Au-delà de l’étiquette « toxique » : Comprendre la dynamique relationnelle

Et si l’étiquette de « personne toxique », collée sur un ou une partenaire, un parent ou un enfant, devenait elle-même le plus grand obstacle à votre apaisement ?

Nous sommes nombreux à utiliser ce terme pour nommer la souffrance, se rassurer en identifiant un « coupable ». Mais dans la réalité, surtout quand on ne peut pas couper les ponts – comme en coparentalité – ce jugement fige les rôles, enferme la victime dans l’impuissance et transforme chaque échange en champ de mines.

Et si le problème ne venait pas de la « toxicité » intrinsèque d’une personne, mais d’un piège relationnel qui se construit à deux ?

Dans cet épisode, je vous propose de dépasser le débat « bourreau contre victime » pour comprendre comment ces dynamiques s’installent, pourquoi elles persistent, et surtout : comment reprendre le pouvoir sur sa part de la relation sans se rendre responsable des abus de l’autre. Une approche nuancée, concrète, et libératrice pour sortir de l’impasse.

Allez zou c’est parti pour un nouvel épisode de « Du Coté des Parents ! »

EP..40 Au-delà de l’étiquette "toxique" : Comprendre la dynamique relationnelle Du côté des parents !

On parle beaucoup de « personnes toxiques », de manipulateurs ou de narcissiques. Mais si l’étiquette elle-même devenait le premier obstacle à votre apaisement ?Dans ce nouvel épisode de Du Côté des parents, nous dépassons le jugement binaire « bourreau vs victime » pour explorer une vérité souvent inconfortable mais libératrice : une relation toxique est souvent un piège qui se construit à deux, même lorsque l’un des partenaires est bien intentionné.🎧 Dans cet épisode, vous découvrirez :Les dangers de l’étiquette « toxique » : Pourquoi coller cette étiquette sur un ex-conjoint ou un enfant peut figer la relation, augmenter votre stress et rendre la coparentalité impossible.Le mécanisme du « piège à deux » : Comment l’envie de sauver l’autre (le syndrome du super-héros) et le besoin d’être pris en charge s’alimentent mutuellement pour créer une dynamique infernale.Des cas concrets analysés : Décryptage de situations réelles de couples et de relations parents-enfants adultes où la « toxicité » n’est pas une fatalité personnelle, mais le résultat de tentatives de régulation inefficaces.La clé pour sortir de l’impasse : Comment reprendre le pouvoir sur sa part de la relation, poser des limites claires et arrêter de subir, sans pour autant se rendre responsable des abus de l’autre.💡 Pourquoi écouter cet épisode ? Si vous vous sentez épuisé(e) par une relation difficile, si vous êtes en situation de coparentalité conflictuelle, ou si vous vous accusez d’être « trop gentil(le) » ou « pas assez », cet épisode vous offrira un nouveau regard. Il ne s’agit pas de nier la réalité des manipulateurs, mais de vous donner les outils pour modifier la danse relationnelle et réduire votre souffrance, même si l’autre ne change pas.— 🔗 LIENS ET RESSOURCES 🔗 —-mon blog pour toutes les ressources de l'épisode et une retranscription complète : https://blog.scommc.fr/au-dela-de-letiquette-toxique-comprendre-la-dynamique-relationnelle/Vous abonner à ma newsletter :⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠ https://blog.scommc.fr/la-newsletter-du-podcast-du-cote-des-parents/⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Pour en savoir plus sur mon travail (conférences, formations et accompagnements) :⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://scommc.fr/⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Pour faire un don :⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠ https://bit.ly/donducotedesparents⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠— 📩 POUR ME CONTACTER 📩 —-par mail : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠sandrine@scommc.fr⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠sur Facebook : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Sandrine Donzel – S Comm C⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠sur Instagram : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Sandrine Donzel⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠sur LinkedIn : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Sandrine Donzel⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠— CREDITS —–Musique : Guiton Sketch de Kevin MacLeod , licence : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Source : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠http://incompetech.com/music/royalty-free/index.html?isrc=USUAN1100473⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠Artiste : ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠http://incompetech.com/⁠⁠⁠

Dans les relations, notamment de couple, arrive souvent l’étiquette « personne toxique ». Il existe bien sûr des personnes malintentionnées, manipulatrices ou tout simplement égoïstes. En résumé des personnes qui n’ont aucune envie de prendre en considération les besoins des autres.

Mais ces étiquettes ont des inconvénients majeurs, y compris pour les victimes des comportements jugés toxiques.

Les risques d’étiqueter une personne comme toxique

Pour la personne qui étiquette, le premier danger réside dans l’illusion de compréhension et de contrôle.

En collant une étiquette sur l’autre, on a l’impression d’avoir identifié la source unique du problème et d’avoir trouvé une explication totale à la souffrance vécue.

On se rassure en pensant : « Ce n’est pas ma faute, c’est lui/elle qui est toxique ». Le seul moyen d’éviter de souffrir consiste alors à éviter toute interaction avec la personne ainsi étiquetée.

Dans beaucoup de cas, c’est possible : on quitte le ou la partenaire jugé-e toxique, on ne cotoie plus cette personne. Et le tour est joué.

Mais il arrive très fréquemment qu’il soit tout simplement impossible de couper tout lien avec cette personne, notamment si on a des enfants ensemble.

La coparentalité exige évidemment des interactions régulières, des décisions conjointes et une communication, même minimale. La méfiance associée à l’étiquette rend ces échanges très difficile car chaque mot de l’autre est immédiatement analysé comme une tentative de manipulation ou une attaque.

Au lieu de développer des stratégies de communication plus efficaces et plus protectrices pour lui, le parent étiqueteur reste le plus souvent dans une hypervigilance et une anticipation épuisantes, ce qui alimente son propre stress et son anxiété au quotidien.

De plus, l’étiquette amène à analyser toutes les interactions futures à travers le prisme du jugement posé. Le moindre geste, même neutre ou potentiellement positif de l’autre, est réinterprété comme une manipulation ou une preuve de la toxicité. Cela enferme l’étiqueteur et l’étiqueté dans une vision binaire – bourreau/victime – qui fige la relation et rend impossible toute réconciliation, toute négociation, ou même une séparation à peu près apaisée.

La souffrance persiste donc.

Cela me rappelle une citation à ce sujet qui dit :

Citation qui traduit bien l’idée que l’étiquette fige et rigidifie les rôles. Et elle enferme principalement la victime dans son rôle de victime qui ne peut rien faire pour que les choses changent.

Le risque du conflit de loyauté pour les enfants

Cet étiquetage risque aussi d’instrumentaliser les enfants ou de les placer dans un conflit de loyauté difficile à vivre.

Le parent étiqueteur, par peur de voir ses enfants se faire prendre au jeu du parent étiqueté, essaie souvent d’amener les enfants à partager sa vision de l’autre comme personne « toxique » ou manipulatrice.

Mais si les enfants ressentent que cette étiquette est exagérée ou manque de nuance, elle peut se retourner contre celui qui l’a posée.

Dans ce genre de cas, la personne qui pose l’étiquette pense souvent que les enfants sont manipulés par la personne étiquetée toxique. Mais en réalité, c’est plus souvent parce que les enfants perçoivent de la personne étiquetée une réalité plus nuancée et plus complexe que ce que l’étiquette en dit.

En effet, cette étiquette de « toxique » peut entrainer les enfants dans un conflit de loyauté. Percevant qu’une partie de l’étiquette n’est pas justifiée, ils vont vouloir défendre le parent étiqueté toxique. Et donc chercher à sur valoriser ce qu’ils en perçoivent de positif et à rejeter le parent étiqueteur, non pas parce qu’il a totalement tort mais parce que l’étiquette les oblige à choisir. Choix qu’ils ne veulent pas faire et ne devraient pas avoir à faire.

D’une manière plus générale, si l’étiquette est perçue comme une arme rhétorique pour disqualifier l’autre sans nuances, le message de détresse ou la dénonciation d’abus réels risque d’être minimisé par l’entourage ou les institutions. L’étiqueteur s’enferme alors dans un discours qu’il espère protecteur mais qui peut l’isoler davantage et rendre plus difficile la reconnaissance véritable de ses souffrances.

Je reçois dans mon cabinet beaucoup de gens victimes de ces étiquettes et qui en souffrent horriblement. Cela peut être des personnes qui souffrent de comportements égoïstes ou abusifs et ne savent pas comment s’en sortir.

Il m’arrive aussi de recevoir des personnes accusées d’être toxiques, qui en souffrent et aimeraient trouver le moyen de réparer la relation.

Je le redis : loin de moi l’idée de nier qu’il existe des manipulateurs et manipulatrices, ou des pervers. Mais je vous propose une autre vision des choses, bien moins coinçante, pour envisager les situations de souffrance relationnelle.

Et justement, puisque je parle de relation, je vous propose de commencer par changer l’objet de notre analyse.

Et si on parlait de relations plutôt que de personnes ?

Pour avoir accompagné de très nombreux couples depuis 2010, je constate qu’une relation peut être toxique alors même que les 2 personnes à la base sont des personnes saines et bien intentionnées.

Mais en réalité une relation toxique est un piège qui se construit à 2.

Attention : je conçois que ce propos peut laisser croire que je dis que les victimes sont responsables de ce qu’elles subissent. Loin de moi cette idée ! Et je vous invite d’ailleurs à continuer la lecture de cet article pour mieux comprendre mon propos.

Prenons quelques exemples :

David aime énormément sa compagne Emilie. Il a tout quitté pour elle, après ce qui semblait être un coup de foudre réciproque. Mais ce changement l’a fortement chamboulé et destabilisé. Il a mis beaucoup d’attentes dans cette nouvelle relation, attentes à la hauteur de tout ce à quoi il avait renoncé pour elle.

Après quelques mois fusionnels, Emilie a commencé à vouloir reprendre un peu de son indépendance précédente – c’est à dire voir des copines, ne pas forcément passer toutes les soirées collé serré.

La distance qui s’est installée à ce moment a réveillé chez David la peur de voir Emilie le quitter.

Il a donc demandé à Emilie de l’aider à se rassurer en lui demandant de répondre rapidement à ses messages s’il lui envoyait pendant la soirée, à lui dire exactement où elle allait.

Emilie, compatissant avec ses craintes et sentant son compagnon un peu fragile durant cette période, a répondu favorablement à ses demandes.

Du moins au début. Mais après plusieurs mois, elle a fini par trouver tout cela lourd, avec le sentiment de perdre de la liberté. Et l’impression aussi que ses réponses ne suffisaient jamais : elle n’avait pas répondu assez vite, elle n’avait pas dit exactement ce qu’elle allait faire.

Elle a donc commencé imperceptiblement à prendre de la distance, à répondre moins aux messages, etc.

Cette distance a logiquement renforcé la peur de David que Emilie le quitte … et donc ses stratégies de contrôle, dont il espère toujours qu’elles vont le rassurer.

Et quand Emilie lui dit qu’elle étouffe, il lui renvoie logiquement que, dans un couple, quand même, on est censé répondre aux besoins de l’autre.

Ce à quoi Emilie n’a rien à lui opposer puisque en effet, elle trouve elle aussi cela très légitime.

Et finit par douter de son attitude à elle – ne devrait-elle pas en effet accepter ses demandes pour le rassurer durablement ? … et elle finit donc elle même par remettre en cause la réalité de son engagement pour lui.

La stratégie de contrôle de sa compagne que David utilise pour se rassurer est assez fréquente face à une peur. Les phobiques vont avoir le même type d’attitude avec l’object de leur peur : les hémétophobes (les gens qui ont peur de vomir) vont contrôler leur alimentation, devenir obsessionnels de l’hygiène, etc en espérant éviter de vomir par exemple.

Ces stratégies de contrôle peuvent vite devenir envahissantes quand il s’agit de soi-même (elles peuvent devenir des TOC notamment).

Et elles deviennent vite impossible à appliquer quand elles concernent un autre être humain : en effet celui-ci ne se laisse pas faire aussi facilement et finit par réagir négativement quand sa liberté est trop restreinte.

Ce qui met en panique la personne qui cherchait à contrôler, la conduisant à augmenter encore plus son contrôle.

Et cette augmentation du contrôle n’est pas – dans ce cas – liée à une toxicité de la personne en question mais bien à sa manière inefficace de gérer sa propre peur.

Le ou la partenaire a du mal à supporter le contrôle mais se sent en même temps coupable. En effet, se montrer présent pour son partenaire, lui montrer qu’on tient compte de ses besoins, n’est-ce pas légitime ?

L’attitude résultante est donc souvent ambigüe face aux demandes de réassurance – « oui je réponds à tes demandes mais pas complètement non plus », traduisant l’ambivalence. « Oui j’ai envie de te montrer que je tiens à toi » et en même temps, « j’étouffe ».

Ce qui ne permet ni au conjoint inquiet de se rassurer ni à la personne contrôlée de poser clairement ses limites, bloquant ainsi les 2 partenaires.

David pourrait être étiqueté toxique : après tout il cherche à contrôler sa compagne non ? Et pourtant, ce n’est pas du tout le cas. David est simplement un partenaire stressé, vouant beaucoup d’admiration às a partenaire et manquant de confiance dans sa capacité à la retenir.

Dans cette situation, la demande initiale de David d’y aller « doucement », de l’informer, de répondre à ses messages était légitime. Il était inquiet et avait besoin de construire sa confiance dans ce couple nouveau.

La prise en compte de ce besoin de réassurance par Emilie aurait tout à fait pu rassurer David, l’amenant ainsi à réduire son contrôle. Si cela avait été le cas, personne n’aurait été étiqueté toxique dans cette situation.

Mais malheureusement ce n’est pas ce qui s’est produit : l’inquiétude de David n’a fait qu’augmenter et la réticence d’Emilie aussi, aggravant ainsi la peur de David.

Et c’est bien ici qu’est le problème : le problème c’est de poursuivre – et continuer à tenter de répondre à – des demandes de réassurance par le contrôle alors qu’elles n’apaisent pas la peur, et même l’augmentent.

C’est ce que nous appelons dans le modèle de Palo Alto des tentatives de régulation : quand ce qu’on met en place ne donne pas les résultats escomptés et entraine même une aggravation du problème qu’on pensait résoudre.

Etiqueter David comme toxique n’aidera pas Emilie à savoir quelle attitude adopter face à David (ou face à une autre relation dans le futur s’ils sont amenés à se séparer). Ca aidera encore moins David à pouvoir réguler sa peur de manière plus efficace dans cette relation ou dans une prochaine.

Quand la relation toxique est entre parents et enfants

Un autre exemple : Sonia est la maman d’un jeune homme de 23 ans pour lequel elle s’inquiète beaucoup. Enfant, elle l’a envoyé consulter une psy « en prévention » de peur de louper quelque chose car c’est un enfant adopté qu’elle élève seule. Cela n’a pas empêché quelques difficultés de comportement à l’adolescence, que Sonia a mis sur le compte de son manque de confiance en lui. La psy allait l’aider à régler ça.

Mais les difficultés sont allées croissantes. A 23 ans, son fils n’a pas réellement fini ses études et va de petits boulots en petits boulots. Elle lui a trouvé un appartement à lui parce que c’est quand même mieux pour son intimité. Dont elle paie le loyer.

Elle a aussi une procuration sur son compte en banque, ce qui lui permet d’en surveiller le solde. Elle comble donc les trous à l’occasion. Elle craint en effet qu’il se sente mal de manquer d’argent, et que cela renforce son manque de confiance en lui.

L’inquiétude de Sonia la conduit donc à prendre en charge son fils à tous les niveaux. Elle n’est jamais rassurée : il ne se comporte pas très bien, ne garde jamais un travail bien longtemps, ne fait pas attention à ses dépenses.

Mais il commence même à mal lui parler, voire à être violent avec elle, surtout quand elle lui refuse de l’argent ou un service (ce qu’elle ne fait que vraiment quand elle n’en peut plus).

Ici Sonia répond et même devance les besoins de son fils, installant pour lui un certain confort auquel il est difficile de renoncer tout en lui envoyant implicitement le message « tu n’es pas capable de gérer tout seul ». Ce qui avouons le n’est pas très agréable à recevoir (et qui fait directement écho à mon épisode sur l’autonomie, que vous pouvez lire ou écouter ici).

Le fils de Sonia pourrait très facilement être étiqueté toxique. Après tout, il est égoïste, violent et abusif non ?

Mais cette étiquette n’apaise pas du tout Sonia qui est venue me voir. Elle aime son fils, ne veut pas couper les ponts.

Lui proposer de voir sa part de responsabilité dans cette relation a été beaucoup plus aidant pour elle et pour toutes les Sonia qui m’ont consultée.

En effet, on peut voir les choses différemment : en réalité, ce fils est très en colère contre sa mère, tout en culpabilisant de l’être – après tout ce qu’elle fait pour lui comment peut-il lui reprocher quelque chose ?. Il ne réalise pas une seconde que le confort qu’elle lui fournit devient en réalité un piège qui les enferme tous les 2. Lui même pourrait décrire sa mère comme contrôlante, manipulatrice et cherchant à le dévaloriser de manière perverse par ses prises en charge.

Cela me fait penser à cette citation de Giorgio Nardone :

citation : Celui qui se sacrifie, même s'il est en apparence effacé et soumis, se trouve en position de force. De par ses renoncements, il se met en supériorité, son partenaire se sentant toujours redevable ou coupable." Giorgio Nardone

Je vous rassure : ce n’est pas DU TOUT ce que je pense de Sonia. Je vois bien que Sonia est sincèrement inquiète pour son fils. Et qu’elle ne sait pas comment l’aider autrement qu’en le prenant en charge. Ce qui entretient de fait une relation pas très saine entre eux.

Je ne peux pas garantir à Sonia que son fils va devenir autonome, aimant et respectueux. Mais je peux l’aider à mesurer quelle est sa part à elle dans la situation actuelle en l’aidant dans ce cas à moins le prendre en charge et à poser des limites plus claires.

Le comportement de son fils en réponse à ce changement pourra alors lui permettre de savoir dans quelle mesure il est réellement égoïste et/ou incapable de se prendre en charge ou au contraire en capacité de devenir autonome et responsable.

Et elle pourra alors prendre une décision assumée sur l’avenir de leur relation et ne plus subir le comportement de son fils.

Pour conclure : comment rendre une relation toxique ? (et comment se sortir d’une relation toxique)

En réalité une relation toxique est un piège qui se construit à 2. Et la culpabilité, l’empathie et l’envie d’aider l’autre sont les éléments qui peuvent contribuer à nous faire tomber dans le piège d’une relation toxique.

Ce piège il se construit à deux : d’un côté on a une personne qui se sent coupable ou plus simplement qui s’efforce de combler l’autre et faire passer la relation avant tout. Cette personne se veut d’une certaine manière le superhéros ou la superhéroïne de la relation.

De l’autre côté du piège on a une personne dont on pourrait dire qu’elle a tendance à se victimiser, et qui, plus justement, met son bonheur dans les mains de l’autre : elle espère que l’autre le ou la comble.

Aucune de ces 2 attitudes n’est mauvaise ou inadaptée.

Mais parfois, ces deux parties viennent s’auto-alimenter :

Plus une personne endosse le rôle de sauveur ou sauveuse en cherchant à comblant les besoins de l’autre, plus son ou sa partenaire se conforte dans l’idée que la responsabilité de son bien-être incombe entièrement à l’autre.

Donc la « victime » – souvent la personne qualifiée de « toxique » – va devenir de plus en plus exigeante et va souvent aller de plus en plus mal et renforcer ses exigences, avec l’idée que, si elle se sent mal c’est parce que l’autre n’en a pas fait assez.

Et évidemment le/la superhéros/superhéroïne, voyant l’autre se sentir mal, se dit : « je n’en fais pas encore assez ». … sans s’en rendre compte qu’elle entretient une part du problème en essayant de régler des problèmes qui ne dépendent pas d’elle.

Cette dynamique, on l’observe aussi bien dans les relations de couple que dans des relations amicales ou professionnelles, et aussi entre parents et enfants.

Pour la personne qui est en position de « victime » – donc souvent celle qui est qualifiée de toxique – il est souvent plus difficile de changer parce que, quelque part, cette personne elle a un certain confort à court terme : elle n’a pas à se questionner sur sa responsabilité et est prise en charge. Pour cette personne, changer va vouloir dire : moins faire reposer son bonheur sur l’autre.

Le plus souvent, c’est plutôt la personne qui culpabilise le plus, celle qui se positionne un peu en superhéros/superhéroïne qui est la plus demandeuse. Soit parce qu’elle ne parvient plus à répondre aux demandes de l’autre, soit parce qu’elle voit cette personne s’enfoncer davantage et cherche comment l’aider mieux.

Pour cette personne, casser le piège de la relation toxique consiste à poser des limites plus claires et à en faire moins.

Attention toutefois : dans le cas de situations de violences conjugales, poser ses limites peut être risqué, le partenaire violent pouvant très mal vivre le fait de devoir renoncer à son confort. Cela doit donc se faire dans un cadre sécurisé, bien réfléchi et préparé.

Une courte vidéo qui résume le piège d’une relation toxique.

Dans l’immense majorité des situations, ce changement permet à la relation de devenir moins toxique, la personne en face étant obligée de mieux se prendre en charge.

Dans quelques cas, le comportement du ou de la partenaire ne change pas mais poser des limites remet chacun face à ses responsabilités, et c’est précisément ce qui réduit la souffrance de la personne qui pose ses limites.

Ce sujet n’est vraiment pas simple à aborder de façon nuancée.

Mais j’espère que j’ai réussi à faire passer le message qu’il est plus aidant de regarder la relation que les personnes et aussi de s’intéresser à notre bout de la relation plutôt qu’à celui de l’autre, sur lequel nous n’avons pas vraiment de pouvoir.

Et j’espère aussi avoir réussi à faire entendre ce point de vue en faisant aussi comprendre que non la victime n’est pas responsable de ce qu’elle subit. Mais qu’elle peut avoir le pouvoir de décider comment elle y réagit, de manière à être moins impactée par des comportements qui seraient clairement toxiques.

Cela n’empêche la lutte contre les abus de toute sorte, mais cela peut redonner du pouvoir en attendant que cette lutte porte ses fruits !

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Sandrine Donzel

Parentalité, couple, communication, développement personnel ? Votre vie ne ressemble pas à ce qui est décrit dans les livres ? Pas de panique et bienvenue dans la VRAIE VIE, celle qui est abordée sur ce blog ! Je vous y propose des outils concrets, pragmatiques et REALISTES pour répondre à vos interrogations. Bonne lecture !

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