L’empathie aide-t-elle vraiment à gérer ses émotions ?

Si vous me suivez depuis quelque temps, vous avez peut-être eu l’impression, à force de m’entendre parler des limites de l’attention aux émotions, que je minimisais l’importance de l’empathie. Que l’accueil des émotions était devenu secondaire.

Rien n’est plus faux.

Celles et ceux qui me suivent depuis longtemps, qui ont lu mes anciens articles de blog, le savent : l’empathie reste pour moi la pierre angulaire de toute relation, et particulièrement de la relation à l’enfant. C’est même la toute première attitude à adopter face à une manifestation émotionnelle.

Alors je veux repréciser ce qu’est l’empathie, et ce qu’elle n’est pas.

EP.37 L'empathie aide-t-elle vraiment à gérer ses émotions ? Du côté des parents !

L'empathie est-elle un outil pour apaiser les émotions ?Cette quête de l’apaisement est-elle vraiment le but de l’empathie ? Ou serait-elle au contraire la source de malentendus qui bloquent la vraie gestion émotionnelle ?Dans cet épisode, je vous propose de prendre un pas de côté pour :Comprendre l’illusion de la réparation : Pourquoi chercher à « solutionner » l’émotion nous fait sortir de l’écoute active.Identifier les pièges de l'empathie le vrai rôle de l'empathieUn épisode pour découvrir que le vrai pouvoir de l’empathie n’est pas d'apaiser les émotions … et que c'est bien comme ça !— 🔗 LIENS ET RESSOURCES 🔗 —-mon blog pour toutes les ressources de l'épisode et une retranscription complète : https://blog.scommc.fr/lempathie-aide-t-elle-vraiment-a-gerer-ses-emotions/Vous abonner à ma newsletter :⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠ https://blog.scommc.fr/la-newsletter-du-podcast-du-cote-des-parents/⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Pour en savoir plus sur mon travail (conférences, formations et accompagnements) :⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://scommc.fr/⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Pour faire un don :⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠ https://bit.ly/donducotedesparents⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠— 📩 POUR ME CONTACTER 📩 —-par mail : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠sandrine@scommc.fr⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠sur Facebook : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Sandrine Donzel – S Comm C⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠sur Instagram : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Sandrine Donzel⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠sur LinkedIn : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Sandrine Donzel⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠— CREDITS —–Musique : Guiton Sketch de Kevin MacLeod , licence : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Source : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠http://incompetech.com/music/royalty-free/index.html?isrc=USUAN1100473⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Artiste : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠http://incompetech.com/⁠

Dans cet épisode, je veux donc revenir sur les bases :

  • Qu’est-ce que l’empathie, vraiment ?
  • Comment s’exprime-t-elle concrètement ?
  • Et surtout, qu’est-ce qu’elle n’est pas ? et comment, parfois, croyons-nous écouter alors que nous faisons tout sauf écouter justement ?

Pour vous expliquer tout ça, je vais reprendre une image que j’utilise extrêmement souvent dans mes conférences et mes accompagnements, celle du ballon émotionnel. Et pour cela je vais vous faire vivre une situation émotionnelle et de l’écoute ainsi que de la non écoute !

Installez-vous confortablement, on commence.

Quand l’émotion nous envahit

Imaginez le scénario suivant : vous passez une journée horrible, une de ces journées où tout s’enchaîne et semble tourner mal. Vous courez partout, il y a des imprévus, vous vous êtes fait enguirlander par votre patron ou un client ou un collègue. Tout va de travers et avant midi vous en avez déjà ras le bol.

Vous avez à peine eu le temps de manger à midi tellement tout se bouscule. Bref, vous êtes à bout …

Pour tenir le coup, vous raccrochez à une idée : ce soir, en rentrant, vous irez acheter votre gâteau au chocolat préféré. Celui de votre pâtisserie favorite.

Ce gâteau, c’est votre promesse de réconfort. C’est ce qui doit vous permettre de clore cette mauvaise journée sur une note un peu plus douce.

La journée se termine enfin. Vous sortez du travail, un peu fatigué(e) mais avec l’espoir du réconfort que va vous apporter votre gateau. Vous allez dans la pâtisserie, vous faites la queue, et enfin, c’est à votre tour. Vous demandez votre fameux gâteau au chocolat. Et là, la vendeuse vous répond : « ah, désolée, on n’en a plus. »

A cet instant précis, que se passe-t-il ?

Vous venez de voir votre espoir de réconfort anéanti en une fraction de seconde, ce qui ne fait que confirmer que cette journée est vraiment pourrie de chez pourrie. Vous ressentez donc quelque chose entre la déception, la frustration, la colère, le sentiment d’injustice (selon ce que vous avez vécu jusque là et selon votre tempérament et/ou votre vision du monde).

Si votre journée avait été normale, l’intensité de cette émotion aurait été faible. Parfois tellement faible que vous ne la percevez même pas (même si elle existe). Et vous auriez alors probablement haussé les épaules : « Ah, tant pis, je vais prendre une tarte au citron ».

Mais là, votre journée a été horrible. Et vous avez atteint les limites de ce que vous êtes capable d’encaisser. Et il est donc tout à fait possible que l’intensité de ce que vous allez ressentir vous amène à vous comporter d’une manière qui peut être considérée comme irrationnelle ou déraisonnable.

Le ballon émotionnel, une image pour comprendre l’envahissement émotionnel

Je fais ici un lien direct avec un concept que j’ai détaillé dans plusieurs articles sur mon blog : le ballon émotionnel.

Cette image n’est pas de moi, elle est développée par Thomas Gordon dans le livre « Leaders efficaces« .

Pour faire simple, imaginez que notre tête contient deux zones.

En bas, les émotions liées à la survie individuelle, à nos besoins personnels.

En haut, les émotions liées à l’adaptation dans le groupe, celles qui nous permettent de nous conduire d’une façon socialement adaptée.

(Thomas Gordon parle d’intellect en haut et d’émotions en bas mais cette distinction n’a en réalité aucun sens, ce sont bien 2 familles d’émotions différentes.

Quand tout va bien, le ballon est équilibré. On peut réfléchir, on peut comprendre les autres. On peut se comporter d’une manière jugée rationnelle et raisonnable.

Mais quand on accumule les stress, les frustrations, les inquiétudes, comme dans notre journée pourrie, la partie basse du ballon gonfle, gonfle … jusqu’à prendre toute la place.

La partie haute, celle de la raison en quelque sorte, est écrasée. Elle devient inaccessible.

Dans cet état, face à l’absence de ce gâteau, il est tout à fait probable que vous vous effondriez en larmes. Ou que vous vous énerviez contre la vendeuse, qui, objectivement, n’y est pour rien.

C’est irrationnel ? Oui … mais c’est humain.

Quand Le « ballon » déborde, nous sommes beaucoup moins en capacité de nous comporter conformément aux règles sociales ou d’adopter un comportement que nous jugeons rationnel ou raisonnable.

En tant qu’adultes, il nous en faut souvent beaucoup pour en arriver là parce que nous avons plus d’expérience. Nous avons plus de stratégies et de techniques pour réguler nos émotions que les enfants ; nous avons plus de capacités à nous projeter et à relativiser (du fait de notre expérience justement).

Pour les tous petits enfants, cet envahissement émotionnel est donc souvent quasi instantané justement parce qu’ils n’ont pas encore acquis ces compétences de régulation.

Et c’est donc ici que je vais parler d’empathie … parce que l’empathie est la 1e étape pour pouvoir revenir à un état émotionnel plus stable, dans lequel on a accès à des ressources qui ne sont pas disponibles quand on est envahis émotionnellement …

Qu’est-ce que l’empathie ?

Pour bien comprendre les effets de l’empathie – et du manque d’empathie – cela je vais vous les faire vivre.

Revenons dans notre patisserie. Vous êtes dans un très mauvais jour, votre ballon émotionnel est bien chargé, vous commencez à pleurer ou à vous énerver et vous plaindre.

Imaginons que vous ne soyez pas seul(e) dans cette pâtisserie. Une personne est avec vous : un ami, un conjoint, un collègue. Cette personne vous voit déçu(e), peut-être au bord des larmes, peut-être très en colère.

Imaginons que cette personne choisisse de rationaliser : « Oh, mais tu ne vas pas nous faire un fromage pour un gâteau ! Ce n’est pas la peine de t’énerver. Prends donc une tarte au citron, c’est bon aussi les tartes au citron ! »

Que ressentez-vous à ce moment là ?

Même si, sur le fond, vous pensez que cette personne a raison, vous allez très probablement ressentir une agacement supplémentaire. Une envie de l’envoyer paître.

Pourquoi ? Pas parce qu’elle a tort sur la tarte au citron ! Mais parce que, en plus de devoir gérer la déception de devoir renoncer au réconfort espéré, vous vous retrouvez avec quelqu’un qui ne comprend rien à rien !

Il y a plein de manières de manquer d’empathie. Dans « Parents efficaces », Thomas Gordon (encore lui !) parle des 12 risques à la communication. Qui sont en réalité 12 façons de ne PAS être empathiques.

Mais dans tous les cas, le résultat est la même : à l’émotion de base que ressent la personne vient s’ajouter une émotion supplémentaire liée au fait de ne pas se sentir comprise.

Cette émotion supplémentaire peut être, selon les cas, de la frustration, de la colère, un sentiment d’injustice, de la déception, de la tristesse, ou même de l’inquiétude voir de l’angoisse.

Le manque d’empathie ne va donc pas aider la personne sous le coup d’une émotion à revenir à une attitude plus rationnelle ou raisonnable. Au contraire !!!

C’est typiquement ce que font les enfants. Quand ils sont en colère ou tristes, et qu’on leur propose une distraction, qu’on leur donne un conseil ou qu’on rationalise, ils s’agitent encore plus. Ils essaient désespérément de faire entendre que quelque chose ne va pas.

Mais alors c’est quoi exactement l’empathie – ce qu’on appelle généralement l’écoute active ? Cela consiste à montrer à la personne qu’on comprend ce qu’elle ressent, sans chercher à agir sur cette émotion.

Dans le cas de la pâtisserie et du gâteau au chocolat, ça pourrait donner quelque chose comme :

« Purée, avec la journée que tu viens de traverser, devoir en plus renoncer à ce gâteau, c’est vraiment la goutte d’eau qui fait déborder le vase ! Dure journée … »

Je le redis : il s’agit uniquement de valider l’émotion, sans chercher à agir dessus ou à changer la situation.

Qu’est-ce que ça change ?

D’une part ça évite d’ajouter une frustration supplémentaire (la frustration d’avoir avec soi quelqu’un qui ne nous comprend pas). Mais si vous prêtez attention à ce qui se passe en vous quand on fait preuve d’empathie avec vous, vous constaterez que cela vous donne le sentiment d’avoir du soutien.

La personne qui fait preuve d’empathie n’a peut-être pas de solution magique, mais au moins vous vous sentez moins seul-e.

Et l’effet de l’empathie est généralement de nous donner du courage pour surmonter la situation difficile à laquelle nous faisons face. L’empathie ne va pas faire apparaitre magiquement un gâteau ni effacer la difficulté de la journée. Simplement on se sentira un peu plus apte à réfléchir à comment réagir face à ces difficultés, ou au moins à commencer à y réfléchir.

Pourquoi est-ce qu’on manque d’empathie parfois ?

Pourquoi, même quand on connaît la théorie, on retombe si vite dans les conseils, la diversion ou l’agacement ?

C’est parce que, face à l’émotion de l’autre, nous sommes souvent pris dans l’un des deux pièges dont je vais parler maintenant.

Et dans les deux cas, nous ne sommes plus dans l’écoute.

Le premier piège : Voir l’émotion comme une souffrance à supprimer.

C’est le piège de la « bonne intention ». On aime l’autre, on ne supporte pas de le voir souffrir. Quand notre enfant pleure ou que notre conjoint est en colère, on ressent une douleur par procuration.

On n’a pas du tout envie que l’une des personnes qu’on aime le plus au monde se sente mal et on veut trouver une solution pour faire cesser ce qu’on voit comme une souffrance.

On veut « réparer » la tristesse. On se dit : « Il faut que je trouve un mot, une astuce, un objet pour qu’il ne souffre plus. ».

Mais en voulant supprimer la douleur à tout prix, on nie l’émotion elle-même. On envoie le message implicite : « Fais taire ton émotion. » tout simplement parce qu’on est à ce moment là dans la recherche de solution pour notre confort émotionnel à nous, pas pour celui de l’autre.

Je vous renvoie ici à l’article « mon enfant pleure 1 mois après la rentrée, que faire ? » où j’avais abordé les inconvénients de chercher à faire disparaitre l’émotion.

Le deuxième piège : quand l’émotion est un obstacle à notre propre agenda

C’est le piège de l’efficacité ou de la fatigue. L’enfant fait une crise ? « oui je comprends tu es frustré, mais dépêche-toi, on va être en retard à l’école ! ».

C’est aussi le piège de l’inconfort. Le conjoint se plaint de quelque chose ? On lui propose plein de solutions en espérant pouvoir rapidement passer à quelque chose de plus agréable.

Ou encore on a le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur, on se sent coupable. Quand le conjoint nous fait un reproche, on bascule en mode défensif « oui mais moi aussi j’en fais beaucoup ! » ou encore – un grand classique dans les situations de tromperie – « ce n’était qu’un coup d’un soir ».

Dans toutes ces situations, l’émotion de l’autre est vécue comme un problème à résoudre.

Alors, consciemment ou non, on cherche à faire disparaître l’émotion le plus vite possible pour retrouver notre tranquillité ou avancer dans notre to-do list.

On utilise l’écoute active mais on ajoute vite un « mais » : « tu es frustré mais il faut se préparer », « tu es fatiguée mais moi aussi », « tu te sens trahie mais en réalité ce n’est pas si grave ».

Ce qui ne fait qu’augmenter l’émotion de l’autre.

L’écoute active demande un vrai changement de posture : accepter que l’autre souffre ou soit en colère, sans essayer de le réparer immédiatement, et sans voir cette émotion comme une attaque contre notre organisation.

C’est accepter de rester dans l’inconfort un moment SANS CHERCHER A RESOUDRE LE PROBLEME (et c’est ça qui est difficile).

Ca suppose d’avoir confiance dans le fait que la personne écoutée va revenir à la raison d’elle-même. Et ce n’est pas facile.

Et si on essayait l’empathie ?

Que pourrait donner l’empathie en version parentale : Vous vous mettez à sa hauteur, vous posez une main sur son épaule et vous dites : « Oh là là… Ton camion est cassé. Tu es vraiment triste et en colère, c’était ton jouet préféré et là, il est cassé. C’est vraiment dur. »

Vous ne réparez pas le camion. Vous ne proposez pas le train. Vous nommez juste sa douleur. Et souvent, magie de l’écoute active (comme je l’explique dans mon article sur la technique), vous verrez l’enfant soupirer, se blottir contre vous, et ses larmes couler plus doucement. Il n’a plus besoin de hurler pour se faire comprendre. Il a du courage, grâce à vous, pour traverser sa tristesse.

Autre exemple classique : le coucher. Votre enfant refuse de se mettre en pyjama. Il s’agite. Au lieu de dire : « Allez, dépêche-toi, il est tard, sinon pas d’histoire ! », essayez : « Tu n’as pas envie d’arrêter de jouer, c’est ça ? Tu t’amuses bien et tu es frustré qu’on doive s’arrêter maintenant. » Reconnaître la frustration désamorce souvent la résistance bien mieux qu’un ordre.

Un autre exemple dans le couple. Vous avez géré les dossiers, les enfants, les courses. Vous aviez espéré, toute la journée, que ce soir, votre conjoint(e) s’occupe du repas pour que vous puissiez enfin souffler. C’était votre « gâteau au chocolat » de la journée. Vous arrivez à la maison, et là … rien n’est prêt. Votre conjoint est sur son téléphone ou commence tout juste à sortir les casseroles avec un air dépassé.

Quelle est la réaction classique ? Souvent, ça part en conflit. « Mais tu n’as rien fait ! Je t’avais demandé de t’en occuper ! C’est toujours pareil ! ». Et la réponse du conjoint : « Mais calme-toi, ce n’est pas la mort, on va commander une pizza, arrête de t’énerver pour rien ! » (Rationalisation/Minimisation).

Résultat : la dispute éclate. Votre ballon émotionnel explose, le sien aussi. Personne n’est entendu.

Et si on essayait l’empathie ? Si votre conjoint, voyant votre état, disait simplement : « Je vois que tu es à bout. Tu avais vraiment besoin de souffler ce soir en rentrant, tu comptais sur ce repas prêt pour te poser, et là, tu vois que rien n’est fait. Ça doit être super frustrant après ta journée. »

Remarquez : ça ne prépare pas le repas magiquement. Ça ne résout pas le problème logistique. Mais ça change tout le climat. La tension redescend. On passe du mode « combat » au mode « équipe ». On se sent soutenu. Et c’est souvent seulement à ce moment-là, une fois l’émotion accueillie, qu’on peut trouver une solution commune : « Bon, on commande ? » ou « Je t’aide à couper les légumes ».

L’empathie, que ce soit avec un enfant de 4 ans ou un adulte de 40 ans, c’est toujours le même mécanisme : accueillir la réalité de l’autre avant de vouloir changer les choses (et même SANS vouloir changer les choses).

Pour aller plus loin au sujet de l’empathie

En résumé : l’empathie, ce n’est pas chercher à supprimer l’émotion de l’autre. Ce n’est pas se mettre à courir partout pour trouver un gâteau au chocolat de remplacement. Ce n’est pas non plus un outil magique pour rendre l’enfant – ou le conjoint ou le collège – raisonnable instantanément.

L’empathie, c’est simplement montrer qu’on comprend ce que l’autre vit. C’est reformuler ce qu’il donne à voir, sans jugement, sans essayer de réparer tout de suite, et sans arrière-pensée de le faire taire.

L’empathie ne fait apparaître la solution par magie. Mais quelque chose a changé fondamentalement : la personne en face ne se sent plus seule. Elle sent que vous êtes à ses côtés. Vous reconnaissez sa douleur. Vous ne cherchez pas à la gommer, ce qui revient à la minimiser.

Et ce soutien, aussi simple soit-il, donne quelque chose de précieux : du courage !

Le courage d’affronter la déception. Le courage de traverser l’émotion sans s’effondrer.

Comme je l’ai déjà écrit, l’écoute active ne sert pas à apaiser les émotions. Elle sert à permettre à la personne écoutée de recontacter ses ressources internes pour les traverser.

Si vous voulez aller plus loin, je vous invite vraiment à (re)découvrir la série complète que j’avais consacrée à l’écoute active sur mon blog car je ne peux pas tout détailler en un seul épisode, et chaque aspect est important.

Voici ces 4 articles :

  • Dans le premier article, je détaillais justement l’emballement émotionnel et ses effets, avec le concept du ballon émotionnel.
  • Dans le deuxième, je reviens sur la posture nécessaire pour écouter : comment rester disponible sans se laisser envahir soi-même par les émotions de l’autre ?
  • Dans le troisième, j’entre dans la technique pure de l’écoute : quels mots utiliser ? Pourquoi il faut être affirmatif (« Tu es très en colère ! ») plutôt que de poser des questions (« Tu es en colère ? ») ? Et surtout, pourquoi le ton de voix et le non-verbal sont aussi importants que les mots ? Un ton trop neutre peut être perçu comme du mépris, alors qu’on cherche à aider !
  • Et enfin, dans le quatrième et dernier article, j’aborde les limites de l’écoute active. Car oui, l’écoute a des limites. Elle ne fonctionne pas quand l’enfant est en crise totale (hurlant, se roulant par terre), ni quand nous-mêmes sommes épuisés. Il faut savoir reconnaître ces moments pour ne pas s’épuiser inutilement.

J’espère que ce article vous aidera à remettre l’écoute active à sa juste place.

J’en profite pour dire que j’aimerai partir de situations plus concrètes pour de prochains épisodes. Je vais relancer des séries « questions réponses » en story sur Instagram donc n’hésitez pas à m’y rejoindre pour pouvoir me soumettre vos situations et vos questions !

Quelques livres pour approfondir l’écoute :

Sandrine Donzel

Parentalité, couple, communication, développement personnel ? Votre vie ne ressemble pas à ce qui est décrit dans les livres ? Pas de panique et bienvenue dans la VRAIE VIE, celle qui est abordée sur ce blog ! Je vous y propose des outils concrets, pragmatiques et REALISTES pour répondre à vos interrogations. Bonne lecture !

Sandrine Donzel has 781 posts and counting. See all posts by Sandrine Donzel

Laisser un commentaire