Comment surmonter un traumatisme d’enfance non identifié ?

Comment surmonter un traumatisme sans reconnaitre ses causes ? Faut-il forcément creuser dans ses souvenirs et retrouver la conscience de son vécu pour guérir ? Quelle aide psychologique est utile pour dépasser ses troubles ? Et si on identifie pas les évènements déclencheurs, comment parvenir à se libérer de ses blessures ?

Bref des tas questions sur les traumatismes d’enfance bien prise de tête mais qui intéressent plein de monde !!!

Dans mon cabinet, je rencontre des tas d’adultes, et notamment des parents qui veulent changer leurs comportements.

Ils ont essayé de trouver un traumatisme pouvant expliquer leurs difficultés sans y parvenir (parfois ils ont identifié des causes mais ça n’a pas suffi à les aider à changer). Souvent aussi leurs enfants ont des comportements difficiles à comprendre et ils ont peur d’avoir causé un traumatisme psychologique à leur enfant sans savoir très bien où et comment.

Mieux comprendre comment on peut surmonter un traumatisme même si on n’a pas identifié sa cause est donc un sujet important.

Et c’est justement ce que je propose dans mon travail d’accompagnement.

Alors, zou c’est parti : je vais vous parler traumatisme (ou absence de traumatisme) et surtout de comment surmonter un traumatisme quand on ne l’a pas identifié.

A noter : l’article est disponible en version vidéo en bas de page ⬇️

Les idées reçues sur les solutions pour guérir d’un traumatisme

En cas de difficultés à gérer ses émotions ou à communiquer, l’idée généralement admise est que vous avez vécu un traumatisme dans l’enfance.

Cette idée – qui sous-tend l’approche psychanalytique – veut aussi que la découverte de ce traumatisme initial serait la seule manière d’accéder à une « guérison » complète et durable.

La réalité est assez différente de cette croyance, c’est ce que semble en tout cas nous montrer tous les travaux récents sur les émotions.

On peut très bien résoudre ses problèmes émotionnels et relationnels sans chercher des causes dans le passé … Surtout que cette recherche est souvent longue et infructueuse …

Premier point : pas besoin d’avoir été traumatisé pour se conduire comme si on l’avait été

Oui, on peut paniquer sans jamais avoir été effrayé.

Oui, on peut avoir peur de l’abandon ou du rejet sans jamais avoir été rejeté ou abandonné.

Oui, on peut être perpétuellement en colère sans jamais avoir vécu d’injustice.

Pour installer un comportement rigide, il suffit souvent d’agir comme si on avait été traumatisé et de réitérer ce comportement à plusieurs reprises.

Ca arrive souvent : nous réagissons spontanément à une situation, sans y réfléchir et sans forcément avoir vécu une émotion très forte.

Par exemple :

On va demander à la personne qui nous manque de nous rassurer.

On va se taire au lieu de poser des limites à la personne qui nous crie dessus.

On va se rebeller contre quelque chose et le dire haut et fort.

On le fait une fois, on le refait, on le re-re-refait.

Ca a plutôt l’air fonctionnel = ça ne nous coûte pas trop d’énergie et ça provoque des effets positifs. On a la paix, on se sent mieux ou en tout cas soulagé.

Ces effets positifs vont renforcer le comportement.

Petit à petit, une habitude s’installe.

Une habitude sans cause réelle et sérieuse mais qui s’ancre de plus en plus profondément et devient automatique.

Mais enfin, puisque ça « marche » (ce qui veut dire « ça a des effets positifs »), pourquoi faire autrement ?

Ca me fait penser que, dans un prochain article, je vous parlerai des 8 tendances à l’action associées aux émotions. On parle souvent de 3 tendances à l’action : fuir/éviter, agresser ou se figer mais en réalité il y en a plus que ça. Ca peut vous aider à mieux comprendre vos réactions ou celles de vos enfants (si vous ne voulez pas rater cet article, je vous conseille de vous abonner à ma newsletter !)

Quel est le rapport entre une habitude et un traumatisme non identifié ?

L’habitude a des avantages. Le principal étant qu’elle nous permet de réagir vite et en consommant peu d’énergie mentale. Mais elle a aussi des inconvénients.

Notre cerveau (la partie plutôt inconsciente) nous fait confiance. Ou plus vraisemblablement : il cherche à préserver une certaine unité, une certaine cohérence, à maintenir une bonne image de nous-même.

C’est comme s’il pensait : « Si nous répétons avec tant de constance une action, c’est que nous avons probablement de bonnes raisons de le faire ».

S’il y a de bonnes raisons d’agir ainsi – même si on ne connaît pas ces raisons – agir autrement serait-il risqué, ou a minima moins avantageux ?

Ca parait logique. C’est en tout cas comme ça que notre cerveau semble raisonner.

Mais s’il y a risque, il faut un signal d’alarme pour nous signaler les situations concernées. Ce signal, c’est l’émotion : le stress, la peur, la colère selon la situation.

Comment un comportement pouvant faire penser à un traumatisme s'installe : le comportement implique qu'il y a des risques. Les risques entrainent le signal émotionnel. L'émotion déclenche le comportement.

Petit aparté : associer émotion et besoin n’est pas forcément juste. On peut avoir un besoin créé de toute pièce par notre habitude. Dans ce cas, plus on cherche à satisfaire son besoin, plus on renforce l’habitude sans jamais parvenir à assouvir suffisamment son besoin.

Notez bien ici que c’est le « sans jamais parvenir à assouvir suffisamment son besoin » qui signale qu’on est en train de se fourvoyer.

Donc on agit d’une certaine manière sans savoir pourquoi.

Ca s’est fait comme ça par hasard, c’est très souvent le cas chez les enfants qui semblent expérimenter des réponses aléatoires face aux problèmes qu’ils rencontrent (c’est une bonne manière d’innover soit dit en passant).

Et c’est ici que le piège commence : à l’inverse, puisqu’il y a signal d’alarme, c’est qu’il y a risque.

S’il y a risque, il faut reproduire le comportement qui minimise les risques (ou que nous prenons pour tel).

Paf la boucle est bouclée !

Nous avons peur du conflit ou de l’abandon sans jamais l’avoir vécu, simplement parce que nous avons agi comme si nous en avions peur.

Nous sommes des écorchés vifs sans jamais avoir vécu d’injustice, simplement parce nous avons agi comme si c’était très important de rectifier la situation.

Un peu comme si on avait été traumatisé mais sans jamais l’avoir été.

Au bout d'un certain nombre de répétitions, l'émotion déclenche le comportement qui entraine ou aggrave l'émotion pour la fois suivante, sans que les risques ne soient évalués.

Comment se sortir d’un traumatisme psychologique passé qui n’existe peut-être pas ? une approche en 3 étapes

C’est évidemment celle que je pratique (en très très résumé) dans mes accompagnements.

Evidemment vous avez compris que, dans ce genre de cas, Les thérapies orientées sur le passé peuvent durer très longtemps puisque le traumatisme initial n’existe pas.

Autant chercher une aiguille dans une meule de foin !

Même s’il y a traumatisme, la découverte du traumatisme ne garantit pas qu’on va changer ses actes. Une habitude ne se change pas facilement, même quand on en a compris l’origine..

Alors, concrètement comment on fait ?

Etape 1 – on identifie les situations qui déclenche le signal d’alarme (peur, colère, tristesse)

Pourquoi on fait ça ?

Ca va nous permettre d’aller chercher tous les risques perçus dans cette situation pour les évaluer.

Il s’agit ici de lister TOUS LES RISQUES POSSIBLES ET IMAGINABLES qui vous viennent en tête, même si en les listant vous les trouvez ridicules.

Ca redonne de la conscience et donc du pouvoir d’action.

Certains risques vous sembleront absurdes et ridicules et il sera facile de changer pour ceux là. D’autres risques vous paraitront plus légitimes mais le coût à payer (poursuivre votre ancien comportement) vous semblera trop élevé. Et enfin certains vous paraitront incontournables et justifieront que vous mainteniez votre habitude.

Ce travail sur les risques est la 1e étape du changement.

Quand l’habitude s’est installée, nous ne nous posons plus la question de la réalité, de la probabilité ou de l’importance des risques

Nous ne cherchons plus à distinguer : risque imaginaire / risque réel, risque peu probable / probable, risque léger / risque grave, etc).

On est passé en pilotage automatique.

Avec ce travail sur les risques, on remet de la conscience ce qui permet de moins subir nos propres réactions. On commence à voir où on peut changer, même si c’est un petit changement.

C’est souvent à ce stade que les personnes réellement traumatisées associent des situations vécues par le passé. On peut alors mettre des mots sur ce qui a été vécu et permettre le passage à l’étape 2.

Quand il y a traumatisme psychologique réel, les mots mis sur ce qui a été vécu sont souvent nécessaires pour pouvoir passer au changement concret.

Etape 2 – après avoir travaillé sur les risques, on identifie les comportements et stratégies associées aux situations : qu’est-ce que je fais, dis (ou évite de faire ou de dire) ? Qu’est-ce que je pense ? Sur quoi je concentre mon attention (à l’intérieur ou à l’extérieur de moi, sur le passé ou le futur, etc)

L’identification des comportements associés permet de passer à l’étape 3 où on va mettre en œuvre le changemetn très concrètement

Etape 3 : on agit sur les comportements de manière très concrète

Pour cela, on va s’exercer à agir de manière radicalement différente, en sortant de l’évitement si on évitait, en se taisant si on parlait, etc

J’ai donné un exemple très concret de comment arrêter de dire pouvait parfois soulager la colère dans l’article « burnout vous êtes sûr ? ».

(oui c’est très contre-intuitif d’arrêter d’exprimer sa colère, mais c’est d’une efficacité redoutable quand on est dans un emballement de la colère).

Le changement peut être radical si vous vous en sentez capable. Il peut aussi être plus subtil au début selon la force de l’habitude.

Il va alors porter sur des comportements ou des stratégies à peine perceptibles : lever les yeux au lieu de les baisser par exemple, tourner son attention vers l’extérieur (compter les objets bleus par exemple) au lieu de l’intérieur (centré sur ses pensées) ou vice versa.

C’est ici qu’il est parfois utile de faire appel à un thérapeute orienté changement (comme moi 😁) plutôt qu’un thérapeute orienté recherche des causes.

En effet, changer un comportement portée par une habitude fortement installée, ça demande souvent un peu de stratégie pour amener le changement « à l’insu de notre plein gré ».

Sinon notre cerveau nous pousse à revenir au mode automatique.

Mon travail de thérapeute stratégique consiste justement à identifier – et à vous faire vivre – les expériences émotionnelles correctrices qui vont aider à installer le changement de manière très concrète et durable.

Je parle de ces expériences émotionnelles correctrices dans l’article « de la thérapie brève stratégique ».

J’espère vous avoir aidé à comprendre comment on peut agir pour surmonter un traumatisme non identifié.

Au passage et en guise de conclusion : si vous êtes parents, je vous invite à bien garder ce mécanisme pour vous en rappeler la prochaine fois que vous vous demanderez si vous n’avez pas traumatisé votre enfant. Ca devrait vous aider à vous lâcher la grappe (si vous étiez réellement maltraitant vous le sauriez déjà).

Aller plus loin au sujet des traumatismes

A lire aussi : mon article plus général sur les traumatismes : « comment ça marche le traumatisme ?« 

Si vous vous sentez bloqué où vous n’arrivez pas à mettre en œuvre le changement que vous voulez, vous pouvez prendre rendez-vous pour un accompagnement avec moi, en cliquant ici.

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Comment surmonter un traumatisme : la vidéo

Sandrine Donzel

Parentalité, couple, communication, développement personnel ? Votre vie ne ressemble pas à ce qui est décrit dans les livres ? Pas de panique et bienvenue dans la VRAIE VIE, celle qui est abordée sur ce blog ! Je vous y propose des outils concrets, pragmatiques et REALISTES pour répondre à vos interrogations. Bonne lecture !

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