles. Il chambre de façon blessante parce que c’est sa façon à lui de dire ce qu’il en pense. Il dit ce qu’il pense tout de go, sans se préoccuper trop de l’impact provoqué. Ou se disant que ce sont les autres qui n’ont qu’à gérer ça comme ils veulent, lui il a dit ce qu’il avait à dire, si les gens ne le reçoivent pas bien, ce n’est pas son problème.

Parce qu’au fond, il s’aime un peu moqueur. C’est son personnage, sa façon d’affronter le monde. Il l’a construite dès l’enfance, c’est sa façon à lui de gérer les situations.

Mais il sait bien aussi que ça fait mal, que ça blesse : il a perdu d’autres femmes avant celle-ci, il a perdu des amis, de la famille, … Et il sait pertinemment que ses ruptures viennent du fait qu’il ne peut pas s’empêcher de dire les choses « brutalement ».

Mais il ne peut pas s’empêcher de dire les choses de cette façon. Du moins c’est ce qu’il croit …

Il ne peut pas s’en empêcher parce qu’il a une excellente raison pour cela :

Je ne sais pas être doux et gentil, j’ai perdu ma mère quand j’avais 6 ans et personne ne m’a appris la douceur et la tendresse, je ne sais pas faire.

Cela fait 54 ans que cet homme se lamente ainsi sur le fait qu’il ne sait pas être doux, attentionné et tendre. Il a déjà perdu des relations avec des femmes, des amis, … à cause de cela et ça le fait souffrir.

Mais il n’y peut rien : il a perdu sa mère, il est victime de ces terribles injustices que la vie nous impose.

Et c’est sans doute vrai que ses difficultés viennent de là : il a sans doute eu recours à cette façon de se comporter étant enfant parce que cela a été la meilleure façon qu’il a trouvée de gérer la douleur de la perte de sa mère. Le problème est que, dans des situations où ce comportement – qui a été approprié à un moment donné – n’est plus approprié, il ne sait pas se comporter autrement.

Avec le pourquoi, qu’avons-nous réglé ?

Si nous en restons au pourquoi, nous avons tout compris. Et rien réglé.

Il n’y a  plus qu’à se lamenter indéfiniment. Aucun thérapeute ne fait pas les miracles et ne ressuscite les morts.

Ca fait partie des limitations de nos « pouvoirs » de thérapeute. Nous sommes comme le génie d’Aladdin, nous avons 3 limitations à notre pouvoir :

– nous ne pouvons faire mourir ou disparaitre personne

– nous ne pouvons pas forcer les gens à tomber amoureux

– nous ne pouvons pas ressusciter les morts.

Tout le reste est de l’ordre du possible ;-).

Mais revenons au sujet.

Avoir vécu un évènement dramatique et en payer les conséquences toute sa vie

Cet homme a perdu un de ses parents. C’est une injustice terrible de la vie. Une des choses les plus difficiles à vivre qui soit. Mais contre laquelle personne ne peut rien.

Il peut donc continuer à se plaindre d’avoir perdu sa mère. Et continuer à se comporter comme il le fait puisqu’il ne sait pas faire autrement et que personne ne pourra jamais lui rendre sa mère.

Et il peut aussi apprendre à être doux malgré cet évènement terriblement dramatique.

C’est à lui de voir.

C’est d’ailleurs ce que je lui ai dit à peu près textuellement.

 

A quoi il m’a répondu

Ah oui ! je n’y avais pas pensé … Mais comment faire ?

Question à laquelle je me suis bien gardée de répondre … car il a trouvé tout seul :-D.

 

« Nier sa responsabilité est une double violence : contre l’autre qu’on accuse et contre soi en renonçant à son pouvoir. On pense se débarrasser du problème mais puisqu’on ne peut pas changer les autres, on y perd en fait son pouvoir de le résoudre. » – Anonyme

Photo Credit: dprotz via Compfight cc

Quelques lectures pour aller plus loin :


Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance … envers les autres et envers soi-même :-) …

Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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9 pensées sur “L’homme qui voulait être doux, la question du pourquoi en thérapie

  • 21 octobre 2013 à 13:14
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    Je rajouterai une proposition de lecture à cet article : « La fin de la plainte » de François Roustang.

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    • 21 octobre 2013 à 15:15
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      merci pour cette proposition !
      Je ne connais pas ce livre mais le titre me plait beaucoup.

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      • 22 octobre 2013 à 09:53
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        Vu votre profil vous allez adorer ainsi que ses autres livres d’ailleurs. Parlez-m’en, ça m’intéresse.

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  • 24 octobre 2013 à 15:20
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    Loin de moi l’idée de défendre la psychanalyse, mais je reste influencée par la notion d’abréaction des émotions : ce n’est pas comprendre intellectuellement qui est important, c’est « pleurer » (ou se mettre en colère, ou quelque soit l’émotion éprouvée), c’est expulser l’émotion réprimée qui empêchait d’avancer.
    Mettre des mots sur une émotion refoulée, réprouvée, comme il est plus utile de mettre en mot les émotions d’un enfant lors d’un « caprice » que de le punir ou d’exiger qu’il passe rapidement à autre chose.
    Ça ne vous parait pas recevable ?

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    • 24 octobre 2013 à 15:25
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      Cela me parait tout à fait recevable. Loin de moi l’idée de s’empêcher de pleurer la mort d’une mère.
      Mais il s’agissait là de sortir de la plainte et de la position de victime où ce monsieur s’était coincé.
      Il a le droit d’être triste mais la tristesse n’est pas une excuse pour être désagréable avec les autres ;-).

      Comme le dit Haim Ginott, « tous les sentiments sont légitimes, tous les comportements ne sont pas acceptables. »

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      • 28 octobre 2013 à 16:44
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        Très belle formulation! Il n’est pas traduit en français H. Ginott ?

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        • 28 octobre 2013 à 17:08
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          Une ancienne version a été traduite mais pas la plus récente. Je ne sais pas si elle est encore trouvable.

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  • 29 septembre 2014 à 16:27
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    Juste pour chambrer justement: on peut « techniquement » faire disparaitre quelqu’un, c’est juste interdit par la loi. Mais la littérature est pleine d’exemples. Relisez Agatha Christie… 😉

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