Sortir de l’anxiété parentale : quand la surveillance et le contrôle ne rassurent plus
La peur est une émotion centrale dans la parentalité. On a peur que nos enfants ne soient pas prêts pour la vie. On a peur qu’ils souffrent. On a peur de les abîmer. Et cette peur nous conduit à des attitudes souvent utiles et efficaces … mais parfois contre productives. Dans cet épisode je vous propose de comprendre les mécanismes de la peur mais aussi d’apprendre à discerner ce qui est utile et efficace de qui devient problématique.
Allez zou, c’est parti pour un nouvel épisode de « Du Côté des Parents ! ».
EP.42 Sortir de l'anxiété parentale – Du côté des parents !
Oui c’est normal de s’inquiéter pour ses enfants !
Oui la peur est une émotion centrale dans la parentalité. Elle est souvent très présente. Et les parents entendent souvent des conseils du type : « Vous êtes trop anxieux », « Il faut vous détendre ».
C’est absurde : les parents ne choisissent pas d’avoir peur !
Et la peur n’est pas un défaut, c’est la contrepartie directe de l’amour qu’on porte à ses enfants.
Quand on aime quelqu’un, on veut lui éviter les problèmes. On aimerait que la vie lui soit douce, on voudrait que cette personne soit bien préparée pour affronter la vie.
Plus on aime quelqu’un, plus on sera sensible à ce qu’il vit, plus on va réagir lorsqu’il semble menacé par des problèmes.
Et cette peur est utile : elle nous alerte, elle nous dit « Attention, il y a un risque, prépare-toi ». Elle nous invite à mieux mesurer les risques et à chercher comment nous en prémunir.
Si votre enfant a 3 ans, il ne maîtrise pas la route. Votre peur vous dit de lui tenir la main et c’est indispensable !
Si votre enfant n’apprécie pas le travail scolaire, votre peur vous dit de l’accompagner pour lui donner le goût de l’effort. C’est utile.
Donc je le redis : la peur n’est pas le problème.
La peur nous amène à agir pour nous prémunir des risques et c’est tant mieux !
La peur nous amène donc à mettre en place des stratégies : interdire, contrôler, intervenir, accompagner, etc
Si vous avez envie que votre enfant aime l’école, vous pouvez avoir envie d’être très présent autour de ce sujet, de l’accompagner dans son travail scolaire.
Si vous craignez que votre enfant ait des difficultés relationnelles et qu’il en souffre, si vous trouvez votre enfant sensible ou maladroit relationnellement, là aussi vous pouvez avoir envie de l’aider lui donnant des conseils ou en intervenant dans ses relations : vous appelez les autres parents, vous demandez aux autres enfants d’être plus sympas, vous forcez les invitations, vous sollicitez les enfants de vos amis pour intégrer votre enfant, en leur demandant d’être un peu tolérant et sympa avec lui.
Vous pouvez craindre des risques lors des déplacements autonomes ou lors des navigations sur Internet et donc géolocaliser votre enfant, surveiller ce qu’il échange de près (accès à ses messageries privées, contrôle de l’historique internet, etc).
Aucune de ces stratégies n’est un problème en soi non plus. Elles peuvent être utiles selon les compétences de l’enfant, le risque considéré, etc.
Ou plus justement : elles ne sont pas un problème … tant qu’elles fonctionnent !
En effet, votre présence peut aider votre enfant a prendre goût au travail scolaire, ou en tout cas l’aider à intégrer que c’est important.
Vos interventions peuvent aider votre enfant à surmonter sa timidité ou ses réticences face aux autres. Ou tout simplement à modifier ses comportements maladroits.
Votre surveillance peut aider votre enfant qui va bénéficier de votre support pour mieux gérer les difficultés qu’il rencontre ou lui apprendre à mieux les détecter.
La survalorisation des attitudes de contrôle face à la peur
Le problème, c’est quand ces tentatives pour résoudre le problème – c’est à dire pour nous rassurer finalement – finissent par créer plus de problèmes qu’elles n’en résolvent.
Je voudrais d’abord souligner que nous vivons dans une société qui survalorise le contrôle et la protection, souvent au détriment de toute autre attitude, notamment responsabilisation et autonomisation.
Les attitudes de contrôle, de protection – c’est à dire la volonté d’éliminer tout risque – sont tellement valorisées qu’on ne parle jamais de leurs inconvénients.
Il existe en effet une illusion dans la parentalité qui consiste à croire que l’enfant est de la pâte à modeler. Que si on s’y prend bien, on peut tout maîtriser et qu’il va forcément rentrer dans le cadre qu’on a prévu pour lui (illlusion très entretenue sociétalement).
Or c’est faux ! Les enfants ne se laissent pas modeler comme cela.
Et c’est tant mieux ! Cela prouve que l’enfant a aussi sa personnalité et l’envie de choisir ce qu’il fait de sa vie.
Oui les parents peuvent influencer leurs enfants … mais non ils n’ont pas le contrôle pour déterminer comment leur enfant va se comporter.
J’en ai déjà parlé dans l’épisode 36 sur l’illusion du contrôle.
Mais cette croyance nous rassure : on a l’impression qu’on va pouvoir éviter des problèmes à nos enfants.
Ce qui renforce donc à nos yeux l’attrait pour les attitudes actives comme le contrôle, l’interdiction, face au risque
Quand nos stratégies pour nous rassurer aggravent le problème
Malheureusement, quand on essaie de contrôler l’incontrôlable, on entre dans un cercle vicieux :
J’ai peur → Je contrôle pour me rassurer.
Mais parfois le contrôle ne permet pas à l’enfant d’acquérir son indépendance ou l’amène à s’opposer en adoptant des attitudes rebelles → Ma peur augmente.
Puisque ma peur augmente, je contrôle encore plus → je renforce la dépendance ou le manque d’autonomie ou la rébellion selon les cas, sans succès.
→ et donc ma peur augmente.
Regardons les trois situations concrètes que j’ai déjà évoquées au début de cet épisode et voyons comment ce basculement peut se produire :
L’école et les devoirs : votre aide, votre surveillance, vos interventions, au début, ça aide. Mais si vous continuez alors que l’enfant pourrait faire seul, ce que l’enfant reçoit comme message, ça peut être : « Tu n’es pas capable de faire ça tout seul ». Résultat ? Il perd confiance en lui.
Il peut aussi recevoir le message : « le travail scolaire, c’est la responsabilité des parents ». Même si vous lui dites haut et fort que c’est son avenir qui est en jeu, ce sont vos actes qui comptent le plus : quand vous prenez en charge à sa place, vous lui dites qu’il n’a pas de raisons de se mobiliser et que vous serez là pour pallier aux conséquences. Résultat : il ne s’approprie pas la motivation et reste passif.
Dans les 2 cas, cela a évidemment pour conséquence de vous inquiéter encore davantage et donc de vous amener à renforcer votre présence, ce qui renforce aussi sa démotivation ou sa perte de confiance.
Les amis et les relations : Comme je le disais, parfois, ça débloque une situation. Mais si vous le faites systématiquement sur le long terme, le message devient : « Tu ne sais pas gérer tes relations tout seul ». Ce qui n’est évidemment pas bon pour sa confiance ne lui.
Vous pouvez aussi sans le vouloir le priver d’expériences utiles.
Oui, se faire rejeter, c’est douloureux. Mais c’est aussi comme ça qu’on apprend à négocier, à rebondir, à affiner ses compétences sociales.
Si vous aplanissez tout, l’enfant reste en position de victime sans armes. Et vous risquez de devoir intervenir de plus en plus.
La sécurité et la confiance : la surveillance peuvent donner une impression de sécurité, en rassurant parents et enfants. Mais cela envoie aussi un message assez étrange : « si je t’aime j’ai le droit de te surveiller », qui peut potentiellement poser problème dans d’autres relations (de couple notamment).
Cette surveillance engendre fréquemment de la colère du fait de la privation d’intimité associée. Colère qui conduit à des conduites de dissimulation, de mensonge, interprêtées en général par les adultes comme la preuve que l’enfant concerné n’est pas digne de confiance et ne se rend pas compte … Interprétation augmentant la peur et conduisant à renforcer le contrôle. On est là encore en plein coeur du cercle vicieux.
Et cela peut envoyer aussi le message d’un manque de confiance dans l’enfant et ses compétences, donc là encore un message dévalorisant disant « tu n’es pas capable ».
Souvent, les parents me disent : « mais si, je fais confiance à mon enfant. C’est les autres en qui je n’ai pas confiance. Les amis, la rue, la société ».
Mais en réalité, dire « Je ne fais pas confiance aux autres », ça se traduit en réalité par : « Je ne fais pas confiance à la capacité de mon enfant à repérer les risques. ». Ça veut dire : « Je doute qu’il sache détecter les situations à risques, je doute qu’il sache dire non, qu’il sache partir, qu’il sache réagir si ça dérape ».
Quel que soit la dangerosité du milieu extérieur l’objectif de l’éducation est d’apprendre à l’enfant à détecter les risques et à savoir les éviter ou les gérer s’il y est confronté.
Si vous interdisez les fréquentations ou surveillez chaque sortie par peur des « autres », l’enfant ne développe pas son propre radar. Il reste naïf d’une certaine manière et moins bien éuipé.
Ou alors, il se rebelle. Il prend des risques juste pour retrouver de la liberté, ou pour vous prouver que vous vous trompez. Résultat : vous devez maintenir une vigilance totale. Vous ne pouvez jamais relâcher la pression parce que vous savez qu’il n’a pas appris à se protéger seul.
Comment savoir si on est dans le piège de notre peur ?
Autrement dit : comment faire la différence entre une protection utile et une stratégie qui bloque ?
Il y a 2 aspects à regarder :
- Côté parent : est-ce que mon angoisse diminue avec le temps ? Ou est-ce que je me sens toujours aussi stressé-e, voire plus, malgré tous mes efforts ? Si votre niveau de peur augmente ou stagne en restant élevé, c’est que la stratégie ne vous rassure pas vraiment et qu’il va surement falloir en changer.
- Côté enfant : est-ce que je le vois gagner en autonomie ? Prend-il des initiatives ? Ou est-ce qu’il stagne, qu’il perd de plus en plus confiance, ou qu’il devient de plus en plus opposant et conflictuel ? Si l’enfant ne progresse pas, ou s’il se braque systématiquement, c’est le signe que sans doute vos interventions – même bien intentionnées et utiles au départ – touchent à leurs limites.
Si la réponse est « mon angoisse monte » et « mon enfant stagne ou se braque », alors ce qui était une solution au départ est probablement devenu une partie du problème. Il faut changer de fusil d’épaule.
Et comment on s’en sort ???
C’est là que ça se corse !
Changer de stratégie fait peur. Vraiment peur.
Si vous arrêtez de contrôler, l’enfant va peut-être se planter. Il va peut-être avoir une mauvaise note. Il va peut-être vivre un rejet. Notre imagination va nous montrer des scénarios catastrophes qui nous font vraiment flipper +++.
Mais rester dans une stratégie qui ne marche pas, c’est aussi garantir l’échec à long terme. Et ça aussi ça fait peur.
Je vous propose de vous poser cette question : « Quel est le plus petit risque que je suis prêt(e) à prendre aujourd’hui ? »
Peut-être est-ce ne pas corriger une faute dans son cahier. Peut-être est-ce le laisser gérer un petit conflit avec un copain sans appeler la mère. Peut-être est-ce le laisser rentrer seul d’une sortie, même si vous avez peur des « autres ».
Testez ce tout petit pas. Observez ce qui se passe.
Parfois, la peur est trop forte et faire ce petit pas tout seul reste extrèmement difficile. Dans ces cas-là, se faire accompagner est utile. Un regard extérieur permet de mieux comprendre ce qui rend la peur si bloquante, de tester des changements concrets, en sécurité, sans se laisser envahir par la panique.
L’objectif n’est pas de devenir un parent qui n’a pas peur. C’est impossible, ce serait même dangereux. L’objectif est de devenir un parent dont la peur n’empêche pas l’enfant de grandir.
Pour aller plus loin au sujet de la peur :
- l’épisode sur les peurs des enfants, enregistré avec Marina Blanchart parce que les mécanismes des peurs ne sont pas différents entre enfants et adultes
- La peur signal d’alarme, un article pour comprendre l’utilité de la peur et des stratégies pour la réguler
- des livres pour comprendre la peur :
- « Dépasser les limites de la peur » de Giorgio Nardone : comprendre la peur pathologique pour mieux la surmonter
- « peurs, paniques, phobies » de Giorgio Nardone
Pour finir …
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