Quels risques prenez-vous quand vous protégez vos enfants ?

Préambule : Je ne donne ni conseils ni solutions. Ma particularité est de proposer des expériences et des manières différentes de voir. C’est ce que vous trouverez dans cet article. Ce sont ces expériences qui vous aideront à changer concrètement les choses … A vous de vous jouer maintenant 🙂 …

Suis-je une mère inconsciente ?

Depuis très longtemps, je suis régulièrement traitée de mère inconsciente (oui, oui, je vous assure). Avec le recul, je pense avoir compris une chose :  c’est ma vision particulière des risques en jeu qui produit cet effet sur les autres. C’est vrai : je ne suis pas facilement effrayée ni impressionnable. Mais ma différence réside surtout dans l’attention que je porte à d’autres types de risques que ceux portant sur la sécurité physique.

« Et si elle ne tombe pas ?  » … et si ne pas la protéger, c’était encore  la protéger ?

enfant dans le toboganL’un de mes premiers souvenirs à ce sujet remonte à une grosse dizaine d’années. Ma fille avait alors environ 2 ans (et son frère quelques mois). Nous parlons entre jeunes mères lors d’un repas entre amis. J’explique mon plaisir à observer ma fille grimper sur une aire de jeux, bien tranquillement assise sur mon banc. Sauf que cette aire de jeux comporte un plan incliné assez haut (entre 90 cm et 1,30 m du sol), seulement protégé d’une rambarde sous laquelle les enfants peuvent facilement passer (et donc tomber). Il y a aussi un toboggan à l’arrivée assez haute et des tas d’autres détails qui la rendent plus adaptée à des enfants de 3 ans et plus.

Une des mamans présente est horrifiée : « Tu restes assise ? Tu ne te mets pas à côté d’elle ? MAIS TU TE RENDS COMPTE ??? Et si elle tombe et est défigurée ???« . Pour elle, j’étais une mère qui ne protège pas son enfant.

La seule réponse qui m’est venue ce soir-là, ça a été : « Oui, ça peut arriver … Mais si elle ne tombe pas ?« . Rester assise me paraissait profondément juste et logique. Je n’avais encore jamais vraiment réfléchi à ce qui me motivait à ne pas être à côté de ma fille. Cette discussion a été une belle occasion de me poser la question : pourquoi diable avais-je répondu « Et si elle ne tombe pas ? »

Protéger présente aussi des risques …

Si ma fille ne tombe pas (ce qui est bien plus probable que la chûte), quel impact aura ma présence auprès d’elle ?

Nos peurs ont souvent tendance à nous rendre aveugles à tout une partie du problème. Cette mère était paniquée à l’idée que son enfant soit défiguré ou ait un accident irréversible. C’est effectivement un risque possible. Mais ce n’est pas le seul à prendre en compte dans la décision : nous ne mesurons pas le risque de prévenir le risque.

Aucune attitude, aucun comportement ne présente 100% de bénéfices et 0 inconvénients.

Absolument aucun. Il ne s’agit donc pas de chercher LA bonne attitude à avoir face aux risques mais à peser la balance bénéfices-risques pour chacune des options.

Mon comportement de « prévention » peut lui éviter un accident (et encore ce n’est pas sûr). Il peut certes lui faire passer un super message : « je suis là pour toi car je prends soin de toi« . Mais il porte aussi un autre message moins sympathie : « je suis là car tu n’es pas capable de faire ça toute seule.« .

Ce que nous faisons crie bien plus fort que ce que nous disons

Nos actes crient bien plus fort que nos paroles au coeur de nos enfants.

Les enfants perçoivent très fort ces doubles messages. Et ils sont plus touchés émotionnellement par les messages négatifs (souvent cachés dans nos actes plus que dans nos discours). Ce sont ceux-là qui ont le plus de poids.

Même si nos paroles semblent encourageantes, notre attitude sera bien plus convaincante pour eux. Alors, pour ma part, je prends soin le plus possible que mes actes traduisent la confiance en eux et dans le monde que je veux leur transmettre.

Prévenir les risques n’agit pas que sur la confiance en eux de nos enfants, cela peut aussi dégrader notre relation avec les enfants.

Dans la petite enfance, il est relativement simple de montrer de la confiance à nos bambins. Nous contrôlons le terrain sur lequel ils jouent ; nous pouvons facilement leur proposer des défis avec des risques très mesurés. Pour ceux qui sont intéressés, je vous invite vivement à vous document sur la motricité libre (voir les références en fin d’article). C’est un excellent moyen de montrer de la confiance dans nos tous-petits.

A l’adolescence tout se complique. Nous ne pouvons plus être derrière eux tout le temps. Les risques pris deviennent aussi plus importants. Nous avons donc souvent tendance à contrôler plus. Nous pensons ainsi prévenir les risques (de mauvaise fréquentation, d’échec scolaire, etc). Ce que nous oublions, ce sont les risques sur la relation.

Les ados détestent qu’on ne leur fasse pas confiance. Et ils détestent plus encore que les parents grondant un enfant qui s'énerveadultes les prennent pour des andouilles.

Or c’est très précisément ce qui se produit quand nous contrôlons leurs actes.

La confiance exclue le contrôle.

Nos mots disent « je te fais confiance« . Nos actes disent « je te surveille, tu dois me rendre des comptes« , donc « je ne te fais pas confiance.« . Les ados réagissent très mal à ce double discours. Ils me le disent quand je les reçois :

Ma mère me dit qu’elle me fait confiance, mais en fait elle vérifie toujours tout.

Mon père me dit qu’elle me fait confiance mais il lit mes messages sur mon téléphone. Il a même fouillé mon sac !

Je dois leur envoyer un SMS toutes les 1/2 heures pour leur dire où je suis.

(Ca me fait penser qu’un article sur la jalousie pourrait être intéressant :-D).

Ces contrôles les rendent tout simplement furieux ! Ils vont essayer à la fois d’échapper au contrôle ET de nous faire réagir : ils s’énervent violemment contre nous, nous cachent certains de leurs actes pour échapper justement à ces vérifications qui les agacent ; ils peuvent aussi avoir des conduites à risques, dépassant leurs limites uniquement pour nous prouver que nous avons tort de ne pas leur faire confiance.

C’est évidemment très maladroit de leur part. Mais quel autre moyen ont-ils de nous faire comprendre que nous manquons de cohérence ? 

Cela ne fait évidemment qu’agacer et inquiéter encore plus les parents. Ils en concluent que leur ado est immature … et renforcent donc les contrôles ! La boucle est bouclée, le cercle vicieux a commencé

Quand les parents arrivent en accompagnement chez moi à ce stade, c’est souvent l’enfer : conflits généralisés, tensions importantes, … (Remarquez-bien que le même cercle vicieux s’installe parfois entre adultes, y compris au travail. J’en avais déjà parlé ici.). Les adultes ne font pas le lien entre leur contrôle et l’opposition généralisée de leur ado. Ils n’y voient là que révolte passagère (concernant l’agacement des ados, voire aussi ici). Etre enfermé dans un cliché ne soulage pas non plus l’agacement des ados 😀 …

Alors, le premier pas que je propose souvent est alors de faire l’expérience de ce qu’il se passe quand on lâche le contrôle. Prendre le risque de ne plus contrôler. PLUS DU TOUT. Pendant 2 à 3 semaines. Juste pour voir comment ça fait évoluer la relation dans un premier temps.

C’est seulement une fois la relation réparée qu’on peut reconstruire une prévention avec l’adolescent autour des situations à risque. Il n’écoutera pas quelqu’un dont il ne sent pas le respect.

Et vous, quels risques avez-vous oublié ?

Vous le savez, je ne donne ni conseils ni solutions. Ma particularité est de proposer des expériences et des manières différentes de voir (c’est ce que vous trouverez dans mes accompagnements, mes conférences et sur ce blog). Pour que cet article vous soit profitable, je vous invite à en compléter la lecture par plusieurs expériences :

  • Une expérience de réflexion : quels risques relationnels et émotionnels avez-vous oublié dans vos attitudes du quotidien ? Pour vous ? et pour vos enfants ? Plus largement, quand vous adoptez une attitude visant à protéger vos enfants, quels risques choisissez-vous de mettre de côté ?
  • une expérience pratique : vous avez des relations conflictuelles avec un ado, ce qui vous amène à renforcer le contrôle. Et si vous tentiez l’expérience du relâchement total du contrôle pendant au moins 2 semaines ?
  • une expérience pratique avec les petits : et si vous mettiez en pratique quelques principes de la motricité libre ?

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Sandrine Donzel

Parentalité, couple, communication, développement personnel ? Votre vie ne ressemble pas à ce qui est décrit dans les livres ? Pas de panique et bienvenue dans la VRAIE VIE, celle qui est abordée sur ce blog ! Je vous y propose des outils concrets, pragmatiques et REALISTES pour répondre à vos interrogations. Bonne lecture !

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4 pensées sur “Quels risques prenez-vous quand vous protégez vos enfants ?

  • 23 septembre 2019 à 14:19
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    Bonjour Sandrine,

    Merci pour cet article bien venu à l’heure du portable et du SMS envahissants. Je me sens moins seule « mère inconsciente et irresponsable », qui envoie sa fille de quinze au lycée sans téléphone portable. Qu’elle n’a jamais réclamé, je précise.

    Oui, il est prévu d’en acheter un, bientôt… c’est vrai que les cabines téléphoniques, ça ne court plus les rues.
    De mon temps…. 😀

    Chaque jour ma nièce doit envoyer un message à sa mère quand elle monte dans le bus, et quand elle arrive au lycée.
    Une collègue de travail pose un jour de congé, « pour rester disponible au cas où » quand sa fille de quinze ans va un mercredi après-midi en ville, au cinéma et manger un goûter, aller et retour en bus, accompagnée de trois autres copines.

    Pardon pour l’aspect anecdotique de mon commentaire, mais leur faire confiance, ce n’est tout de même pas si compliqué. Je focalise un peu trop sans doute sur les portables, il me semble qu’ils sont à l’origine de bien des tourments maternels, et de l’asservissement des enfants.

    D’autres parents inconscients comme moi, comme nous? 😉

    Répondre
  • 23 septembre 2019 à 18:40
    Permalink

    Oui, moi… parce que je este assise sur mon banc dans les jardins publics du temps que mes enfants s’amusent, parce que je les ai laissé grimper sur de petits ponts sans rambarde au-dessus de l’eau, parce que je les ai toujours laissés grimper partout, se promener seuls (campagne), glisser sur les étangs gelés etc etc etc
    Et le regard des autres parents est extrêmement gênant et pénible…

    Répondre
  • 28 septembre 2019 à 15:11
    Permalink

    Je suis dans l’ambivalence totale par rapport à votre article parce que j’appartiens à une génération d’enfants d’ouvriers, issus de famille de paysans et dans la ville nous jouions dans la rue – moins de circulation que maintenant – loin du regard de nos parents et à la campagne on nous confiait des tâches que rétrospectivement on pourrait considérer comme dangereuses, très loin des regards des adultes et c’était la normalité… J’étais une gamine trouillarde mais je n’ai jamais eu peur de garder les vaches dès l’âge de 6 ans, par exemple…
    Mon fils était un grimpeur compulsif et dès l’âge de 2 ans pour le retrouver il fallait que je pense à regarder en l’air : il grimpait sur tous les mobiliers urbains que la Ville de Paris commençait à installer partout. Pourtant je suis une trouillarde pathologique mais je ne suis jamais intervenue pour l’en empêcher ce qui était une marque de confiance non méritée à l’égard de la Ville car j’ai appris bien plus tard que celle-ci n’était pas méritée au niveau de la sécurité !
    Les seuls accidents que mon fils a eu se sont passé au ras du sol de façon tout à fait imprévisible. Donc cela et bien d’autres exemples vont dans le sens de votre réflexion – et merci pour la référence à Loczy qui dans ma pratique professionnelle a été une de mes principales références après visionnement du film de Bernard Martino « Les enfants de la Colline des Roses ».
    Cependant, il me semble qu’il y a un paramètre qui est absent de votre analyse qui est que le petit enfant apprécie d’accomplir des actions sous le regard complice de son parent qui lui renvoie une image positive de lui-même, une image qui l’aide à construire sa confiance en lui mais à condition que le message envoyé soit : « j’ai vu et apprécie ce que tu fais » ; « on s’amuse ensemble » et pas « je te surveille », un regard ludique, fantaisiste qui change tout !
    Je sais que l’on va me rétorquer « fusionnel » qui est la grande tarte à la crème de l’institutionnel actuellement mais c’est une vision bien étroite. Le meilleur exemple en est pour moi le film Mary Poppins (je l’ai vu à 14 ans, j’en ai 70 !) Cette complicité dans les délires avec les enfants me paraît quelque chose d’essentiel et je vois souvent des parents l’avoir avec leurs enfants et, ainsi – inconsciemment – ils assurent une sécurité proximale sans que les enfants le ressentent comme un manque de confiance dans leurs capacités.
    Après, tout peut arriver dans tous les contextes possibles et à part enfermer les enfants dans des cages comme dans un livre de Boris Vian (l’arrache-cœur) – et encore ! – on ne contrôle pas tous les paramètres.
    Cette réflexion n’est pas en opposition à votre texte mais une apposition….

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    • 2 octobre 2019 à 18:53
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      Merci du complément apporté à mon article 🙂 (même si j’ai mis du temps à valider votre commentaire, non par opposition mais à cause d’un agenda bien chargé).
      Vous avez raison : le regard que nous posons sur les comportements des enfants joue un grand rôle. Je pense – et c’est l’objet de cet article – que ce sont nos comportements qui vont influencer nos enfants, bien plus qu’un regard sans rien d’autre. Mais accompagner dans le délire peut être un bon moyen de dépasser la peur 🙂

      Répondre

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