Comment nous empêchons (sans le savoir) l’autonomie de nos enfants

Nous serons à peu près tous d’accord : on veut que nos enfants deviennent autonomes, c’est à dire capables de se débrouiller par eux-mêmes. Mais avouons-le, c’est un vrai casse-tête !

L’autonomie est pleine de paradoxes et donc de pièges . Parfois, à force de vouloir bien faire et d’aider notre enfant, on se retrouve coincés dans des situations où, finalement, on fait tout à sa place. Et là, c’est le paradoxe : plus on veut l’aider, moins il apprend à se débrouiller.

Dans cet épisode, on va voir ensemble pourquoi c’est si compliqué et comment éviter ces pièges sans (trop) se prendre la tête.

EP.39 Développer l'autonomie des enfants Du côté des parents !

L’autonomie de votre enfant est un vrai casse-tête ?On souhaite tous qu’ils se débrouillent seuls, mais parfois, nos meilleures intentions nous jouent des tours. Comment sortir de ces cercles vicieux ?Cet épisode est une invitation à décoder les paradoxes de l’autonomie pour enfin accompagner votre enfant plus légèrement.J'y explore les mécanismes invisibles qui freinent leur élan et on vous donne les clés pour inverser la tendance.Vous découvrirez notamment :comment nous privons nos enfants d'apprentissages avec les meilleures intentions du mondecomment distinguer la protection nécessaire de la surprotection qui retarde son développement et crée de la dépendance.— 🔗 LIENS ET RESSOURCES 🔗 —-mon blog pour toutes les ressources de l'épisode et une retranscription complète : ⁠https://blog.scommc.fr/comment-nous-empechons-sans-le-savoir-lautonomie-de-nos-enfants/Vous abonner à ma newsletter :⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠ https://blog.scommc.fr/la-newsletter-du-podcast-du-cote-des-parents/⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Pour en savoir plus sur mon travail (conférences, formations et accompagnements) :⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://scommc.fr/⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Pour faire un don :⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠ https://bit.ly/donducotedesparents⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠— 📩 POUR ME CONTACTER 📩 —-par mail : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠sandrine@scommc.fr⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠sur Facebook : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Sandrine Donzel – S Comm C⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠sur Instagram : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Sandrine Donzel⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠sur LinkedIn : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Sandrine Donzel⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠— CREDITS —–Musique : Guiton Sketch de Kevin MacLeod , licence : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Source : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠http://incompetech.com/music/royalty-free/index.html?isrc=USUAN1100473⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Artiste : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠http://incompetech.com/⁠⁠

L’autonomie est un enjeu éducatif majeur pour les parents. Mais le développement de l’autonomie des enfants est plein de paradoxes qui peuvent vite se transformer en casse-têtes insolubles. Cet épisode vise donc à aider les parents et les éducateurs à éviter les pièges que nous tendent ces paradoxes ou à s’en sortir s’ils y sont déjà coincés.

Au fait, autonomie, ça veut dire quoi ?

Si on regarde la définition du Larousse, voici ce qu’on trouve : « État d’une personne qui peut réaliser seule les actes de la vie quotidienne ». Et le Larousse ajoute comme contraire à autonomie le terme de dépendance.

Et je dois avouer que cette définition ne me convient pas du tout. Et qu’elle fait partie justement des confusions qui compliquent la vie des parents !

Les enfants sont effectivement dépendants, surtout quand ils petits. Dépendants signifie qu’ils n’ont pas les capacités de faire les choses par eux-mêmes. Un enfant en bas âge ne peut pas se déplacer seul, s’habiller seul, se nourrir seul. Il est donc dépendant.

Mais il sort rapidement de cette dépendance, notamment quand il commence à pouvoir se déplacer et à développer un peu mieux sa motricité. Il est alors en mesure d’agir de manière indépendante. Plus l’enfant grandit et plus il devient indépendant, c’est à dire capable de faire les choses par lui même.

Mais se pose alors la question de l’usage que fait l’enfant de ses capacités nouvelles. En fait-il un bon usage ? C’est à dire un usage qui ne lui est pas nocif pour lui, mais qui pose quand même la question de qui décide de ce qu’est un bon usage (mais j’y reviendrai par la suite).

C’est pourquoi je préfère opter pour la définition de l’autonomie que nous donne la psychologie du travail :

Autonomie : capacité à agir

de manière efficace et responsable, sans supervision constante,

en prenant des décisions cohérentes avec son rôle, ses objectifs et les règles du collectif.

Je trouve que cette définition souligne bien les 2 aspects de l’autonomie :

  • le savoir-faire : qu’est-ce que je peux ou ne peux pas faire compte tenu de mes compétences à un moment donné ? Qu’est-ce que je sais faire ?
  • le vouloir-faire : qu’est-ce que je décide de faire ou de ne pas faire ?

Il n’y a pas de mystère : savoir faire, ça s’apprend en faisant. Tant qu’on n’a pas mis les mains dans le cambouis, on ne peut pas dire qu’on sait faire.

Einstein disait « on n’apprend vraiment que par l’expérience, le reste est de l’information ».

Comment nous privons nos enfants d’opportunités de devenir autonomes

Dans la plupart des cas que j’accompagne où l’autonomie d’un enfant pose question – quel que soit l’âge de l’enfant – je remarque souvent que l’enfant manque surtout d’occasions de mettre en pratique des choses et d’acquérir des compétences.

Nous – et la société dans son ensemble – privons en effet très souvent les enfants et les adolescents d’occasions d’apprendre et donc de développer à la fois leur savoir-faire et leur vouloir faire.

Nous le faisons d’abord pour optimiser la performance.

Quand nous sommes pressés le matin et que nous habillons un enfant pour ne pas perdre de temps, nous le privons d’une occasion d’apprendre à le faire. Attention je n’ai pas dit qu’il faut forcément le contraindre à faire, notre besoin d’être à l’heure est légitime. Cependant ce souci de performance implique que nous devons aussi réfléchir aux opportunités que nous proposons à l’enfant de s’exercer.

De la même manière, quand nous avons à coeur que l’enfant réussisse bien scolairement, nous pouvons avoir tendance à nous montrer insistants et très présents pour les devoirs.

Comme cette maman d’un petit garçon de 8 ans qui vient me voir en me disant « mon fils n’est pas du tout autonome pour le travail scolaire. Sur pleins d’autres sujets, il l’est vraiment je le vois tous les jours. Mais pour ce qui concerne l’école, vraiment il est complètement passif, il ne sait pas par où commencer, il est en attente ».

Cette maman ne mettait pas du tout la pression à son fils et ne visait pas de hautes études. Elle voulait simplement que son fils n’ait pas de regrets et puisse avoir le choix par la suite. Et pour elle cela passait par prendre de bonnes habitudes dès le début.

Elle prenait donc les devants : une fois le goûter passé, elle empoignait le sac, sortait les cahiers, disait « alors qu’est-ce que tu as à faire ? » et menait les devoirs d’une main de maitre, attitude à laquelle son enfant répondait par une coopération un peu passive mais plutôt sympathique.

C’est cette passivité qui a inquiété les parents, les amenant à venir me voir pour savoir comment rendre cet enfant plus autonome.

Dans ce cas, mon hypothèse était celle d’une forme d’impuissance acquise : si je me mets du côté de l’enfant, que je vois mon parent prendre les choses en charge, je peux finir par en déduire que ce n’est pas mon rôle de prendre les devoirs en charge, ou que je ne suis pas capable de le faire. Ce qui va diminuer la tendance à essayer par soi-même.

Attention : ici le propos n’est pas de savoir si l’enfant est comme ça parce que le parent a pris en charge, ou si le parent a pris en charge parce que l’enfant était passif. Ca c’est le problème de l’oeuf et de la poule et ce n’est pas ce qui m’intéresse dans mon travail. Ce qui m’intéresse, c’est comment on fait pour faire changer les choses.

Je pars donc de cette hypothèse interactionnelle d’un enfant rendu passif par la tendance de ses parents à prendre en charge à sa place et finissant par se persuader qu’il ne peut pas faire mieux. Et pour la tester, je propose donc à la maman de dire à son fils qu’elle a réalisé que, bien malgré elle, en faisant tout à sa place, elle lui faisait peut-être croire qu’il n’était pas capable et que c’était bien dommage. Et que dorénavant, elle lui laissait la responsabilité de démarrer les devoirs, qu’elle se montrerait disponible pour lui s’il en exprimait le besoin mais que c’était à lui de le faire puisque ça le concerne au 1er chef.

La réaction de ce petit garçon a confirmé mon hypothèse. Il a immédiatement dit « mais comment je vais faire ??? », réponse à laquelle j’avais préparé la maman. Et je lui avais dit de bien résister en répondant « c’est normal mon chéri que tu ne saches pas trop bien comment faire, c’est moi qui faisait tout jusque là. Mais je suis sure que tu vas y arriver. ».

Et effectivement, très rapidement ce petit garçon a pris son sac, demandé à sa maman de venir et s’est montré beaucoup plus actif, y compris en classe. Il s’est mis à lire des histoires à sa petite soeur, il était sorti de son impuissance acquise.

Chaque fois que nous intervenons pour nous assurer que l’enfant fait « bien », pour lui éviter les conséquences de son inexpérience, nous le privons d’une occasion d’apprendre et de devenir autonome.

Il y a des situations où cela est adapté : si votre enfant veut sauter dans la piscine sans brassards alors qu’il ne sait pas nager, ou qu’il veut traverser une autoroute, mieux vaut l’en empêcher.

Mais je pense sincèrement que nos interventions devraient se limiter au strict minimum nécessaire si on veut aider nos enfants à développer des compétences et donc leur autonomie.

De la même manière, nous intervenons parfois dans leurs relations. Comme par exemple quand nous allons recadrer à leur place d’autres enfants qui ne sont pas sympas avec eux.

Là aussi ces interventions si elle sont trop systématiques peuvent les priver d’occasions d’apprendre à réguler leurs relations et de devenir autonomes dans ce domaine, ou les amener à croire qu’ils sont incompétents relationnellement.

Emmanuelle Piquet en parle très bien dans son livre « Votre enfant face aux autres, l’aider dans ses relations difficiles« . Elle y aborde aussi bien les relations difficiles avec les autres enfants qu’avec les adultes (beaux parents, grands parents, frères et soeurs, etc).

Autre raison pour laquelle nous privons nos enfants d’apprentissages utiles pour leur autonomie : la préservation de leur insouciance

Dans notre société, l’enfance est synonyme d’insouciance. L’enfant devrait être libre de toute préoccupation matérielle ou psychologique afin de « vivre sa vie d’enfant ».

Evidemment cela a de merveilleux côtés pour les enfants. Mais cela peut aussi présenter des inconvénients en termes de développement de l’autonomie.

J’en ai parlé dans l’apprentissage de la continence (ou propreté si vous préférez) : nous voulons respecter ce qui nous semble être le rythme de l’enfant, ne pas lui imposer de contraintes vues comme nuisibles. Et nous retardons donc le moment où nous sensibilisons l’enfant à cet apprentissage.

Et c’est un des facteurs qui conduit au fait que seuls 20% des enfants sont « propres » à 2 ans 1/2 alors qu’ils étaient 90% à l’être dans les années 60. J’ai développé ce point dans l’épisode 35 du podcast.

Autre exemple de cette tendance : il y a quelques années, j’avais parlé sur les réseaux sociaux du fait que mes enfants faisaient eux-même leurs lessives depuis le collège, publication qui avait fait un énorme buzz.

Cette publication m’avait valu des réactions étonnées et admiratives, mais aussi une quantité importante de réactions choquées disant que ce n’est pas le rôle des enfants de faire ce genre de choses, qu’ils n’ont pas à prendre en charge ces préoccupations, etc.

Ces réactions traduisent cette idée de l’insouciance enfantine à préserver.

Et je la partage d’une certaine manière, tout comme je partage l’idée que les enfants n’ont pas à porter une charge qui dépasse leur capacité.

Mais il se joue aussi non seulement un enjeu d’autonomie, mais aussi de relations abusives.

Pour ce qui est de l’autonomie, même si on a le motif très chouette de préserver l’insouciance de l’enfant, il n’en reste pas moins que chacune de nos prises en charge est une occasion loupée de développer les compétences et l’autonomie de l’enfant.

Ce n’est pas très grave si on veille à fournir d’autres occasions d’apprendre. Mais lorsque c’est trop systématique, évidemment il manque beaucoup d’occasions d’apprendre.

Retarder un apprentissage n’est pas forcément un gros problème mais cela peut obliger l’enfant à faire cet apprentissage à marche forcée le jour où il n’a plus le choix, et donc générer à ce moment là des contraintes et du stress dont il aurait pu se passer.

Et il arrive aussi fréquemment que ces prises en charge trop systématiques aient pour conséquence le développement d’une relation abusive.

En effet, quand vous êtes beaucoup pris en charge, cela installe un confort très agréable et auquel il peut être très difficile de renoncer. Et vous pouvez finir par croire que cette prise en charge vous est dûe et devenir très agressif le jour où on vous la refuse.

Comme par exemple pour cet enfant devenu adulte (22 ans) qui devenait de plus en plus violent verbalement et même physiquement avec sa mère chaque fois qu’elle devait lui refuser un service, ce qui la faisait beaucoup culpabiliser. Ainsi cette maman avait une procuration sur le compte de son fils et le renflouait quand il était à découvert, ce qui évidemment ne l’incitait pas lui tellement à chercher vraiment du travail. Mais quand elle était elle-même un peu juste et ne pouvait plus lui donner d’argent, il ne comprenait pas et s’en prenait à elle.

J’ai parlé de ce piège dans cette courte vidéo :

La dernière raison qui nous amène à priver nos enfants d’occasions de devenir autonomes, c’est l’envie de créer une relation affectivement sécurisante pour eux.

Une relation sécurisante est très importante pour le développement de l’enfant. C’est aussi un élément favorisant des apprentissages de qualité.

Une relation sécurisante est une relation dans laquelle on sait qu’on ne sera pas jugé si on se plante (et ça c’est très important pour apprendre !) mais aussi qu’on peut compter sur l’autre en cas de besoin.

Pour construire ces relations sécurisantes, nous nous montrons donc disponibles pour nos enfants, nous cherchons à identifier leurs besoins et à y répondre.

Mais il arrive fréquemment qu’il y ait une confusion entre sécurité psychologique et volonté de réduire les inconforts émotionnels.

J’en avais parlé dans l’épisode 29 :  » pourquoi mon enfant n’est jamais apaisé même quand je réponds à ses besoins ? »

Cette confusion nous conduit alors à intervenir pour apaiser la frustration, le sentiment d’échec. Nous espérons réduire ainsi les sentiments désagréables générés par les situations … mais nos interventions nous amènent souvent à réduire surtout les opportunités d’apprentissage (allez écouter l’épisode 29, j’en parle en détail).

Je rappelle ici une chose essentielle :

On n’apprend rien si on n’échoue jamais.

Et échouer génère des sentiments désagréables. Et ce sont précisément ces sentiments désagréables qui aident à l’apprentissage car ils incitent à faire les efforts nécessaires pour éviter d’avoir à les ressentir de nouveau.

Evidemment un juste équilibre entre réussites et échecs est souhaitables.

Mais les réussites sont uniquement des incitations à continuer de faire, alors que les échecs sont des opportunités d’apprentissages essentielles (si ils sont bien accompagnés).

Si nous cherchons à éviter à nos enfants les ressentis désagréables liés aux échecs, nous les privons aussi très surement d’opportunités d’apprentissages.

Sociétalement ces occasions se réduisent aussi avec une infantilisation et une dévalorisation des jeunes toujours plus grande, amenant à les protéger d’eux-même, ce qui consiste techniquement à les priver d’occasions d’apprendre. Et nous avons là aussi une réflexion citoyenne à mener de mon point de vue.

Mais je vous propose maintenant de passer au vouloir faire, point qui est souvent très problématique pour les parents.

Mon enfant n’est pas autonome : il sait faire mais il ne s’y met pas

Dans beaucoup de cas, le problème d’autonomie est en fait un problème de responsabilité. Je l’ai dit l’autonomie consiste à savoir aussi faire « bon usage » de ses capacités, c’est à dire à décider de s’en servir ou de ne pas s’en servir à bon escient (pour soi et pour les autres).

C’est là qu’intervient la 2e dimension de l’autonomie : le vouloir faire.

Souvent, les parents essaient de stimuler leur enfant ou leur ado, c’est à dire de lui expliquer à quel point il devrait se mettre à faire telle ou telle chose (faire ses devoirs, laver son linge, se laver les dents, etc).

Ces explications peuvent amener à l’enfant à comprendre pourquoi on lui demande ce qu’on lui demande. Elles suffisent à mobiliser l’enfant dans énormément de situations.

Mais dans certains cas, elles ne suffisent absolument pas à le mettre en action.

Nos explications deviennent une sorte de bruit de fond qu’il n’écoute plus. Et qu’il écoute d’autant moins qu’on finit par l’engueuler à ce sujet !

L’un des pièges que j’observe le plus souvent est celui du « s’il te plait mobilise toi mais si tu ne te mobilises pas, ce n’est pas grave« .

Autrement dit : on explique, on argumente, on s’énerve … mais on finit par pallier aux conséquences.

Par exemple, on prend la défense de notre progéniture quand le prof nous convoque pour nous dire qu’il se comporte mal, on lui cherche des excuses par crainte que trop de dureté le démobilise encore davantage.

Je vous donne un exemple personnel où mon fils m’a donné une magnifique leçon de responsabilisation : j’avais rappelé à mon fils que personne ne serait là quand il reviendrait le soir et se retrouverait donc à la porte s’il oubliait ses clés. Je lui envoie un message avant de partir de la maison pour savoir s’il les a bien prises … et il me dit qu’il a oublié. Je peste et râle par SMS en lui rappelant son irresponsabilité tout en lui disant quelle solution j’ai trouvé pour pallier à son oubli. Et il me fait cette réponse magnifique : « maman, ce n’est pas la peine de m’engueuler. La prochaine tu n’as qu’à partir, je me retrouverai à la porte et ce sera bien fait pour moi. Et ça m’aidera à moins oublier la fois d’après.« 

Chaque fois que nous compensons, nous envoyons le message que la responsabilisation est accessoire et que si l’enfant ne se responsabilise pas, ce n’est pas très important.

Chaque fois que nous faisons des rappels, nous faisons la même chose : nous l’empêchons de développer son sens des responsabilités.

Je pense ici aux innombrables familles où pour compenser un horaire tardif, les parents réveillent les ados et insistent de longues minutes pour qu’ils se lèvent. Alors que devoir arriver en retard, se justifier par soi-même sans l’intervention des parents est pour beaucoup d’élèves un inconfort suffisamment important pour se forcer à se lever à l’heure.

Mais cela implique qu’on ne les dépose pas en voiture parce qu’ils ont raté le bus et qu’on ne leur rappelle pas 20 fois qu’il est l’heure.

Nos compensations et nos rappels jouent le rôle d’un filet de sécurité ou d’un parachute.

Au sommet d’une falaise, savoir qu’on a un parachute change tout dans la décision de sauter ou non.

Si nous voulons que nos enfants soient autonomes, nous devons aussi arrêter de rappeler et de compenser.

Dans ce piège du « sois autonome mais ce n’est pas grave si tu ne l’es pas », on va plutôt dire que les enfants ou ados n’ont pas tellement la tête sur les épaules, qu’ils sont un peu tête en l’air et pas très responsables.

Un autre piège pour le développement du sens des responsabilités, c’est l’injonction « sois autonome mais comme moi je veux que tu le sois ».

Quand nous faisons ça, en réalité, nous ordonnons à l’enfant de se comporter comme nous voulons qu’il se comporte. Nous n’acceptons que son choix soit différent, souvent par crainte que ses choix n’aient des conséquences trop négatives.

Mais obéir à un ordre est le contraire de l’autonomie.

L’autonomie c’est précisément décider par soi-même. Et l’enfant se retrouve alors face à une contradiction :

  • soit il fait ce que vous lui demandez mais alors il doit renoncer à prendre sa propre décision (il fait ce que vous lui dites de faire) et donc il n’est pas autonome.
  • soit il ne fait pas ce que vous lui demandez : il est alors autonome, il prend sa propre décision mais il vous met en colère et provoque des conséquences négatives pour lui.

J’en avais parlé dans l’épisode 36 sur l’illusion du contrôle parental. On se retrouve dans un conflit de pouvoir : l’enfant s’oppose alors pour être autonome et non parce qu’il trouve sa solution meilleure que la votre.

On reconnait souvent ces situations à des attitudes d’opposition, des relations conflictuelles et à souvent aussi à des conduites à risque du jeune.

Faire le choix de l’autonomie

Je crois sincèrement que développer l’autonomie de nos enfants dès le plus jeune âge est un des plus grands services que nous puissions leur rendre. Ils sont ainsi mieux armés face à la vie, sont plus confiants en eux, moins anxieux et font de meilleurs choix pour leur avenir.

Evidemment cela implique d’accepter de prendre le risque qu’ils se plantent, fassent de mauvais choix dont les conséquences peuvent retomber sur eux. Parce que c’est le meilleur moyen d’apprendre.

Si vous n’êtes pas prêt à lui laisser vivre les conséquences de ses choix, vous ne POUVEZ PAS développer son autonomie.

Dans certaines situations exposer votre enfant à ces conséquences ne sera pas envisageable pour vous. Et c’est parfaitement légitime.

Mais il sera alors plus reposant pour vous – et moins coinçant pour votre enfant – d’assumer clairement que vous ne lui laissez pas le choix.

Oui notre rôle de parent nous amène parfois à imposer à nos enfants des choses dont ils n’ont pas envie. Et nous pouvons aussi leur dire que nous en sommes bien désolés mais que nous ne pouvons vraiment pas faire autrement.

Cela implique de ne plus lui demander d’être autonome, mais de reconnaitre au contraire que vous lui imposez quelque chose dont il ne veut pas, qu’il a le droit de se sentir frustré et énervé, qu’il a le droit de l’exprimer même si ça ne change pas votre décision.

C’est ce que j’appelle être préparé-e à mettre l’énergie qu’il faut pour tenir bon sur notre décision, mais pour se battre contre notre enfant. Nous ne cherchons plus à le convaincre et je vous garantis que ça change pas mal les choses.

J’espère que cet épisode vous aura aidé-e à mieux comprendre les enjeux de l’autonomie et ses pièges.

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Sandrine Donzel

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