L’angoisse des « Dis, maman … » ou la charge mentale de l’éducation

Quand mes enfants commencent une phrase par « Dis, maman … » avec ce petit ton interrogatif, mon sang ne fait qu’un tour. Je me sens un peu comme ça :

L’angoisse … et comme une tonne de lassitude qui me tombe sur les épaules et l’envie de fuir très loin pour ne pas avoir à répondre à la demande qui va suivre. Enfin certains jours, j’ai envie de boire une gorgé de café avant de répondre … et d’autres je serai plus tentée d’aller m’expatrier aux Iles Fidji (oui j’ai regardé « The Truman Show » la semaine dernière).

Si vous ne connaissez pas ce sentiment face à un « dis, maman … » – ou à un « dis, papa … » – c’est que, très probablement vous n’êtes pas la personne qui porte la charge mentale de l’éducation dans votre foyer 🤪.

Un petit rappel sur la charge mentale : comme son nom l’indique, la charge mentale est celle qu’on a dans la tête. La charge mentale, ce n’est pas FAIRE les choses mais c’est DEVOIR LES PENSER, les anticiper, les organiser, les planifier.

Quel est le rapport entre la charge mentale de l’éducation et un « dis, maman … » ?

Pourtant les « Dis maman … » peuvent sembler bien anodin : « dis maman je peux aller chez ma copine cet après midi ? » ou « dis maman je peux faire des écrans ? » ou n’importe « dis maman, je peux mettre de la musique ?« 

charge mentale de l'éducation : une partie d'échec mentale

Le charge mentale, c’est ce que ce « Dis, maman, … » va enclencher dans mon cerveau. Une sorte d’interminable partie d’échecs durant laquelle mon cerveau tente d’évaluer toute les possibilités et de calculer plusieurs coups à l’avance …

La question à laquelle je dois répondre à chaque « Dis, Maman, … », c’est comment allier :

  • l’organisation de l’agenda familial

On n’a pas d’autres contraintes là ? Qui peut l’emmener ? / A quel autre moment peut-il/elle faire ses devoirs ?, etc

  • la prise en charge du bien-être de l’enfant

ça fait longtemps qu’il/elle n’a pas vu d’ami-e-s, ça lui ferait du bien / combien d’écrans il/elle a déjà fait aujourd’hui ? etc

  • ma propre santé mentale

Non mais là le bruit, je n’en peux plus / ça me fera des vacances / si je dis oui cette fois-ci, ça sera peut-être plus dur de dire non la prochaine fois

et parfois d’autres paramètres encore. Bref, un simple « Dis, Maman, … » peut devenir la source d’une bonne prise de tête.

La clé numéro 1 face à la charge mentale de l’éducation : se donner le temps de répondre

Mon premier outil face à l’angoisse du « Dis, Maman, … » est de me donner le temps de répondre.

Depuis longtemps, j’ai expliqué à mes enfants que nos actes – et nos réponses à leurs questions – ont des conséquences et qu’on ne peut pas prendre toutes ses décisions à la légère.

Cela fait partie du chemin dans la discussion en mode « résolution de problèmes » que je décrivais ici. Lorsque mon fils est en état de l’entendre, je lui dis quelles ont été les conséquences désagréables de mon accord pour les écrans. C’est une information qui l’aidera à modifier son attitude par la suite. Ma décision n’est plus purement arbitraire (ce qui provoquerait immanquablement opposition et rebellion) : il connait les moyens d’influer sur ma décision dans le futur (c’est d’ailleurs ce qu’il fait en construisant un planning d’utilisation des écrans avec sa soeur par la suite).

Depuis qu’ils sont petits, je me permets donc de différer ma réponse le plus possible. Et ils savent qu’il vaut mieux ne pas insister 😇. Ils ont appris à prendre leur mal en patience, surtout qu’ils ont constaté que la réponse est souvent plus positive si je prends le temps de réfléchir (pas toujours hein !).

Si je réponds tout de suite, la réponse risque de ne pas te plaire. Es-tu prêt-e à prendre ce risque ou préfères-tu attendre ?

Evidemment cela suppose que JE m’accorde à moi-même ce TEMPS de réflexion, que je ne me sente pas OBLIGEE de répondre immédiatement. Mon avis, mes besoins sont aussi importants que ceux des autres et doivent être pris en compte au même niveau.

Note : Oui des fois, prendre en compte ses besoins à soi, ça rajoute des complications sur le moment mais au final, c’est plus payant que de toujours laisser les autres passer avant soi (c’est précisément ce dont je parlais dans « comment vouloir être bienveillante m’a (presque) rendue maltraitante ».

Lorsque je suis prise dans l’urgence, la prise de tête me parait plus lourde, plus difficile à gérer. J’ai plus de mal à prendre une décision. Différer la décision, parfois simplement un café plus tard, allège le poids. Mon cerveau a le temps de turbiner tranquille pendant que je pense à autre chose. (c’est un peu ce dont je parlais dans cet article sur les cogitations et la prise de décision)

Prendre son temps a aussi le mérite de dissoudre certaines pseudo-urgences. Vous avez déjà remarqué comment une demande extrêmement urgente se dissout parfois totalement en 3 minutes 😂?

Mais ce n’est pas tout … se prendre la tête pour un « Dis, maman, … » peut être aussi révélateur de la répartition de la charge mentale de l’éducation dans le couple. Même si je suis sensibilisée à cet aspect et si j’accompagne de nombreux couples, je me rends bien compte à quel point cette charge est insidieuse. A de nombreuses reprises dans mon quotidien, je réalise combien je porte une grande partie de cette charge sans même m’en rendre compte …

« Dis, Sandrine, tu ne te prends pas un peu trop la tête là ? »

En effet, je suis à peu près sûre de 2 choses en écrivant cet article :

  1. dans les commentaires sur les réseaux sociaux, je vais lire de nombreux « cette personne se prend un peu trop la tête ».
  2. si vous êtes familier-e avec l’angoisse du « Dis, maman …« , quelqu’un de votre entourage vous a déjà dit que vous vous preniez trop la tête.

C’est typique de la charge mentale (et pas que pour l’éducation) : la personne qui en souffre est considérée comme étant fautive. « Y a qu’à en faire moins« , « y a qu’à déléguer« , « y a qu’à être moins exigeant-e« .

Pourtant, comme je l’évoquais dans cette vidéo, réduire la charge mentale à un problème individuel, c’est un peu trop simpliste et ça ne permet aucune solution durable. Mon point de vue sur le sujet est plutôt radical :

Si un des partenaires se prend « trop » la tête sur un sujet, cela signifie généralement que l’autre ne se la prend pas assez.

Lorsqu’une problématique est prise en charge à égalité par les 2, on sait qu’on peut discuter du sujet avec l’autre et trouver un soutien efficace auprès de l’autre.

On n’est plus seul-e face au problème, la préoccupation est partagée. Et ça suffit à faire s’envoler la charge mentale, comme par magie …

Alors évidemment cette « non prise en charge » n’est généralement pas volontaire. La charge correspondante est invisible : par définition, elle se passe bien au secret dans notre tête. Si nous ne la partageons pas avec l’autre, il/elle ne peut pas en avoir connaissance.

C’est particulièrement vrai pour tout ce qui concerne la famille et les soins aux enfants. Les stéréotypes de genre sont tels que les pères ne mesurent souvent pas le nombre incalculables de micro-décisions auxquelles nous devons faire face chaque jour.

A nous de leur en faire part, tout simplement. Ils sont tout aussi capables que nous de les prendre si le contexte leur en donne l’occasion.

Pendant longtemps, j’ai assumé ces micro-décisions sans même réaliser à quel point elles étaient pesantes. Depuis déjà plusieurs années, je partage mieux la charge : quand j’ai envie de fuir aux Fidji, je renvoie les enfants vers leur père 😂

Et chez vous, comment vous gérez les demandes « urgentes » de vos enfants ?

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Des ressources supplémentaires

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Quelques livres à propos de couple et de charge mentale

Les livres sur le couple sont souvent très insatisfaisants car vraiment trop naïfs – au mauvais sens du terme. Ceux que je vous recommande ici ont échappé à ma censure . Si vous en avez d’autres à me recommander, je prends avec plaisir !

Sandrine Donzel

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2 thoughts on “L’angoisse des « Dis, maman … » ou la charge mentale de l’éducation

  • 25 mai 2020 à 09:43
    Permalink

    Je me retrouve tellement et dans le GIf (qui m’a bien fait rire !) et dans cette idée de quelque chose d’insidieux, même si on est conscient de ces phénomènes, qu’on travaille avec son conjoint à le partager davantage, les choses sont souvent déjà installées depuis longtemps à notre insu et c’est parfois une charge mentale de réfléchir à la répartition de la charge mentale à la limite (en matière de prise de tête, je ne suis pas mauvaise non plus !), puisqu’on veut échapper au phénomène, rééquilibrer les choses et qu’on réfléchit à la meilleure manière de le faire…

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    • 26 mai 2020 à 15:45
      Permalink

      Je me disais bien que ce GIF allait parler à d’autres que moi 😀 !
      Et oui, travailler à l’équilibre, c’est encore de la charge mentale. C’est pour ça qu’impliquer le conjoint dans la compréhension du phénomène et l’interpeller à chaque fois qu’on se dit « mais pourquoi c’est moi qui doit encore penser à ça ? » (non pas pour le prendre en faute mais pour prendre ensemble conscience du poids que ça représente).
      La charge mentale est très installée culturellement. Elle est donc par essence difficile à percevoir puisque nous baignons dedans. Elle l’est encore plus pour les hommes qui n’ont pas (ou moins) à la subir (en tout cas pour ce qui concerne la famille). D’où la nécessité de les interpeller pour qu’ils fassent leur part du chemin.

      Répondre

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