Protection ou autonomie : quand l’aversion au risque nous paralyse

Nous sommes dans une société qui valorise beaucoup la protection et la réduction des risques, particulièrement concernant les enfants. Il y a de très bonnes raisons à ça.

Mais on mesure mal que cette injonction à la protection et à l’évitement des risques a aussi des conséquences négatives et que les parents se retrouvent parfois coincés dans des injonctions paradoxales entre la réduction des risques justement et le développement de l’autonomie de leurs enfants. Cette contradiction est souvent mal identifiée.

Dans cet épisode, j’ai voulu revenir sur ce sujet avec ma collègue et amie Cécile Guinnebault, coach en entreprise. Nous y faisons des parallèles entre le monde de l’entreprise et la parentalité.

Et vous allez voir que c’est riche d’enseignements.

EP. 43 : Protection ou autonomie : quand l'aversion au risque nous paralyse – Du côté des parents !

« Prendre des risques ? Mais vous n’y pensez pas, ma bonne dame ! »Dans un monde où l’on met des protections dorsales aux enfants qui apprennent à marcher pour les empêcher de se faire mal et où un CV sans la moindre « rayure » est devenu le Graal, oser suggérer que l’échec est utile relève presque de la provocation.Pourtant, à force de vouloir protéger nos enfants – et nos équipes – de la moindre égratignure, ne sommes-nous pas en train de les empêcher de grandir ?Dans cet épisode, je décortique avec Cécile Guinnebault ce paradoxe douloureux : nous exigeons l’autonomie tout en supprimant le droit à l’erreur.Résultat : des enfants passifs ou rebelles, et des entreprises sclérosées qui paniquent au moindre imprévu.Dans cet épisode, vous découvrirez :Pourquoi le « zéro risque » est un mythe toxique qui crée plus de dangers qu’il n’en prévient, tant à la maison qu’en entreprise.Comment transformer l’échec en moteur d’apprentissage sans tomber dans l’injonction cruelle au « rebond immédiat ».comment sortir du piège de la surprotection et permettre enfin à vos enfants (et collaborateurs) de développer une vraie résilience.💡 Pourquoi écouter cet épisode ? Si vous vous demandez sincèrement « Pourquoi mon enfant ne prend-il aucune initiative ? » ou « Pourquoi mon équipe attend-elle mon feu vert pour la moindre décision ? », cet épisode vous révèle le lien caché entre votre désir de protection et leur manque d'autonomie.— 🔗 LIENS ET RESSOURCES 🔗 —-mon blog pour toutes les ressources de l'épisode et une retranscription complète : ⁠https://blog.scommc.fr/protection-ou-autonomie-quand-laversion-au-risque-nous-paralyse/Vous abonner à ma newsletter :⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠ https://blog.scommc.fr/la-newsletter-du-podcast-du-cote-des-parents/⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Pour en savoir plus sur mon travail (conférences, formations et accompagnements) :⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://scommc.fr/⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Pour faire un don :⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠ https://bit.ly/donducotedesparents⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠— 📩 POUR ME CONTACTER 📩 —-par mail : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠sandrine@scommc.fr⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠sur Facebook : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Sandrine Donzel – S Comm C⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠sur Instagram : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Sandrine Donzel⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠sur LinkedIn : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Sandrine Donzel⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠— CREDITS —–Musique : Guiton Sketch de Kevin MacLeod , licence : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Source : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠http://incompetech.com/music/royalty-free/index.html?isrc=USUAN1100473⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Artiste : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠http://incompetech.com/⁠⁠⁠

Sandrine : Bonjour Cécile, je suis ravie de t’accueillir à nouveau sur le podcast. Je rappelle juste qu’on a fait déjà quelques épisodes ensemble. On en a fait un chez moi autour de la colère et j’en ai fait un chez toi autour de, de des erreurs. Donc c’est sans doute un sujet dont on va reparler. Les gens qui me suivent depuis longtemps te connaissent déjà, mais pour celles et ceux qui te découvriraient, peux-tu te présenter Cécile, s’il te plaît ?

Aversion au risque et injonctions contradictoires : parents et entreprises face au même paradoxe

Sandrine : Alors en parentalité, cette double injonction existe, mais elle est moins explicite. Je m’explique : en parentalité, on a une très forte injonction à avoir de l’aversion au risque, c’est-à-dire à ne pas vouloir prendre de risques dans la relation avec ses enfants et pour ses enfants.

Mais l’injonction à prendre des risques, elle vient assez naturellement quand on vise l’autonomie. On va en parler quand on va parler de « à quoi ça sert de prendre des risques ». Donc c’est un peu plus subtil peut-être, c’est moins directement contradictoire que dans d’autres contextes. C’est pour ça aussi que ça peut mettre énormément les parents en difficulté parce que c’est moins explicite. Mais on va détailler tout ça dans l’épisode.

Alors, ce que je te propose, c’est de commencer par quelque chose qui va sembler évident. Mais j’aimerais bien qu’on réponde à la question : « en quoi est-ce que c’est un, un problème de prendre des risques ? »

Ça peut sembler évident parce que prendre un risque, aïe, aïe, aïe, danger … Qu’est-ce, qu’est-ce que tu répondrais toi à cette question ?

Pourquoi est-ce qu’il, qu’il faudrait EVITER de prendre des risques ? C’est quoi le problème de prendre des risques ?

Sandrine : Exactement. Prendre un risque, c’est potentiellement s’exposer à un danger, c’est-à-dire une conséquence désagréable.

Je repréci-repréciserai plus tard la différence entre risque et danger parce que ça peut être intéressant.

Quand je prends un risque, je ne suis effectivement pas sûre que ça va marcher et donc je peux m’exposer à des choses désagréables, voire dangereuses. Et en général, on préfère quand même éviter.

Dans la parentalité, on a envie d’éviter d’exposer nos enfants à des choses dangereuses, c’est sûr. Désagréables aussi ! Je l’ai déjà dit dans d’autres épisodes mais les gens qu’on aime, et bien on aimerait qu’ils aient une vie pavée de pétales de rose et qu’ils n’aient pas à rencontrer des situations douloureuses, difficiles, problématiques.

Et donc, oui, on a assez spontanément une certaine aversion au risque quand ça concerne nos enfants.

Et on a aussi, en tant que parent, pas envie de faire des choses qui vont faire du mal à nos enfants, ce qui est normal, ce qui est la base de la parentalité. Préoccupation qui génère de l’anxiété. Donc On va essayer de limiter au maximum tous ces risques. Est-ce que t-toi, tu fais un parallèle par rapport à ça dans l’entreprise ?

Sandrine : Si je fais le parallèle avec la parentalité, la parentalité est plutôt du côté grande entreprise. Il y a vraiment une injonction à la performance, c’est-à-dire qu’il faut réussir sa parentalité.

Déjà qu’on a envie en tant que parent de, de réussir sa parentalité : on ne veut pas « abîmer » ses enfants, on veut avoir une bonne relation avec eux, on espère que on va faire en sorte que tout se passe bien pour eux. Donc, il y a assez naturellement une aversion à la prise de risque.

En plus, globalement, l’évolution de nos connaissances sur la psychologie, le développement de l’enfant nous a amenés à croire qu’il y avait une manière de trouver « la » bonne parentalité. Que si on appliquait le bon mode d’emploi, la bonne technique, le bon outil, on allait garantir qu’on allait réussir sa parentalité et qu’on allait à coup sûr favoriser le développement de l’enfant.

Et bien ça, c’est pas tout à fait vrai ! Ca crée beaucoup de culpabilité et de stress chez les parents quand le modèle qui les a rassurés finit par ne plus fonctionner.

Ca me rappelle une maman que j’avais accompagnée. Elle essayait d’appliquer un modèle de parentalité qui philosophiquement lui plaisait beaucoup, mais qui se trouvait confrontée à des moments elle en pouvait plus et où ça ne fonctionnait pas.

A la fin de l’accompagnement, elle me dit : « Je me rends compte que j’étais rentrée dans ce modèle comme on rentre en religion. » C’est-à-dire qu’elle appliquait quelque chose qui allait la sauver des erreurs.

Mais tout ça, ça parle aussi du contexte et de comment sont vues les erreurs. Pour un parent, faire une erreur, c’est-à-dire prendre un risque et que ça ne donne pas un résultat positif, c’est très mal vu.

Ça nous fait souffrir en tant que parent, on culpabilise. Mais en plus, on est extrêmement jugé par n’importe qui : la boulangère, la cousine qui n’a pas d’enfant ou peu importe qui. Et c’est assez difficile à vivre.

Donc cette pression, elle renforce l’aversion à la prise de risque. Ce n’est déjà pas facile de se rendre compte qu’on s’est planté, mais si en plus tout le monde nous dit : « Ah, mais t’es nul et t’as pas fait ce qu’il faut », ça ne facilite quand même pas les choses !

Performance versus Robustesse : pourquoi le « zéro risque » est une illusion

Sandrine : Je vais peut-être sembler à ceux et celles qui me suivent un peu obsessionnelle avec cette idée, mais en ce moment ça me trotte beaucoup dans la tête. Ca me fait penser à l’opposition entre performance et robustesse, les concepts qu’a développé Olivier Hamant.

Je vous renvoie à son petit livret qui est intéressant sur le sujet : « Antidote au culte de la performance »

Olivier Hamant est un biologiste. Il a constaté que les systèmes qui survivent le mieux dans un environnement changeant, ce sont pas les systèmes performants, c’est-à-dire ultra optimisés, très très efficaces. Ceux qui sont les plus viables, ui survivent le mieux, ce sont les systèmes robustes, c’est-à-dire qui ont plein de trucs qui servent à rien, mais qui peuvent s’avérer utiles un jour où le contexte a changé, ceux qui, qui font des essais erreurs en fait, qui essayent un truc et puis ça ne marche pas, ce n’est pas grave, ils réessayent autre chose. Des systèmes qui ont plein de redondances, c’est-à-dire de trucs qui, qui coûtent, mais qui ont l’air de ne servir à rien.

L’exemple qu’il donne, ce sont les arbres. Les arbres, ça a plein de feuilles. S’ils optimisaient leur performance, ils pourraient avoir beaucoup moins de feuilles. Mais le fait d’avoir beaucoup de feuilles, ça leur permet de mieux survivre quand y a trop ou pas assez d’eau, quand il fait chaud, quand il fait moins chaud et donc de s’adapter dans des, des contextes beaucoup plus variables.

Un enfant par définition, ça change tout le temps. Ce n’est pas une pâte à modeler avec un développement prévisible et à tel moment, ils font ça et à tel autre moment, ils font ça. Non, c’est beaucoup plus divers que ça. On ne sait pas exactement à quoi ils sont confrontés qui les fait évoluer et donc c’est changeant tout le temps.

Si on a une ligne de conduite monolithique, il peut s’avérer que ça fonctionne très bien pendant un moment et puis qu’à un moment donné, ça soit plus du tout adapté. Et donc on est obligé de se réadapter, de changer. Et d’accepter que la parentalité soit une forme de bricolage.

C’est, c’est très dur à entendre parce qu’on voudrait pas prendre de risques … mais n’empêche que c’est du bricolage. C’est : j’essaye un truc, ça ne marche pas très bien, je vais faire autrement, je vais essayer autre chose. C’est comme ça qu’on arrive à s’adapter aux changements de l’enfant, du contexte et de tout un tas de choses qui peuvent se produire.

Sandrine : Oui, c’est la notion de résultat. Dans la parentalité, on retrouve ça aussi. On voudrait que l’enfant se mette à faire ses devoirs, qu’il gère mieux ses écrans, qu’il ait de meilleures relations sociales. Et notre impatience à obtenir ce résultat fait que on va pousser et on ne va pas forcément laisser à l’expérience le temps de se faire. On va essayer de contrôler finalement plutôt que de laisser le temps à l’enfant de faire son expérience.

Alors, ça va m’amener sur le deuxième point que je voulais aborder. Mais d’abord, j’ai parlé précédemment de repréciser la différence entre risque et danger, et je l’ai pas encore fait. Donc je vais le faire maintenant.

Souvent, on confond les deux.

Un danger, c’est vraiment quelque chose qui va me causer des problèmes là, maintenant, tout de suite. Je suis au milieu de la route et il y a une voiture qui arrive, je suis en danger. Il faut vite que je trouve un moyen de me sauver de là.

Le risque, c’est un danger potentiel, mais associé à une probabilité. La mesure du risque, c’est à la fois, c’est une combinaison entre l’intensité du danger et la probabilité que ce dommage m’arrive.

Si je suis là et que la voiture, elle est à un mètre, le, le danger est très élevé : c’est quasiment sûr et que en plus, je vais avoir des dommages très importants.

Si je me promène dans la rue, simplement, en marchant correctement sur les trottoirs, en m’arrêtant au feu piéton, en regardant à droite, à gauche, etc, il y a des dangers. Mais leur probabilité est à mesurer.

Et souvent elle est assez subjective, c’est-à-dire que certains pourront avoir une perception de certains risques plus élevés que d’autres.

Ça, c’est difficile à rationaliser. On peut le rationaliser, mais ce n’est pas en disant aux gens : « Ben non, en fait, votre enfant ne risque rien » qu’on va les rassurer. Ça, c’est important de le dire.

Apprendre de ses erreurs : comment la prise de risque développe l’autonomie et la résilience

Sandrine : C’est vrai qu’il y a quelque chose qui a radicalement changé. Des études extrêmement intéressantes ont été menées il y a quelques années déjà sur les distances parcourues en autonomie, par les enfants.

Ils comparaient à un âge similaire les grands-parents, les parents et les enfants. Et on voyait très bien se réduire les distances parcourues en autonomie, c’est-à-dire sans la présence d’un adulte. Ca partiait de plusieurs dizaines de kilomètres à quelques centaines de mètres.

Et cette réduction, elle est extrêmement importante. Alors certains pourraient dire : « oui, mais c’est parce que y a plus de risques aujourd’hui ». Ça, c’est assez discutable. Mais ce qui est sûr c’est qu’aujourd’hui, euh, on sait que ça va être vraiment extrêmement mal vu s’il se produit la moindre chose.

Pour fréquenter un peu les réseaux sociaux, quand on voit des accidents qui concernent des enfants, les premiers commentaires qui apparaissent ne sont pas des commentaires compatissants avec ces parents, mais des commentaires de reproches. Forcément, si c’est arrivé à l’enfant, les parents ont fait quelque chose de mal, que c’est forcément des mauvais parents. Donc ça, ça ne facilite pas les choses.

Mais alors, je te propose maintenant d’aller vers une deuxième question. On a vu en quoi c’est un problème de prendre des risques, mais finalement à quoi ça sert de prendre des risques ? Parce que se mettre en, en danger, risquer de vivre des choses difficiles, désagréables, voire douloureuses, voire dramatiques, inutilement, ça n’a pas de sens.

Sandrine : Oui, ce que tu soulignes là, c’est hyper important.

C’est qu’on n’apprend pas si on ne se trompe pas. On n’apprend rien si on ne se trompe pas. Si on réussit tout du premier coup, en fait, on n’a rien appris parce que le jour où on se retrouve dans une situation un peu plus compliquée, on sait pas ce qui fait que ça a marché.

Alors que quand on s’est planté, on sait. On arrive à, à comprendre qu’est-ce qui fait que ça n’a pas marché et donc si le contexte se reproduit, on sait qu-il faudra faire différemment et qu’on pourra tester autre chose.

Donc on est plus alerte, on est, on est plus intelligent, quand on s’est planté parce que on sait plus de choses.

Et donc s’il y a une vertu à la prise de risque et surtout à l’échec en fait, c’est ça : c’est de nous aider à apprendre, à devenir plus autonome, plus compétent en fait.

Sandrine : Avant de passer à la suite, je veux préciser quelque chose : je ne veux pas donner l’impression que je minimise la sensation que peut faire vivre un échec. Quand je prends un risque et que je me plante, c’est douloureux.

Donc c’est pas tout de suite de dire cette fameuse citation : « L’échec, c’est pas la chute, l’échec, c’est de rester assis. ». Pardon, mais un échec – je vais être vulgaire – ça fait mal au c** et quand on a mal au cul, on a besoin de rester assis un petit peu un moment pour digérer !

Faut quand même s’accorder ce truc-là parce que sinon on rajoute une injonction à rebondir tout de suite qui n’est pas adaptée.

Je le dis avec mes mots, mais je pense que c’est important.

On a le droit de prendre le temps de digérer. Il y a des échecs qui sont difficiles à vivre et pour lesquels on a besoin de temps.

Toute proportion gardée, j’anime souvent des conférences, il arrive que certaines conférences ne se passent pas très bien. Pourtant, j’ai l’habitude, je maîtrise le sujet, etc etc. Et parfois, ça me prend pendant plusieurs jours, ça me prend la tête : « qu’est-ce que j’ai pas bien fait ? ». Je peux réenchaîner une fois que j’ai digéré ça, que j’ai retrouvé mon état d’esprit pour pouvoir en tirer des expériences. Mais ça ne se fait pas sur commande.

Surprotection de l’enfant : comment le désir de protéger tue l’autonomie et crée la rébellion

Sandrine : Alors revenons à une injonction très présente dans la parentalité : la tentation de protéger.

Cette tentation à éviter des choses désagréables à nos enfants est très présente.

Elle est présente sur des dynamiques relationnelles entre enfants où les parents vont avoir envie d’intervenir parce qu’ils voient leur enfant souffrir de relations difficiles. Je parle pas forcément de harcèlement, mais d’amitiés un peu « toxiques ». Les amitiés des enfants, ce n’est pas toujours très sain au départ. Ils ne sont pas des petits anges, ils peuvent un peu se maltraiter entre eux.

Et donc il y a parfois une tentation d’intervenir dans ces relations pour essayer d’apaiser, d’assouplir, de faire en sorte que les autres enfants soient plus sympas avec le nôtre.

Il y a une tentation d’intervenir beaucoup sur : « Il faut que tu fasses tes devoirs, tu fasses tes devoirs, tu fasses tes devoirs », tout simplement parce qu’on a envie de leur éviter la déconvenue de pas pouvoir choisir leur orientation par exemple. On voudrait qu’ils aient des bonnes notes, des bons résultats scolaires pour pouvoir avancer dans la vie.

En orientation, il y a une injonction à trouver LA voie dans laquelle notre enfant va être bien où il va s’éclater, réussir sa vie et s’épanouir. Et donc une tentation à vraiment multiplier les pistes qu’on lui propose, essayer plein de choses.

Et pour le parent, il y a une espèce d’appropriation : « c’est mon rôle de faire en sorte d’éviter tous ces problèmes à mon enfant ».

Je vais beaucoup intervenir auprès des autres enfants, de mon enfant, des enseignants parce que c’est mon rôle de faire ça.

Ca a un côté très rassurant pour l’enfant « quelqu’un se préoccupe de moi, s’il y a un problème quelqu’un va intervenir et va faire ce qu’il faut pour m’en sortir ». Mais on mesure souvent assez mal que ça a un côté complètement déresponsabilisant.

Sandrine : Dans la parentalité, quand on a cette attitude très protectrice, cadrante, j’observe deux types de réactions du côté de l’enfant.

C’est soit une perte de confiance en soi : « Si quelqu’un le fait à ma place, ça veut dire que moi, je suis pas capable de le faire ». Et justement l’enfant va alors aller dans le sens de la passivité, voire même de l’anxiété face aux situations à affronter.

Ou bien, à l’inverse de l’opposition et de la rébellion. C’est-à-dire que si l’enfant ou l’ado et même les jeunes adultes va avoir à cœur de prouver qu’il est capable. Et ça va conduire à beaucoup de conflits, beaucoup d’oppositions mais aussi à des conduites à risque. C’est-à-dire des prises de risques pour démontrer qu’on est capable.

Quelque part, la relation conflictuelle, c’est un peu l’équivalent de ton comité de direction qui déteste son manager.

Sandrine : Je reçois effectivement une famille avec un jeune garçon d’une petite dizaine d’années, jeune garçon très intelligent, très vif, plein d’envies, plein d’idées. Avec des parents qui essayaient beaucoup de le contrôler, de le cadrer. Et qui voyaient justement la relation se dégrader, l’enfant s’énerver, outrepasser les limites qu’on lui fixait, un peu par provocation en plus.

On réfléchit sur le sujet. Et je leur dis que, que oui, en fait, ils ont le choix : soit ils continuent à poser le cadre comme ça et il y a des risques que la relation continue à se dégrader, soit ils peuvent essayer de mettre un peu moins de cadre pour voir si ça améliore la relation et si l’enfant devient plus responsable et provoque moins.

A ce moment là le papa m’avait dit : « Mais alors, si je ne suis pas là pour poser le cadre, c’est quoi mon rôle ? À quoi est-ce que je sers ? ». Donc c’est un peu comme si, en tant que parent, il avait cette vision de : mon rôle, c’est de mettre du cadre et c’est tout. Alors oui en partie, mais peut-être pas que !

« L’initiative, c’est une désobéissance qui réussit. » »

Sandrine : j’adore cette phrase : « L’initiative, c’est une désobéissance qui a réussi ». Je vais m’en resservir !

Dans la parentalité , souvent les parents ont envie que leur enfant devienne autonome. Mais ils veulent qu’il soit autonome à la façon dont eux conçoivent l’autonomie.

Je souligne souvent que l’autonomie par définition, c’est le contraire d’obéir à un ordre. C’est le contraire de se calquer sur ce qu’on attend de nous.

L’autonomie, c’est prendre ses propres décisions pour soi-même et assumer les conséquences de ses choix.

Ta phrase souligne très bien cette contradiction et ce paradoxe.

J’ai souvent des situations, notamment avec des adolescents où le parent attend une certaine autonomie. Il attend en réalité une façon de se comporter conforme à son cadre à lui.

Si l’adolescent ou l’enfant ne rentre pas dans ce cadre, il a désobéi, il ne fait pas ce qu’il faut et il se fait gronder.

Sauf que l’adolescent en fait, il a un choix tout pourri :

  • soit il obéit à l’ordre de ses parents, mais alors il est pas autonome, il n’a pas pris ses propres décisions.
  • soit il n’obéit pas à ses parents, donc il est autonome, mais alors il se fait engueuler parce qu’il ne fait pas ce qui est attendu.

Ca donne comme résultat soit des ados qui choisissent l’autonomie, c’est-à-dire désobéir, se rebeller. Mais ça peut aussi donner des ados passifs ou manipulateurs parce que ils voient pas d’autres manières de se sortir de là.

Sandrine : Et ça crée aussi de la souffrance dans les relations entre parents et enfants, je l’ai souligné. Ca m’évoque aussi le couple parce qu’il y a beaucoup d’injonctions paradoxales dans le couple.

Le « prends des initiatives, mais c’est jamais comme je veux » est un grand classique du couple ! Je ne vais pas détailler là, mais y a quand même des choses remarquables dans ce domaine. On le fait pas exprès.

On revient sur un thème qui t’est cher, c’est celui de l’erreur.

Pour qu’il y ait prise d’initiative, l’erreur doit être accueillie, presque encouragée, en tout cas accueillie comme étant une expérience et pas une erreur.

Et donc, dans la parentalité, ça veut dire ne pas gronder les enfants qui font des erreurs, mais les aider à en tirer des leçons, sans leur faire la morale et en leur disant : « Bon bah OK, il s’est passé ça. et maintenant ? »

Mon fameux : « Ah mince, mais alors, tu vas faire comment ? » dont on avait parlé dans l’épisode de podcast que j’avais enregistré chez toi est une bonne manière d’accompagner une erreur, paradoxalement.

Gestion du risque et prise de décision : comment oser faire différemment en assurant un minimum de sécurité ?

Sandrine : les parents n’ont pas un chef au-dessus mais ils ont le contexte ; ils ont leur propre culpabilité qui vient leur dire : « Ah là là, c’est horrible, t’as vu comment t’as fait ».

C’est important de souligner que le travail que, qu’on fait – celui que toi, tu fais avec les managers et que moi, je fais avec les parents – quelque part, c’est comment on peut les aider à prendre des risques dans un contexte sécurisé.

C’est-à-dire que notre accompagnement, notre présence c’est leur dire : « OK, là, vous êtes dans une impasse, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Pour s’en sortir, il va falloir expérimenter autre chose, parce que si vous continuez à faire la même chose, ben, vous aurez le même résultat, en pire. Mais y a une prise de risque. Changer de, d’ornière, changer de chemin, c’est une prise de risque. On sait pas où ça va déboucher. Est-ce que, est-ce qu’on doit y aller ? Est-ce qu’on peut y aller ? Quel risque on prend ? »

Moi, je conçois mon travail d’accompagnement parental comme ça : je suis là pour sécuriser cette prise de risque, la réduire le plus possible, mais je peux pas la supprimer complètement. Je ne peux pas garantir que si on fait autrement, ça va bien se passer.

Qu’en penses-tu ?

Sandrine : je préciserais quand même que, si les gens décident de continuer à faire plus de la même chose parce que le travail sur les risques leur fait dire : « Non changer, vraiment, ça m’irait pas. », c’est tout à fait OK.

Enfin, je veux dire, c’est leur vie, c’est eux qui gèrent ça. Et notre travail, c’est d’amener les gens à faire un vrai choix entre des voies, qui ont toutes les deux des bénéfices et des risques, des avantages et des inconvénients.

Quand on est coincé dans une voie et qu’on a l’impression que on peut pas faire autrement, là, c’est très douloureux. Quand on a le choix, on peut choisir une voie qui a beaucoup d’inconvénients si on a le sentiment que l’autre serait encore pire.

Donc y a pas de jugement de valeur sur y a une voie qui est meilleure que l’autre, mais c’est vraiment amener les gens à prendre une décision en connaissance de cause.

(ce qui me fait penser à cet article : comment prendre une décision ?)

Sandrine : simplement imaginer, réfléchir aux risques peut suffire. Mais souvent, les gens ont besoin d’expérimenter. Ce genre de décision ne se prend pas que avec sa tête. C’est-à-dire qu’on a besoin d’expérimenter les inconvénients pour prendre une décision. Progressivement certes mais pour voir dans quelle mesure ils sont supportables et acceptables pour moi.

Et, et je pense que ça, c’est aussi important de le dire parce que ça revient sur l’importance de l’expérimentation.

On ne peut pas décider juste comme ça avec sa tête que ça va aller. Non, c’est pas comme ça que ça marche.

Sandrine : Est-ce qu’il y a quelque chose que toi, t’aurais envie de, d’ajouter peut-être pour conclure, euh, cet épisode ?

Sandrine : Je, je voulais revenir sur une situation que j’ai vécue à titre personnel. Ma fille avait 18 mois et on avait des jeux pour enfants au village d’à côté.

Ma fille a 20 ans maintenant, et les jeux de l’époque, c’était sans doute beaucoup moins sécurisé que maintenant.

Donc il y avait un passage en hauteur avec juste une petite cordelette. Ele passait là-dessus en se tenant mais pouvait chûter. Elle était ravie et moi, j’étais assise sur mon banc, je la regardais, mais j’étais à distance. Et un jour, j’ai une amie qui me dit : « Mais tu vas pas à côté d’elle pour la sécuriser ? Tu te rends compte si elle tombe et qu’elle est défigurée ? »
Et je lui avais dit : « oui, ce serait dramatique ». Mais je lui avais répondu aussi : « Et si elle ne tombe pas ? »

Mon intention était de souligner que ça vaut la peine aussi de mesurer les risques qu’on prend en protégeant et en contrôlant.

Ces risques souvent, on ne les souligne absolument pas. On nous vante les mérites de la protection et du contrôle, mais on nous parle pas des mérites du recul.

Et je pense que s’il y a une leçon à retenir autour de la prise de risque, elle est là.

Je ne sais pas si c’est un lien direct de cause à effet, mais j’ai une fille qui est un peu aventurière dans l’âme et qui fait des choses qui sortent un peu de la routine.

Ancore une fois, attention : j’ai aussi eu la chance, parce qu’il y a une part de chance dans cette histoire, qu’il ne leur arrive rien de grave, qu’ils aient les capacités de rebondir, etc.

Donc encore une fois, je voudrais pas dire c’est LA seule bonne façon de faire, mais c’est hyper important de garder ça en tête dans l’interaction avec ses enfants.

Merci Cécile. Je pense que c’était riche. J’espère que vous qui nous écoutez, vous allez apprécier vous aussi le contenu de cet épisode. N’hésitez pas si vous avez des retours ou des questions.

Pour finir …

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Sandrine Donzel

Parentalité, couple, communication, développement personnel ? Votre vie ne ressemble pas à ce qui est décrit dans les livres ? Pas de panique et bienvenue dans la VRAIE VIE, celle qui est abordée sur ce blog ! Je vous y propose des outils concrets, pragmatiques et REALISTES pour répondre à vos interrogations. Bonne lecture !

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