Les devoirs bataille du soir, épisode 2 …

un travail d'écriture par ma fille ...

Je vous avais raconté il y a quelques mois comment ma fille avait commencé à rechigner pour faire ses devoirs et la façon dont, inspirée par Haim G. Ginott, j’avais traité ce problème. L’article que j’avais écrit alors est ici : les devoirs, bataille du soir.

Suite à mon changement d’attitude, ma fille n’a plus rechigné à faire ses devoirs. En arrivant de l’école, elle prenait le temps de goûter puis demandait à faire son travail ; ou bien elle décidait de les faire tout de suite selon notre horaire de retour.

Mais un autre problème s’est présenté …

Comment un enfant doit-il faire ses devoirs ?

Quand elle faisait ses devoirs, ma fille exigeait que je sois présente tout le temps. Si je partais, elle hurlait pour que je revienne. En soi, ça ne me dérangeait pas, au contraire ! C’était pour moi une façon de lui montrer mon implication et mon intérêt pour son travail scolaire.

Par contre, la situation a vite dégénéré …

Ma fille se couchait par terre, gigotait dans tous les sens, mettait 3 plombes à lire sa page de lecture ou alors se mettait à faire ses exercices d’écriture en décorant chaque lettre façon calligraphie (voir la photo qui illustre l’article).

Chouette hein ?
Sauf que du coup, les devoirs prenaient 1 h, en CP !!!

Insupportable pour moi, qui suis très impatiente, alors que j’avais dix mille autre choses à faire – et notamment mon ménage depuis que je ne suis plus  bordélique, je le fais (parce que « avant j’étais bordélique » mais plus maintenant) !
Du coup je me mettais en colère contre elle parce qu’elle ne faisait pas assez vite, pas comme il faut, que je me disais qu’elle apprendrait mieux en se tenant droite et sans se dandiner …

Je sais bien que c’est contre-productif : elle aime faire ses devoirs, elle a le droit de les faire comme elle veut, même si ça prend une heure, même si elle se dandine devant sa feuille en restant debout pour lire sa page de lecture.

Enfin bref, plusieurs fois, je me suis carrément énervée, je lui ai même crié dessus et cette histoire de devoirs ne prenait vraiment pas une jolie tournure :-/ …
Je lui disais

Fais comme ci, fais comme ça !

Pas comme ci, pas comme ça !

Tiens-toi tranquille !

Arrête de colorier !

Concentre-toi !

Et puis je me suis dit que je faisais fausse route … Mais vraiment fausse route.

Arrêter la lutte contre l’autre et commencer la coopération

Il n’était pas possible que le moment des devoirs deviennent un moment de lutte, une guerre entre ma fille et moi. Pas question !
Ce n’était agréable ni pour elle ni pour moi et je sais bien qu’on n’apprend pas dans la contrainte ou dans la lutte. On apprend bien mieux dans le plaisir, dans l’enthousiasme.

Alors bien sur, je suis convaincue qu’elle a le droit de faire ses devoirs comme elle veut, quand elle veut, comme ça l’arrange.
Mais je me connais et je ne peux pas accepter la contrainte de rester avec elle durant tout ce temps surtout quand j’imagine que ça prendrait moins de temps si elle s’y prenait autrement.

Cruel dilemme …
A priori insoluble.

Alors je me suis donc demandé à quoi je devais dire oui :

D’abord au fait que ma fille peut faire ses devoirs comme elle l’entend.
Ensuite au fait que moi j’ai le droit de ne pas passer 1 h à attendre qu’elle veuille bien finir.

J’ai encore relu mon « between parent and child » de Haim Ginott – dont j’ai parlé ici sur les Vendredis Intellos et je me suis lancée.

J’ai donc décidé de nous respecter toutes les 2. Nous avons donc eu une discussion qui ressemblait fort à une résolution de problème comme les traitent Faber et Mazlish :

  • elle avait envie de faire ses devoirs à sa façon, comme elle le souhaitait et ça me paraissait tout à fait légitime qu’elle puisse mener ça à sa guise. Que c’était important pour elle.
  • de mon côté, j’avais besoin de temps le soir pour faire à manger, le ménage, me reposer, ou jouer avec elle et son frère, faute de quoi j’étais énervée et du coup pas du tout patiente. Que je voulais aussi être disponible pour elle si elle en avait besoin, que ça aussi, c’était important pour moi.

Il fallait donc que nous trouvions ensemble une solution qui nous convienne à toutes les 2.

Trouver une solution qui convienne à tout le monde

Nous avons donc convenu ensemble que je serai disponible pour elle 30 mn le soir. Je resterai avec elle ce temps-là puis j’irai faire autre chose. Si elle avait besoin de moi à un autre moment, elle pourrait me rappeler si nécessaire, même au-delà des 30 mn bien sur ! Mais qu’elle ne pouvait pas exiger de moi que je reste tout le temps avec elle.

Nous avons mis cela en place … Les devoirs sont devenus un vrai plaisir. Chacune de nous y a trouvé son compte et c’était vraiment un chouette moment. J’acceptais même avec plus de facilité les moments où elle faisait la folle et s’amusait au lieu de travailler puisque je savais que mon besoin à moi serait respecté.

Et quelques semaines plus tard, ma fille a décidé d’elle-même de faire ses devoirs à la garderie. Elle est rentrée un soir en disant :

J’ai décidé de faire mes devoirs à la garderie.

Comme ça quand je rentre à la maison, je peux jouer et me reposer !

Au début, j’étais sceptique mais je lui ai fait confiance …

Et un soir je suis allée la chercher plus tôt que d’habitude et elle était attablée au milieu de la garderie avec son livre, en train de faire sa lecture. Tous les autres enfants jouaient autour d’elle mais elle était au travail. Quand je vais la chercher plus tard, elle joue avec les autres parce qu’elle a fini son travail.

Les moments où elle fait ses devoirs à la maison – les mercredis, les week-ends et les jours où elle ne va pas à la garderie – tout se déroule bien et le moment des devoirs est un moment très agréable pour nous deux.

Je lui ai fait confiance et je l’ai traitée en fille autonome et responsable … et elle s’est comportée comme telle.

 

Quelques livres :

Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance ... envers les autres et envers soi-même :-) ... Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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6 pensées sur “Les devoirs bataille du soir, épisode 2 …

  • 18 mars 2013 à 11:10
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    Bonjour Sandrine,
    merci pour ces articles sur les devoirs du soir.
    Cela m’aide dans ma réflexion de fonds car j’avoue que je ne suis pas très « portée sur la chose ». Bon, il faut dire aussi que nous avons de la chance car notre CP adore l’école et apprend sans problème: français, maths, mémoire, repères spatio-temporels et elle est hyper rapide donc a souvent déjà tout fait à l’école…
    Simplement, elle n’est pas toujours hyper motivée pour faire ses devoirs après l’école: la fatigue ? lassitude ? la flemme ?
    Quelque soit la raison, je comprends aussi qu’elle n’a pas forcement envie d’y replonger… y’a pas que ça dans la vie. Alors, j’essaye évidemment de rester kool mais ce n’est pas toujours évident sur la fin de journée.
    Même si ma question est « Salomé, as tu des devoirs à faire ? » et que sa réponse me suffit, ex non, j’ai déjà tout fait et alors, je ne vérifie même pas. OU « oui, j’en ai pour 2 minutes » et elle les fait à côté de moi pendant que je suis aux fourneaux…, je ne suis pas hyper présente à ce sujet.
    Est-ce vraiment important de lui transmettre mon implication pour l’accompagner à réussir au travers des devoirs ? Pourtant, je préfère privilégier quelques instants à discuter, rigoler, câliner ou cuisiner ensemble alors que nous avons aussi peu de temps pour se retrouver le soir.
    J’ai tendance à me demander pourquoi refaire encore du travail scolaire alors qu’ils y passent déjà une bonne partie de la journée. Comme si réussir ne dépendait que des connaissances et que l’apprentissage de la vie n’était pas aussi important : et cela commence aussi tout simplement par passer du bon temps avec ceux que l’on aime.
    Alors oui, parfois, j’oublie de me pencher sur le devoirs mais au moins, nous avons fait une partie de jeux de société ou lu une histoire et d’ailleurs, c’est elle qui la lit ; ) … tant pis si ce n’est pas celle du cahier de devoirs…

    PS: pour l’instant, c’est facile, mais je sens que ce ne sera pas la même histoire avec notre deuxième qui n’a pas franchement tendance à aimer l’école… affaire à suivre. Je commence déjà à fouiller du côté des soutiens « alternatifs » et j’ai trouvé des choses très sympa pour des apprentissages performants et sans tension, d’ailleurs, nous allons commencer tranquillement cet été avec les tables de multiplications ; )

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  • 19 mars 2013 à 21:36
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    bravo, je suis admirative. Avec trois fils complètement différents, nous avons vécu celui qui est a besoin de temps en temps de soutien, celui qui ne veut pas les faire et dont nous sommes devenus plus les parents de l’élève plutôt que les parents de notre fils et celui, le dernier, qui était revendiquait d’être autonome. Comme on avait été bien usés par le deuxième, nous avons savouré!
    Mais que de soirées et de week-ends gâchés pour toute la famille…Et que de souffrance pour notre deuxième fils, dyslexique. C’est un bonheur maintenant de le voir réussir dans sa vie professionnelle où sa dyslexie est devenue un avantage. J’ai débordé du sujet…désolée. Bonne continuation.

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  • 29 juillet 2014 à 09:34
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    Bonjour
    En réflexion sur la prochaine rentrée scolaire et le temps des devoirs, mon fils sera en CE1 en septembre. Après une année en CP compliquée avec les devoirs, j’aimerai avoir votre avis : notre fils n’aime pas faire ces devoirs car il trouve qu’il perd du temps. Il ne prend pas plaisir à les faire car cela lui demande beaucoup d’efforts. Il trouve difficile d’apprendre. Il s’énerve, rouspète, se tend. Si nous l’écoutons, il ne les ferai pas du tout. Inquiet des conséquences de son choix, nous lui imposons de les faire le matin lors des weeks-ends car on le trouve plus disposer. Cette situation est toujours aussi inconfortable pour nous. comment arrêter d’être en lutte contre lui et commencer à coopérer car il refuse nos discussions sur ce sujet. (Il se braque dès que nous abordons le sujet et dès que nous prononçons le mot « devoir ». Merci pour votre éclairage.

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    • 29 juillet 2014 à 21:34
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      Peut-être trouverait-il plus de plaisir à les faire si vous le laissiez décider ?
      De plus, ce serait la meilleure manière pour lui de comprendre les conséquences de ne pas faire ses devoirs : difficultés en classe, évaluations plus difficiles, …
      Cela vaut le coup d’être tenté en tout cas.
      Il arrive souvent aussi que ce sujet cristallise beaucoup de tensions et créent des problèmes dans les familles. Des devoirs scolaires valent-ils un tel prix ?
      Je vous invite aussi à lire l’article de ma collègue et amie Marie Quartier à ce sujet : http://www.huffingtonpost.fr/marie-quartier/conseils-devoirs-parents_b_4932892.html

      Je prévois de faire à la rentrée un article sur le goût de l’effort : on n’apprend pas le gout de l’effort et du travail, on le fait spontanément quand on trouve du plaisir à faire quelque chose. Et on ne trouve jamais du plaisir aux choses qui nous sont imposées, on peut en trouver à celles que nous choisissons librement de faire.

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  • 31 juillet 2014 à 14:20
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    Merci pour votre réponse. nous allons tenter de le laisser décider à la rentrée. On va essayer ! On avait pensé à le faire mais un peu trop dure pour nous de lâchez prise… Il vrai que nous, parents, subissons beaucoup de pression de l’entourage : l’enseignant (sa maîtresse n’a cessé de nous dire qu’il devait travailler, travailler…. et faire des efforts… Et les mots écrits sur le cahier de liaison sont quand même destinés aux parents…., le regard aussi des autres parents mais pas uniquement sur le niveau scolaire mais aussi sur le comportement (il faut être sage, pas agité… Être de vrais enfants modèles ! . La scolarité est un sujet finalement assez complexe…

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