MontreNous avons souvent l’impression d’être face à une demande urgente, de devoir absolument répondre tout de suite.

Le stress de l’urgence

Cette impression d’urgence est stressante : nous sentons bien que nous n’avons pas le temps de prendre en considération toutes les options, nous nous sentons obligés de donner une réponse dont nous sentons confusément qu’elle ne sera pas satisfaisante pour l’un ou pour l’autre, voire pour les 2.

Nous jouons tous de cette sensation d’urgence à notre tour mais pourtant très peu – voire aucune – décision ne nécessite d’être prise dans les secondes qui suivent la demande.

Oser prendre le temps de répondre

Repousser le moment de la réponse peut très souvent – contrairement à ce que nous imaginons – être une marque d’attention, de soin pris, d’importance accordée à la demande et donc à celui qui la formule alors que la réponse immédiate peut être considérée comme un manque d’attention et une prise en compte insuffisante de l’importance de la demande, et donc de celui qui la formule.

Le temps nécessaire pour l’écoute est aussi un reproche couramment fait à une relation attentive à l’autre = ça prend du temps de s’occuper de l’autre, ça prend du temps d’écouter et du temps, je n’en ai pas me dit-on souvent.

Ce billet a aussi pour objectif de vous montrer que justement non, écouter, ça fait souvent gagner du temps … et beaucoup encore 😀

Quelques exemples :

**** C’est le matin, vous êtes pressé, vous devez partir. Et là, alors qu’il ne vous reste que 3 minutes pour vous préparer, que toute la famille court dans tous les sens, l’un de vos enfants vous dit en pleurnichant :

« ma soeur, elle a plus de jouets que moi et moi je n’ai que des jouets moches … ».

Les options possibles sont :

1 – arrêter le temps … je n’ai jamais trouvé le moyen mais si vous y arrivez, faites-moi signe !

2 – nier ce qu’il ressent :

« non mais n’importe quoi ! avec tout ce que tu as dans ta chambre ! »

… et là il y a des chances pour que vous soyez parti pour la grande scène du IV, avec pleurs, cris et argumentations sans fin … bon courage pour arriver à l’heure à l’école !

3 – ne pas y prêter attention :

« oui, OK ! Bon allez mets-tes chaussures maintenant ! »

… résultat probable : beaucoup de mauvaise volonté pour la suite des opérations (voir point 2)

4 – écouter tout de suite :

« ah oui tu trouves que ta soeur, elle a plus que toi … »

… Ca peut marcher mais vous ne savez pas combien de temps ça va vous prendre et si vous écoutez en tapant du pied et en regardant votre montre toutes les 10 secondes, il y a à fort à parier que votre enfant ne se sente pas vraiment écouté.

5 – montrer que vous avez compris l’importance du sujet, tout en préservant votre besoin d’être à l’heure à l’école :

« Ah, c’est un sujet très important ça. Je pense que ça mérite qu’on y passe du temps et pas qu’on en discute là en 2 minutes devant la porte. Ce soir, quand tu rentres de l’école, on en reparle, OK ? »

 

**** Même avec des ados qui vous pressent de dire oui pour une sortie que vous jugez peut-être un peu aventureuse, dire

« si je te donne une réponse maintenant, je risque de te donner une réponse qui ne va pas te plaire, alors mieux vaut que nous prenions le temps d’y réfléchir. »

montre que vous souhaitez accorder une vraie réflexion à la demande. Même si l’ado va probablement râler – en passant, si vous connaissez des ados qui ne râlent pas, c’est comme la machine à arrêter le temps, je prends ! – il sera rassuré de savoir que vous ne prenez pas les décisions qui le concerne à la légère.

**** Vous êtes au travail, concentré sur une tâche que vous devez finir. L’un de vos collègues passe vous voir et vous demande si vous êtes d’accord pour participer à un projet lancé et où votre présence est souhaitée. Vous en avez envie et en même temps, vous sentez bien que la charge de travail additionnelle risque de vous coincer. En plus, les réunions sont planifiées à un moment qui ne vous convient guère au vu de votre organisation actuelle.
Votre collègue vous presse de donner une réponse.

Vous pouvez lui donner une réponse « par-dessus la jambe », avec le risque qu’elle ne lui convienne pas ou qu’elle ne vous convienne pas. Il nous arrive en effet parfois de nous engager et de le regretter ensuite.
Vous pouvez aussi lui dire quelque chose comme :

« Ecoute, je ne suis pas vraiment disponible là. Ce sujet est important, j’ai envie de participer au projet mais j’ai besoin de voir comment m’organiser avant de te donner une réponse définitive. Je reviens vers toi demain et nous pourrons en reparler. »

Et si le collègue insiste, lui dire la réalité de votre situation aide à enfoncer le clou :

« si je te donne une réponse maintenant, je risque de te donner une réponse qui ne va pas te convenir ou de prendre une décision que je vais regretter. Donc c’est vraiment important pour moi que nous puissions en reparler plus tard. »

 

**** Ce genre de réponses fonctionne aussi avec le temps consacré à une personne, pas uniquement pour des décisions à prendre.
Par exemple, vous récupérez votre enfant à la sortie de l’école et il veut vous montrer un travail dont il est très fier. Malheureusement, vous êtes pressé car vous avez des impératifs horaires ce soir-là.

Regarder le travail en vitesse en disant

« oh c’est bien ! »

n’est pas satisfaisant pour l’enfant, ni pour vous : vous sentez bien généralement que l’enfant a besoin que vous en disiez un peu plus, que vous regardiez avec attention. Alors un :

« j’ai vraiment envie de savoir ce que tu as fait et comment tu l’as fait. Si je le regarde maintenant, je ne vais pas avoir le temps de regarder ça comme il faut parce qu’on est pressés. En arrivant à la maison tout à l’heure, on se posera sur le canapé et tu me montreras ça et je pourrai regarder comme il faut. »

peut vraiment aider à gérer cette situation en montrant que vous avez bien compris l’importance du sujet mais sans sacrifier vos propres besoins.

Ces principes sont aussi ceux de la motricité libre, dont j’ai parlé par ici.
Personne vous en voudra de demander à prendre votre temps pour faire les choses correctement et leur accorder l’importance qu’elles méritent.
Au contraire …

  1. Encore du boulot de mon côté à ce niveau-là..Je suis assez du genre à répondre à tous en même temps, ce qui fait que, la plupart du temps, je n’ai même pas enregistré de quoi les enfants me parlaient, qu’ils sont déçus de mes « réponses » et que ça finit en cacahuète ! J’vais mettre le lien de cet article en post-it sur mon ordi, en piqûre de rappel 🙂

  2. voilà longtemps que je ne passe plus, je « ne prends plus le temps » = erreur stratégique, je m’y remets !!
    Et comme déjà dit, va falloir que j’y pense à ça, mais ça m’arrive de le faire avec « ma » grande, Lucie, j’avoue que j’arrive avec elle à mettre plus en pratique de choses qu’avec mes filles, peut-être parce que pour elle il est urgent de « faire autrement » ?!
    Et ça paye car maintenant je n’ai plus besoin de lui dire, là je suis pas dispo mais une fois les filles couchées on en reparle si tu veux ?
    Hier elle a commencé à parler et c’est arrêtée quasi tout de suite : plus tard m’a-t-elle dit, je vais attendre que tu sois dispo !!
    Donc je crois qu’arrive un moment, avec les plus grands il y a une prise de conscience des besoins de l’autre, il y a 2 mois elle n’y aurait pas pensé !

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