Burn-out, vous êtes sûr ?

Au secours, nous avons un salarié à risque de burn-out !

« Bonjour, nous sommes le service RH de XXX. Un « risque de burn-out » a été détecté chez l’un de nos

SOS risque de burn-out
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salariés. Un coaching a été préconisé, c’est pour ça que nous vous contactons. »

Le tableau est assez simple : une manager, responsable de près de 100 salariés dans son service, est au bord de l’implosion. « Elle n’arrive plus à gérer son stress, nous nous demandons si elle a les épaules pour ce poste. » … Vous sentez la pression ? Pas seulement sur les épaules de la salariée en question, mais aussi sur les miennes : si ce coaching échoue, elle change de poste (on lui proposera un poste « moins exigeant« ). Attention, cette proposition est bien intentionnée : il ne s’agit pas de la mettre au placard. Au contraire, elle est estimée pour ses compétences et ses capacités de travail. Il s’agit ici de la protéger (d’elle-même sous-entendu) en la mettant dans un poste où elle pourra donner le meilleur d’elle-même sans être mise à mal.

De ma 1ère rencontre avec Karine, la salariée en question, je conclus qu’elle n’est pas « à risque de burn-out » : elle est en plein burn-out ! Je me demande d’ailleurs comment elle tient encore : elle ne dort presque plus depuis des mois ; elle est irascible à la maison, avec son conjoint et ses enfants … et au boulot aussi évidemment. Elle a demandé des somnifères à son médecin mais a arrêté de les prendre : « j’avais l’impression de perdre conscience mais de ne pas me reposer » me décrit-elle (ce qui est une réalité : les somnifères font dormir le corps et font perdre conscience mais ne reposent pas le cerveau, j’en ai parlé dans cet article sur le sommeil).

En attendant, elle vient au boulot comme un zombie mais elle fait quand même tourner son service.

« Lâche prise, repose-toi, prends du recul ! » lui serinent sur tous les tons ses collègues, son responsable, le service RH, ses amis, son conjoint. « Ils sont marrants eux, ils ne se rendent pas compte ! Je ne peux pas lâcher comme ça ! » me dit-elle. « J’essaie mais je n’y arrive pas. Je ne sais même pas ce qu’ils entendent par « lâcher prise« . »

Le burn-out, une maladie du « il faut »

burn-out : incapacité à prendre du recul
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L’injonction au lâcher-prise est courante – je l’ai abordée dans l’article « lâcher prise : si je veux, quand je peux« . Lâcher prise ne se décide pas volontairement. Conseiller à une personne en burn-out de « lâcher prise » est risqué : les sujets au burn-out sont généralement des personnes sensibles à leurs devoirs, des gens qui se disent déjà beaucoup « Il faut …« . C’est précisément ce qui les conduit à cet état d’épuisement. Alors ajouter des « il faut » supplémentaires n’aide pas, y compris si c’est pour leur dire de lâcher prise. Donc laissez tomber les :

« Il faut vous reposer »

« Il faut lâcher prise »

« Il faut prendre du recul »

Karine est bien dans cette attitude : elle est compétente, c’est une travailleuse acharnée, qui a obtenu tout ce qu’elle a au mérite. Elle a un sens aigu de la justice. Est-ce seulement une difficulté à gérer son stress et sa charge de travail qui l’a menée à l’état d’épuisement dans lequel elle se trouve ?

Le burn-out, une simple difficulté à gérer sa charge de travail et sa charge mentale ?

Karine me décrit une situation difficile. Elle a constaté, à un haut niveau dans son entreprise, des comportements problématiques. Même s’ils restent minoritaires, ces comportements heurtent profondément son sens de la justice (en plus de perturber régulièrement son propre travail et celui de ses collaborateurs). Elle a tenté – et tente encore – de se faire entendre. Sa hiérarchie directe la soutient, sans grand effet, et lui conseille plutôt de passer outre.

Au départ, la colère de Karine était mesurée. Elle l’a exprimée mais n’a pas été entendue à un niveau

burn-out : accepter l'inacceptable ?
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satisfaisant pour elle. Elle a réitéré ses plaintes. Sans plus de succès. Son niveau de colère est monté, par un effet cumulatif bien connu (le fameux effet carte de fidélité). Elle s’est même étendue. Ce ne sont pas seulement les comportements du directeur en question qui la dérangent. Les moindres manquements deviennent des problèmes importants. L’envahissement émotionnel lui fait perdre le sens de la mesure.

Plus Karine est en colère, plus sa colère l’amene à ne plus laisser passer le moindre manquement aux règles, à pointer tout ce qui dysfonctionne particulièrement quand cela concernait la personne « problématique », mais pas seulement.

Elle est devenue la pénible de service. Celle qui empêche tout le monde de bosser tranquille, la critiqueuse en chef.

Ce qui a eu pour effet de complètement disqualifier ses plaintes : tout le monde sait qu’elle va râler, pester et même s’emporter vivement (oui Karine est devenue colérique parait-il).

Le burn-out, un envahissement émotionnel comme les autres

La colère de Karine s’est emballée : elle la pousse à se faire entendre (c’est l’effet de la colère, voir l’article du guide des émotions sur la colère). Elle l’exprime donc.

Elle n’est pas entendue, ce qui l’incite à s’exprimer encore plus et encore plus souvent. Cette stratégie étant inefficace, la colère s’aggrave : Karine exprime encore plus et encore plus souvent son mécontentement.

Si Karine est au bout du rouleau, c’est qu’elle s’est épuisée à dire encore et encore (c’était une stratégie adaptée et qui aurait pu être efficace), sans résultat. Son niveau émotionnel est monté, monté, monté … Aujourd’hui il déborde en permanence.

Elle est un peu comme le Wile E. Coyote du dessin animé : ses pièges pour attraper le coquin Bip-Bip finissent toujours par lui retomber sur le coin de la figure.

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En réalité, Karine n’est pas dépassée par la charge de travail : elle est en envahie par sa colère. C’est la gestion de cette émotion débordante qui l’épuise.

Se sortir du burn-out : en faire moins pour être plus efficace

Pour la sortir de la logique « je suis en colère / j’exprime / je ne suis pas entendue / ma colère augmente« , je propose à Karine un exercice très difficile (pour elle !) : en dire moins.

A première vue, cela peut sembler aggraver la colère. Mais une colère reçue de façon non constructive ne fait que s’amplifier. Renoncer à l’exprimer peut – au moins dans un premier temps – être soulageant.

C’est ce que décrit Karine au rendez-vous suivant :

J’ai fait ce que vous m’avez proposé : pendant chaque réunion, j’ai noté scrupuleusement toutes les choses sur lesquelles j’avais envie de réagir mais sans les dire oralement. Sur le moment, c’était ultra dur. Comme convenu aussi, je n’en ai dit qu’une seule à chaque réunion, celle qui me paraissait la plus importante.

C’est incroyable parce que je n’aurais jamais cru que je serai soulagée de n’avoir rien dit face à un problème.

Karine prend du recul, sa colère reste présente mais elle sort de l’emballement émotionnel. Au bout de quelques jours de ce traitement, elle est moins à fleur de peau, elle dort mieux. Ses collègues s’étonnent : « Que t’arrive-t-il ? On ne te reconnait pas ! Tu as l’air tellement détendue ».

D’elle-même, Karine coupe son téléphone en-dehors des heures de travail et ne vérifie plus ses mails professionnels à la maison. Là aussi, elle en faisait trop pour rester droite dans ses bottes malgré tout. D’elle-même encore, elle cesse de répondre aux demandes incessantes de ses collaborateurs qui la sollicitaient pour des urgences qui n’en étaient pas. Ils deviennent plus autonomes et apprennent à la solliciter moins pour des « riens ».

Les émotions dans le burn-out : une petite pichenette pour un grand changement

burn-out : la spirale vertueuse du changement
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D’un tout petit changement – s’exprimer à meilleur escient en réunion – et grâce à l’inversion de la dynamique émotionnelle, Karine a fait un grand bouleversement : remettre son travail à une plus juste place, prendre du recul, mieux déléguer.

3 mois après le début du coaching, Karine est sereine : elle garde son poste et a retrouvé la considération de ses collaborateurs et de son entourage professionnel. Elle ne s’énerve plus pour un rien et fait mieux la part des choses. Le soutien de sa direction est plus marqué (il est plus facile de soutenir quelqu’un qui va bien que quelqu’un qui va mal …), point très soulageant pour elle.

Le burn-out n’est pas toujours une maladie du sens

Impossible de faire de ce cas une généralité, ni concernant la gestion des émotions (la colère en particulier), ni concernant le burn-out. Le terme « burn-out » recouvre des réalités extrêmement variées. Cependant, un emballement émotionnel y est toujours associé : tristesse, déception, colère, peur, honte, et d’autres encore.

Aborder les situation de burn-out sous l’angle émotionnel est donc très aidant : cela permet de désamorcer le cercle infernal de l’emballement émotionnel. A partir de là, la personne coachée peut récupérer des facultés perdues à cause de l’emballement émotionnel : capacité à se concentrer, prise de recul, faculté d’analyse des situations, etc.

Retrouvez à la fin de cet article des ressources complémentaires à propos du burn-out (articles, livres, etc).


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Quelques livres (liens affiliés)

Sandrine Donzel

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