épuisement parental critèresJe reçois souvent en accompagnement des parents – pères et mères – qui s’énervent – fort – sur leurs enfants et qui souhaitent changer cela. Ces parents pensent en effet souvent que ce sont eux qui ont un problème dont il faut aller chercher les causes dans leur passé. Comme s’ils devaient se « soigner » de leur violence.

Or, pour moi, hurler, crier, avoir des comportements plus ou moins violents est souvent le signe que nous sommes épuisés. Je préfère donc d’abord aller chercher les signes d’épuisement, de fatigue. Si la fatigue n’est pas traitée, il n’y a généralement aucune chance que la violence disparaisse.

La difficulté du métier de parent est largement sous estimée.

Intervenant aussi en entreprise, notamment pour des accompagnements autour du burn-out, j’ai rapidement fait le parallèle entre les critères qui caractérisent un métier comme étant à fort risque de burn-out … et le métier de parent ! Violaine Guéritault en parlait aussi très bien dans son livre « La Fatigue Emotionnelle et physique des mères » il y a quelques années.

En milieu professionnel, ces critères sont clairement listés. Un métier qui comporte ces risques implique un suivi accru des salariés concernés. L’objectif est de détecter les signes d’épuisement avant qu’il ne soit trop tard. Or ces critères sont tous rassemblés pour les parents. Je vous les détaille un par un …

Les critères qui montrent qu’être parent comporte de forts risques d’épuisement

  • La disponibilité : quand on est parent, on n’a pas de vacances, de week-end, de pause. Nous pensons à nos enfants 24 heures / 24, 7 jours / 7. Ou presque. Même s’ils ne sont pas là, même en vacances, nous sommes encore et toujours parents. Avec des enfants, difficile de partir au pied levé, sans préparer un minimum les choses. Et donc, quand nous devons parents, nous prévoyons, planifions, anticipons. C’est la fameuse « charge mentale » dont il a été tant question ces dernières semaines. Quand le cerveau turbine en permanence, il se fatigue 🙂 …

La question à se poser : quand est-ce que j’ai des temps pour moi ? Des temps pour faire des choses qui ne me concernent que moi, qui m’apportent du plaisir et de la satisfaction à moi seul-e sans avoir à me préoccuper de qui que ce soit d’autre ? Ca peut être au boulot, ça peut être 5 mn par jour !

  • Les responsabilités importantes : le regard de la société est ici primordial ! La société nous fait en effet bien sentir que la cause de tous nos maux actuels vient de l’éducation de nos enfants. Si ça va mal dans le monde, c’est forcément parce que les parents font vraiment n’importe quoi … S’ils étaient plus autoritaires ou plus bienveillants – selon qui parle – le monde serait forcément meilleur … Quelle responsabilité nous avons, nous les parents ! Guerres, famines, corruption, … tout cela est de notre faute !!! Et à moindre échelle, vous avez aussi en responsabilité le bonheur de votre enfant, sa réussite scolaire et professionnelle, la réussite de sa vie de couple (ben oui, avec la théorie de l’attachement, si votre enfant adulte a du mal à nouer des relations durables, c’est probablement que vous avez raté un truc dans sa petite enfance !!!) Avec un poids pareil sur les épaules, pas étonnant que de nombreux parents fassent des burn-out.

 

  • La faible reconnaissance : ce point est le corollaire du précédent. Non seulement les parents sont responsables de tous les problèmes de la terre. Mais si votre enfant va bien – et même s’il va mal mais que vous vous démenez comme un beau diable pour l’aider – presque personne ne vous remerciera du bon travail que vous faites. Pire encore, chaque fois que vous parlez d’une situation difficile avec un enfant, chaque fois que votre enfant se comporte « pas comme il faudrait », il y a forcément quelqu’un pour vous donner des tas de bons conseils sur la manière de s’y prendre. Même la boulangère ou votre cousin sans enfants à qui vous n’avez rien demandé. En gros, tout le monde sait mieux que vous comment vous y prendre avec vos enfants. 

La question à se poser : Les 2 critères précédents étant liés, je les traite en 1 seul point. Et si on arrêtait de penser en termes de « bon » ou « mauvais » parent et qu’on se demandait plutôt si nos attitudes sont efficaces et améliorent à la fois les compétences de l’enfant et notre relation ? Et si quand des parents qui nous entourent font des choses qui ne nous parlent pas, on leur cherchait simplement à comprendre leurs motivations, leur façon de voir sans forcément chercher à la changer ? Cela changerait à la fois le regard de la société, petit à petit et diminuerait les conseils qui ne servent à rien 🙂

  • Peu, ou pas de formation : il n’existe pas de formation pour devenir parent. Et même si on nous en proposait avant l’arrivée de nos enfants, je ne suis pas sure que ça nous serait utile. Avant d’être parent, nous avons souvent tendance à nous imaginer que, chez nous, ce ne sera pas « comme chez les autres ». Et que, vu que nous serons compétents, nos enfants seront forcément impeccables … Et annoncer à un parent que ça ne va pas se passer comme il l’imagine n’est pas forcément utile. Ce n’est qu’après coup que nous pouvons nous dire « ah ben oui, on m’avait prévenu-e ». Cependant, être parent demande de nombreuses compétences, émotionnelles et relationnelles. Compétences que nous avons parfois besoin d’apprendre … ou que nous ne mettons pas en oeuvre parce que nous sommes bloqués par nos émotions !

La question à se poser : Suivre un atelier pour les parents permet au minimum de se déculpabiliser, de porter un regard différent sur notre relation … mais aussi d’acquérir les éventuelles compétences qui nous manquent. Suivre des ateliers, lire sur la parentalité, les émotions, … permet d’acquérir des connaissances et des compétences utiles (mais si vous êtes arrivé-e à ce stade de l’article, c’est déjà ce que vous faites 😀 !)

Imprévisibilité et absence de contrôle, ces aspects épuisants du métier de parent dont on ne nous parle jamais …

  • imprévisibilité : Nous ne pouvons pas prévoir quand nos enfants vont se mettre à crier, se casser le bras ou tomber malade. Cette imprévisibilité crée un stress permanent plus ou moins intense selon les gens. Savoir qu’une épée de Damoclès nous pend au-dessus de la tête n’est pas forcément le meilleur moyen de se sentir serein et détendu
    • Absence de contrôle : Beaucoup de gens croient – ou voudraient nous faire croire – qu’il existe des moyens d’avoir du contrôle sur nos enfants. Et c’est très souvent là que nous nous épuisons : « je respecte ses émotions, je l’écoute … mais rien n’y fait » ou bien « j’ai beau lui dire non, tenir bon, tenir le cadre, montrer mon autorité, ça ne change pas. » Nous persistons dans la croyance que ce que nous faisons peut changer le comportement de nos enfants. Prenons un cas concret : un enfant se met à crier. Vous souhaitez qu’il arrête. J’attire juste votre attention sur le fait qu’il n’existe aucun moyen légal de faire taire un enfant qui n’a pas choisi de le faire. Que vous utilisez la peur ou la bienveillance, que vous le menaciez ou que vous vous montriez compréhensif, c’est toujours l’enfant qui agit. La croyance que nous avons toujours un moyen d’action peut constituer un piège : nous allons insister, déployer des trésors d’inventivité … et nous épuiser à essayer de résoudre un problème qu’il n’est pas en notre mesure de résoudre. Autant dire de quoi avoir ce genre de réactions 😀 :

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La question à se poser : Le passage précédent n’est pas une invitation à laisser tomber et à ne plus rien faire pour éduquer vos enfants. Mais juste à apprendre à sentir quand vous passez du moment où vous déployez des efforts normaux et celui où vous vous obstinez inefficacement à résoudre un problème.

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Pour aller plus loin à propos de l’épuisement des parents :

Sur ce blog :

L’actualité de S Comm C : des ateliers, formations et des conférences dans toute la France (et ailleurs !). Il y en a peut-être une près de chez vous ! L’agenda est par ici !

Quelques livres (liens affiliés) :

 

  1. Excellent ! et qui montre bien qu’un premier tri qu’on peut faire dans la tonne de bouquins sur l’éducation qui nous entourent, c’est ceux qui prétendent rendre « faciles » les choses. On peut les rendre PLUS faciles… ou plutôt, un peu moins difficiles, mais rendre l’éducation facile, pfffrrrtt. Arnaque.
    Du coup, je partage 😉

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