Quand s’inquiéter des colères de nos enfants ?

Derrière ce titre se cache un article que j’ai découvert il y a déjà quelques semaines, article qui – je dois bien le dire – m’a interloquée, pour ne pas dire choquée
Ce sont les questions que cet article m’a posées que j’ai eu envie de vous livrer ici …

Tout d’abord, pour vous faire une idée, vous trouverez ici l’article original et ici la traduction que j’en ai faite.

L’étude dont il est question ici part d’une bonne intention puisqu’elle vise à

« donner aux parents et et aux professionnels un nouvel outil pour savoir quand s’inquiéter des mauvais comportements des jeunes enfants. (…) Cela permettra une identification et un traitement des problèmes de santé émergents, une des clés pour éviter aux jeunes enfants qui qui se battent avec leur difficultés comportementales de tomber dans la spirale des troubles mentaux chroniques. Ce nouvel outil préviendra aussi les mauvais diagnostics et les sur-traitements pour des mauvais comportements habituelles »

Il s’agit donc de permettre un meilleur diagnostic des troubles mentaux et notamment réduire les traitements donnés à tort à des enfants tout à fait normaux, louable objectif.

Néanmoins la lecture de l’article en question m’a laissée pour le moins perplexe et vous allez comprendre pourquoi.

Le premier problème pour moi, c’est que le résultat de l’étude semble être simplement une échelle de comportement, basée sur l’étude de 1500 enfants – actuellement étendue à 2200 enfants supplémentaires. L’étude en question consiste en un questionnaire répertoriant les comportements d’enfants âgés de 3 à 5 ans en cas de crises.
D’abord le questionnaire ne se base apparemment que sur les crises – ou caprices : leur fréquence, leur apparition, …

Ces crises ont été visiblement considérées comme le seul indicateur d’un trouble mental possible. Et apparemment, si les crises sont plutôt fréquentes, il s’agit d’un trouble potentiel :

« Cela nous donne un indicateur mesurable pour déterminer si les crises sont suffisamment fréquentes pour dire qu’un enfant est en lutte. Peut-être pour la 1e fois, nous avons un moyen tangible pour aider les parents, les médecins et les professeurs à déterminer si la fréquence et le type de crises peuvent être l’indication d’un problème plus profond. »

Donc j’en conclus qu’exprimer sa colère est un signe potentiel de trouble mental (aïe, je suis mal barrée !).

Mais nulle part n’est mentionné comment le lien est fait entre les façons d’exprimer sa colère entre 3 et 5 ans et les troubles mentaux potentiels. Il me semble que les chercheurs sont partis de l’hypothèse qu’un enfant qui fait des crises ou des caprices est plus à risque qu’un autre. Mais est-ce que cela a été vérifié ?
Je n’en vois pas trace en tout cas.

Si ce travail de lien est en cours, il faudra de toute façon attendre plusieurs dizaines d’années pour que ces enfants arrivent à l’âge adulte et et qu’on sache si oui ou non ils ont développé des troubles mentaux et si ceux qui ont des troubles mentaux sont bien ceux qui faisaient les colères les plus fréquentes, les plus fortes ou autre critère retenu dans cet outil de « diagnostic ».

J’ai l’impression aussi que des crises fréquentes ou « hors normes » sont un signe de risque de troubles mentaux. Mais quid des enfants qui ne font pas ces crises ? Ceux qui sont « hors-normes » mais à l’autre bout de l’échelle ? Sont-ils aussi considérés comme « à risque » aussi ? Cela non plus n’est mentionné nulle part.
Là, c’est peut-être mon interprétation mais j’ai l’impression que ces enfants-là ne sont pas considérés comme potentiellement à problème. A vérifier donc.
Et visiblement la réduction de la fréquence des crises sera un indicateur d’amélioration de l’état de l’enfant :

« Cette échelle fournit aussi un baromètre permettant de déterminer si l’enfant progresse suite au traitement. »

Autre problème pour moi : cette étude semble aussi définir des crises « normales » et des crises « anormales » :

« L’étude montre qu’une crise habituelle survient lorsque l’enfant est fatigué ou frustré ou durant les rituels quotidiens comme les couchers, les repas, l’habillage. Une crise atypique peut survenir de façon inattendue ou être si intense que l’enfant est épuisé. »

Quel adulte ne s’est jamais mis en colère sans raison apparente pour son interlocuteur mais parce qu’il avait une préoccupation personnelle qui le travaillait ? Ce type de comportement est-il l’apanage des personnes ayant des troubles mentaux ?

D’autre part, je suis assez surprise qu’à aucun moment l’étude ne prend en compte la façon dont l’environnement réagit aux crises de l’enfant ou gère ces crises.

C’est comme si l’enfant était un être indépendant de son contexte familial, comme si le comportement de l’entourage n’avait aucune répercussion sur lui, comme si les crises étaient simplement l’expression d’un déséquilibre interne à l’enfant. Nous avons pourtant tous expérimenté que la façon dont nous répondons aux crises de nos enfants peut envenimer celles-ci ou les apaiser, en créer d’autres, …

Ceci dit, je ne devrais pas être surprise outre mesure car c’est souvent – me semble-t-il – l’une des hypothèses de base de la psychiatrie : le trouble vient d’un déséquilibre chimique qu’il faut corriger mais on ne cherche pas comment le contexte a pu favoriser ce déséquilibre chimique.
Visiblement aussi la seule possibilité envisagée est un traitement médical. Mais là j’extrapole peut-être aussi car le traitement peut être médical comme psychothérapeutique. Cela gagnerait à être précisé.

Cette étude pose aussi pour moi la question du rapport à la colère : y a-t-il une « bonne » façon de gérer sa colère ? Un enfant de 3 à 5 ans doit-il se maîtriser ? Tous les enfants doivent-ils réagir de la même façon ?

Autre question qui me trouble plus encore : plus qu’un outil de diagnostic, à mes yeux, cet outil est plutôt un outil de définition d’une norme à l’intérieur de laquelle doivent se situer les enfants. Et la crainte que j’ai, c’est que, si un enfant s’écarte de ladite norme, on le met sous traitement pour qu’il revienne « dans les clous » …

Et là, ça me fait vraiment peur :-/ …

Et ce n’est pas sans rappeler certaines approches – par exemple le dépistage dès la crèche des bébés agités proposé il y a quelques années pour prévenir la délinquance – qui font froid dans le dos par leur déterminisme.

 

On n’est plus très loin de « Minority Report »

 

Retrouvez cet article, et d’autres, sur « Les Vendredis Intellos »

Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance ... envers les autres et envers soi-même :-) ... Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

sandrine has 487 posts and counting.See all posts by sandrine

Une pensée sur “Quand s’inquiéter des colères de nos enfants ?

  • 9 octobre 2012 à 10:25
    Permalink

    Je trouve l’article très « scientifique » alors que l’on parle d’êtres humains.

    En septembre 2010, mon aîné alors âgé de 4 ans a « fait une colère » qui m’a interpellée. J’ai alors décidé de rencontrer une thérapeuthe, en l’occurence, une osthéopathe réalisant de la reprogrammation cellulaire.
    C’est l’observation de mon enfant et mon ressenti de maman qui m’ont fait réagir.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :