Juger et être jugé …

être jugé : citation rebecca west paillasson féminisme« Je n’ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c’est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson » – Rebecca West

être jugé : Qu’est-ce que le féminisme ?

En voilà une bien vaste question … Je constate que, au-delà du féminisme, les mots ont un pouvoir enfermant très fort. Le problème avec les mots, c’est que leur sens dépend de ce que chacun met derrière eux. Les représentations et les préjugés.

Si derrière féministe, je mets « harpie hystérique », je n’aurais pas envie de me reconnaître dans cette définition. Si par contre, j’y mets « militante pour un monde meilleur », j’aurai probablement déjà plus envie de me reconnaitre dans ce terme.

Les mots sont comme des boites dans lesquelles on enferme les gens, des boites simplifiantes qui peuvent devenir simplistes …

être jugé : Le jugement en dit plus long sur celui qui juge que sur celui qui est jugé

Le jugement des autres – la boite dans laquelle ils me rangent – en dit plus long sur eux que sur moi : cela dit leurs opinions sur les hommes et les femmes, leur façon de voir le monde, …

Mon jugement en dit plus long sur mes besoins, ma façon de voir les choses, ma façon de gérer certaines situations que sur le comportement de la personne que je regarde.

Lorsque je trouve la caissière lente, c’est généralement que moi je suis pressée ou que j’aimerai passer mon temps à faire quelque chose de plus agréable que les courses.

Lorsque je me trouve bordélique, c’est soit que j’aimerai passer moins de temps à chercher les choses, soit que j’ai des valeurs qui définissent comment doit être une maison.

Souvent ces qualificatifs ont quelque chose de dénigrant ou simplement de réducteur. Le fameux « tu dis ça parce que tu es féministe » permet de disqualifier toute argumentation. Ca dispense l’autre même d’écouter les arguments et encore plus d’y réfléchir. Et ça énerve celui qui est jugé car il est alors enfermé dans une boite de laquelle il ne peut plus sortir et n’a plus aucun moyen pour faire changer les choses. Or l’impuissance déclenche la violence …

Si les autres ont besoin de me ranger dans une boite, c’est leur problème, pas le mien. Il est donc vrai que je n’utilise que rarement le terme féministe pour moi-même … Mais je ne m’en défends pas non plus ! Au contraire 🙂 !

Comme Rebecca West, on me traite de féministe quand je dérange … Je dérange l’ordre établi et la pensée de l’autre. Ca veut donc dire que j’ai touché juste et qu’il y a là quelque chose qui dit « je ne veux pas entendre ça ».

être jugé : Que faire de mes jugements ?

C’est vrai aussi pour moi-même : quand je juge quelqu’un – positivement ou négativement – cela en dit long sur moi !

Cela marche aussi bien avec vos enfants, que votre conjoint, votre boulangère que votre chef …

Cela ne signifie pas que vous deviez renoncer à juger – c’est impossible car notre cerveau fonctionne avec des raccourcis et des images – mais simplement que vous pouvez vous interroger sur le sens de ce jugement.

La prochaine fois que vous avez envie de juger quelqu’un, demandez-vous ce que cette personne a dit ou fait qui vous fait réagir.

Posez-vous la question de savoir ce que ce jugement dit sur vous plutôt que sur la personne que vous jugez, en quoi l’autre personne a aussi raison ou dit des choses justes.

Vous pouvez mettre en mots de la façon suivante pour mieux comprendre :

quand … (description factuelle du comportement observé)

Je suis … (expression authentique de l’émotion ressentie)

Parce que … (valeurs, croyances, besoins, attentes, …)

Ca me donne envie de … (ce que votre émotion vous pousserait à faire à ce moment-là)

Et je choisis de … (ce que votre cerveau vous amène à faire).

 

Bons jugements à tous 😉 …

(et vous pouvez me soumettre vos mots en commentaires si vous avez envie que je vous fasse un retour).

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Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance … envers les autres et envers soi-même :-) …

Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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4 pensées sur “Juger et être jugé …

  • 5 octobre 2015 à 14:50
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    Eh bien, si vous appliquiez ces principes à celui que vous avez écrit sur le prince charmant ( qui justement est le fantasme inverse de celui que vous décrivez la réalité dans l’article, le prince charmant, c’est le bad boy que la belle rêve d’apprivoiser) et que vous vous posiez la question de ce qui VOUS gêne dans la délicatesse d’un/e partenaire, pourquoi celle-ci provoque la souffrance et la si biblique culpabilité dont vous affirmez que l’on ne peut pas s’empêcher de la ressentir (personnellement je sais que si : tant que je ne fais de mal à personne je ne me sens pas coupable du bien que l’on me fait, c’est tordu comme truc !) et donc qu’il vaut mieux que ce soit le bienveillant qui se renie en s’adaptant – ce qui est particulièrement pervers : je ne pourrais t’aimer que si tu es capable d’être ce que tu n’es pas en adoptant des attitudes qui puisse me permettre de te critiquer mais comme tu le fais pour me faire plaisir, au final, ça ne compte pas.
    Que cette personne qui se plaint du pseudo prince charmant non macho s’avoue franchement qu’elle ne l’aime pas et le largue sans se sentir coupable : cela permettra peut-être à celui-ci de rencontrer une personne plus en phase avec lui… Au lieu de le juger….

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    • 15 octobre 2015 à 06:25
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      Rien ne me gène dans la délicatesse d’un partenaire. Sauf que, ce qui s’installe ici, c’est une prise de pouvoir sur l’autre PAR la délicatesse.
      L’attitude en elle-même n’a aucune importance, c’est la relation de pouvoir qui s’installe qui pose problème.
      Si vous avez bien lu, le partenaire qui s’en plaint ne juge pas. Au contraire ! Mais une souffrance s’installe. Et c’est bien plus tard que ce partenaire réalise que le poids qui l’étouffe est celui de la culpabilité qui s’est installée insidieusement.
      Un couple de ce genre peut parfaitement évoluer vers des relations satisfaisantes si le partenaire « parfait » devient moins parfait. Et il le fait généralement quand il se rend compte du poids qu’il fait porter sur l’autre.

      Le « gentil »n’est pas bienveillant envers l’autre au fond : il cherche à se conformer à un idéal et non à être ce dont il a envie au fond et ce dont son partenaire a besoin.
      D’ailleurs quand on lui pose la question, il dit qu’il souffre aussi. Mais qu’il pense qu’il vaut mieux ne rien dire, que c’est mieux pour l’autre.

      Cette relation n’a rien de bienveillant.

      Et pour finir, il peut y avoir énormément d’amour entre ces 2 partenaires, ce n’est pas le problème. D’ailleurs s’ils arrivent à des modalités relationnelles plus satisfaisantes, ils restent généralement ensemble.

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    • 15 octobre 2015 à 06:38
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      Et pour finir Danielle, au vu de vos commentaires, oserai-je vous retourner la question : qu’est-ce qui vous agace autant dans l’idée qu’être « gentil » puisse ne pas être l’attitude adaptée dans un couple ?

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      • 20 mars 2017 à 23:28
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        J’ai passé une partie de ma vie au sein d’organisation connotées « féministes » à aider des femmes à ne pas être victimes d’hommes violents. J’étais jeune à l’époque et j’étais beatnik mouvance « peace and love », vous savez les « babas cool » – c’est devenu une insulte par la suite – je me suis faite « traitée » ainsi par des ados mais comme je leur ai dit que je l’étais et que j’en étais fière il y a eu dialogue et entente….
        Les hommes avec lesquels j’ai vécus par la suite, je les ai choisi « gentils » parce que j’avais trop vu ce que donnaient ceux qui ne l’étaient pas – y compris en tant qu’enfant. Bizarrement par rapport aux stéréotypes cela a été des Maghrébins et des Africains, j’ai vécu plus de 20 ans avec le dernier, avec lequel – contre mes et ses convictions anti-mariage – j’ai dû me marier pour des questions de papiers – des années de galère ont été très convaincantes…
        Mon mari était très gentil, au-delà même de la gentillesse, il m’a beaucoup soutenue dans mes engagements personnels et nous nous entendions parfaitement parce qu’il me semble que moi aussi je suis gentille – sauf à l’encontre des gens qui cherchent à me dominer (ce qui était son cas aussi). Nous étions très différents l’un de l’autre sur bien des points mais cela n’a jamais été un obstacle – plutôt une complémentarité. J’ai admiré cette gentillesse chez lui, cette façon qu’il avait de toujours faire attention à la dignité des gens – y compris des enfants – qui passait souvent par une forme d’humour qui n’était jamais de la moquerie mais qui était très drôle. Je crois que je n’ai jamais autant ri qu’avec lui ! Il n’a eu qu’un seul défaut : il est mort trop tôt d’un cancer du poumon : il travaillait dans une pompe à essence, déjà ce n’est pas top pour la santé mais de plus il avait subi une agression raciste qui l’a beaucoup secoué mais il n’est pas devenu aigri pour autant. Sauf que son moral en a quand même pris un sacré coup !
        Depuis, j’ai encore été amenée à soutenir des amies qui fréquentaient des mecs pas vraiment gentils mais tellement charmants pour la galerie que c’est elles qui passaient pour les mauvaises.
        Et franchement, j’ai du mal à comprendre les femmes qui ne supportent pas les hommes « gentils ». Moi, les autres, ils me foutent la trouille et je ne les fréquente même pas ! Des mecs pas gentils au boulot j’en ai connu pas mal qui voulaient m’imposer leur autoritarisme et je ne supporte pas l’autorité, c’est viscéral. Je ne suis pas autoritaire non plus et c’est bien là qu’était le problème pour eux car je m’occupais d’enfants et je me faisais traitée de « laxiste » car je n’utilisais pas les « bonnes vieilles méthodes qui ont fait leur preuve ».
        Maintenant, ce que je constate c’est que nombre de femmes se pâment devant des types dont tout en moi me dit que ce sont des pervers narcissiques. Et il s’avère qu’ils le sont mais elles trouvent toujours des excuses à leur violence. Une de mes meilleures amies a fait un passage en HP et commence tout juste à s’en remettre mais auparavant elle le croyait toujours quand il lui disait qu’il allait changer : elle l’aimait tellement !
        Je ne dis pas que nous autres femmes nous n’avons le choix qu’entre les « trop bons trop cons » et les brutes mais si c’était le cas je choisirais sans hésiter les premiers !
        Après que l’on dise que l’on n’aime plus le type, je veux bien : j’ai quitté plusieurs mecs parce que je ne ressentais plus rien pour eux et ce n’était pas des brutes ! Ce n’est pas à cause de leur « gentillesse » – mon mari a été l’homme le plus gentil que j’ai jamais rencontré – mais parce que quelque chose d’indéfinissable ne marchait plus et je ne peux pas rester avec quelqu’un pour qui je ne ressens plus d’attirance ni d’admiration. Et j’admirais justement mon mari à cause de son infinie délicatesse relationnelle avec tout le monde et en particulier les personnes fragiles.
        J’ai toujours essayé de comprendre comment il s’y prenait pour ne jamais blesser les gens même les personnes les plus caractérielles (comme on disait à une époque), y compris moi, je crois – à la réflexion – qu’il s’intéressait vraiment aux gens. En fait, je crois que c’est vraiment la seule qualité que j’admire vraiment chez un être humain, homme ou femme. Je cours derrière sans jamais arriver vraiment à l’attraper – sauf pour les enfants mais je suis toujours en recherche de mieux…
        Autre chose, j’imagine que le problème est celui de l’authenticité de la gentillesse sinon elle est perçue comme une faiblesse. Mais quand on aime quelqu’un.e, je veux dire quand on tient à la personne parce que c’est elle, parce que c’est soi pour paraphraser Montaigne, si celle-ci est en difficulté, on la soutient. Si l’on ne ressent pas le besoin de la soutenir c’est que l’amour est aux abonnés absent mais dans ces cas là ce n’est pas l’autre le problème, c’est notre incapacité à l’aimer telle qu’elle est. Et effectivement l’amour n’est pas un sacrifice : c’est une relation au sein de laquelle chaque personne est heureuse de rendre l’autre heureuse. La gentillesse est un prétexte à l’absence de sentiment pour l’autre et le problème n’est pas dans son camp : il est ce qu’il est ici et maintenant mais dans le nôtre : nous ne l’aimons pas. Pas la peine de chercher des raisons, de rendre l’autre coupable de notre indifférence à son égard, de vouloir le rendre autre que ce qu’il est ou pas (pas un prince charmant, le prince charmant est toujours une brute qui ne demande pas leur avis aux princesses (Blanche-Neige dormait dans un cercueil de verre, la Belle au Bois dormant aussi) qui ne sont souvent que des trophées – à part la Bête mais c’est un fantasme de femmes d’une autre époque qui rêvaient d’apprivoiser la brute.
        Je ne sais pas si ce que j’écris est très cohérent : il est près de minuit et je m’endors à moitié… Je viens juste de découvrir vos réponses et elles m’ont amenée plus loin que je le pensais… En fait, je ne crois pas avoir de réponse rationnelle à votre question à part que j’apprécie beaucoup la gentillesse… Quand je suis née j’ai dû me tromper de continent…

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