« Oui mais maman tu travailles moins que papa » : une occasion de mieux comprendre ses émotions

« Oui mais maman tu travailles moins que papa.«  Quand mon fils a prononcé cette phrase il y a quelques jours, j’ai senti la RAGE monter. J’étais furieuse ! Et j’avais une FURIEUSE envie de me justifier : « Comment ça je travaille moins que papa ? C’est même pas vrai !!! » et de le démontrer par A + B en alignant des chiffres. Mais je ne l’ai pas fait. J’ai décidé de prendre le temps de répondre, et non de réagir.

Se reconnecter à ses émotions pour se retrouver

Depuis quelques semaines, j’ai en effet décidé que chacune de mes émotions marquantes était une excellente opportunité de me retrouver, de me reconnecter à ce qui compte pour moi. Et là, c’est une occasion en or ! Donc stop à la défense et construisons sur ça.

Etape 1 = s’exercer à identifier ses sensations émotionnelles et à les nommer pour ne pas passer à côté (je suis furieuse, les mâchoires et les poings se serrent chez moi. Et chez vous c’est comment ?).

Etape 2 = DECIDER de ne pas être dans la réaction mais d’apprendre quelque chose de la situation. Autrement dit : laissser le temps au problème de décanter.

Alors allons-y : je vous partage mon processus de réflexion et où il m’a mené, je suis sûre qu’il va parler à beaucoup d’entre vous 😊.

Note : cet article est le 3e d’une série où je parle de comment j’essaie de me retrouver après m’être perdue en devenant mère. Je vous donne la liste des autres articles à la fin de celui-ci.

Se reconnecter oui … mais ça ne suffit pas : encore faut-il COMPRENDRE SES EMOTIONS !

Pour ne rien vous cacher, ça m’a pris 3 jours. Pas 3 jours à me prendre la tête non stop mais 3 jours où, tous les matins, je me suis mise devant mon cahier et où je me suis forcée à répondre à la question « Quel est le problème ?« . Je voulais le poser clairement pour 2 raisons :

  • pour identifier vraiment ce qui ne me convient pas, ce dont j’ai envie (dans la démarche de me retrouver)
  • pour pouvoir formuler une vraie demande, et non me défendre (ce qui ne fait qu’entretenir le problème)

Etape 3 = Décider d’être honnête avec soi-mêmejusqu’au bout

Etape 4 = se poser les bonnes questions : quel est le problème vraiment ? et quelle est ma demande aux autres ?

Après avoir bataillé sur « ce n’est pas vrai ! Je travaille autant que papa« , j’ai fini par reconnaitre intérieurement que « oui, c’est vrai, je travaille moins que papa« . Et admettre ça me fait bien ch***.

Pourquoi ça m’agace autant : parce que si je travaille « moins que papa », ce n’est pas vraiment un choix assumé de ma part.

Tout ce qui réduit mon temps de travail tient en 2 mots : les enfants.

Pendant le confinement, je suis presque toujours restée dans le salon avec les enfants alors que mon mari allait dans son bureau. J’ai donc beaucoup été interrompue. Les après-midis j’ai passé beaucoup de temps à organiser des jeux, des activités, à les solliciter pour faire autre chose que des écrans. Donc oui j’ai clairement moins travaillé que leur père. Mon fils m’a même clairement dit « quand tu es avec nous dans le salon, c’est comme si tu ne travaillais pas.« .

A noter : je ne suis pas la seule : 47% des femmes ont passé + de 4 heures par jour à s’occuper de leurs enfants pendant le confinement contre seulement 26% des hommes. Un article super intéressant à lire à ce sujet ici.

Purée, comprendre ses émotions pour arriver au constat que je me suis faite piéger par les stéréotypes de genre !

Et avant le confinement ou dans cette période post-confinement c’est comment ? Pareil ! Le jour où j’ai réalisé ça, j’ai pris mon agenda pour regarder les jours suivants. J’ai compté et recompté : la charge liée directement aux enfants était de …

4 à 5 h sur 3 jours

(Pan, prends-toi ça dans ta face de féministe !)

Oui vous avez bien lu : 4 à 5 heures en 3 jours, 4 à 5 heures pendant lesquelles je ne peux évidemment pas travailler. Je ne parle pas de cuisiner, de faire les courses, le ménage, les lessives. Heureusement d’ailleurs que mon mari prend tout ça très bien en charge en grande partie, sinon je pourrai facilement doubler ce temps.

Je parle des trajets pour les emmener au club ado, du temps pour les inscrire à des activités, du temps pour prendre des rendez-vous (coiffeur, dentiste, médecin, etc), du temps pour les emmener aux rendez-vous, imprimer les papiers pour les inscriptions, remplir les formulaires papier et Internet (les mêmes mais faut les faire en double !!!), répondre aux invitations des copains, … Toute la charge de la vie sociale de la famille repose sur moi.

J’étais d’autant plus furieuse que nos finances ne sont pas très reluisantes (je gagne le SMIC). Que mon fils m’avait reproché 2 jours avant que son vélo était pourri, que sa console est un vieux truc et que c’est son meilleur pote qui lui a donné son smartphone alors que celui que nous lui avions fourni était tout pourri. Que ma fille ne se plaint de rien mais que je freine sur beaucoup de sorties et activités qu’elle aimerait faire (escalade, tir à l’arc, etc) pour des raisons financières.

Oui, vraiment furieuse parce que, après tout, si je passais plus de temps à travailler, je pourrai surement finir mon livre, lancer des ebooks et programmes sur Internet, etc … et donc potentiellement gagner beaucoup plus.

Bref, à ce stade, j’avais juste envie de leur dire « allez tous vous faire foutre, je vais partir 6 mois à l’autre bout du monde et vous allez voir ce qu’il se passe quand je ne suis pas là. ». Mais écrire ça ne me soulageait pas du tout : ça ne sonnait pas juste. J’ai adouci un peu mes termes en disant que, sur les 3 jours en questions, je ne m’occuperai de rien et que je m’enfermerai dans mon bureau de 8h30 à 19h et que ce serait à eux (mes enfants et leur père) de se débrouiller.

Mais ça non plus, ça ne sonnait pas juste. C’était juste une version édulcorée du « allez vous faire foutre !« .

Comprendre ses émotions, ça sert à construire une réponse, pas à réagir

Donc là, nouvelle question : « qu’est-ce qui fait que ça ne sonne pas juste ? » … D’abord je n’ai pas ENVIE de laisser tomber l’organisation de la vie sociale et la santé de la famille. C’est important pour les enfants, j’aime participer à certaines activités, organiser des sorties et des repas avec des amis. Bref, pour la femme et la mère que je suis, ça compte : j’ai envie que mes enfants aient une vie riche, rencontrent du monde, découvrent des tas de choses. Impossible de renoncer à ça.

Ensuite, je ne veux pas « faire mal » aux autres pour qu’ils changent. Je veux assumer mes choix et rendre les autres responsables des leurs. (note : réfléchir sur ce problème commence à dessiner plus clairement la personne que je veux vraiment être).

Etape 5 = apprendre sur soi et identifier ce qui est vraiment important pour nous (c’est là où on commence à se retrouver … ou en tout cas à décider VRAIMENT qui on a envie d’être pour la suite)

Je me suis aussi posé une question très importante : « Ai-je une demande à leur formuler ?« . La réponse était non, même pas à mon mari. Je suis arrivée à une formulation avec laquelle je me sentais posée intérieurement, qui sonnait juste :

Oui je travaille moins que papa. C’est souvent parce que, quand papa travaille, il est généralement sûr d’être payé (il a déjà signé le contrat) alors que moi, je ne suis pas sûre (c’est pour lancer un truc mais je ne sais pas si ça va se vendre ou pas). Et si je travaille moins, ce n’est pas pour me tourner les pouces à ne rien faire : c’est pour m’occuper de la vie de famille (organiser les activités, m’occuper des devoirs, etc).

Je n’ai pas envie de renoncer à organiser ces activités. Je vous demande juste de bien réfléchir chacun à votre part de responsabilité dans le fait que j’aie à passer autant de temps à gérer ça.

Je n’attends pas de solutions immédiate, j’ai juste besoin que vous le sachiez.

A noter : se demander si on a une demande, c’est O-BLI-GA-TOI-RE. Si vous n’arrivez pas à formuler une demande précise et claire (et accessible pour l’autre), c’est que le problème n’est pas encore assez clair. J’en avais parlé ici.

Sur ce chemin pour me retrouver, je m’oblige à être plus honnête avec moi-même : cette formulation sonne-t-elle juste pour moi ? Je me sens apaisée avec ou bien ça tire encore un peu à l’intérieur ? Tant que le problème n’est pas clair, j’insiste sans forcer (c’est aussi mon travail en accompagnement, ça facilite un peu les choses quand même !).

J’ai posé le constat en famille. Je me suis sentie tout à fait sereine, pas du tout dans l’agressivité (normal puisque 1 – j’étais dans la réponse et non dans la réaction et 2 – j’étais au clair avec l’idée que je n’avais pas de demande concrète).

Ca m’a fait beaucoup de bien. Les enfants ont écouté avec attention, sans chercher à se défendre (logique : je n’exigeais rien d’eux et j’étais posée). Ca les a fait réfléchir. Mon mari a spontanément proposé de prendre en charge certaines des taches prévues.

Et une fois qu’on a compris ses émotions, ça change quoi ?

Je suis aussi plus attentive à mes choix au quotidien. J’avais déjà commencé la même attitude dans le travail, pour alléger un peu mon agenda (j’en avais parlé dans une des anciennes newsletters, vous pouvez y accéder en vous abonnant).

Je me sens beaucoup plus sereine et posée, plus tranquille aussi. Je m’énerve moins pour des broutilles. Je reste attentive à ce que je ressens, je garde l’exigence d’être honnête.

La suite au prochain problème ! (le prochain article sera surement de la manière toute pourrie dont je me fixe des objectifs et de l’impact que ça a).

J’attends avec impatience vos commentaires, réactions, critiques, questions ! Ca me fera plaisir de voir ce que vous retirez de mon partage.

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Sandrine Donzel

Parentalité, couple, communication, développement personnel ? Votre vie ne ressemble pas à ce qui est décrit dans les livres ? Pas de panique et bienvenue dans la VRAIE VIE, celle qui est abordée sur ce blog ! Je vous y propose des outils concrets, pragmatiques et REALISTES pour répondre à vos interrogations. Bonne lecture !

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4 thoughts on “« Oui mais maman tu travailles moins que papa » : une occasion de mieux comprendre ses émotions

  • 20 juillet 2020 à 14:57
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    Oh, Sandrine, c’est tellement ça ! Merci de l’avoir bien expliqué. En effet on doit être pas mal de personnes dans ce cas, et moi qui suis aussi à mon compte (de même que mon homme), eh bien si j’avais pris la peine de réfléchir posément, j’en serais arrivée à la même conclusion. (Disons que je l’avais déjà fait, mais pas à ce point.)
    D’ailleurs, pour le fait que ce sont aussi des “tâches“ qui m’importent et que je considère comme une base pour le développement harmonieux de mes enfants, je n’ai pas non plus envie de les laisser tomber, et délègue déjà beaucoup à mon mari (pour ça, on fonctionne en belle équipe).
    Ce qui m’a paru le plus intéressant, c’est le fait de le formuler et de l’exposer à la famille. Et effectivement, si demande à faire il y a, il est primordial de l’exprimer aussi. Je pense que je vais suivre ce bel exemple et faire de mon mieux pour l’exposer en famille à un moment adéquat. Merci encore !

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    • 20 juillet 2020 à 14:59
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      déléguer n’est pas un mot très juste :-). Déléguer, ça veut dire que celui qui délègue est le responsable et l’autre l’exécutant.
      Il ne s’agit donc pas de déléguer mais que chacun fasse sa part.

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  • 21 juillet 2020 à 10:57
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    Il y a plusieurs aspects très différents qui me viennent à l’esprit en lisant cet article:
    -c’est tellement injuste moralement que tu ne gagnes que le smic pour tout ce que tu fais, c’est d’utilité publique ton activité !!
    -je suis étonnée de voir toute l’ampleur de la charge mentale pour organiser la vie quotidienne avec des enfants ados. Moi qui espérais que, au fur et à mesure qu’ils gagnent en autonomie, cela s’allège, me voilà tombée des nues 🙂
    -pour ce qui est des raisons pour lesquelles tu as pris spontanément en charge une telle proportion la gestion des enfants pendant le confinement, je peux t’assurer que le raisonnement opposé amène au même résultat… 🙂 Explication: chez nous c’est moi qui ai le revenu le plus élevé et le plus « safe ». Que je performe moins bien sur 6 mois – 1 an ne changerait rien à mes conditions de travail. Mon conjoint, à son compte, devant constamment « faire ses preuves » pour maintenir ses contrats, garder ses clients et donc sa rémunération, fût-elle nettement moins élevée que la mienne, j’ai spontanément eu la même réaction que toi, mais pour des raisons complètement opposées. Et ceci tout en essayant bien sûr de garder la même qualité dans mon travail qu’avant le confinement, conditionnement social oblige. Je pense qu’il y aurait donc de nouveau à creuser ici au niveau des stéréotypes hommes-femmes dans notre société…

    Bref, merci encore pour cet article qui donne de nouveau tant à réfléchir…

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    • 22 juillet 2020 à 13:27
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      Merci pour le « d’utilité publique » 😀 !
      Et la charge mentale, oui typiquement, c’est une question de stérétotypes.

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